22/02/2010

« LIFE », la vie selon un flic zen

Life tv show© NBC Television

USA - 2007 à 2009 : 32 épisodes (2 saisons). 

Série policière et dramatique créée par Rand Ravich. 

Avec Damian Lewis (Charlie Crews), Sarah Shahi (Dani Reese), Adam Arkin (Ted Earley), Brooke Langton (Constance Griffits, l’avocate de Charlie), Jennifer Siebel Newsom (Jennifer Conover, l’ex-femme de Charlie), Donal Logue (Capitaine Kevin Tidwell), ...

Saisons 1 et 2 (intégrale) disponibles en dvd et diffusées sur RTL-TVI et TF1 depuis 2009.

VOIR UN TRAILER DE "LIFE" (sur YouTube)

SCENARIO : Injustement accusé d’un double meurtre, le policier Charlie Crews passe 12 ans de sa vie en prison. Innocenté grâce à un test ADN, il retrouve la liberté et devient un  homme riche (l’erreur judiciaire coûtera 55 millions de dollars à la justice américaine). Plutôt que de se la couler douce, Charlie décide de réintégrer son ancienne unité de Los Angeles, celle-là même qui l’a fait arrêter.

De retour parmi ses anciens collègues, il fait désormais équipe avec Dani Reese, ancien agent sous couverture qui connaît des problèmes d’alcoolisme. Ensemble, ils enquêtent sur des affaires de meurtre souvent étranges. Dans le même temps, Charlie mène son enquête personnelle afin de découvrir les responsables de son incarcération.

Dans sa quête de vérité, il peut compter sur Ted Earley, sympathique arnaqueur rencontré en taule. Durant son incarcération, Charlie a développé un sens de l’observation très particulier et  voit désormais la vie sous un angle plutôt zen. Des capacités hors du commun qui l’aideront à résoudre plusieurs affaires délicates…

COMMENTAIRE : Encore une énième série de flics que tout oppose et qui finissent par s’entendre à la fin, me direz vous. Et bien oui mais non, comme on dit à Bruxelles. Très originale, cette série de Rand Ravich a de quoi déconcerter plus d’un spectateur averti. Rien que la découverte des cadavres n’a rien de banal : un homme coupé en deux est retrouvé mort dans une maison vide, un autre mort étouffé dans une maison… sans toit, un médecin spécialisé dans le cancer est retrouvé complètement gelé dans son cabinet, etc. ; autant de crimes étranges et à la résolution tout aussi inattendue.

Car loin d’être une série feuilletonnante, « Life » propose à chaque épisode une enquête criminelle et sa résolution. L’intrigue concernant le complot monté contre Charlie est révélé par petites doses, au fil des épisodes, comme les pièces d’un puzzle.

Malgré ses années derrière les barreaux, Charlie a décidé de ne pas sombrer dans l’aigreur et la dépression. Au contraire, c’est un homme presque tout neuf qui sort de prison : il vit désormais sa nouvelle vie comme une libération intellectuelle et spirituelle et surtout, se sent plus heureux qu’avant même si le désir de trouver ceux qui l’ont fait injustement emprisonner le ronge.

Plus qu’une série axée sur la vengeance, canevas scénaristique usé jusqu’à la corde, « Life » nous propose de suivre la vie d’un homme qui voit les choses un peu comme un enfant. Il s’émerveille de toutes les nouvelles rencontres qu’il fait parce qu’il a vécu en dehors du monde pendant 12 ans, écoute des cassettes de méditation zen et mange des fruits, en particulier des pommes et des melons. Un flic peu ordinaire dans une vie qui aurait pu être brisée mais qui, par la force de son mental, prend un nouveau départ.

A y regarder de plus près, « Life » fait aussi la critique à peine déguisée de la société de consommation et du matérialisme à tout prix. Largement indemnisé pour ses « années perdues » derrière les barreaux, Charlie s’achète une belle grande maison mais ne la garnit pas, il n’y a aucun meuble à l’intérieur. Au cours d’une enquête, il tombe amoureux d’une voiture customisée très rapide. Peu après, il rencontre une charmante jeune fille qu’il ne connaît pas et lui offre la voiture.

Comme il a quand même besoin d’une voiture pour se déplacer dans la grande Los Angeles, il finit par se racheter une Maserati dernier modèle. Malheureusement, lors d’une autre enquête, un criminel crible la voiture de balles. Charlie continue pourtant à rouler dans une voiture pleine de courants d’air. Plus tard encore, il retrouve la jeune fille à qui il avait donné sa voiture qui lui rend avec une peinture flower power.

