05/03/2011

« SPARTACUS » : le steak, à point ou saignant ? Bleu froid !

 

SPARTACUS - USA - 2010 à nos jours (toujours en production) : 13 épisodes (saison 1)... Série créée par Steven S. DeKnight. Produite par Sam Raimi et Robert C. Tapert. Avec Andy Whitfield (Spartacus), John Hannah (Batiatus), Lucy Lawless (Lucretia), Peter Mensah (Doctore, l’entraîneur des gladiateurs), Manu Bennett ( Crixus), Nick Tarabay (Ashur), Jai Courtney (Varro), Viva Bianca (Ilithyia), …

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Photo : copyright  imdb.com, Muller et Starz Entertainment – Saison 1 diffusée sur BE TV en janvier et février 2010, pas encore de sortie annoncée en dvd (pour l'instant, la bande originale est disponible sur cd). Diffusion aux USA sur la chaîne STARZ (qui diffuse aussi la série « Crash », adaptée du film de Paul Haggis : « Collision », en vf).

SCENARIO : Spartacus, guerrier thrace, est capturé par les Romains et livré à Batiatus pour devenir gladiateur. Entraîné par le puissant Doctore, il poursuit l’espoir de retrouver un jour sa femme. Dans l’attente, il livre des combats de plus en plus spectaculaires et devient une légende dans l’arène…

Voir une bande annonce de « Spartacus » sur « You Tube » 

 

COMMENTAIRE : Si la vue du sang vous répugne et que vous êtes plutôt une âme sensible, passez votre chemin ! Produite par le tandem Sam Raimi – Rob Tapert, déjà auteurs des séries « Xéna la guerrière » et « Hercule », la série « Spartacus » ne fait pas dans la dentelle. Brutalité sadique, mutilations, cruauté psychologique, scènes de sexe crues et très explicites, se situant aux frontières du porno, … ; voilà parmi les quelques « joyeusetés » qui vous attendent. Une série dans l’air du temps ? Sans doute. En tous cas, une curiosité.

Sam Raimi, réalisateur des « Evil Dead » et des « Spiderman », affectionne le genre horrifique. Les scènes « too much », Raimi nous en a déjà gratifiées de pas tristes. Il suffit de se rappeler du premier « Evil dead » ou encore du récent « Jusqu’en enfer » (Drag me to hell), qu’il a réalisé en 2009. Alors que « Xéna » et « Hercule » étaient plutôt destinées, en leur temps, aux adolescents ; « Spartacus » semble viser à la fois le public des adultes et grands adolescents, férus de jeux vidéo et de préférence sanglants.

Aux Etats-Unis, la série fait scandale pour son côté outrancier. En effet, les situations décrites ont de quoi choquer même les spectateurs les plus aguerris. A côté, le film de Stanley Kubrick de 1962 fait figure de voyage au pays des bisounours. Si la production a certainement pris des libertés avec la réalité historique pour des raisons évidentes de dramaturgie, il n’en reste pas moins que la série nous montre un monde sans doute plus proche de la réalité de l’époque où la vie humaine ne valait pas grand-chose. On est bien loin des superproductions hollywoodiennes des années 50 et 60 comme « Ben-Hur », « Cléopâtre » ou « Quo vadis », au parfum désormais quelque peu désuet. Même si cela reste des films devenus des classiques et très bien réalisés pour leur époque.

En même temps, « Spartacus 2010 » joue à fond la carte graphique et de la stylisation, caractérisée par ses ralentis exhibant giclages de sang en suspension. La série reprend l’esthétique du film « 300 » narrant les exploits des Spartiates et dont on retrouve d’ailleurs un des acteurs (Doctore, le charismatique entraîneur des gladiateurs). L’univers dépeint se révèle plus proche d’une bande dessinée quelque peu grotesque et à l’esthétique léchée, aux accents graphiques prononcés et aux personnages stéréotypés.

Beaucoup de critiques rapprochent cette série de « Rome », rien à voir. Ici, pas question de trop se creuser les méninges et de faire dans la finesse : on zigouille, on survit, on souffre, on baise, on intrigue ; si vous m’excusez mon langage fleuri… Bref, voilà une série qui se regarde avec les sens plus qu’avec le cerveau.

Effectivement, tout est « trop » dans « Spartacus ». Mais assumé. Le message se veut clair : « On va vous montrer du barbare épique et tant pis si cela vous heurte, on ne fait pas de prisonniers ! » semblent, en substance, nous dire les producteurs. Comme les spectateurs des jeux du cirque en leur temps, nous assistons à l’évolution d’une société dure, cruelle, faite d’intrigues et de complots, sur fond de combats de gladiateurs à la sauce ketchup et cochon. Sur ce dernier point, les producteurs doivent connaître un boucher qui fait dans le prix de gros. Il suffit de voir le nombre d’ennemis éviscérés, décapités et découpés avec une belle régularité. Beurk.

Spartacus 2 - Muller - Starz entertainment.jpg

Quel est l’intérêt alors de regarder « Spartacus », me direz-vous ? Pourquoi se repaître d’un spectacle à la violence que d’aucuns pourraient juger malsaine et présentant le genre humain dans ce qu’il a de plus abject ? Pour ma part, je n’aime pas les films d’horreur, encore moins les scènes sanglantes. Le monde est déjà assez moche, pas besoin d’en rajouter une couche…

Par contre, je trouve plus intéressant la nouvelle manière de faire de la série télé, vu l’évolution stupéfiante des effets spéciaux et la possibilité de l’époque de créer des fresques épiques sur petit écran. A cet égard, « Spartacus », malgré son outrance assumée, remplit son cahier des charges et parvient à captiver plus qu’à émouvoir (les personnages n’y sont pas attachants, on se laisse porter par le côté bd de l’histoire, de façon un peu hypnotique et surtout, on assiste à du jamais vu à la télé même s’il se révèle de mauvais goût).

Vu au second degré, « Spartacus » évolue comme un film d’action en sandales, un « Matrix » romain plutôt bien fait techniquement même si les effets spéciaux des premiers épisodes laissaient quelque peu à désirer. Le casting réuni pour l’occasion fonctionne plutôt bien : le nouveau venu Andy Whitfield (Spartacus) se révèle parfaitement convaincant quoique doué d’une palette d’expressions plutôt limitées (peur, tristesse, colère). Dans les seconds rôles, un choix plus étonnant avec John Hannah (Batiatus), habitué jusque là aux rôles de gentil,  notamment le fidèle faire-valoir de Brendan Fraser dans les films « La momie ». Enfin, Lucy Lawless, ex-Xéna et Madame Rob Tapert à la ville (le producteur de la série), réussit un come-back convaincant dans le rôle de la perfide Lucrétia.

La fin de la saison 1 vous étonnera certainement car elle n’est pas trop prévisible et laisse présager une suite intéressante. Malheureusement, en coulisses, le sort s’acharne sur l’acteur Andy Whitfield (Spartacus) qui est atteint d’un cancer, d’abord en phase de rémission avant de finalement refaire surface. Souhaitons-lui d’être aussi combattif que son personnage face à cette maladie injuste. Durant un moment, les producteurs ont envisagé de le remplacer par Wentworth Miller, le Michael Scofield de « Prison Break » mais ce dernier a finalement décliné. Ouf ! On l’a échappé belle. Aux dernières nouvelles (mars 2011), le tournage de la suite n’a pas encore commencé mais est déjà programmé pour 2012 aux USA.

Face à la déferlante des « Experts » et autres « Esprits criminels », par trop présents sur nos écrans et lassants à la longue ; « Spartacus » détone et pour cela, il mérite le coup d’œil. Maintenant, pour la violence et la brutalité, à vous de voir votre degré de tolérance.

 

13:39 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |