22/02/2010

« LIFE », la vie selon un flic zen

Life tv show© NBC Television

USA - 2007 à 2009 : 32 épisodes (2 saisons). 

Série policière et dramatique créée par Rand Ravich. 

Avec Damian Lewis (Charlie Crews), Sarah Shahi (Dani Reese), Adam Arkin (Ted Earley), Brooke Langton (Constance Griffits, l’avocate de Charlie), Jennifer Siebel Newsom (Jennifer Conover, l’ex-femme de Charlie), Donal Logue (Capitaine Kevin Tidwell), ...

Saisons 1 et 2 (intégrale) disponibles en dvd et diffusées sur RTL-TVI et TF1 depuis 2009.

VOIR UN TRAILER DE "LIFE" (sur YouTube)

SCENARIO : Injustement accusé d’un double meurtre, le policier Charlie Crews passe 12 ans de sa vie en prison. Innocenté grâce à un test ADN, il retrouve la liberté et devient un  homme riche (l’erreur judiciaire coûtera 55 millions de dollars à la justice américaine). Plutôt que de se la couler douce, Charlie décide de réintégrer son ancienne unité de Los Angeles, celle-là même qui l’a fait arrêter.

De retour parmi ses anciens collègues, il fait désormais équipe avec Dani Reese, ancien agent sous couverture qui connaît des problèmes d’alcoolisme. Ensemble, ils enquêtent sur des affaires de meurtre souvent étranges. Dans le même temps, Charlie mène son enquête personnelle afin de découvrir les responsables de son incarcération.

Dans sa quête de vérité, il peut compter sur Ted Earley, sympathique arnaqueur rencontré en taule. Durant son incarcération, Charlie a développé un sens de l’observation très particulier et  voit désormais la vie sous un angle plutôt zen. Des capacités hors du commun qui l’aideront à résoudre plusieurs affaires délicates…

COMMENTAIRE : Encore une énième série de flics que tout oppose et qui finissent par s’entendre à la fin, me direz vous. Et bien oui mais non, comme on dit à Bruxelles. Très originale, cette série de Rand Ravich a de quoi déconcerter plus d’un spectateur averti. Rien que la découverte des cadavres n’a rien de banal : un homme coupé en deux est retrouvé mort dans une maison vide, un autre mort étouffé dans une maison… sans toit, un médecin spécialisé dans le cancer est retrouvé complètement gelé dans son cabinet, etc. ; autant de crimes étranges et à la résolution tout aussi inattendue.

Car loin d’être une série feuilletonnante, « Life » propose à chaque épisode une enquête criminelle et sa résolution. L’intrigue concernant le complot monté contre Charlie est révélé par petites doses, au fil des épisodes, comme les pièces d’un puzzle.

Malgré ses années derrière les barreaux, Charlie a décidé de ne pas sombrer dans l’aigreur et la dépression. Au contraire, c’est un homme presque tout neuf qui sort de prison : il vit désormais sa nouvelle vie comme une libération intellectuelle et spirituelle et surtout, se sent plus heureux qu’avant même si le désir de trouver ceux qui l’ont fait injustement emprisonner le ronge.

Plus qu’une série axée sur la vengeance, canevas scénaristique usé jusqu’à la corde, « Life » nous propose de suivre la vie d’un homme qui voit les choses un peu comme un enfant. Il s’émerveille de toutes les nouvelles rencontres qu’il fait parce qu’il a vécu en dehors du monde pendant 12 ans, écoute des cassettes de méditation zen et mange des fruits, en particulier des pommes et des melons. Un flic peu ordinaire dans une vie qui aurait pu être brisée mais qui, par la force de son mental, prend un nouveau départ.

A y regarder de plus près, « Life » fait aussi la critique à peine déguisée de la société de consommation et du matérialisme à tout prix. Largement indemnisé pour ses « années perdues » derrière les barreaux, Charlie s’achète une belle grande maison mais ne la garnit pas, il n’y a aucun meuble à l’intérieur. Au cours d’une enquête, il tombe amoureux d’une voiture customisée très rapide. Peu après, il rencontre une charmante jeune fille qu’il ne connaît pas et lui offre la voiture.

Comme il a quand même besoin d’une voiture pour se déplacer dans la grande Los Angeles, il finit par se racheter une Maserati dernier modèle. Malheureusement, lors d’une autre enquête, un criminel crible la voiture de balles. Charlie continue pourtant à rouler dans une voiture pleine de courants d’air. Plus tard encore, il retrouve la jeune fille à qui il avait donné sa voiture qui lui rend avec une peinture flower power.

Enfin, Charlie fait confiance à Ted (excellent Adam Arkin, vu dans la série médicale « Chicago Hope ») pour gérer sa fortune alors que c’est un ancien escroc. Si ce n’est pas décalé, ça ? Vous me direz : « Oui, facile quand on est pêté de thunes. » Et bien non, justement car Charlie s’en fiche et poursuit sa vie, le plus sereinement possible tout en n’ayant pas peur d’affronter le danger.

Tous ces exemples donnent une idée du côté profondément décalé, voire absurde de ce qui arrive au héros de « Life ». Dans le même temps, les scénaristes amènent ces nouveaux éléments de manière totalement inattendue et plausible, ce qui rend la vision de chaque épisode vraiment rafraîchissante quand on la compare à un univers de séries généralement archi-peuplé de flics en tous genres.

C’est l’acteur britannique Damian Lewis qui prête ses traits au personnage de Charlie Crews (en 2002, on l’a vu dans l’excellente mini-série de guerre de Steven Spielberg et Tom Hanks : « Band of Brothers » / « Frères d’armes » sur le débarquement en Normandie). Beau rouquin au charme et au charisme indéniables, il apporte beaucoup de profondeur au rôle et cela le rend particulièrement attachant.

On se demande toujours qu’est-ce qu’il va bien trouver pour coincer le criminel de l’épisode. Il faut aussi souligner l’alchimie entre lui et Dani Reese, sa coéquipière, qui se révèle souvent délicate. Celle-ci remet régulièrement en question ses pratiques et ne cache pas son agacement dans la manière toute personnelle qu’a Charlie de résoudre ou d’avancer dans les enquêtes.

Peu à peu cependant, elle va apprendre à le comprendre, tout en essayant de sortir de ses problèmes personnels. La relation avec leur supérieur, le Capitaine Tidwell, flic assez pêté et charmeur, nous amuse aussi énormément car c’est totalement différent de ce qu’on a pu voir comme supérieur hiérarchique jusqu’alors dans d’autres séries.

Injustement boudée par le public américain lors de sa diffusion en 2007 aux USA (trop déroutante pour un public habitué à plus de "pan pan - boum boum" ?), « Life » mérite pourtant le coup d’œil car ses scénarios sont plutôt bien ficelés et rarement prévisibles.

Il faut constater que les résolutions de chaque intrique sont parfois déroutantes mais c’est ce qui fait l’originalité de cette série annulée au bout de seulement 32 épisodes, soit 2 saisons (la saison 1 en comprenait 11 en raison de la grève des scénaristes en 2007 qui a frappé Hollywood et fortement ralenti la production).

Si, au terme de la série, nous n’avons pas toutes les réponses au complot qui a poussé Charlie en prison, les producteurs ont tout de même réussi à livrer une fin relativement satisfaisante et optimiste, sans trop dévoiler la résolution de l’intrigue.

En fait, « Life », c’est un peu la mise en pratique d’un proverbe oriental qui dit « Il ne faut pas être en colère contre les choses car les choses ne s’en soucient pas ». Charlie est entièrement dans cet esprit là même si le désir de vengeance et de justice restent présents tout au fond de sa personnalité.

Dans un des derniers épisodes, Ted, son copain, lui demande, quand Charlie se rend compte qu’il a été dupé : « Comment te sens-tu ? », Charlie répond : « Je me sens en harmonie avec l’univers ». Ted rétorque : « As-tu besoin d’autre chose pour te sentir tout à fait bien ? » Et Charlie de conclure : « Oui, j’ai besoin d’un plus gros flingue ! ». Imparable et drôle.

En ces temps moroses de chômage et de crise économique, n’est-ce pas enthousiasmant de voir un héros lumineux et porteur d’espoir ? Concluons en laissant la parole à Rand Ravich, créateur de « Life » qui résume bien son bébé en ces termes : « J’ai bâti toute la série autour de Charlie Crews, un homme faussement accusé que la prison aurait pu rendre sombre et dépressif, et qui, pourtant, en sort avec la conviction que la vie est aussi fragile que précieuse.

Du coup, la série existe dans la lumière plutôt que dans les ombres. Charlie a faim de tout. Il a faim d’expériences, de lumières, de femmes, de nourriture, d’aventures. C’est pourquoi nous voulions qu’il fasse toujours beau, que ce soit très lumineux.

L’esprit de la série pourrait être « J’aurais aimé être », j’aurais aimé être ce gars capable de survivre à une telle tragédie et devenir un homme meilleur. J’aurais aimé y parvenir. C’est le cœur du personnage, devenu quelqu’un de meilleur à cause d’une tragédie. C’est pour cela que Life parle d’espoir » (repris du magazine français « Séries TV » n°43 de juillet/août 2009).

« Life », la vie tout simplement.

20:29 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/02/2010

"ESPRITS CRIMINELS » (CRIMINAL MINDS) : Quand les experts de l’âme traquent les tueurs en série

Série créée par Jeff Davis.USA - 2005 à nos jours (toujours en cours de tournage : 9 saisons).

Avec Thomas Gibson (Aaron « Hotch » Hotchner), Joe Mantegna (David Rossi), Matthew Gray Gubler (Dr. Spencer Reid), Shemar Moore (Derek Morgan), Kirsten Vangsness (Penelope Garcia), A.J. Cook (Jennifer « JJ » Jareau), Paget Brewster (Emily Prentiss), Mandy Patinkin (Jason Gideon : saisons 1 et 2), Lola Glaudini (Elle Greenaway, saisons 1 et 2).

Saisons 1 à 8 disponibles en dvd à la vente, diffusées sur RTL-TVI (Belgique) et TF1 depuis 2006.

Esprits criminels_IMDB

Photo : copyright : imdb.com 

SCENARIO : Des tueurs en série sévissent sur l’ensemble du territoire américain. Pour les retrouver, le FBI dispose, à Quantico (Virgnie), du Département des Sciences du Comportement (en anglais, le BAU ou Behavorial Analysis Unit : unité spécialisée en analyse du comportement). Cette équipe de « profilers » se compose de plusieurs personnalités complémentaires :

- Aaron Hotchner, responsable de l’unité spéciale du BAU, un agent taciturne et qui ne fait pas dans l’émotionnel ;

- Jason Gideon, profiler très efficace et instructeur au centre de formation du FBI à Quantico (ensuite remplacé, à la fin de la saison 2, par David Rossi, professeur et auteur de plusieurs livres à succès sur les tueurs en série) ;

- Elle Greenaway, experte en crimes sexuels (ensuite remplacée, durant la saison 2, par Emily Prentiss) ;

- Derek Morgan, homme d’action et tireur hors pair ;

- le Dr. Spencer Reid, jeune prodige capable de lire et de mettre en perspective une masse importante d’informations en un temps record ;

- Penelope Garcia, génie de l’informatique ;

- « JJ » Jareau, agent de liaison du Département (à mon avis, un personnage assez fade, la blonde de service, on se demande un peu ce qu’elle fait là. On préférera de loin Garcia, pas très jolie mais exubérante et nettement plus intelligente).

A chaque signalement de meurtres en série, l’équipe se lance aux trousses des tueurs en ayant pris le soin d’établir un profil et un mode opératoire de ces criminels très particuliers. Leurs enquêtes les mènent aux quatre coins des Etats-Unis. 

COMMENTAIRE : « Esprits criminels » fait partie des rares séries du moment qui, avec « Dexter », osent aborder de front la question des tueurs en série, phénomène qui fait souvent la une des medias ces dernières années. A ce jour, hormis la très glauque « Millennium » (1996-99) et la plus récente « Dexter » (lire aussi le commentaire sur ce blog), peu de séries ont abordé ce genre avec autant de franchise. Ancrée dans la réalité, « Esprits criminels » passionne autant qu’elle dérange puisqu’elle se base sur une véritable unité de profilers du FBI dont elle reprenait, à ses débuts, plusieurs données statistiques (par exemple, il y a autant de tueurs en série sur le territoire américain, etc.).

Dérangeante, elle l’est aussi en ce sens où les crimes montrés sont à la fois sordides et fascinants. Nous assistons à l’horreur et pourtant, nous voulons comprendre ce qui se passe dans la tête de ces tueurs en série. Sans aller jusqu’à se mettre dans leur peau (comme le fait si bien « Dexter », plus axé sur la manipulation), l’équipe de profilers arrive pourtant à établir une cartographie de la psychologie de chaque tueur et à retrouver sa trace, persuadée qu’il commettra la faute de trop qui l’amènera à se faire arrêter ou dans les cas les plus extrêmes, à se faire tuer.

Les deux premières saisons bénéficiaient de la présence du très charismatique et énigmatique Gideon (campé par l’excellent Mandy Patinkin, vu dans les séries « Dead like me » et « Chicago Hope »). En raison de désaccords liés à l’évolution de la série et de son personnage, l’acteur a claqué la porte au terme de la 2ème saison et a rapidement été remplacé par Joe Mantegna, acteur intéressant quoique plus passe-partout.

Hélas, « Esprits criminels » boit la tasse durant sa 3ème année, notamment en raison de la crise des scénaristes qui éclata à Hollywood en 2007 et dura plusieurs mois. Cela eut pour effet de ralentir considérablement l’écriture des scénarios et les tournages. On constate alors que le feuilleton peine à se renouveler, la plupart des épisodes se révélant médiocres, tant dans leurs intrigues que dans leur déroulement. Il fallait parer au plus pressé. Comme quoi, ce qui se passe en coulisses a parfois des répercussions néfastes à l’écran. Le départ de Mandy Patinkin n’arrange rien à l’affaire puisque la série marchait surtout grâce à sa présence.

Les producteurs se retrouvent face à un défi : va-t-on encore pouvoir attirer le public si l’acteur principal n’est plus là ? Peut-on encore faire de l’audience grâce à notre concept ? Et là, bingo, le miracle opère : de par son sujet attractif, « Esprits criminels » arrive à se ressaisir et se voit renouvelée pour une 4ème saison qui repart sur les chapeaux de roues. L’intelligence des producteurs et des scénaristes aura été de plus axer les scénarios sur l’unité de l’équipe, chacun agissant comme dans une véritable famille, veillant à tour de rôle sur leurs collègues, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Autre bonne idée et nouveau point fort dès la saison 4 : le développement plus marqué de la personnalité et du passé de chaque personnage. Ils auraient pu rester figés dans leur spécialité (Hotch le référent, Morgan le musclé, Reid le génie, Rossi le professeur, etc.) mais heureusement, ces personnages évoluent par petites touches. Au fil des épisodes, la psychologie de chaque membre de l’équipe se dévoile peu à peu, en particulier les personnages de Hotch, Morgan, Reid et Garcia. Il y avait déjà quelques éléments révélateurs durant les saisons 2 et 3 mais assez superficiels, la priorité étant axée sur l’enquête et sa résolution.

Désormais, on sent que chaque personnage « vit » son job et que cela mine à la fois sa santé mentale et son bien-être dans sa vie de tous les jours : à la fin de la saison 4, le pourtant costaud Morgan révèle qu’il n’en peut plus de voir autant d’atrocités (durant la saison 2, on découvrait déjà qu’il avait grandi dans des quartiers pauvres de Chicago) ; Hotch se consacre corps et âme à son métier mais sa vie familiale en pâtit, il lui devient de plus en plus difficile de cacher ses émotions ; Garcia cherche l’amour et subit une brutale agression qui l’amène à remettre en cause tout son système de valeurs ; en mission, le jeune Spencer Reid est victime d’un kidnapping qui l’amène à revivre des moments douloureux de son enfance. Dans sa vie privée, sa mère est placée dans un sanatorium et il éprouve des difficultés à s’en occuper.

Gideon lui-même n’en peut plus de vivre cette vie de traque de tueurs malades et pervers, ce qui l’amène à fuir sans donner plus d’explications à ses collègues (fin de la saison 2 et début de la saison 3). A côté de cela, les personnages des femmes sont bien campés : Elle, Emily, JJ et Garcia sont fortes, capables de rivaliser d’intelligence et d’ingéniosité avec leurs collègues masculins, ce ne sont pas des potiches reléguées au rayon de faire-valoir pour machos.

Afin d’éviter le côté répétitif dans la structure de chaque épisode qui pourrait l’amener au schéma « le tueur de la semaine », la production a, dès le départ, varié les profils même si la plupart des scénarios se centrent sur de violents tueurs en série. Parmi les « affreux » des épisodes suivants, l’équipe doit aussi affronter des pyromanes, des snipers, des kidnappeurs, des terroristes et même des espions de la CIA, ... Point commun avec les tueurs en série : ils font un grand nombre de victimes.

Sans excuser leurs gestes, les scénaristes nous montrent aussi que certains tueurs le sont pour diverses raisons : psychanalytiques, traumatiques, familiales, ... S’ils ne sont pas forcément mauvais ni sadiques, ces criminels malgré eux se retrouvent embarqués dans ce rôle car ils cherchent à résoudre leurs problèmes mais ne trouvent pas nécessairement l’aide dont ils ont besoin. Ce qui les pousse à commettre l’irréparable. Exemples : de bons pères de famille peuvent devenir de violents tueurs de la route (Mitch Pileggi, connu comme l’ancien chef Skinner des agents Mulder et Scully de « X-Files », dans l’épisode 11 de la saison 4) ou des enfants ayant vécu un traumatisme violent, une fois devenus adultes, tuent sans le vouloir ceux qui croisent leur route (Sean Patrick Flanery, autrefois le jeune « Indiana Jones » de la série de 1993, vu ici dans le 2ème épisode de la saison 5).

Malgré ces qualités, constatons que dans le déroulement de chaque histoire, hormis quelques rares épisodes, la structure est assez identique d’une semaine à l’autre (c’est un « formula show », une série qui fonctionne sur le même canevas, semaine après semaine) : le tueur commet un crime, l’équipe établit son profil, elle se lance à sa poursuite et enfin l’arrête. Merci, au revoir et à la semaine prochaine.

A y regarder de plus près, « Esprits criminels » est tout autre chose qu’une banale lutte du bien contre le mal. Episode après épisode, nous découvrons les personnalités complexes et en demi-teintes des « bons » comme des « mauvais ». En cela, cette série mérite d’être vue et revue, car elle se révèle plus riche qu’une première vision pourrait le laisser croire.

A ceux qui trouvent qu’elle est racoleuse, de mauvais goût et flatte le goût du sang des masses, il faut y voir, comme chez « Les experts », un moment privilégié où le téléspectateur se rassure puisque les méchants sont presque toujours arrêtés. Nous avons besoin, dans nos vies presque tranquilles, de sentir que le crime sera puni et en même temps, nous sommes effrayés à l’idée que, nous aussi, pourrions franchir la ligne. Tout peut basculer d’un jour à l’autre. Seul bémol, « Esprits criminels » distille aussi un discours parfois trop orienté sur la sécurité, mettant de côté le travail mené par les psychothérapeutes, médecins et autres assistants sociaux. Les flics sont le dernier recours, le dernier rempart.

Mais bon, ne gâchons pas notre plaisir. Espérons qu’elle pourra continuer à se renouveler et ne sombrera pas dans la répétition comme « Les Experts », ce qui est malheureusement souvent le destin de ce genre de séries. Les premiers épisodes de la saison 5 laissent présager d’excellentes histoires à venir.

Enfin, on observe une tendance ces derniers mois dans les séries qui rencontrent un succès inattendu auprès du public international : celui-ci semble se lasser des releveurs d’empreintes et d’ADN, aspirant à un retour à l’humain. En ce sens, cela explique le succès de séries comme « Esprits criminels » qui sont en quelque sorte des « experts de l’âme » mais aussi d’autres comme « The Mentalist » et « Lie to me » où les réactions humaines sont observées et analysées pour faire toute la lumière sur les affaires criminelles en cours (lire aussi les autres articles consacrés à ces séries sur le même blog). Une nouvelle tendance ? L’avenir nous le dira.

Site internet officiel de la chaîne CBS qui diffuse la série aux USA (chaîne qui diffuse aussi "Les Experts" et les stoppées "Cold Case", "FBI : portés disparus", "Numbers", ...) :

http://www.cbs.com/primetime/criminal_minds/

19:18 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/02/2010

"THE UNIT" (COMMANDO D’ELITE) – Quand les opérations secrètes sauvent l’Amérique et le monde

USA - 2006 à 2009 : 69 épisodes (4 saisons : saison 1 : 13 épisodes / Saison 2 : 23 / Saison 3 : 11 / Saison 4 : 22).

Avec Dennis Haysbert (Jonas Blane), Regina Taylor (Molly Blane), Scott Foley (Bob Brown), Audrey Marie Anderson (Kim Brown), Robert Patrick (Colonel Tom Ryan), Max Martini (Mack Gerhardt), Abby Brammell (Tiffy Gerhardt), Michael Irby (Charles Grey), Demore Barnes (Hector Williams).

Série créée par David Mamet, d’après le livre « Inside Delta Force » de Eric L. Haney. Ecrit et produit par David Mamet et Shawn Ryan. Photo : copyright : imdb.com

Diffusé en 2008 sur la deux (RTBF2), saison 4 actuellement en cours de diffusion le dimanche soir de 20 h 10 à 22 h (février 2010). Saisons 1 à 3, disponibles à la vente en DVD. Saison 4 disponible fin avril 2010.

 

THE UNIT - IMDB_1

SCENARIO : « The unit » (l’unité) ou la vie au quotidien de super agents secrets des Forces spéciales de l’armée des Etats-Unis d’Amérique, chargés de réussir les missions les plus périlleuses. En parallèle, nous suivons la vie des femmes de ces héros particuliers. Tout en restant soudées, elles veillent à respecter à la lettre toutes les consignes de sécurité afin de préserver les activités secrètes de leurs maris et leur identité, le danger rôdant toujours à proximité.

COMMENTAIRE : créé par le brillant dramaturge David Mamet (auteur notamment du scénario des « Incorruptibles » en 1987 avec Kevin Costner et Robert De Niro), « The Unit » aurait de quoi rebuter les Européens que nous sommes. A première vue, on dirait une série où, une fois encore, l’Amérique sauve le monde et surtout, ses propres compatriotes. Eh bien, on a tout faux. S’il est vrai que la première saison nous montre une équipe de super agents, rompus aux missions les plus délicates et qui ne font quasiment jamais d’erreurs, le ton change dès la saison 2, surtout à la fin lorsque l’unité est trahie par le gouvernement américain qui l’accuse de comportement illicite sur le terrain. Dès lors, l’équipe, traquée comme de vulgaires fugitifs, devra tout mettre en œuvre pour rétablir la vérité. Première faille.

Ensuite, dès la première saison, plusieurs épisodes nous montrent bien le stress ressenti par ces hommes pour « raison d’état ». Deuxième faille. Dès les entraînements, la peur de faire la gaffe ou de se planter, surtout lors des opérations de commando qui requièrent une précision infaillible (toucher la cible sans hésiter), hantent les personnages, notamment le jeune Bob Brown, dernière recrue et qui doit faire ses preuves.

A plusieurs reprises, l’équipe se demande pourquoi il faut assassiner telle ou telle cible alors que ce ne sont pas toujours des dictateurs ou des hommes nuisibles pour les Etats-Unis. Enfin, lorsqu’eux-mêmes se retrouvent pris pour cible par leur propre gouvernement, le doute s’installe quant au sens de leurs missions et pour certains, c’est une remise en question de leur propre existence. Troisième faille.

Côté privé, hormis le couple formé par le leader Jonas et sa femme Molly, la vie de ces super agents n’est pas des plus reluisantes : Tiffy, la femme de Mack le trompe avec le Colonel Ryan, supérieur de l’unité secrète ; Grey n’a personne à aimer, seuls comptent les succès des missions ; Hector hésite avant de s’engager ; le Colonel Ryan rate son mariage, trahi dans une sombre affaire par sa propre femme ; Bob et Kim Brown s’aiment mais Kim a dû mal à vivre sa nouvelle situation. Elle éprouve des grandes difficultés à garder le secret indispensable à la survie de l’unité. Heureusement, elle peut compter sur le soutien de Molly Blane, femme de tête et au bon sens désarmant.

Sous des dehors a priori héroïques, « The Unit » se révèle plus subtile que cette simple étiquette. Les personnages de Mack et de Bob sont à cet égard emblématiques, des hommes animés d’un grand patriotisme mais qui se posent des questions et trimballent avec eux un mal-être et des doutes. En coulisses, à la tête de la production et auteur de plusieurs scénarios, on retrouve Shawn Ryan, créateur et producteur de « The Shield », probablement la meilleure série policière de ces vingt dernières années. Une référence.

Même si « The Unit » n’atteint pas le même degré de densité au niveau de sa narration et de ses personnages que « The Shield », elle n’en reste pas moins un bon moment de télévision, très détendant et pas mal ficelé. Cela dit, d’une saison à l’autre, la qualité est assez inégale. Comme la saison 3 qui se révèle plus faible avec ses 11 petits épisodes (soit une demi-saison), en raison de la grève des scénaristes qui a secoué Hollywood en 2007 : on sent le côté « tourner à la va-vite » et l’ensemble finit de manière un peu faiblarde. La 4 devrait redonner un coup de fouet, 22 épisodes étant annoncés.

Pour l’anecdote, David Mamet avait déjà fait un galop d’essai avec le film « Spartan », en 2004, où Val Kilmer jouait un agent secret des USA, chargé de retrouver une fille kidnappée d’un haut membre du gouvernement et se retrouvait au cœur d’un complot. Notons aussi que « The Unit » se base sur le livre « Inside Delta Force » d’Eric L. Haney, qui y a travaillé comme consultant. Un livre qui donne à la série une base solide en ce sens où les missions montrées à l’écran se révèlent visiblement assez proches de la réalité. 

Enfin, parmi les acteurs, on retiendra le formidable Dennis Haysbert (Jonas), déjà épatant en Président des Etats-Unis dans « 24 heures chrono » et Robert Patrick (Colonel Ryan), le robot-tueur qui courait après Schwarzie dans « Terminator 2 ». Deux acteurs qui portent cette série sur leurs épaules avec un charisme certain. Les seconds rôles sont, eux aussi, bien campés, notamment Molly, Mack et Bob Brown.

Après 4 saisons, « The Unit » a malheureusement été annulée aux USA en raison de la crise alors que d’autres séries médiocres comme « Numbers » et « Les Experts : Miami » se poursuivent. Allez comprendre. Peut-être est-ce dû au changement d’attitude des USA quant à ses interventions armées dans le monde, l’arrivée au pouvoir de Barack Obama atténuant quelque peu le côté « va-t-en guerre » de son prédécesseur George Bush. N’oublions pas que les séries américaines restent aussi un révélateur des changements et des mutations profondes des USA. Et parfois, certaines sont sacrifiées sur l’autel du changement, comme « The Unit ». Pour se consoler, on regardera avec plaisir cette dernière fournée d’épisodes.

Voir le générique de la saison 1 sur « you tube » :

 

13:09 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |