04/06/2012

SUPERNATURAL : un bon cru de fantastique saupoudré d’horreur

 

USA – 2005 à nos jours. Série créée et écrite par Eric Kripke de 7 saisons, toujours en production (149 épisodes de 42’ à la date de juin 2012).

Avec Jensen Ackles (Dean Winchester), Jared Padalecki (Sam Winchester), Jim Beaver (Bobby Singer), Misha Collins (Castiel), Jeffrey Dean Morgan (John Winchester), Mark Pellegrino (Lucifer), Mitch Pileggi (Samuel Campbell), Steven Williams (Rufus Turner), …

Diffusé depuis 2006 en Belgique et en France. Saisons 1 à 6 disponibles à la vente.

Supernatural - copyright the CW & imdbcom.jpg

 

Photo : Copyright : www.imdb.com – The CW

Voir une bande-annonce de la saison 7 créée par un fan sur « you tube »

 

 

 

SCENARIO : Sam et Dean Winchester parcourent les USA de long en large, au volant de leur Chevrolet Impala 1967, afin d’éliminer monstres en tous genres, entités, succubes, fantômes et autres créatures issues des profondeurs de l’enfer. Avec l’obsession de retrouver le démon aux yeux jaunes, responsable de la mort de leur mère. Pour les aider, ils peuvent compter sur Bobby Singer et occasionnellement, sur leur père John. Durant leurs aventures, ils auront à affronter Lucifer en personne mais Castiel, un ange, est là pour les protéger…

AVIS : au regard du pitch, on pourrait croire à une série formatée pour midinettes avec tout ce qu’il faut d’horreur pour les faire frissonner et les attirer avec la belle gueule des deux acteurs principaux. Eh bien, tout faux ! « Supernatural » a l’intelligence de proposer une vraie mythologie autour du bien et du mal, qui nous tient vraiment en haleine durant les 5 premières saisons.

Le créateur, Eric Kripke, a réussi le pari de dépasser le piège du « monstre de la semaine » (freak of the week), ce qu’on pouvait craindre au regard de la saison 1, pour articuler son récit autour de l’histoire d’une famille en recherche de sens, malgré leur devoir de « chasseur » qui les contraint à abandonner boulot, relations sociales, foyer. Et multiplier les fausses identités afin de fuir leurs poursuivants parmi lesquels des envoyés de l’enfer et évidemment, la police et le Gouvernement.

Au-delà de l’élimination du monstre de l’épisode qui constitue une métaphore des moments moches qu’on peut rencontrer dans la vie, « Surnaturel » en français, propose une belle réflexion sur le passage à l’âge adulte en évoquant les thèmes de la perte et la reconstruction de soi après la mort des parents, les relations au sein de la famille (avec leur propre père au passé tumultueux et leur « père de remplacement », Bobby Singer), la nécessité de poursuivre sa route malgré les situations parfois très difficiles de la vie ; bref de faire face quoiqu’il arrive tout en distillant un humour bienvenu qui atténue le caractère parfois très sombre de certains scénarios.

A cet égard, la série ne se prend pas du tout sérieux et multiplie les clins d’œil. On retiendra notamment leurs « alias » lorsqu’ils se font passer pour des agents du FBI. Exemple : agents Taylor et Perry, en référence au groupe de rock « Aerosmith » mais il y a encore d’autres références à AC/DC (avec la géniale « Back to black », aussi utilisée dans les films « Iron Man »), Led Zeppelin, Van Halen, … et à quantité de films et de séries, cinéphiles et sériephiles apprécieront. « Supernatural », dans ses 3 premières saisons, insuffle vraiment un côté « rock’n roll », renforcé par le côté « sur la route » (on the road again) quand les deux frères sillonnent les Etats-Unis.

Au niveau des personnages, la série se révèle vraiment réjouissante en ce sens où ils sont très bien écrits, dotés d’une réelle profondeur et évoluant subtilement au fil des épisodes. Dean se la joue grand frère protecteur et en même temps peut faire preuve d’une immaturité totale. Au final, c’est un gars avec un cœur d’or, à la fois irritant par moments mais toujours très attachant.

De son côté, Sam, plus introverti et réfléchi, est aussi plus sensible : sans lui, certains démons seraient toujours de ce monde. Son esprit de déduction à la « Sherlock » lui permet d’attirer l’attention de Dean sur certains détails qui mènent à la traque et à l’élimination des esprits malfaisants.

Pour les incarner, Jensen Ackles (vu en petit ami de Lana Lang dans la saison 4 de « Smallville ») et Jared Padalecki (« Gilmore Girls ») démontrent tout leur talent en jouant sur toute la gamme des émotions, passant aisément de la tristesse à la joie ou encore à la colère.

La saison 4 poursuit la mythologie et ne déçoit pas, hormis quelques scènes de violence crue qui pourront heurter certains (passage à tabac, tortures et autres « joyeusetés »). Kripke conclut magistralement la saison 5 lorsque Castiel et Lucifer s’affrontent dans une lutte sans merci et où les frères Winchester sont souvent débordés, malgré tous leurs talents « anti-démons ».

Arrivé au bout de son propos au terme de la saison 5, Kripke a ensuite passé le relais à d’autres scénaristes dès la saison 6 et les premiers épisodes de cette dernière saison disponible en dvd peinent, pour les 10 premiers, à trouver leurs marques. L’essoufflement pointe par moments. Impression renforcée par la saison 7 où Dean voyage dans le temps et rencontre Eliot Ness. Mouais.

Dans la saison 6, la rencontre avec leur grand-père, Samuel Campbell (Mitch Pileggi, le directeur-adjoint du FBI, Skinner dans « X-Files ») ne convainc pas et n’est pas particulièrement chaleureuse, ni mémorable. Heureusement, l’intrigue revient vers une intéressante introspection des relations entre Dean et Sam, depuis que ce dernier ne ressent plus rien. Normal, il n’a plus d’âme.

A voir absolument, l’épisode 15 de la saison 6 (« The French mistake ») qui nous plonge dans le quotidien du tournage de la série et du travail des acteurs, de l’autre côté des coulisses où on découvre les techniciens, les accessoires, les nombreux modèles de la Chevrolet Impala, … Dean ne comprend pas qui est ce Jensen Ackles, ni pourquoi l’acteur qui incarne Castiel s’appelle Misha, un drôle de prénom ?!

A nouveau, un humour déjanté et bienvenu vient détendre l’atmosphère de récits souvent très noirs, voire très glauques avec ses décors de caves, hangars cradingues et autres entrepôts pourris ; le tout baignant dans une ambiance poisseuse renforcée par un éclairage jouant à fond sur l’obscurité et les filtres bleu. Chapeau à Serge Ladouceur, directeur photo, qui éclaire la série magistralement.

Ensuite, les épisodes avec l’autre chasseur, Rufus Turner (Steven Williams, le « Mr. X » de « X-Files », bien connu aussi pour avoir été le Capitaine Fuller, chef de Johnny Depp dans « 21 Jump Street »), outre le clin d’œil aux séries précitées, nous montrent qu’un personnage peut rapidement disparaître, comme ça, pouf ! La vie doit être pleinement vécue ici et maintenant car on ne sera sans doute plus là dans un instant. Belle leçon à mettre en pratique tout de suite.

Enfin, pour les amateurs de belles bagnoles, soulignons la beauté et tout le caractère de la chevrolet noire, modèle Impala de 1967 que conduit Dean, et qui, en elle-même, constitue le troisième personnage de cet univers et se fera autant malmener que ses propriétaires. Son coffre recèle un arsenal impressionnant qui aide les frères Winchester à remplir leurs missions : colts 45 à crosse de nacre, riotguns, fusils de chasse à canon scié, eau bénite, pieux en bois, talismans, …

Au final, « Supernatural » constitue une véritable épopée, à la fois sombre et lumineuse, de bruit et de fureur mais la plupart du temps, de grande qualité. Un must à posséder dans sa dvdthèque pour tout fan de bonne série fantastique qui se respecte.

16:22 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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