19/02/2010

"ESPRITS CRIMINELS » (CRIMINAL MINDS) : Quand les experts de l’âme traquent les tueurs en série

Série créée par Jeff Davis.USA - 2005 à nos jours (toujours en cours de tournage : 9 saisons).

Avec Thomas Gibson (Aaron « Hotch » Hotchner), Joe Mantegna (David Rossi), Matthew Gray Gubler (Dr. Spencer Reid), Shemar Moore (Derek Morgan), Kirsten Vangsness (Penelope Garcia), A.J. Cook (Jennifer « JJ » Jareau), Paget Brewster (Emily Prentiss), Mandy Patinkin (Jason Gideon : saisons 1 et 2), Lola Glaudini (Elle Greenaway, saisons 1 et 2).

Saisons 1 à 8 disponibles en dvd à la vente, diffusées sur RTL-TVI (Belgique) et TF1 depuis 2006.

Esprits criminels_IMDB

Photo : copyright : imdb.com 

SCENARIO : Des tueurs en série sévissent sur l’ensemble du territoire américain. Pour les retrouver, le FBI dispose, à Quantico (Virgnie), du Département des Sciences du Comportement (en anglais, le BAU ou Behavorial Analysis Unit : unité spécialisée en analyse du comportement). Cette équipe de « profilers » se compose de plusieurs personnalités complémentaires :

- Aaron Hotchner, responsable de l’unité spéciale du BAU, un agent taciturne et qui ne fait pas dans l’émotionnel ;

- Jason Gideon, profiler très efficace et instructeur au centre de formation du FBI à Quantico (ensuite remplacé, à la fin de la saison 2, par David Rossi, professeur et auteur de plusieurs livres à succès sur les tueurs en série) ;

- Elle Greenaway, experte en crimes sexuels (ensuite remplacée, durant la saison 2, par Emily Prentiss) ;

- Derek Morgan, homme d’action et tireur hors pair ;

- le Dr. Spencer Reid, jeune prodige capable de lire et de mettre en perspective une masse importante d’informations en un temps record ;

- Penelope Garcia, génie de l’informatique ;

- « JJ » Jareau, agent de liaison du Département (à mon avis, un personnage assez fade, la blonde de service, on se demande un peu ce qu’elle fait là. On préférera de loin Garcia, pas très jolie mais exubérante et nettement plus intelligente).

A chaque signalement de meurtres en série, l’équipe se lance aux trousses des tueurs en ayant pris le soin d’établir un profil et un mode opératoire de ces criminels très particuliers. Leurs enquêtes les mènent aux quatre coins des Etats-Unis. 

COMMENTAIRE : « Esprits criminels » fait partie des rares séries du moment qui, avec « Dexter », osent aborder de front la question des tueurs en série, phénomène qui fait souvent la une des medias ces dernières années. A ce jour, hormis la très glauque « Millennium » (1996-99) et la plus récente « Dexter » (lire aussi le commentaire sur ce blog), peu de séries ont abordé ce genre avec autant de franchise. Ancrée dans la réalité, « Esprits criminels » passionne autant qu’elle dérange puisqu’elle se base sur une véritable unité de profilers du FBI dont elle reprenait, à ses débuts, plusieurs données statistiques (par exemple, il y a autant de tueurs en série sur le territoire américain, etc.).

Dérangeante, elle l’est aussi en ce sens où les crimes montrés sont à la fois sordides et fascinants. Nous assistons à l’horreur et pourtant, nous voulons comprendre ce qui se passe dans la tête de ces tueurs en série. Sans aller jusqu’à se mettre dans leur peau (comme le fait si bien « Dexter », plus axé sur la manipulation), l’équipe de profilers arrive pourtant à établir une cartographie de la psychologie de chaque tueur et à retrouver sa trace, persuadée qu’il commettra la faute de trop qui l’amènera à se faire arrêter ou dans les cas les plus extrêmes, à se faire tuer.

Les deux premières saisons bénéficiaient de la présence du très charismatique et énigmatique Gideon (campé par l’excellent Mandy Patinkin, vu dans les séries « Dead like me » et « Chicago Hope »). En raison de désaccords liés à l’évolution de la série et de son personnage, l’acteur a claqué la porte au terme de la 2ème saison et a rapidement été remplacé par Joe Mantegna, acteur intéressant quoique plus passe-partout.

Hélas, « Esprits criminels » boit la tasse durant sa 3ème année, notamment en raison de la crise des scénaristes qui éclata à Hollywood en 2007 et dura plusieurs mois. Cela eut pour effet de ralentir considérablement l’écriture des scénarios et les tournages. On constate alors que le feuilleton peine à se renouveler, la plupart des épisodes se révélant médiocres, tant dans leurs intrigues que dans leur déroulement. Il fallait parer au plus pressé. Comme quoi, ce qui se passe en coulisses a parfois des répercussions néfastes à l’écran. Le départ de Mandy Patinkin n’arrange rien à l’affaire puisque la série marchait surtout grâce à sa présence.

Les producteurs se retrouvent face à un défi : va-t-on encore pouvoir attirer le public si l’acteur principal n’est plus là ? Peut-on encore faire de l’audience grâce à notre concept ? Et là, bingo, le miracle opère : de par son sujet attractif, « Esprits criminels » arrive à se ressaisir et se voit renouvelée pour une 4ème saison qui repart sur les chapeaux de roues. L’intelligence des producteurs et des scénaristes aura été de plus axer les scénarios sur l’unité de l’équipe, chacun agissant comme dans une véritable famille, veillant à tour de rôle sur leurs collègues, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Autre bonne idée et nouveau point fort dès la saison 4 : le développement plus marqué de la personnalité et du passé de chaque personnage. Ils auraient pu rester figés dans leur spécialité (Hotch le référent, Morgan le musclé, Reid le génie, Rossi le professeur, etc.) mais heureusement, ces personnages évoluent par petites touches. Au fil des épisodes, la psychologie de chaque membre de l’équipe se dévoile peu à peu, en particulier les personnages de Hotch, Morgan, Reid et Garcia. Il y avait déjà quelques éléments révélateurs durant les saisons 2 et 3 mais assez superficiels, la priorité étant axée sur l’enquête et sa résolution.

Désormais, on sent que chaque personnage « vit » son job et que cela mine à la fois sa santé mentale et son bien-être dans sa vie de tous les jours : à la fin de la saison 4, le pourtant costaud Morgan révèle qu’il n’en peut plus de voir autant d’atrocités (durant la saison 2, on découvrait déjà qu’il avait grandi dans des quartiers pauvres de Chicago) ; Hotch se consacre corps et âme à son métier mais sa vie familiale en pâtit, il lui devient de plus en plus difficile de cacher ses émotions ; Garcia cherche l’amour et subit une brutale agression qui l’amène à remettre en cause tout son système de valeurs ; en mission, le jeune Spencer Reid est victime d’un kidnapping qui l’amène à revivre des moments douloureux de son enfance. Dans sa vie privée, sa mère est placée dans un sanatorium et il éprouve des difficultés à s’en occuper.

Gideon lui-même n’en peut plus de vivre cette vie de traque de tueurs malades et pervers, ce qui l’amène à fuir sans donner plus d’explications à ses collègues (fin de la saison 2 et début de la saison 3). A côté de cela, les personnages des femmes sont bien campés : Elle, Emily, JJ et Garcia sont fortes, capables de rivaliser d’intelligence et d’ingéniosité avec leurs collègues masculins, ce ne sont pas des potiches reléguées au rayon de faire-valoir pour machos.

Afin d’éviter le côté répétitif dans la structure de chaque épisode qui pourrait l’amener au schéma « le tueur de la semaine », la production a, dès le départ, varié les profils même si la plupart des scénarios se centrent sur de violents tueurs en série. Parmi les « affreux » des épisodes suivants, l’équipe doit aussi affronter des pyromanes, des snipers, des kidnappeurs, des terroristes et même des espions de la CIA, ... Point commun avec les tueurs en série : ils font un grand nombre de victimes.

Sans excuser leurs gestes, les scénaristes nous montrent aussi que certains tueurs le sont pour diverses raisons : psychanalytiques, traumatiques, familiales, ... S’ils ne sont pas forcément mauvais ni sadiques, ces criminels malgré eux se retrouvent embarqués dans ce rôle car ils cherchent à résoudre leurs problèmes mais ne trouvent pas nécessairement l’aide dont ils ont besoin. Ce qui les pousse à commettre l’irréparable. Exemples : de bons pères de famille peuvent devenir de violents tueurs de la route (Mitch Pileggi, connu comme l’ancien chef Skinner des agents Mulder et Scully de « X-Files », dans l’épisode 11 de la saison 4) ou des enfants ayant vécu un traumatisme violent, une fois devenus adultes, tuent sans le vouloir ceux qui croisent leur route (Sean Patrick Flanery, autrefois le jeune « Indiana Jones » de la série de 1993, vu ici dans le 2ème épisode de la saison 5).

Malgré ces qualités, constatons que dans le déroulement de chaque histoire, hormis quelques rares épisodes, la structure est assez identique d’une semaine à l’autre (c’est un « formula show », une série qui fonctionne sur le même canevas, semaine après semaine) : le tueur commet un crime, l’équipe établit son profil, elle se lance à sa poursuite et enfin l’arrête. Merci, au revoir et à la semaine prochaine.

A y regarder de plus près, « Esprits criminels » est tout autre chose qu’une banale lutte du bien contre le mal. Episode après épisode, nous découvrons les personnalités complexes et en demi-teintes des « bons » comme des « mauvais ». En cela, cette série mérite d’être vue et revue, car elle se révèle plus riche qu’une première vision pourrait le laisser croire.

A ceux qui trouvent qu’elle est racoleuse, de mauvais goût et flatte le goût du sang des masses, il faut y voir, comme chez « Les experts », un moment privilégié où le téléspectateur se rassure puisque les méchants sont presque toujours arrêtés. Nous avons besoin, dans nos vies presque tranquilles, de sentir que le crime sera puni et en même temps, nous sommes effrayés à l’idée que, nous aussi, pourrions franchir la ligne. Tout peut basculer d’un jour à l’autre. Seul bémol, « Esprits criminels » distille aussi un discours parfois trop orienté sur la sécurité, mettant de côté le travail mené par les psychothérapeutes, médecins et autres assistants sociaux. Les flics sont le dernier recours, le dernier rempart.

Mais bon, ne gâchons pas notre plaisir. Espérons qu’elle pourra continuer à se renouveler et ne sombrera pas dans la répétition comme « Les Experts », ce qui est malheureusement souvent le destin de ce genre de séries. Les premiers épisodes de la saison 5 laissent présager d’excellentes histoires à venir.

Enfin, on observe une tendance ces derniers mois dans les séries qui rencontrent un succès inattendu auprès du public international : celui-ci semble se lasser des releveurs d’empreintes et d’ADN, aspirant à un retour à l’humain. En ce sens, cela explique le succès de séries comme « Esprits criminels » qui sont en quelque sorte des « experts de l’âme » mais aussi d’autres comme « The Mentalist » et « Lie to me » où les réactions humaines sont observées et analysées pour faire toute la lumière sur les affaires criminelles en cours (lire aussi les autres articles consacrés à ces séries sur le même blog). Une nouvelle tendance ? L’avenir nous le dira.

Site internet officiel de la chaîne CBS qui diffuse la série aux USA (chaîne qui diffuse aussi "Les Experts" et les stoppées "Cold Case", "FBI : portés disparus", "Numbers", ...) :

http://www.cbs.com/primetime/criminal_minds/

19:18 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.