02/10/2016

« RAY DONOVAN » (Saison 3) : toujours plus loin mais pas tant que ça

RAY DONOVAN 3 - uploads-1475060327-ray5.jpgSérie dramatique créée par Ann Biderman.

Avec Liev Schreiber (Ray Donovan), Jon Voight (Mickey Donovan), ...

Saisons 1 à 4 (12 épisodes par saison de 45’ à 65’). Saisons 1 à 3, disponibles en dvd et Blu-Ray (sortie en France de la saison 3 le 4 octobre 2016 chez Showtime).

Saison 4 terminée aux USA (12 épisodes). Saison 5 en cours de production.

Diffusé en France sur CANAL +. Diffusion aux USA sur Showtime. 
© Photo : Showtime

VOIR UN TRAILER DE LA 3ème SAISON

AVIS : Pas facile la vie de « nettoyeur » pour riches et puissants d’Hollywood… Imaginez : pendant que vous devez faire disparaître un cadavre pour le compte d’un riche et odieux homme d’affaires (Ian McShane) et que vous vous amourachez de sa fille (Katie Holmes, ex-Mme Tom Cruise), un de vos trois frères (Terry) croupit en prison tandis que l’autre (Bunchy) va se marier avec une catcheuse mexicaine. Votre mariage bat méchamment de l’aile, vous ne comprenez plus votre femme Abby et elle aussi. Votre fille Bridget sort avec son prof plus âgé d’une quinzaine d’années et votre fils Connor cherche à se faire dépuceler à tout prix. Pour aggraver la situation, votre père Mickey monte sa petite entreprise de prostituées avec votre dernier frère Daryl et se retrouvent avec la mafia arménienne, la famille Minassian, sur le dos. Enfin, car ce n’est pas tout, les flics sont à vos trousses pour des meurtres non élucidés ainsi qu’un vieil ennemi sur le retour et un prêtre qui vous pousse à la rédemption.

Chargé le programme de Ray Donovan, dont on voit le visage passer de fatigué à franchement burnouté. Et en même temps, pas tant que cela car on a l’impression que qu’il ne se passe pas grand-chose. Le début met du temps à démarrer, les situations s’enchaînent de manière plutôt plate, sans enjeux réellement intéressants, les personnages de Ray et Mickey se montrent presque trop calmes et sages. A ce stade, on comprend que la série a dit l’essentiel durant ses deux premières saisons et que cette troisième fournée peine à rebondir. Le défaut le plus visible dans le travail des scénaristes (déjà perceptible dans la 2ème saison) réside dans le personnage de Mickey, le patriarche machiavélique (Jon Voight en roue libre et limite cabotin), à qui il faut absolument trouver un nouveau sale coup à réaliser.

Le monde dans lequel vivent les Donovan, pas si éloigné que cela du nôtre, reste sans illusions : les stars d’Hollywood, les riches et puissants (quel univers glauque !) et autres flics, sont tous aussi répugnants les uns que les autres, hormis la détective Muncie, seule exception notable. Les scénaristes chargent la barque à un point tel que cela en devient un peu lourd à avaler. Comme s’il fallait à tout prix trouver un ressort choquant pour relancer l’intrigue.

Alors, « Ray Donovan » serait-elle devenue une série à grosses ficelles, recyclant sans talent les ressorts du soap (la femme et la fille de Ray ne feraient pas tache dans les « Feux de l’amour ») ?

La réponse est bien évidemment non car la série a pour elle deux grandes qualités, celle d’arriver à maintenir notre intérêt tout au long de ses 12 nouveaux épisodes. Ensuite, qu’on le veuille ou non, la famille Donovan, malgré ses dysfonctionnements abyssaux, reste une famille sacrément attachante, même Abby qui rappelle furieusement le côté prise de tête de Carmela Soprano. Chacun nous est montré dans ses forces et ses faiblesses, capable du meilleur comme du pire. Chaque personnage bénéficie d’un travail d’écriture qui lui confère une réelle épaisseur, une personne qu’on pourrait être amené à rencontrer dans la vraie vie (quoiqu’on ne préfère pas tant ils attirent les ennuis).

Malgré des premiers signes d’essoufflement, cette troisième fournée reste tout de même agréable à suivre et se conclut de manière relativement spectaculaire, émotionnellement parlant, pour Ray Donovan. Si elle reste moins réussie que les saisons précédentes, elle a le mérite de faire évoluer ses personnages de façon un peu intéressante que pour avoir envie de continuer à la suivre. Cela tombe bien, la 4ème saison vient de s’achever aux USA. Rendez-vous est pris.

12:05 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/08/2016

« MR. ROBOT » (saison 1) : claustrophobie et parano à l’heure de la mondialisation…

Mr. RobotSérie créée par Sam Esmail.

Avec Rami Malek (Elliot Alderson), Portia Doubleday (Angela Moss) Carly Chaikin (Darlene), Christian Slater (Mr. Robot), Martin Wallström (Tyrell Wellick), Michel Gill (Gideon Goddard), …

Diffusion prochaine sur RTBF2 « La Deux » en Belgique francophone (dès le 31/08/2016) et Antenne 2 en France. Disponible à l’achat en version originale sous-titrée en français sur Google Play. Saison 1 (10 épisodes) disponible en dvd et Blu-Ray à partir du 4 octobre 2016.

© USA Network

VOIR LE TRAILER OFFICIEL DE « MR. ROBOT »

AVIS : A l’heure de la crise économique mondiale, « Mr. Robot » résonne étonnamment juste. On aurait pu se dire « encore une histoire de hacker qui se prend pour un justicier du web ». Sur le même thème, Michael Mann n’a pas réussi à convaincre avec son « Hacker / Black Hat », échec retentissant lors de sa sortie en 2014.

Aux Etats-Unis, la chaîne câblée USA propose depuis quelques années des séries originales en affichant le slogan : « Characters welcome » (personnages bienvenus). Ce dernier s’applique parfaitement à « Mr. Robot ». USA a donné leur chance à de jeunes et talentueux scénaristes comme Matt Nix et Jeff Eastin, à l’origine de « Burn Notice », « White collar » et « Graceland ». Des séries rafraîchissantes et pleines d’inventivité, nettement plus originales que celles proposées par les grands réseaux ABC, CBS, FOX, ... Créateur et réalisateur de « Mr. Robot », Sam Esmail vient désormais rejoindre le duo cité.

Dès le départ, tout (ou presque) dans « Mr. Robot » dégage un sentiment d’étrangeté : Elliot Alderson, son personnage de hacker solitaire qui ne supporte pas d'être touché, son univers, ses décors, ses personnages secondaires, ses relations « humaines », … Un peu comme si tout était irréel. Si l’utilisation de la voix-off (procédé utilisé ad nauseam, notamment dans « Dexter ») n’est guère originale, elle fonctionne parfaitement pour nous plonger au cœur des pensées et des sensations d’Elliot, incarné par un formidable Rami Malek (vu dans des épisodes de « 24 heures chrono » et le film « Need for Speed »). Accro à la morphine, sorte de dérivatif à un quotidien insupportable, le jeune homme n’envisage pas du tout un avenir classique du genre « mariage, bébé, carrière professionnelle au top ». Sa vie tourne essentiellement autour du web, ses codes binaires, ses algorithmes, … et sa morphine. Pas de réelle petite amie, il baisouille ici et là, sans attaches quoique…

Approché par « FSociety », un groupe de justiciers du web emmenés par l’agaçant Christian Slater (qui fait son grand retour après une carrière en berne), bien décidé à faire tomber un conglomérat de multinationales dont celle surnommée « Evil Corp » ; Elliot veut croire à une société plus juste, où les riches ne s'en mettent pas encore plus dans les poches et où les pauvres et les démunis ont droit de cité. Dès lors, pourquoi ne pas utiliser ses extraordinaires capacités de hacker pour éliminer toutes les données de la multinationale et ses sbires ? Avec cette idée magnifique d’effacer toutes les dettes des gens ordinaires et vivant à crédit, tel une sorte de « Robin des Bois » des temps technologiques.

« Mr. Robot » étonne constamment dans le sens où nous sommes plongés dans un univers cohérent et terriblement proche de la réalité. Ce qui dérange et fascine le plus dans la série, c’est cette manière de tordre cette « réalité » jusqu’à nous interroger sur ce qu’est le réel et sa perception. Une sorte de message philosophique sans trop de prise de tête qu’incarne idéalement le personnage d’Elliot : ne serait-il pas un parano voyant « des choses » inexistantes ? Est-ce que l’histoire qui nous est racontée est vraie ou est-ce un délire cauchemardesque d’un paumé marginal ?

A cet égard, sa relation avec Tyrell Wellick, odieux et ultra-ambitieux yuppie d’Evil Corp, nous interroge sur le sens profond des actions d’Elliot. Tel un double négatif, son antagoniste lui offre un effet miroir de ce qu’il ne veut pas devenir : fric, maison, enfant, femme (perfide), goût du pouvoir totalement pathologique. Cette relation n’en est qu’à ses débuts, la première saison n’ayant pas encore décidé de tout révéler sur le « lien » qui les unit.

Pas à pas, le récit offre quelques réponses et dans le même temps, nous embrouille pour mieux nous manipuler. Il est totalement impossible de prédire ce qui va arriver. A cet égard, la fin nous interpelle sur notre condition d’être humain dans un monde ultra-numérique, baignant dans une noirceur bien représentative des temps actuels, tout en nous renvoyant à ce qui nous fait le plus peur : notre solitude, nos angoisses et la mort. Malgré son climat claustrophobique et déprimant, « Mr. Robot » délivre en filigrane un beau message sur la famille et l’amour, loin des clichés sirupeux typiquement américains. Tout n’est pas foutu…

Si cette première saison laisse encore de nombreuses questions en suspens, elle a l’énorme qualité de se suffire à elle-même et pourrait s’arrêter là tant les 10 épisodes forment un tout cohérent, bien écrit et captivant. Dans la presse, le créateur Sam Esmail a déclaré que cette première saison ne constitue que l’introduction du récit global. De fait, une 2ème saison de 12 épisodes est déjà en cours diffusion aux Etats-Unis. L'avenir nous dira si la seconde salve sera à la hauteur de cette première fournée d'excellente facture.

18:41 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/07/2016

« BLOODLINE » (Saison 2) : une sensation circulaire…

Bloodline season 2

© NETFLIX

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PAS DE SPOILER ! LISEZ  SANS CRAINTE

AVIS : Un après une première saison étonnante et bien maîtrisée, l’impatience était grande de retrouver la famille Rayburn et ses sombres secrets. Moins axée sur les flashbacks et les retours dans le temps, cette deuxième fournée s’intéresse plus particulièrement aux personnages et aux conséquences de la disparition de deux membres importants de leur famille. Malgré ses allures de soap à la « Dallas », « Bloodline » s’en démarque par une écriture au cordeau, une atmosphère d'une noirceur rappelant celle du film noir, des personnages dotés d’une certaine épaisseur et incarnés par des acteurs habités par leur rôle.

Figure centrale de ce développement, John Rayburn est hanté par ce qui s’est produit dans la première saison, allant même jusqu’à voir des images qui n’existent pas. Car comme le dit l’affiche de cette nouvelle série d’épisodes : « People die. Secrets don’t. » (Les gens meurent, pas les secrets). L’essentiel pour lui, c’est de protéger sa famille. Le meilleur moyen d’y arriver : gagner plus de pouvoir. Le policier se lance donc dans la course à l’élection pour devenir le nouveau shérif face à un vieux routier latino (David Zayas, le flic Angel de « Dexter »).

Evidemment, rien ne va se passer comme prévu puisque John verra débouler Ben, le fils de Danny (avec qui il partage une ressemblance étonnante) et sa mère Evangeline, une espèce de paumée entretenue par un membre de la famille. Une menace rôde en la personne d’Ozzy Delvecchio, arnaqueur à la petite semaine et ami de la maman (John Leguizamo, excellent). Enfin, l’intérêt prononcé de son coéquipier, Marco Diaz, pour les faits survenus dans la précédente salve va corser le tout. Cacher des secrets va amener à découvrir d’autres secrets et ainsi de suite. Bref, une spirale infernale.

En parallèle, le récit suit également l’évolution de Meg et Kevin, sœur et frère de John. C’est là que réside la faiblesse de cette seconde saison. On suit les errements de Meg, sombrant dans l’alcoolisme et les galères de boulot tandis que Kevin tente le tout pour le tout pour sortir de la faillite. Hélas, le scénario n’a pas grand-chose de neuf à nous livrer à ce niveau et on sent que ces personnages ont posé quelques soucis d’écriture, renforçant l’impression de tourner en rond. Cela apparaît d’autant plus flagrant que cette saison 2 ne compte que 10 épisodes au lieu de 13, signe d’un certain essoufflement. Heureusement, les personnages de John et de sa mère Sally (Sissy Spacek, impériale) maintiennent l’intérêt et dévoilent un pan de leur personnalité qu’on n’attendait pas.

Moins intense et moins prenante que la première saison, cette suite tient quand même la route et résiste bien à une vision en continu (pour les adeptes du « binje viewing »), formant un tout cohérent. Malgré quelques longueurs et de nouvelles questions laissées sans réponse, on passe un bon moment avec cette série qui ne prend pas le spectateur pour un crétin. Cela étant, au vu des autres productions Netflix du moment (Daredevil, House of Cards, …), on leur trouve le défaut d’avoir tout donné au début et d’avoir des difficultés à tenir la distance, les saisons suivantes étant plus inégales. Mais cela reste de la bonne série « télé » (ou Internet si on veut être précis) et à ce titre, mérite très certainement votre attention et votre temps.

LIRE AUSSI LA CRITIQUE DE LA SAISON 1

14:09 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |