10/12/2017

THIS IS US : chronique familiale pas si nunuche que ça…

This is Us©NBC

Série dramatique (USA, 2016) créée par Dan Fogelman. Avec Milo Ventimiglia (Jack Pearson), Mandy Moore (Rebecca Pearson), Justin Hartley (Kevin Pearson), Sterling K. Brown (Randall Pearson), Chrissy Metz (Kate Pearson), Susan Kelechi Pearson (Beth Pearson), Chris Sullivan (Toby Damon), Ron Cephas Jones (William Hill), ...

Saison 1 (18 épisodes), disponible en dvd depuis début novembre 2017 en Belgique (en France, sortie prévue fin janvier 2018). Diffusée en France sur Canal+ Séries et Canal +, sur RTL-TVi en Belgique. Saison 2 en cours de diffusion aux USA depuis fin septembre 2017.

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PAS DE SPOILER, LISEZ SANS CRAINTE

SUJET : Jack et Rebecca ont des triplés. Malheureusement, l'un d'eux meurt à la naissance. Ils décident d'adopter un petit enfant noir, abandonné devant une caserne de pompiers. Les années passent, chacun fait sa vie mais des secrets de famille se dévoilent.

AVIS : Près de 25 ans après la disparition de Michael Landon (La Petite Maison dans la Prairie, Les Routes du Paradis), on pensait que les chroniques familiales faisaient partie du passé. Elles ont en effet un petit quelque chose de suranné. A l'heure où les familles recomposées ou monoparentales deviennent la règle plutôt que l'exception. Pourtant, on aurait tort de passer à côté de « This is Us ».

Partant d'un constat simple (que vont devenir trois personnes nées le même jour), le créateur Dan Fogelman livre une chronique éclatée et terriblement humaine. Construite sous forme de puzzle dont nous, spectateurs, devons assembler les pièces (au début, on a parfois du mal à savoir qui et quoi) ; Fogelman nous emmène au cœur d'un beau kaléidoscope d'images et d'émotions.

Notre destin est-il forcément inscrit dans l'univers ? Pas nécessairement, répond Fogelman. Nous faisons des choix qui nous entraînent vers d'autres expériences, pas meilleures mais ce qui compte, c'est le voyage, pas l'arrivée. Evidemment, la présence d'un enfant noir (Randall) dans une famille blanche à la fin des années 70, ce n'était pas banal. Une présence parfois ressentie comme problématique par les deux enfants « originels », Kevin et Kate.

Très autocentré, Kevin a été l'acteur d'une sitcom débile en Californie (The Manny) avant de péter les plombs et tenter sa chance à New York. Sorte de « Tom Cruise du pauvre », Justin Hartley (le premier « Arrow » dans « Smallville ») apporte une bonne dose d'autodérision à son personnage qui apparaît, de prime abord, comme assez creux et con. A la fois gamin et adulte en recherche de lui-même, Kevin comprend que la vie ne tourne pas qu'autour de lui quand Randall se moque de sa "carrière". Au-delà  des querelles l'opposant à son frère de couleur, Kevin comprendra qu'il vaut plus que son côté superficiel pourrait laisser croire. Une belle évolution.

Pour Kate, son problème vient de son physique. Souffrant de boulimie depuis son enfance, elle est devenue obèse et ne parvient pas à perdre ses kilos superflus. Après avoir rejoint un groupe de parole, elle rencontre le charmant Toby (épatant Chris Sullivan). Le pauvre aura bien du mal à  la convaincre de rester avec lui et à avoir plus de discipline dans sa perte de poids. La série ose casser le cliché du « bon gros » : Kate n'est pas sympa, trop égoïste, n'a pas grand-chose à  partager avec les autres et se complique la vie en se prenant trop la tête.

Les mères de famille en prennent également pour leur grade. Rebecca (irritante Mandy Moore) n'a pas grand-chose de maternel. Dans les scènes où on la voit avec ses enfants encore jeunes, hormis à la piscine, on ne ressent pas beaucoup d'affection de sa part pour eux. C'est comme si elle devait composer avec des petits étrangers venus vivre dans sa maison. Lorsqu'elle est enceinte, on se dit que Jack a beaucoup de patience car ses crises de « drama queen » la rendent vraiment insupportable. Et quand on découvre ce qu'elle a caché à Randall... Ce n'est pas tellement mieux avec Beth, la femme de Randall. Elle n'a pas grand-chose pour elle au début, enfermée dans ses jugements petit-bourgeois mais finissant par s'humaniser par la suite.

Malgré cette vision peu reluisante de la gent féminine (Fogelman aurait-il un problème ?), les scènes d'amour avec Jack ont quelque chose de très tendre et complice, sans doute parce que Milo Ventimiglia (Heroes, Chosen) apporte beaucoup de profondeur à son interprétation du « American working class hero », ce héros ordinaire de tous les jours. Malgré un père brutal et alcoolique, Jack a toujours voulu faire pour le mieux. Alors qu'il allait sombrer dans la criminalité, sa route croisa celle de Rebecca, chanteuse dans un bar. C'est le coup de foudre et l'arrivée des triplés. Jack aime sa famille plus que tout et la protège du mieux qu'il peut. Vraiment un chouette type...

Avec Jack, Randall est le personnage le mieux écrit de la série, renforcé par l'interprétation bouleversante de Sterling K. Brown (Army Wives, American Crime Story : OJ Simpson). Très intelligent et doué pour les chiffres, il travaille comme cadre dans une grosse boîte chargée de faire fructifier les bénéfices de ses clients. Il s'est marié et a eu deux adorables petites filles. Si Randall a eu tout l'amour et le soutien de sa famille adoptive, il n'en reste pas moins tourmenté par ses origines. Quand il retrouve la trace de William, son père biologique, il traverse une crise qui va le remettre complètement en question. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, William va essayer de rattraper le passé d'une façon très digne et courageuse, renforcée par le jeu tout en nuances du formidable Ron Cephas Jones.

Evidemment, « This is Us » a les défauts de ses qualités : calibrée pour un public américain, les scénaristes en remettent une couche de sirupeux dans la description des états d'âme et des sentiments des personnages. Dans une société coupée de ses émotions tellement la vie y est dure, le vécu des émotions par procuration télévisée reste la norme.

Ensuite, on sent que le personnage de William souffre à un moment donné d'un problème d'écriture, recadré par après. La construction de Kate et Rebecca donne parfois l'impression d'avoir été écrits à la petite semaine. Sans être totalement des potiches, elles n'ont au final pas grand-chose à dire. Ou alors est-ce la réalité de ce que sont beaucoup de femmes américaines ? Si c'est le cas, on flippe...

Enfin, la structure éclatée de l'histoire rend certains épisodes redondants et franchement longuets (celui avec le vécu du gynéco devenu veuf, incarné par un attachant Gerald McRaney). Malgré tous ces défauts, « This is Us » sait rire d'elle-même nous disant au passage qu'il ne faut pas trop se prendre au sérieux car nous ne faisons que passer. Parce qu'elle n'est pas une comédie dramatique nunuche ou gnangnan, un peu tire-larmes certes mais sans exagérer.

Pourquoi la regarder alors ?

Parce qu'elle n'est pas une comédie dramatique nunuche ou gnangnan et surtout, elle livre quelques beaux moments émouvants et se révèle plutôt rafraîchissante dans un monde rongé par les mauvaises nouvelles et les conflits. Enfin, l'interprétation habitée de plusieurs acteurs mérite toute notre admiration. Sans révolutionner le genre, « This is Us » demeure une chronique familiale intelligente et sensible. Au terme de sa première saison, elle n'a pas livré toutes les réponses aux questions. Elle pourrait s'arrêter là, on ne serait pas tristes. A l'heure d'écrire ces lignes, une saison 2 a déjà démarré aux USA. Est-elle nécessaire ? L'avenir nous le dira.

18:11 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/11/2017

STRANGER THINGS (saison 2) : c’est quoi ce truc ?

Stranger Things 2Série fantastique (USA, 2017) des frères Duffer. Saison 2 : 9 épisodes de 50 à 59 minutes.

Disponible sur NETFLIX depuis le 27 octobre 2017.

VOIR UNE BANDE-ANNONCE DE LA SAISON 2

SUJET : en 1984, des enfants découvrent des événements étranges dans leur petite ville. Un laboratoire d’expériences situé non loin de là pourrait être à l’origine de ces phénomènes…

AVIS : Près d’un an après sa diffusion, une suite était-elle nécessaire ? En soi, la première saison avait livré les principales réponses aux questions. On aurait pu en rester là. A l’époque, la série avait été louée pour son hommage aux années 80, sa dramaturgie, ses jeunes acteurs et le retour de Winona Ryder dont la carrière battait de l’aile.

La première salve d’épisodes était une réussite, savant mélange de série pour ados, d’horreur et d’aventures palpitantes, rappelant les « Goonies » à la sauce « Club des Cinq ». Pour cette deuxième fournée, « Stranger Things 2 » démarre – sans doute pour renforcer le sentiment d’identification avec ses jeunes héros – le 28 octobre 1984, soit le lendemain de sa disponibilité sur la plateforme de Netflix.

S’inscrivant dans la continuité de la première saison, elle reprend là où elle s’est arrêtée, en nous plongeant dans la tête du jeune Will, tourmenté par des visions du « monde parallèle ». Elément novateur : une bande de punks braqueurs, possédant des pouvoirs surnaturels comme Onze, la fille au crâne rasé du labo (tiens, cela ne vous rappelle pas Jessica Alba au début des années 2000 dans « Dark Angel » ?).

Afin de ne pas tomber dans la routine, les frères Duffer proposent d’ « éclater » le groupe. Onze a disparu et se trouve quelque part, protégée par un personnage bien connu de la communauté. Dustin, Walt et Mike jouent les « Ghostbusters » durant la soirée d’Halloween tandis que le pauvre Will s’enfonce dans ses visions et a des problèmes de santé.

Et puis ? Et puis pas grand-chose. Visiblement à court d’idées, les frères Duffer multiplient les clins d’œil un peu lourds aux 80’s (les films Halloween, Gostbusters entre autres) tout en tournant en rond avec les visions de Will, répétitives au possible. Nous donner un élement de nature étrange en ouverture d’histoire pour révéler bien plus tard de quoi il s’agit, voilà une technique bien connue de scénaristes comme Vince Gilligan et bien d’autres. Seulement, les Duffer n’ont pas le talent de l’auteur de « Breaking Bad ».

On manque d’intérêt pour cette espèce de scénario, tenant du puzzle épars et surtout foutraque. Un scénario pas très clair dont on se demande bien où il veut en venir On est surtout envahi d’une sorte de gêne, pas à cause du récit soi-disant tendu et mal ficelé mais parce qu’on est face à quelque chose de froid et de distancié. Difficile d’adhérer et de se laisser « happer » dans ce monde froid et sinistre.

Dans le même temps, la série se contredit en ayant la nostalgie de ces années-là tout en dénonçant les progrès de la science, symbole du mal absolu menaçant la survie de la communauté. Les frères Duffer sont nés durant ces années-là mais ne les ont pas connues. Alors, leurs leçons à la petite semaine, personnellement : rien à cirer. Les années 80, c’étaient aussi des merveilles comme les premières consoles de jeux Atari, les premiers ordinateurs, les premières images de synthèse et le son stéréo à la télé. Et cela n’a pas détruit le monde par la suite…

Lors d’une interview, les créateurs insistaient sur le fait que les adultes pourront s’identifier au shérif et à Winona Ryder tandis que les plus jeunes se reconnaîtront dans la bande de gamins. Oui mais seulement les adultes ne sont guère « acteurs », ils subissent plus qu’ils n’agissent. Leur salut ne vient que de personnages secondaires vaguement sympathiques (Sean Astin / Bob, le nouveau boyfriend de Miss Ryder). Quant aux gamins, ce sont des « MacGyver » avant l’heure. Société « adulescente » ?

La presse a souligné l’augmentation des moyens donnés par Netflix aux producteurs pour les nouveaux épisodes, à raison de 8 millions de dollars l’épisode. On se demande où ils sont passés : décors minimalistes, le plus souvent en intérieurs avec quelques acteurs enfermés dans une pièce (oui là, effectivement, cela rappelle « MacGyver » au début, une série de fauché avec 4 gugusses dans un placard). Et les effets spéciaux ? Ils ne sont pas vraiment ratés mais pas franchement réussis non plus. Presque du « stop motion » sans la poésie du génie Ray Harryhausen. A croire que la production a englouti le budget avec la représentation des « Démogorgon », encore eux. Lassant.

Plus ennuyeux et je n’ai pas l’impression de devenir un vieux con, m’émerveillant encore pour des nunucheries comme « La légende de James Adams et de l’Ours Benjamin » ; c’est qu’en tant qu’adultes gardant son âme d’enfant, on sent vite qu’on est face à un programme s’adressant à un public d’âge mental de 10 à 12 ans maximum. Autre souci, le manque de cohésion au sein du groupe. OK pour l’ « explosion » du groupe mais chaque gamin fait son truc et se demande ce que ça va donner. Du coup, on ne se sent pas vraiment concerné car c’était la magie du groupe qui faisait jaillir l’étincelle.

L’apparition de nouveaux personnages comme la gamine rousse et son frangin, un beauf insupportable, laissent supposer qu’il fallait attirer un public féminin de préadolescentes. Un sale type ressemblant vaguement à Robert Downey Jr. dans sa jeunesse. Quel est l’intérêt de ce beauf dans l’histoire ? La série n’y répond pas. Ce sera sans doute révélé dans la saison 3, voire 4 puisque Netflix en a déjà commandé deux supplémentaires. Ah bon ? Est-ce souhaitable ? A part l’interprétation de qualité, il n’y a pas grand-chose à sauver dans cette seconde salve, parfaitement dispensable.

Bref, on s’en fout. Lorsque la fin est finalement révélée, on se dit : « Mais c’est quoi ce truc ? Tout ça pour ça…» On aura souvent regardé sa montre, en se demandant si on n’a pas perdu 9 heures de notre vie qu’on aurait pu consacrer à autre chose. Passons et oublions. Dommage.

15:49 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/10/2017

MINDHUNTER : dans la tête des tueurs en série

Mindhunter

Série policière dramatique (USA – 2017) de 10 épisodes de 36 à 58’ sur NETFLIX depuis le 13 octobre 2017. Créée par Joe Penhall d’après le livre de John Douglas et Mark Olshaker.

Avec Jonathan Groff (Holden Ford), Holt McCallany (Jim Tench), Hannah Gross (Debbie Mitford), Anna Torv (Wendy Carr), Cotter Smith (chef d’unité Shepard), …

VOIR LA BANDE-ANNONCE OFFICIELLE DE « MINDHUNTER »

PITCH : A la fin des années 70, Holden Ford et Jim Tench, agents du FBI du département des sciences du comportement, décident de décrypter les comportements criminels en allant à la rencontre de tueurs en série…

AVIS : chaque série de David Fincher crée l’événement. Il y a 5 ans, « House of Cards » suscitait l’engouement en proposant 2 points forts : un grand nom du cinéma dans une série (Kevin Spacey) et une série jamais diffusée à la télévision mais sur Internet (Netflix). Pourquoi une série sur les tueurs en série ou plus précisément une plongée dans leurs esprits ? Parce que depuis leur apparition, ces monstres fascinent. Si le phénomène semble principalement américain, l’Europe et le Royaume-Uni ont également connu ce type de personnalités déviantes avec les Dutroux, West et autres Fourniret.

Quand on pense à la carrière de David Fincher, le premier film qui vient à l’esprit est « Seven » voici déjà 21 ans. Ou encore « Zodiac » en 2007. On se rend compte que le sujet fascine également le cinéaste. Autre grand nom attaché à la production de « Mindhunter » : Charlize Theron, lauréate d’un oscar pour son incarnation d’une tueuse en série lesbienne dans le très poisseux « Monster » en 2003. Le cinéma n’a visiblement pas tout dit sur le sujet. Une série télé semble la forme la plus appropriée pour développer la question de manière plus approfondie.

Evidemment, dans le genre, on a déjà eu droit depuis 13 ans à l’inévitable « Esprits criminels » avec son tueur de la semaine. Même « Les Experts » et ses déclinaisons à Miami et New York et bien d’autres ont exploité le filon. Jusqu’à la corde. Souvent sans grandes nuances. En 1996, il y avait bien « Millennium », sans doute la plus proche de la réalité mais trop sombre et trop en avance sur son époque. Dès lors, comment relancer l’intérêt ? En remontant à la source, à l’enfance tourmentée de ces futurs tueurs, à une sorte de chemin exploratoire et psychanalytique au cœur de leur cerveau. Evidemment, les agents de « Mindhunter » se rendront compte que la démarche a quelque chose de profondément déstabilisant, à la limite écœurant. Mais sans trop attendre, elle apporta des informations précieuses au bureau des sciences du comportement, une agence bien réelle.

Dans la réalité, Joe Penhall, créateur de la série, s’est basé sur le livre de John Douglas et Mark Olshaker « Agent spécial du FBI enquête sur les serial killers », sorti fin des années 90 et réédité à l’occasion de la sortie de la série. Véritable légende du FBI, Douglas a rencontré des dizaines de tueurs en série et établi leur profil. Négociateur de prises d’otage et créateur de la première unité de profilage du FBI, Douglas a ouvertement inspiré le personnage de Ford. Avant la série, Douglas avait déjà servi de modèle à l’écrivain Thomas Harris, auteur du « Silence des Agneaux », créant l’agent fictif du FBI Jack Crawford. En France, Stéphane Bourgoin, parti à la rencontre de plus de 70  tueurs en série, fait autorité avec plusieurs ouvrages sur le sujet.

Revenons à « Mindhunter ». Spécialisé dans la négociation face à des preneurs d’otages, le jeune Holden Ford – qui partage une curieuse ressemblance faciale avec le Président français Emmanuel Macron - pense qu’il y a moyen de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête d’un criminel. Son instinct lui dit qu’il y a quelque chose à découvrir sur le plan psychologique. Mais l’époque (fin des années 70) semble peu propice à s’aventurer sur un tel terrain. La série nous le fait comprendre lorsque Ford se retrouve face à des flics expérimentés pour qui les traditionnelles méthodes d’enquête suffisent (indices, interrogatoire des suspects, …). De même que pour les jeunes recrues du FBI à Quantico (Virginie) où tirer et éliminer la cible semble un but en soi. Mais il faudra trouver la validité académique en faisant appel à une spécialiste en psychologique, la froide mais fascinante Wendy Carr (magnifique Anna Torv qu’on avait peu revu depuis la fin de « Fringe »).

Malgré son inexpérience, Ford dispose d’un bagout certain et parvient à convaincre son boss de l’utilité de creuser la question. Il se voit adjoindre Jim Tench, une vieille « bête » plus au fait du comportement criminel. Plus « basique » dans sa réflexion et ses méthodes d’interrogatoire, il représente la police d’avant tout en ayant l’esprit suffisamment ouvert pour participer à la police de demain. En tous cas, il parvient à remettre les pieds sur terre du jeune agent, très (trop ?) idéaliste. Malgré leurs différences, le duo fonctionne plutôt bien. La bonne idée de casting étant d’avoir confié les rôles à de relatifs inconnus, Jonathan Gross a joué dans « Glee » et Holt McCallany, un routinier du genre policier avec diverses séries policières (Les Experts : Miami, Esprits criminels, New York section criminelle)  et 2 films de Fincher (Alien 3, Fight Club).

Dans leur quête de comprendre ce qui se passe dans la psyché des « tueurs à séquence », terme d’abord utilisé avant de trouver celui bien connu de tueurs en séries, réside un vieux fantasme des forces de l’ordre : prévenir ou empêcher les crimes avant qu’ils ne se produisent, comme le proposait « Minority Report » de Spielberg, d’après Philip K. Dick.

Autant vous prévenir, « Mindhunter » n’est pas une série d’action. Tout se passe lentement, pas à pas, comme une étrange ballade au cœur d’un paysage désolé et sans espoir, celui de l’esprit des tueurs en série. La première demi-heure du premier épisode peine à accrocher mais tenez bon. La plupart des scènes baigne dans une couleur jaune et noire, parfois grise. Même les scènes de jour se déroulent dans une grisaille sombre et quasiment déprimante.

Par effet miroir sur les personnages et leurs vies, les relations de couple sont dans cette continuité : ni Ford, ni Tench n’ont de vraies relations épanouies avec leurs compagnes. Ford s’amourache d’une étudiante d’université plutôt manipulatrice et qui s’amuse à le décoincer. Pour quels lendemains ? Tandis que Tench s’efforce de continuer à faire plaisir à sa femme en adoptant un gamin silencieux et visiblement autiste. Quand on observe les portraits de femme peu attirants que dresse la série, on en vient à se demander avec amusement si Fincher n’a pas eu des problèmes avec sa mère, comme les tueurs montrés dans « Mindhunter ».

Bref, pas question de chasser le tueur en série en journée et de rentrer pépère à la maison le soir. Les tueurs qu’il rencontrent affectent leur vie et leurs pensées, comme l’obsession pour les chaussures de femmes du répugnant Brudos. Plus folklorique, l’énorme Ed Kemper se prend d’amitié pour Ford jusqu’à un point insoupçonné qu’on ne spoilera pas ici. D’autres dingues viennent compléter la galerie, avec une forme d’humour noir sous-jacent bienvenu pour égayer la lourdeur du propos.

Composée de 10 épisodes de durée variable, « Mindhunter » n’a pas encore livré tout son potentiel et c’est tant mieux. Très maîtrisée, cette première fournée d’épisodes se laisse voir avec grand intérêt, sans tomber dans la déprime à la fin de la vision. La recréation de cette période des années 70 tient de la perfection, tout est pensé dans les moindres détails, des costumes aux voitures, en passant par les technologies et les décors. Au début de presque chaque épisode, un étrange type à moustache, installateur de systèmes de surveillance, rôde dans des maisons. Qui est-il ? Que veut-il ? Patience… Enfin, mention spéciale à la musique de Jason Hill, parfaitement dans le ton et envoûtante à souhait.

12:21 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |