11/03/2010

BOSTON JUSTICE : les avocats déjantés au service de la justice

BOSTON LEGAL (titre original en VO) – USA - 2004 à 2009 : 101 épisodes. Avec James Spader (Alan Shore), William Shatner (Deeny Crane), Candice Bergen (Shirley Schmidt), René Auberjonois (Paul Lewiston), Mark Valley (Brad Chase), Christian Clemenson (Jerry Espenson), Julie Bowen (Denise Bauer), John Larroquette (Carl Sack), CGary Anthony Williams (Clarence), Henry Gisbon (le Juge Clark Brown), Tara Summers (Katie Loyd), …
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www.imdb.com – Saisons 1 à 5 disponibles en dvd. Série diffusée en 2006 et 2007 sur TF1 et sur la RTBF1 (Belgique francophone) le samedi après-midi (janvier à mars 2010).

Boston legal - imdb

SCENARIO : le Cabinet Crane, Poole & Schmidt constitue un bureau d’avocats parmi les plus réputés de la ville de Boston. Pourtant, les premières failles apparaissent quand Edwin Poole perd la raison et arrive un matin en caleçon au bureau, en tenant des propos incohérents. Le Cabinet est d’autant plus embarrassé par Denny Crane, brillant juriste n’ayant jamais perdu un procès et qui n’en finit plus de faire la une des journaux par ses frasques. C’est alors qu’arrive Alan Shore, jeune avocat rompu aux plaidoiries enflammées et au tempérament volontiers rebelle. Ambiance explosive chez Crane, Poole & Schmidt  dans l’Amérique actuelle…

COMMENTAIRE : Encore une énième série d’avocats me direz-vous ? Eh bien oui…et non ! Due à l’imagination débordante de l’excellent producteur-scénariste David E. Kelley (« Ally McBeal », « The Practice »), « Boston Justice » fait plutôt figure d’OVNI dans l’univers des séries d’avocats. Tout, absolument tout, à commencer par les personnages, les situations, les comportements, … ; se retrouve poussé à l’extrême et se veut volontiers provocateur, reculant les limites de l’absurde et du grotesque. Avec pour but avoué l’humour et la réflexion, tout en nous bousculant, nous, spectateurs à la fois curieux et surpris. Je me souviens que la première fois que j’ai vu un épisode, je me suis dit : « Mais qu’est ce que c’est que ce truc ? C’est complètement pété ! Mais qu’est-ce que c’est poilant ! »

Au-delà du comique outrancier (incarné par Denny Crane, sorte de version trash et senior d’Ally McBeal), Kelley arrive à doser de manière suffisamment subtile son sujet pour qu’humour et gravité forment un cocktail détonnant et malin.

Très documenté, ce brillant scénariste - qui fut autrefois avocat avant de devenir un producteur renommé, donc il connaît la musique -, nous amène à réfléchir sur de nombreux sujets graves et d’actualité. Quelques exemples édifiants : la légalité des élections, les conflits entre Républicains et démocrates (à cet égard, le duo Alan Shore – Denny Crane en constitue la représentation parfaite), le droit de posséder une arme à feu et d’en faire usage en cas d’agression, l’enseignement, la politique, l’avortement, le viol, le racisme, la maladie d’Alzheimer, la vieillesse, … ; tout est passé en revue à la loupe critique et caustique, saupoudrée d’un humour ravageur. En contrepoint comique, les aventures d’Alan et Denny viennent détendre le poids dramatique des thèmes abordés. 

Toutes ces questions, Kelley les aborde au travers du personnage d’Alan Shore, avocat extrêmement rusé et intelligent, véritable porte-parole de la pensée du créateur de « Boston Justice ». Volontiers iconoclaste et rétif à toute forme d’autorité, Alan Shore a sans doute, lors de la diffusion aux USA, fait grincer des dents de nombreux spectateurs américains et autres ligues de vertu bien-pensantes. Ses positions sur la peine de mort, les armes, la religion, le sexe, le mariage, … ; tout concourt à penser que c’est un « liberal » comme disent les Américains ; autrement dit, un gauchiste pur et dur. A côté de cela, Alan est aussi porté sur le sexe que Denny et n’hésite pas à harceler les belles dames qu’il croise au cours de ses aventures juridico-rocambolesques. Comme quoi, personne n’est parfait.

A contrario, Denny Crane incarne la réussite sociale américaine dans ce qu’elle a de plus abject : arrogant, riche, obsédé sexuel, infidèle, fou d’armes à feu, … ; Denny a tout du « gros dégueulasse » qu’on adorerait haïr. Et pourtant, il cache un cœur d’or qui nous le rend sympathique. C’est bien connu, pour forcer l’humour, il faut grossir le trait et l’acteur incarne cet adage à la perfection.

Denny est aussi fantasque et déluré qu’Alan se veut plutôt réservé quoique… A leur façon, ils vivent une grande histoire d’amour mais sans sexe. De leur propre aveu, ce sont des âmes sœurs liées par une indéfectible amitié. Les épisodes de la saison 1 et 5, où ils partent se ressourcer dans la nature, figurent certainement parmi les plus drôles et les plus déjantés. On ne vous révélera pas la fin de la série, totalement imprévisible. Un grand moment.

Soulignons aussi, à la fin de chaque épisode, la « scène du balcon » où les deux amis se retrouvent autour d’un cigare et un whisky et qui amène de belles réflexions philosophiques sur le sens de la vie : où allons-nous, que voulons-nous, comment vivons-nous le changement, avons-nous peur de la mort, … James Spader (Alan) et William Shatner (Denny) nous prouvent tout leur talent comique et dramatique, dans de belles scènes poignantes et mémorables. Leur prestation a d’ailleurs été récompensée aux  Golden Globes et la série a gagné de nombreux autres prix.

Autre point marquant de la série : la vision de la femme américaine. Loin d’offrir une vision sexiste, « Boston Justice » nous montre plutôt des femmes volontaires, sûres d’elles-mêmes, sexy et certainement pas manipulables. A cet égard, Shirley Schmidt illustre à merveille ce qui précède. Si par moments, l’image de la femme en prend un coup ; la gent féminine sort, heureusement, souvent gagnante au final : Shirley affiche une personnalité plutôt dominante mais en même temps, très tendre et lucide ; Katie allie charme et intelligence, tout en prenant la défense de ses collègues quand cela s’avère nécessaire ; Denise essaye de s’en sortir dans une profession très masculine sans renoncer à ses rêves et se demande jusqu’où elle peut aller pour pouvoir continuer à être en accord avec elle-même, ….

Afin d’éviter le côté par trop répétitif qui finit par s’installer dans toute série, David Kelley a eu la très bonne idée d’introduire d’autres personnages fantasques : Clarence, grand black qui souffre de dédoublement de personnalité et se déguise en femme pour vaincre sa timidité ; Jerry Espenson et son syndrome d’Asperger (une véritable maladie dont les symptômes sont notamment une phobie sociale et des tics et tocs mais qui ne masquent pas une prodigieuse intelligence. Au final, Jerry se révèle un personnage très attachant malgré ses comportements bizarres comme le fait de se promener avec les mains posées sur l’avant de ses cuisses, à émettre des « pop » avec sa bouche ou à ronronner durant ses plaidoiries) ; Carl Sack, un des avocats associés du Cabinet, sorte de « terreur juridique » auquel se frottent Denny et Alan dans un premier temps et qui, peu à peu, va se montrer beaucoup plus humain. Voilà quelques exemples parmi d’autres.

Que ceux qui n’aiment pas « Star Trek » et William Shatner se rassurent, pas question de voyages spatiaux ni d’univers de science-fiction ici. Bien sûr, l’acteur nous fait plusieurs gros clins d’œil marrants à la célèbre série des années 60 au fil des divers épisodes. Il faut dire qu’il a du culot et qu’il n’a pas peur de se tourner en ridicule, au risque de surjouer. Le spectacle n’en est que plus jubilatoire car bien dosé.

Tous bien écrits, les personnages de « Boston Justice » incarnent une vision drôle et véritablement décalée de l’Amérique contemporaine, n’hésitant pas à mettre à mal le fameux « rêve américain ». En prime, la série nous offre la présence de quelques « guest stars » (vedettes invitées) et non des moindres : Michael J. Fox (le gamin des films « Retour vers le futur »), Tom Selleck (le célèbre « Magnum » qui incarne ici un drôle de loustic, pas très net aux entournures) ; Roma Maffia (l’anesthésiste lesbienne de « Nip Tuck » en juge très sérieuse) ; Ally Walker (la jolie et intelligente enquêtrice de « Profiler » en manipulatrice perfide) et bien d’autres encore.

Bref, il faut absolument voir et revoir « Boston Justice », une série vraiment pas comme les autres, intelligente, ironique, poignante et au final, magistrale. Un divertissement haut de gamme qui vous remet de bonne humeur après une vilaine journée au boulot. Que demander de plus ?

 

Voir un best of sympa de toutes les fois où l’acteur William Shatner prononce « Denny Crane » sans la série en voyant la vidéo de « You Tube » ci-dessous :

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