31/01/2010

MAD MEN – Les sixties et la pub à la loupe humaine…

MAD MEN_imdb

USA / 2007 à 2015 (7 saisons : 92 épisodes en 2012, à raison de 13 épisodes chacune – Fin en mai 2015). Série dramatique créée et écrite par Matthew Weiner.

Avec Jon Hamm (Don Draper), Elisabeth Moss (Peggy Olson), Vincent Kartheiser (Pete Campbell), Christina Hendricks (Joan Holloway), Bryan Batt (Salvatore Romano), January Jones (Betty Draper), Michael Gladys (Paul Kinsey), John Slattery (Roger Sterling), Aaron Statton (Ken Cosgrove), …

Intégrale disponible en dvd et Blu-Ray.

Photo : © AMC Television - LIONSGATE - www.imdb.com

Voir ici le superbe générique de "MAD MEN" (sur YouTube) :

SCENARIO : A New York en 1960, Don Draper, mystérieux et très talentueux agent publicitaire, travaille pour Sterling & Cooper, une grande agence de pub située sur Madison Avenue. Responsable d’une équipe de créatifs, il mène une vie trépidante ponctuée par le tabac, le sexe, l’alcool, … Ses collègues, parmi lesquels Peggy Olson et Pete Campbell, se révèlent très ambitieux. Il faut aussi composer avec les exigences de Roger Sterling, l’un des patrons. L’agence travaille pour faire la publicité de compagnies aériennes, d’articles de beauté mais aussi sur la campagne présidentielle de Richard Nixon, l’occasion de se frotter à la « Kennedy mania », …

COMMENTAIRE : Due à l’imagination du scénariste Matthew Weiner (qui a déjà montré l’étendue de son talent en écrivant pour « The Sopranos »), « Mad Men » nous plonge au coeur des années 60, les « Golden sixties » comme on les appelait, symbolisées par les costards stylés, les coiffures choucroute, les grosses cylindrées, les grosses moquettes, l’alcool, le tabac, …

Subtile critique de la société de consommation, « Mad Men » (double jeu de mots, à la fois pour signifier « les dingues » mais aussi les hommes de Madison avenue, là où se trouvent les grandes agences de pub à New York) décortique à la loupe - au plus près des émotions - comment on vivait et travaillait dans les milieux publicitaires de 1960. Plusieurs épisodes montrent bien comment créer des publicités pour pousser les gens à consommer des produits dont ils n’ont pas spécialement besoin…

A cet égard, Don Draper, le personnage principal, est en tous points fascinant. Tiraillé entre son ambition, ses obligations professionnelles et sa vie de père de famille, c’est un homme complexe et qui joue sur les apparences (on apprendra, au terme de la saison 1, qu’il cache un lourd secret). L’acteur Jon Hamm, vu dans la série d’action « The Unit », apporte une grande densité et humanité à cet homme a priori peu sympathique et guère plus attachant. Pourtant, ses regards et ses attitudes corporelles, mêlées de doutes et d’intenses silences, sont extrêmement…éloquents. Du grand art, voilà un acteur qui n’en fait pas des tonnes et n’a pas besoin d’artifices pour montrer qu’il sait jouer (a contrario, par exemple, David Caruso et ses lunettes noires dans « Les experts : Miami » qui, désolé, je vais faire hurler les fans, ne mérite pas son succès. Mais bon, c’est vrai quoi, comment prendre au sérieux une série où la morgue ressemble à une boîte de nuit flashy ? Et puis, la plupart des acteurs ont le charisme d’une carpette, sauf peut-être Eric Delko, relativement attachant. Enfin, je m’égare, revenons à notre sujet).

« Mad Men », c’est aussi une superbe critique sociale de l’époque, montrant bien que les femmes d’alors sont peu considérées : le machisme règne en maître, tant dans les foyers que dans les relations professionnelles. Le personnage de Peggy Olson en sait quelque chose. Pourtant, elle prend de plus en plus d’assurance au cours de la saison 2, gagnant progressivement l’estime de ses collègues masculins.La société patriarcale en prend aussi pour son grade au travers de la vie privée de Don Draper, mari adultère, peu présent pour ses enfants, peu aimable et peu aimant envers son épouse pourtant très dévouée. Là aussi, sa femme ne va pas accepter les extravagances répétées de son mari et dès la saison 2, la vie de Don va basculer vers des chemins qu’il ne soupçonnait pas.

Le générique de la série illustre parfaitement les états intérieurs de cet étrange « héros », montrant un homme en costume cravate qui tombe d’un immeuble, croisant dans sa chute les symboles de la société de consommation : les publicités. Si vous avez des problèmes d’alcool et de tabac, passez votre chemin, ce ne sera pas une série qui vous fera arrêter, au contraire : elle baigne dans une atmosphère presque tout le temps enfumée et imbibée d’alcool, insistant sur la manière dont les contrats publicitaires se réglaient à cette époque, autour d’un – pour ne pas dire de nombreux ! – verres de whisky.

Pour toutes ces raisons, « Mad Men » est une des séries les plus passionnantes et intelligentes de ces dernières années, brillamment interprétée et écrite. Le rythme lent de certains épisodes ne doit pas vous dérouter, il faut se laisser happer avec bonheur car la richesse et la densité des personnages, la reconstitution de l’époque, les costumes, … tout cela constitue un must.

Côté coulisses : au départ de sa diffusion aux USA, en juillet 2007, la série ne fut pas fort regardée (moins de 2 millions de téléspectateurs sur la chaîne câblée AMC qui diffuse aussi les excellentes "Breaking Bad" et "The Beast"). Mais elle trouva ensuite peu à peu son public, grâce aux excellentes critiques et aux nombreux prix remportés (dont 4 Golden Globes, sorte de prix de la presse étrangère, 34 autres prix et 63 nominations sans oublier plusieurs  Emmy Awards, les oscars de la télé dont un pour Jon Hamm comme meilleur acteur). Aujourd'hui, la saison 3, encore inédite en Europe (février 2010) est une des plus téléchargées sur internet.

Saison 1 disponible à la vente en dvd à partir du 9 février 2010. Si vous êtes équipés, préférez le blu-ray pour profiter pleinement des splendides couleurs et des décors, afin de rendre hommage au génial travail du directeur de la photographie.

MAD MEN – Saison 3 : un grand cru !

 

Mad Men 3.jpgPhoto : © www.imdb.com

 

Trop lent, trop contemplatif, trop froid, trop daté, … Vous n’aimez pas « Mad men » ? Eh bien, dommage pour vous car c’est vraiment une série de grande qualité. Probablement ce qui s’est fait de mieux à la télé ces dernières années avec « The shield », « Oz », « Six feet under » et « Les Soprano ». C’est d’ailleurs un ancien scénariste de cette dernière série, Matthew Weiner, qui a créé « Mad Men ». La reconstitution du quotidien de créatifs dans une agence de pub new yorkaise  au début des années 60 y est vraiment remarquable (lire aussi la critique des saisons 1 & 2 ci-dessus).

 

Lors de cette 3ème saison, tout s’accélère pour Don Draper (formidable Jon Hamm), le responsable du secteur créatif de l’agence de pub Sterling & Cooper. Celle-ci a été rachetée par une agence britannique qui décide de faire des économies en licenciant du personnel, mondialisation oblige. Cela vous rappelle quelque chose ?  Le mérite de cette série réside justement dans une brillante analyse du passé qui nous permet de mieux comprendre le présent. Malheureusement, l’histoire a souvent la fâcheuse manie de se répéter.

 

Ne sachant plus trop où il en est suite à cette ambiance détestable sur son lieu de travail, Don décide de travailler en parallèle comme indépendant et rencontre Conrad Hilton, le célèbre magnat de la chaîne d’hôtels. Tout se passe à la fin de 1963 et la série met également en avant l’assassinat du Président John « JFK » Kennedy. Quand on parlait des échos dans la réalité…

 

Pour ceux qui reprochent à « Mad Men » d’être trop lente, la critique a visiblement été entendue par les scénaristes et producteurs. En effet, on observe une accélération du rythme, à tel point que les événements vont crescendo jusqu’au final, époustouflant. Don a du mal à continuer sa vie de couple, la trouvant morne et ennuyeuse. Même s’il aime sa femme, il ne peut s’empêcher de jeter son dévolu sur une institutrice et retombe dans l’adultère.

 

Côté boulot, lors d’une fête un peu trop arrosée, un employé se voit sectionner les bouts de pied par un mini-tracteur tondeuse à gazon dont une secrétaire perd le contrôle. Atroce. Un moment qui nous fait comprendre toute la cruauté que peut réserver la vie. Les big boss se comportent comme des enfants gâtés qui considèrent leurs employés comme des choses uniquement destinées à servir leurs fins.

 

Ce qu’il y a de très bien aussi dans « Mad Men », c’est que les femmes n’y sont pas dépeintes comme des potiches idiotes et serviles mais comme des femmes fortes, indépendantes, sûres de leur émancipation et dans les mains desquelles les hommes ne sont finalement que des jouets. Toutes se battent et ne s’en laissent pas compter : que ce soit Betty, la femme de Don ; Peggy Olson, la jeune publicitaire qui, depuis la saison 1, a pris du galon et dirige à présent une équipe d’hommes ou encore Joan Harris, flamboyante rousse, à la fois tendre et cruelle.

 

Au final, Don essaye de recoller les morceaux de son couple qui part à la dérive tout comme son boulot. Que va-t-il devenir ? On pourrait juger le personnage antipathique et complètement coupé de ses émotions mais son passé mystérieux le rend particulièrement intéressant, voire attachant. Une belle prouesse de la part des scénaristes car a priori, le bonhomme n’a rien d’aimable. Que du contraire. Difficile de le juger quand on découvre, lors de brefs flashbacks, les événements particulièrement traumatisants qu’il a vécu enfant. La série s’achève sur un homme au croisement de sa vie dans une très belle scène de clôture. Du grand art.

 

UN TRAILER DE LA SAISON 3 de "MAD MEN" (sur You Tube)

 

MAD MEN - Saison 4 : une belle enveloppe dans une coquille vide

Mad Men 4

Photo : © www.amazon.fr / AMC

USA – 2011 (Saison 4 comprenant 13 épisodes d’environ 46’ chacun)

Après une 3ème saison assez remarquable, la saison 4 de « Mad Men » marque des premiers signes d’essoufflement. Qui est Don Draper ? C’est autour de cette question que se déploie cette nouvelle fournée d’épisodes, plutôt ternes dans l’ensemble.

Suite à un divorce douloureux et des relations tendues avec son ex-femme Betty, Don Draper tente de se reconstruire : il diminue sa consommation d’alcool, fait de la natation et se découvre une conscience en écrivant un mémo contre le lobby du tabac (cela nous rappelle un certain Tom Cruise dans « Jerry Maguire » en 1996 qui, là, se fendait d’une critique acerbe du milieu des agents sportifs). A cet égard, le meilleur épisode est sans doute le 8ème : Eté 65  (The Summer man) où le spectateur se retrouve quasiment dans la tête et les émotions que ressent Don Draper. Là, chapeau.

Autre changement notable chez le Directeur créatif de l’agence Sterling Copper Draper Pryce, Don entame aussi une nouvelle relation amoureuse avec le Dr. Faye, une jolie blonde, à la fois sensible et intelligente. Jusqu’à ce que les événements bifurquent vers autre chose… En parallèle, la protégée de Don, Peggy Olson, gagne en indépendance et en profondeur. Quant au reste des personnages, ils vont et viennent ; ne suscitant qu’indifférence polie. Sauf peut-être Sally, la gamine de Don, qui offre un portrait triste et désenchanté de l’enfance ballotée entre des parents qui se déchirent.

Cette 4ème saison esquisse également les soubresauts financiers et économiques qui peuvent menacer l’existence même d’une agence publicitaire, aussi prestigieuse soit-elle, quand Sterling Cooper Draper Pryce perd coup sur coup plusieurs clients importants dont l’historique Lucky Strike. La réflexion ne va pas bien loin, se contentant de nous montrer des patrons en train de pleurnicher et qui n’y croient plus. Des gamins qui ont vu leur jouet se casser à force d’avoir trop tiré sur la ficelle…

Difficile d’éprouver la moindre sympathie pour Roger Sterling, le patron de l’agence, personnage antipathique et particulièrement lâche qui rappelle certains hommes de pouvoir actuels qui ne prennent pas leurs responsabilités. Mais bon, on ne va pas faire comme si on découvrait le bonhomme qui avait déjà démontré toute l’étendue de sa veulerie et de sa méchanceté dans les saisons précédentes. Au pire, un sale type qui n’a que ce qu’il mérite. Au mieux, un pauvre gars qui mérite à peine notre compassion.

Ce qui dérange dans cette saison, c’est l’impression de profonde vacuité. Les choses se passent – ou pour être plus précis ne se passent pas – et autour de là, les scénaristes brodent une série de cartes postales où les personnages posent (mais ça aussi, on le savait déjà) et restent figés, froids, vides. L’absence d’humour - hormis un peu d’humour noir (la mort de la vieille secrétaire de Don… sur son lieu de travail : symbolique !) - ne plaide pas en faveur de cette saison 4, également marquée par un certain ennui.

La fin de saison se révèle uniformément décevante, certainement dans la tournure que prennent les relations amoureuses de Don Draper. Bof bof bof. Comme toujours, la reconstitution est impeccable (costumes, accessoires, voitures, décors) et les images sont magnifiques (à voir en Blu-Ray). Mais « Mad Men » est devenue maître à sauver les apparences : du beau pour cacher du creux. Une belle coquille vide en somme. Triste évolution. Espérons que la 5ème saison sera d’un meilleur niveau.

MAD MEN – Saison 5 : l’âge de la maturité

Diffusée début 2013 sur BE TV (ex-Canal + Belgique). Disponible à la vente en dvd depuis le 21 octobre 2013.

Mad Men season 5

Photo : © Lionsgate - AMC Television - Matthew Weiner - lesaccrosauxseries1.wordpress.com

 

VOIR LE TRAILER DE LA SAISON 5 DE "MAD MEN"

 

 

Après une fin de 4ème saison plutôt décevante, « Mad Men » revient avec plus d’inspiration et nous plonge au cœur de la nouvelle relation qui unit Don Draper (Jon Hamm) et sa nouvelle femme Megan (Jessica Paré). Le fil rouge de cette saison se centre sur les joies mais surtout les déceptions, les aléas et les interrogations au sein de leur couple.

En parallèle, les personnages de Peggy (Elisabeth Moss) et Pete (Vincent Kartheiser) évoluent vers de nouveaux horizons : l’une déçue par sa carrière chez Sterling Cooper et l’autre au centre d’une intrigue de cœur plutôt inhabituelle pour un personnage qu’on trouvait odieux jusqu’alors. Lane Pryce, le british assez coincé, va connaître un revirement de situation assez étonnant. Quant à Roger Sterling, il reste le goujat qu’il était même s’il tend à s’humaniser quelque peu.

Portrait désenchanté de l’Amérique des créatifs publicitaires des années 60, « Mad Men » reste brillamment écrite, interprétée et filmée, arrivant à maintenir l'intérêt autour de ses personnages et des péripéties qu'ils traversent. Un seul regret, les paysages en panneaux des bureaux de l’agence Sterling/Cooper/Draper/Pryce font assez "cheap" malgré qu’ils soient le reflet de cette époque.

Aux dernières nouvelles, « Mad Men » se terminera au terme de sa 7ème saison. On attend de voir si le niveau de la qualité se maintiendra.

SAISON 6 : en route vers la modernité

Mad men season 6

© AMC Television - Lionsgate

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 6 (Sur You Tube)

Lors de cette 6ème et avant-dernière saison, les personnages évoluent vers la modernité, ils traversent les années "Vietnam" et Nixon (dont l'agence de pub a fait la campagne en 1960 face à Kennedy). Nous sommes en 1968. Le monde d'espoir promis par Kennedy semble perdu, nous dit en substance cette 6ème salve d'épisodes, marquée par un ton désabusé. 

A nouveau, on suit les tourments de Don Draper qui va de plus en plus mal. Comme pour renouer avec la 1ère saison, le rythme se veut lent, parfois trop lent. Quitte à donner l'impression de tourner en rond. 

D'intéressants flashbacks nous le montrent jeune ado, évoluant dans un bordel durant les années de la Grande Dépression. On en apprend encore un peu plus sur sa jeunesse tourmentée et sa fuite éperdue de la misère. Malgré son opulence (voitures, costumes, maison, compte en banque bien garni), ses relations avec sa nouvelle femme s'effondrent. Et évidemment, Don renoue avec ses vieux démons : alcool et adultère.

Les autres personnages n'ont pas une évolution plus glorieuse et tous portent leur croix, allant de frustrations en désillusions. Les enfants de Don Draper évoluent eux aussi et grandissent. Malgré son apparent désintérêt pour sa progéniture et sa sévérité à leur égard, Don montre pourtant une tendresse évidente, surtout pour sa fille. C'est sur ce beau et dernier sentiment que se termine cette 6ème fournée honorable, sans doute moins forte dramatiquement que les précédentes mais non dépourvue de moments intéressants.

La saison 7 sera la dernière, divisée en 2 parties et diffusée à quelques mois d'intervalle aux USA.

19:20 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/01/2010

NOWHERE MAN – L’HOMME DE NULLE PART – Ces séries télé qui n’ont pas fait long feu…

USA – 1995-96 (1 saison – 25 épisodes). Série d’aventures de Lawrence Hertzog et Art Monterastelli.

Avec Bruce Greenwood (Thomas Veil), Megan Gallagher (Alyson Veil), Ted Levine (Dave 'Eddie' Powers), Jamie Rose (Claire Hillard), Maria Bello (Emily Noonan).

Existe en dvd (zone 1, USA), diffusé sur Canal + Belgique en 1997/98 et sur RTL-TVI dans les années 2000. Photo : © www.imdb.com/nowhere man

Nowhere man - imdb

VOIR LE GENERIQUE DE "NOWHERE MAN' (en vo sans sous-titres sur You Tube)

SCENARIO : Thomas Veil travaillait comme photographe de presse et tout se passait bien pour lui. Mais un jour sa vie bascule : sa femme ne le reconnaît plus, ses cartes de crédit sont annulées, jusqu’à son identité. Tout cela parce qu’il a fait une photo de militaires, montrant une exécution dans un pays du Tiers-Monde. Un puissant groupe secret veut les négatifs. Thomas doit fuir tout en essayant de faire la vérité sur les événements troublants qui viennent bouleverser sa vie…

COMMENTAIRE : Curieuse série que « Nowhere man ». Baignant dans une atmosphère de paranoïa extrêmement bien rendue, elle n’aura duré qu’une courte année, sans doute trop déconcertante pour un public américain habitué à des produits plus formatés. Basée sur la même trame que « Le Fugitif » (un homme injustement accusé n’a de cesse de prouver son innocence), « L’homme de nulle part » prend pourtant ses distances face à son illustre prédécesseur. Plutôt que de nous refaire le coup du brave gars qui aide son prochain (comme l’avait d’ailleurs repris à l’envi « L’incroyable Hulk »), la série prend un tout autre virage, axé sur la conspiration et où, à chaque épisode, Thomas en découvre un peu plus sur les commanditaires qui veulent sa perte.

Ensuite et surtout, la série illustre à merveille la question du réel : est-ce que les événements qui arrivent à Thomas sont bien tels qu’il s’en souvenait ? Peut-il faire confiance à ceux qui lui proposent de l’aider ou vont-ils le trahir ? Dérangeant et interpellant, « Nowhere man » distille avec un sens consommé du suspense les pièces du puzzle, épisode après épisode. Jusqu’au final, totalement imprévisible, où toutes les clés du mystère, sont dévoilées.

Une série exemplaire à ce niveau, tant la narration, le jeu des acteurs et la mise en scène se révèlent de grande qualité (derrière la caméra, on retrouve Tobe Hooper, réalisateur de « Massacre à la tronçonneuse »). Chapeau à la direction de la photographie qui arrive à merveille à reconstituer les émotions de Thomas en jouant sur les zones d’ombre et de lumière. Pour coller au mieux à la paranoïa ressentie par le personnage principal, Mark Snow (auteur du générique de « X-Files » et « Millennium ») a composé une musique particulièrement mémorable et aux accents stressants.

Dans le rôle principal, Bruce Greenwood est impeccable, il poursuivra sa carrière dans plusieurs films comme « Treize jours » où il campait le Président John Fitzgerald Kennedy durant la crise des missiles de Cuba, aux côtés de Kevin Costner. On a pu le revoir récemment, dans le rôle de Christopher Pike, dans « Star Trek » (dernier film de J.J Abrams, créateur/producteur de « Lost »). Au fil des épisodes, on croise aussi plusieurs visages connus du petit écran comme Dwight Schultz (Looping dans « Agence tous risques »), Dean Stockwell (Al, l’hologramme de Code Quantum »), Bryan Cranston (Walt White de « Breaking Bad ») ou encore la délicieuse Maria Bello (« Urgences », « Assaut sur le commissariat 13 », « History of violence » de David Cronenberg).

Du côté des scénaristes, Lawrence Hertzog, décédé en avril 2008 d’un cancer, avait déjà une belle carrière derrière lui en ayant écrit pour de nombreuses séries comme « Rick Hunter, « Nikita », « Le juge et le pilote », « 24 heures chrono », « Raven » ou plus récemment, « Painkiller Jane ». Espérons que la série sortira un jour en dvd en VO et en français, elle le mérite, c’est un must qui prouve que qualité n'est pas égale à quantité.

Rendons enfin justice à la version française où Emmanuel Jacomy a réalisé un travail remarquable en prêtant sa voix à Bruce Greenwood. C’est aussi lui qui est la voix française de Pierce Brosnan dans les James Bond.

PRISON BREAK - Chronique d'une mort annoncée - A ne PAS voir…

prison_break_RTL-TVI.beUSA – 2005-2009 (4 saisons – 81 épisodes). Série d’action et de suspense créée par Paul T. Scheuring. Avec Wentworth Miller (Michael Scofield), Dominic Purcell (Lincoln Burrows), Amaury Nolasco (Sucre), Sarah Wayne Callies (Dr. Sara Tancredi), Robert Knepper (T-Bag), Wade Williams (Brad Bellick), William Fichtner (Alexander Mahone), Paul Adelstein (Paul Kellerman), Jodi Lyn O’Keefe (Gretchen Morgan), Rockmond Dunbar (C-Note), Stacy Keach (Henry Pope), Anthony John Denison (Aldo Burrows). Intégrale disponible en dvd + en vente à l’unité. Photo : copyright : www.serieevenement.be (RTL-TVI.be). Saison 4 visible dès janvier 2010 sur RTL-TVI (2 épisodes chaque mercredi soir).

SCENARIO : Lincoln Burrows, frère aîné de Michael Scofield, a été injustement condamné à mort. Afin de le faire libérer, Michael se fait arrêter. Au sein de la prison, il découvre un univers sans pitié où tous les coups sont permis. Commence une course contre la montre pour s’évader et prouver l’innocence de son frère…

COMMENTAIRE : Voilà l’exemple type de la série qui n’a pas su s’arrêter à temps. Lors de sa diffusion sur FOX TV aux USA, « Prison Break » connut un succès suffisant pour que la chaîne fasse pression sur les producteurs et leur demande d’allonger la durée de vie de la série, initialement prévue sur deux années.

Si la 1ère saison était vraiment palpitante, bien menée tant sur le plan du suspense que du récit, cela commençait à sentir le réchauffé lors de la 2ème, plutôt bonne dans son ensemble mais où certains personnages passaient à la trappe de façon plutôt mal amenée. Pas mal d’éléments rappelaient « Le Fugitif » : course-poursuite haletante, T-Bag qui n’a qu’un bras, clin d’œil au manchot que recherche le Dr. Kimble, justice aveugle, policier obsédé par la capture de ceux qu’il pourchasse, … Regrettons cependant les scènes de torture de Paul Kellerman sur le Dr. Tancredi. A croire que la torture est la marque de fabrique des séries FOX quand on regarde « 24 heures chrono », autre fleuron du network.

Dès sa 3ème saison, la qualité n’était plus vraiment au rendez-vous. Complots et espionnage sur fond de prison au Panama faisaient plus penser à un film de série b où toute vraisemblance est abandonnée au profit de l’action et du spectaculaire pour le spectaculaire.

Lors de la 4ème année, il faut reconnaître qu’on assiste à un véritable fiasco ! Rebondissements absurdes, scénario guère inspiré et qui part dans tous les sens, méchants très très méchants, personnages incohérents dans leurs comportements (Bellick et T-Bag sont à cet égard des exemples frappants) et un Michael Scofield plus trop dans le coup (l’acteur Wentworth Miller, visiblement fatigué par son rôle, a pris au moins 10 kilos et souffle comme un phoque dans les scènes un peu physiques. Pathétique).

Si « Prison Break » demeure un agréable divertissement sans prétention, cette série a malheureusement le défaut, sur la fin, de prendre son public pour des crétins. Il n’y a qu’à voir le final de la saison 4 pour s’en convaincre. Si vous avez du temps à perdre... Les amateurs de qualité passeront leur chemin ou s’arrêteront à la fin de la saison 2, histoire de garder un bon souvenir de ce qui aurait pu être une série mémorable. Ou mieux, riront en voyant la parodie de la série dans un épisode, mémorable lui, des « Simpson ».

Tous ces éléments font penser que « Prison Break » aurait pu garder un niveau de qualité si ses créateurs s’étaient arrêtés à temps, sans céder à la loi de l’audimat et de l’argent facile.

Voir ici une interview des acteurs Wentworth Miller et Sarah Wayne Callies, issue du "Morning Show" de FOX 11 (! Version originale, parlé en américain et sans sous-titres) , provenant de "you tube" :