Enfin, Charlie fait confiance à Ted (excellent Adam Arkin, vu dans la série médicale « Chicago Hope ») pour gérer sa fortune alors que c’est un ancien escroc. Si ce n’est pas décalé, ça ? Vous me direz : « Oui, facile quand on est pêté de thunes. » Et bien non, justement car Charlie s’en fiche et poursuit sa vie, le plus sereinement possible tout en n’ayant pas peur d’affronter le danger.

Tous ces exemples donnent une idée du côté profondément décalé, voire absurde de ce qui arrive au héros de « Life ». Dans le même temps, les scénaristes amènent ces nouveaux éléments de manière totalement inattendue et plausible, ce qui rend la vision de chaque épisode vraiment rafraîchissante quand on la compare à un univers de séries généralement archi-peuplé de flics en tous genres.

C’est l’acteur britannique Damian Lewis qui prête ses traits au personnage de Charlie Crews (en 2002, on l’a vu dans l’excellente mini-série de guerre de Steven Spielberg et Tom Hanks : « Band of Brothers » / « Frères d’armes » sur le débarquement en Normandie). Beau rouquin au charme et au charisme indéniables, il apporte beaucoup de profondeur au rôle et cela le rend particulièrement attachant.

On se demande toujours qu’est-ce qu’il va bien trouver pour coincer le criminel de l’épisode. Il faut aussi souligner l’alchimie entre lui et Dani Reese, sa coéquipière, qui se révèle souvent délicate. Celle-ci remet régulièrement en question ses pratiques et ne cache pas son agacement dans la manière toute personnelle qu’a Charlie de résoudre ou d’avancer dans les enquêtes.

Peu à peu cependant, elle va apprendre à le comprendre, tout en essayant de sortir de ses problèmes personnels. La relation avec leur supérieur, le Capitaine Tidwell, flic assez pêté et charmeur, nous amuse aussi énormément car c’est totalement différent de ce qu’on a pu voir comme supérieur hiérarchique jusqu’alors dans d’autres séries.

Injustement boudée par le public américain lors de sa diffusion en 2007 aux USA (trop déroutante pour un public habitué à plus de "pan pan - boum boum" ?), « Life » mérite pourtant le coup d’œil car ses scénarios sont plutôt bien ficelés et rarement prévisibles.

Il faut constater que les résolutions de chaque intrique sont parfois déroutantes mais c’est ce qui fait l’originalité de cette série annulée au bout de seulement 32 épisodes, soit 2 saisons (la saison 1 en comprenait 11 en raison de la grève des scénaristes en 2007 qui a frappé Hollywood et fortement ralenti la production).

Si, au terme de la série, nous n’avons pas toutes les réponses au complot qui a poussé Charlie en prison, les producteurs ont tout de même réussi à livrer une fin relativement satisfaisante et optimiste, sans trop dévoiler la résolution de l’intrigue.

En fait, « Life », c’est un peu la mise en pratique d’un proverbe oriental qui dit « Il ne faut pas être en colère contre les choses car les choses ne s’en soucient pas ». Charlie est entièrement dans cet esprit là même si le désir de vengeance et de justice restent présents tout au fond de sa personnalité.

Dans un des derniers épisodes, Ted, son copain, lui demande, quand Charlie se rend compte qu’il a été dupé : « Comment te sens-tu ? », Charlie répond : « Je me sens en harmonie avec l’univers ». Ted rétorque : « As-tu besoin d’autre chose pour te sentir tout à fait bien ? » Et Charlie de conclure : « Oui, j’ai besoin d’un plus gros flingue ! ». Imparable et drôle.

En ces temps moroses de chômage et de crise économique, n’est-ce pas enthousiasmant de voir un héros lumineux et porteur d’espoir ? Concluons en laissant la parole à Rand Ravich, créateur de « Life » qui résume bien son bébé en ces termes : « J’ai bâti toute la série autour de Charlie Crews, un homme faussement accusé que la prison aurait pu rendre sombre et dépressif, et qui, pourtant, en sort avec la conviction que la vie est aussi fragile que précieuse.

Du coup, la série existe dans la lumière plutôt que dans les ombres. Charlie a faim de tout. Il a faim d’expériences, de lumières, de femmes, de nourriture, d’aventures. C’est pourquoi nous voulions qu’il fasse toujours beau, que ce soit très lumineux.

L’esprit de la série pourrait être « J’aurais aimé être », j’aurais aimé être ce gars capable de survivre à une telle tragédie et devenir un homme meilleur. J’aurais aimé y parvenir. C’est le cœur du personnage, devenu quelqu’un de meilleur à cause d’une tragédie. C’est pour cela que Life parle d’espoir » (repris du magazine français « Séries TV » n°43 de juillet/août 2009).

« Life », la vie tout simplement.

20:29 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Je vous complimente pour votre article. c'est un vrai boulot d'écriture. Développez

Écrit par : serrurier paris 3 | 21/07/2014

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