07/10/2012

« HELL ON WHEELS » : le retour du western réussi à la télé

Heel on wheels copyright amazon.jpg

USA - 2011. Série créée par Joe et Tony Gayton.

Saison 1 (10 épisodes en couleurs) et saison 2 (2012) en cours. Toujours en production

Photo : © www.amazon.fr - AMC Television

Avec Anson Mount (Cullen Bohannon), Colm Meaney (Thomas « Doc » Durant), Common (Elam Ferguson), Dominique McElligott (Lily Bell), Eddie Spears (Joseph Black Moon), Tom Noonan (Reverend Cole), Christopher Heyerdahl (Le Suédois), ...

Diffusé en 2012 sur Orange Cinemax en France. Disponible en vente en dvd en 2012. 

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Photo : © www.imdb.com –  AMC Television

Regardez le trailer de la saison 1 de « HELL ON WHEELS »

SCENARIO (© www.wikipedia.org) :  “Hell on wheels” commence dans les années 1860, après la fin de la guerre de Sécession et se concentre sur Cullen Bohannon, un ex-officier confédéré qui cherche à se venger des soldats de l'Union qui ont tué sa femme. Sa quête l'emmène à l'ouest, dans la colonie itinérante appelée «Hell on Wheels» dans le Nebraska, qui suit la construction du premier chemin de fer transcontinental aux États-Unis. Toutefois, les choses se compliquent quand une tribu Cheyenne attaque la construction ferroviaire, de peur de voir leur terre envahie par "le progrès".

AVIS : cela faisait un moment qu’on avait plus eu du bon western à se mettre sous la rétine. Au cinéma, on compte les bons westerns sur à peine plus que les doigts d’une main : « Unforgiven / Impitoyable » de Clint Eastwood, chef d’oeuvre qui a déjà 20 ans (1992), « Open Range » (2003) de et avec Kevin Costner, excellent aussi ; le méconnu et pourtant épatant « Les disparues » (The Missing, 2003) de Ron Howard avec Cate Blanchett et Tommy Lee Jones.

Il y a encore eu « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford » (2007) d’Andrew Dominik où Brad Pitt incarnait le bandit dans un western très beau visuellement mais à la lenteur quelque peu irritante. Toujours en 2007, le très bon remake de "3 heures 10 pour Yuma" avec Christian Bale et Russell Crowe (l'original datait de 1957 avec Glenn Ford et Van Johnson). Enfin, en 2011, on a pu savourer le remake de « 100 dollars pour un shérif » avec « True Grit » des frères Coen où Jeff Bridges était tout simplement succulent.

Bref, les bons westerns sont plutôt rares au cinéma ces derniers temps, tout comme les séries télé consacrées au genre (« Deadwood » d’excellente mémoire et « Les 7 mercenaires – la série » en 1998 avec Ron Perlman et Eric Close : pas vu, peux pas juger).

Depuis les années 70, le western est hélas un genre moribond à la télé américaine, il n’y a qu’à se rappeler le malheureux flop de « Sur la piste des Cheyennes » (1976) avec Kurt Russell : à lire aussi sur ce blog. La plupart des séries ne dépassent pas le stade de la première année et c’était le cas aussi des « 7 mercenaires » avec seulement 22 épisodes au compteur.

Certes, il y a eu quelques bons téléfilms avec Tom Selleck (« Monte Walsh » en 2003 et « Last stand at Saber river » en 1997) et Robert Duvall (« Broken Trail » en 2006 et surtout « Lonesome Dove » en 1989) mais pas inoubliables non plus.

A la télé, prochainement, on attend de pouvoir voir « Hatfiels & McCoys », la minisérie western pour laquelle Kevin Costner a reçu un Emmy Award en septembre dernier. Vu le côté « casse gueule » financier, les producteurs préfèrent limiter les héros des grandes prairies à une poignée - non pas de dollars - mais de téléfilms.

Attention : avis au lecteur, ce qui suit est partial ;-) En effet, je suis un dingue de westerns, abreuvé dès mon enfance des bd « Blueberry » et de films de Sergio Leone avec Clint Eastwood qui restent mes préférés, sans oublier plusieurs John Ford et Howard Hawks mais je ne suis pas du tout fan de John Wayne. Dans le genre classique, le meilleur reste, selon moi, James Stewart dirigé par Anthony Mann. Plus encore que Gary Cooper. Mais ce n’est que mon humble avis.

« Hell on wheels » nous propose donc de suivre l’expédition punitive de Cullen Bohannon, ancien soldat sudiste, au look crasseux et au regard sombre. Dès le premier épisode, on se demande où veut en venir la série et surtout, on craint un peu le traditionnel scénario de vengeance avec fin prévisible.

Et puis hop, heureux retournement de situation où on découvre qu’elle s’attarde plus sur la rudesse de la vie à l’époque. Au passage, la série nous propose surtout un personnage féminin fort, traitant d’égal à égal avec ses homologues masculins, en la personne de la délicieuse Lily Bell qui n’est pas une hystéro ou une midinette effarouchée, ça change et c’est tant mieux.

Si les personnages sont au départ plutôt schématiques, ils gagnent ensuite en profondeur et en intensité : à cet égard, le plus intéressant reste celui d’Elam Ferguson, noir affranchi de l’esclavage qui tente de trouver sa place dans une société encore marquée par le racisme et l’intolérance.

Outre l’évolution des mentalités, la série suit également la naissance d’un nouveau monde, celui du transport avec l’apparition du chemin de fer qui donne un nouveau sens à la conquête du rêve américain où l’histoire des USA s’est aussi construite avec des requins comme Durant, prêts à tout pour atteindre leurs buts.

Evidement, cela ne va pas sans heurts puisque les Indiens du coin n’apprécient pas qu’on vienne empiéter sur leurs terres et voient d’un très mauvais œil l’arrivée de l’homme blanc dont ils préfèrent le scalp à l’argent. Enfin, omniprésent durant la première saison, le thème de la vengeance, poussé au paroxysme en nous montrant jusqu’où peut aller l’obsession d’un homme décidé à faire justice lui-même, quitte à commettre l’irréparable mais chut, n’en disons pas trop.

Avis aux âmes sensibles et visuellement impressionnables : la série est assez violente puisque le sang gicle jusqu’à des effets gore parfois exagérés (un raciste flingué d’un beau trou dans la nuque qui rappelle les gros trous béants de Sam Raimi dans « Mort ou vif » (1995) avec Sharon Stone et Gene Hackman). On est à l’époque de « Spartacus » et « Walking Dead » où on mutile sans sourciller et on croque à pleines dents dans les chairs… Je ne suis pas fan. A cet égard, « Hell on wheels » ne fait pas dans la dentelle, vous voilà prévenus.

Très bien filmée et surtout éclairée avec un générique au thème obsédant, « Hell on wheels » souffre par moments de manque de moyens lors des combats avec les Indiens, filmés en plan serré tout comme la locomotive en fer et ses trois wagons. On retiendra aussi son côté un peu trop bande dessinée qui rappelle « Blueberry » (l’ancien soldat) et surtout « Durango » (galure sombre et cigarillo avec la barbe cracra de rigueur). C’est un peu un mix des deux bd sur fond de chemin de fer. Pourquoi pas ? Ne boudons pas notre plaisir.

Au-delà de la curiosité, on se laisse assez rapidement happé par l’histoire qui contient suffisamment de rebondissements que pour mériter notre attention ainsi que de personnages savoureux comme l’infâme « Suédois », absolument hilarant et effrayant à la fois.

Filmée au Canada, près d’Alberta (là où Eastwood et Costner ont justement tourné leurs « Unforgiven » et « Open Range ») ; « Hell on wheels » (l’enfer sur roues) a connu, lors de sa première saison de 10 petits épisodes, suffisamment de succès aux USA pour se voir reconduite pour une 2ème année sur AMC, la chaîne du câble qui a donné quelques très bonnes séries de ces dernières années comme Mad Men, Breaking Bad et The Walking Dead.

La fin de la saison 1 nous donne certainement envie de replonger dans ce monde violent et poisseux pour une seconde saison, attendue avec une certaine impatience.

SAISON 2 (USA - 2012 / 2013)

Hell on wheels 2

Photo : © www.amazon.fr –  AMC Television

USA - 2011. Série créée par Joe et Tony Gayton. Saison 1 (10 épisodes en couleurs) et saison 2 (10 épisodes en couleurs). Saison 3 en cours de production

Avec Anson Mount (Cullen Bohannon), Colm Meaney (Thomas « Doc » Durant), Common (Elam Ferguson), Dominique McElligott (Lily Bell), Eddie Spears (Joseph Black Moon), Tom Noonan (Reverend Cole), Christopher Heyerdahl (Le Suédois),

Diffusé en 2012 sur Orange Cinemax en France. Disponible en vente en dvd en 2012. Sortie de la saison 2 début juillet 2013.

Photo : © www.imdb.com –  AMC Television

Regardez le trailer de la saison 2 de « HELL ON WHEELS »

AVIS : à ceux qui disent que le western est mort, on répondra « tout faux ! ». La preuve avec cette étonnante série, curieux croisement entre les bd « Jonathan Cartland » et « Durango » à la sauce « Deadwood » pour le côté crasseux et âpre. Après une 1ère saison dont le fil rouge s’articulait autour du thème de la vengeance de Cullen Bohannon, cette 2ème saison s’oriente plus sur la poursuite de la construction du chemin de fer vers l’Ouest. Notre héros barbu et au regard sombre ne devra son salut qu’à l’intervention inopinée de l’infâme Mr. Durant, patron du chemin de fer et redoutable manipulateur.

Cette 2ème saison ne possède hélas pas le souffle épique de la 1ère même si elle reste dans le ton. Plusieurs épisodes s’intéressent au passé des personnages mais aussi à leur avenir (Elam Ferguson et son ex désormais enceinte, des projets de maison, l’histoire d’amour entre Joseph Black Moon et Ruth, Sean McGinnes amoureux lui aussi de la même Ruth, …). Bref, tout tourne autour de l’amour et des relations de couple, sur fond de chemin de fer et de menace d’attaques de tribus indiennes. Avec un épisode hallucinant et très saignant autour d’un boucher allemand, roi de la découpe qui nourrit ses porcs dans un triste spectacle de l’animalité humaine. Ames sensibles, passez votre chemin.

Si la surprise n’est plus au rendez-vous, le vrai plaisir réside dans le fait de retrouver Bohannon, dont la figure d’ange exterminateur mise en exergue dans la saison 1, s’humanise dans cette seconde salve d’épisodes. On se surprend à se prendre d’affection pour lui alors que le beau ténébreux n’a pas que de bons côtés. Anson Mount livre une excellente prestation qui contraste avec son côté tout timide dans la vraie vie : dans les bonus des dvd, le comédien nous fait visiter les décors et livre des secrets sur la production avec humour et sympathie.

Et on se réjouira de retrouver l’infâme « Suédois », fourbe parmi les fourbes, toujours en train de mijoter un sale coup dans son coin. Totalement habité par le personnage, Christopher Heyerdahl livre également une prestation succulente et mémorable, mais parfois à la limite du cabotinage et de la caricature. JR de « Dallas » fait figure de gentil rigolo à côté de ce vilain comme on n’en a plus vu depuis longtemps.

Hélas, regrettons le côté parfois fauché de « Hell on wheels » avec sa malheureuse locomotive et ses mêmes décors, magnifiques il est vrai puisque la série est tournée dans la province d’Alberta au Canada, avec ses prairies verdoyantes et ses couchers de soleils inoubliables. Chapeau au directeur de la photographie, la série mérite une vision  en Blu-Ray.

Vers la fin de cette 2ème saison, la série bénéficie d’un peu plus de moyens avec une attaque en règle par une tribu déchaînée d’indiens et quelques coups de canon. Mais filmée de nuit. On imagine que la chaîne câblée AMC qui diffuse la série aux USA et d’autres perles comme « Mad Men », « Breaking bad », « The Walking dead », « The Killing (US) », n’a sans doute pas octroyée tous les moyens que mérite sa série western. Dommage.

En effet, en coulisses, AMC gère ses séries-phare de façon souvent calamiteuse : se brouillant avec Frank Darabont qui quitte « The walking dead », annulant « The Killing » avant de finalement annoncer une saison 3 et menaçant Matthew Weiner, créateur et producteur de « Mad Men » de liquider son bébé avant de finalement accepter de rallonger les aventures de Don Draper pour 7 saisons au lieu de 5.

Mais bon, en attendant, ne boudons pas notre plaisir et espérons qu’ « Hell on wheels » aura encore de beaux jours devant elle, même si elle n’est pas exempte de défauts, notamment dans sa représentation parfois trop nunuche des relations amoureuses et son fil narratif indécis. En tous cas, ce retour au western vaut certainement mieux que la fadasse minisérie « Hatfields & McCoys » où seule l’interprétation de Kevin Costner retient l’attention, le reste se traînant péniblement sur 3 téléfilms sans rythme et à l’impression d’inachevé. Avec « Hell on wheels », vous pouvez dégainer sans crainte votre portefeuille au moment d’acheter cette série somme toutes de bonne facture.

17:57 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |