22/08/2012

BLUE BLOODS : quand flics et famille riment avec réac et sécuritaire...

Série policière (USA, 2010) créée par Mitchell Burgess et Robin Green. Produite par Leonard Goldberg. 44 épisodes de 42’ terminés à la fin juin 2012.

Avec Tom Selleck, (Frank Reagan), Donnie Wahlberg (Danny Reagan), Bridget Moynahan (Erin Reagan-Boyle), Wil Estes (Jamie Reagan), Len Cariou (Henry Reagan), Amy Carlson (Linda Reagan), Jennifer Esposito (Jackie Curatola), Sami Gayle (Nicki Reagan-Boyle), Nicholas Turturro (Sgt. Anthony Renzulli), Bruce Altman (le maire de New York), Michael T. Weiss (Sonny Malevsky),  …

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VOIR LE GENERIQUE DE "BLUE BLOODS" (musique : Mark Snow) sur "YOU TUBE"

SCENARIO : Frank Reagan est le chef de la police de New York. Veuf, c’est aussi le patriarche d’une famille nombreuse dont les membres sont tous policiers ou presque : son père, Henry a effectué une longue carrière au sein du corps de la NYPD et est aujourd’hui retraité ; son fils Danny est un flic expérimenté tandis que Jamie fait ses débuts dans la profession après avoir arrêté ses études d’avocat. Frank a perdu un autre fils, policier aussi, dans des circonstances troubles et non encore totalement élucidées. Seule Erin travaille au bureau du procureur. Ensemble, ils combattent le crime qui gangrène les rues de la « Grande pomme »…

AVIS : Voilà la nouvelle série policière qui nous annonce LE grand retour de Tom Selleck dans une série hebdomadaire. En effet, depuis l’arrêt de « Magnum » en 1988, le beau Tom, 66 ans au compteur en 2012, a partagé son temps entre sa carrière au cinéma, avec plus ou moins de bonheur (parmi les plus mémorables, citons « Trois hommes et un bébé » et « In & out ») ; la production de séries et de téléfilms comme « B.L. Stryker » (1991) pour son ami Burt Reynolds et des rôles de « guest star » dans des séries très appréciées du public comme « Friends » et « Boston Justice ».

Plus récemment, depuis 2006, Tom Selleck a produit « Jesse Stone », une série de téléfilms policiers de très bonne facture où il incarne un flic alcoolique et dépressif dans une petite ville de province (lire aussi la critique de cette série et des téléfilms sur ce blog). Un rôle qu’il incarne de façon assez épatante et qui lui va comme un gant, éclipsant presque le détective privé moustachu et aux chemises à fleurs.

Dès lors, au regard de la carrière déjà bien remplie du gaillard, en général plutôt marquée par la qualité ; on est en droit de se demander ce qu’il est venu faire dans « Blue Bloods » qui nous raconte les aventures de la famille Reagan, policier de père en fils. Tiens, Reagan ? Ben oui, Reagan. Voilà en partie le pourquoi de la participation de Tom Selleck à ce bidule. Grand fan de l’ex-Président aujourd’hui décédé et de Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York défenseur de la tolérance zéro ; l’acteur n’a jamais caché son attachement aux valeurs du parti républicain puisqu’il a aussi soutenu les candidatures à la Présidence des Etats-Unis des Bush, père et fils. C’est son droit. De là à nous l’imposer…

Faire une série à tonalité républicaine sous Obama, ce n’est pas tout à fait innocent mais bon, sans doute ne faut-il y voir qu’un banal – mais alors vraiment banal – divertissement. C’est donc à un condensé d’idées de droite que nous propose d’assister « Blue Bloods » chaque semaine. Selon le schéma éprouvé et immuable « incident / recherche du coupable et surtout, le faire payer quels que soient les moyens utilisés / résolution », la série véhicule une ambiance de fascisme policier qui rappelle « Les experts : Miami » mais sans les bons mots, ni l’humour (involontaire) du Lieutenant Horatio Caine, roi des lunettes de soleil et de la pose qui va avec.

Tout comme le superflic rouquin, « Blue Bloods » a le défaut de se prendre terriblement au sérieux et de considérer comme normal d’intimider les suspects, préférant les juger d’abord coupables. Seules comptent la loi et l’ordre ! Et tiens, prends toi encore une baffe que le mur te donne…

A cet égard, le personnage de Danny, campé par Donnie Wahlberg (le frère de Mark), se révèle particulièrement inquiétant : menaces, insultes, passage à tabac, pistolet derrière la tête, … ; tout est bon pour faire avouer l’affreux de l’épisode. Heureusement, Junior peut compter sur sa sœur et papa pour le rappeler à l’ordre. Faudrait pas trop pousser tout de même ! Curieux aussi de retrouver Donnie Wahlberg, acteur autrement plus attachant en flic de Los Angeles dans l’éphémère « Boomtown », excellente série policière de 2005.

Dans le rôle du patriarche policier, Tom Selleck assure le minimum syndical et n’a hélas que son charisme à donner : il y apparaît figé, le regard sombre et triste. Le poids des responsabilités liés à sa fonction sans doute, plus le décès de proches qui lui étaient très chers. Les scènes de famille où il incarne le patriarche face à sa tablée ne suscitent, pour ma part, qu’indifférence et ennui.

Quand une affaire part en sucette, Selleck roule des yeux et fait la moue, comme le spectateur que je suis et qui se demande comment une série pareille peut encore se réaliser de nos jours. On se croirait dans un remake new yorkais de la très nixonienne « Hawaii Police d’état » (1968 - 1980), où le monolithique Jack Lord campait un Steve McGarrett pour qui comptaient - déjà - la loi et l’ordre, tout comme Horatio Caine, son rejeton télévisé actuel.

L’autre souci avec « Blue Bloods », c’est qu’on a l’impression que quand on a vu un épisode, on les a tous vus. La mécanique des scénarios reste identique d’une semaine à l’autre. Sur le plan visuel, l’image est très laide, jaune pissotières et plutôt déprimante. Certes, le ton de la série est clairement hanté par l’après-11 septembre et la peur de nouveaux attentats terroristes mais dans le genre, on préfère nettement « Rescue Me » (USA, 2006 avec Denis Leary) avec ses pompiers déjantés, alcooliques et drôles tout en sachant être graves à la fois.

Tom Selleck jouait pourtant très bien la carte de l’humour dans « Magnum » et même dans « Jesse Stone » quand le moment s’y prêtait. Rien de tout cela dans « Blue Bloods » alors que pourtant, un peu d’humour pourrait alléger ce copshow banal et assez sinistre.

Côté technique, cela ne vaut guère mieux : montage plat et rythme mollasson. Même Mark Snow, musicien plutôt inspiré (le thème obsédant de « X-Files » et de « L’homme de nulle part »), livre ici une partition des plus bancales. Tout dans « Blue Bloods » concourt à une régression de ce qui s’est fait à la télévision dans le genre policier durant ces 30 dernières années. C’est fade, prévisible, moralisateur, mal écrit, mal filmé, approximativement joué et véhicule des valeurs nauséabondes.

Si vous ne voulez pas réfléchir et vous vider la tête, cette série est parfaite pour le téléphage décérébré. Rien de vraiment étonnant quand on découvre que c’est Leonard Goldberg, acolyte d’Aaron Spelling sur « Drôles de dames » et « Starsky et Hutch » qui produit la série. On préfère ces séries-là malgré leur âge avancé. Goldberg, faudrait penser à prendre ta retraite. On n’est plus en 1976.

Par contre, c’est parfaitement incompréhensible de voir le peu de regard critique que porte cette série sur la société américaine quand on sait que les créateurs de « Blue Bloods », Mitchell Burgess et Robin Green, étaient les producteurs des « Soprano », série autrement plus réfléchie et rentre-dedans, notamment à l’égard de l’image de la famille américaine « traditionnelle » même si c’étaient des mafieux. Pour le téléphage décérébré, on vous dit.

Mais bon, ne soyons pas trop méchants. Tom Selleck, malgré le côté amidonné de son personnage, se montre humain et de plus en plus attachant au fil des épisodes. L’autre bonne surprise de la série, c’est le jeune Wil Estes qui incarne Jamie Reagan. Le jeune flic apporte un peu de suspense et de saveur, surtout dans les derniers épisodes de la première saison où il enquête sur l’Ordre des Templiers, obscure organisation de flics justiciers.

Enfin, même si ce n’est que pour quelques épisodes, on retrouve avec grand plaisir Michael T. Weiss (Jarod, le « Caméléon »), le visage vieilli et fatigué, dans un rôle hélas indigne de son talent, soit un méchant très méchant. Le dernier épisode de la saison une a le mérite d’apporter, de façon expéditive, les réponses aux questions du meurtre du fils aîné, fil rouge qui parcourt les intrigues du feuilleton depuis son démarrage.

Mais ces aspects positifs ne sauvent pas l’impression de platitude généralisée que dégage la série. Vous l’aurez compris, le retour de Tom Selleck dans une série de premier plan est pour moi un flop. Aux Etats-Unis, « Blue Bloods » est un succès public, pas un succès critique. On comprend. Du coup, on se dit qu’il y a tellement de bonnes choses à voir actuellement ou à revoir (comme Magnum et Jesse Stone, par exemple) qu’on va prendre une bonne résolution et s’y tenir : promis, on ne sera plus là pour suivre la suite des aventures de la famille Reagan dont une deuxième saison vient d’être achevée aux USA, en juin 2012, à l’heure d’écrire ces lignes.

Pour les fans les plus acharnés, la saison 1 est déjà disponible à la vente en dvd. Pour les autres, passez votre chemin. Désolé, Tom. Comme acteur, je t’aime vraiment beaucoup dans la plupart des choses que tu as faites, y compris tes téléfilms western pas inoubliables mais là, non, vraiment non.

 

18:44 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

sympa toute cette famille , plus intéressant que Hawai 5 machin

Écrit par : annie | 03/04/2014

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