06/11/2012

HOMELAND : la menace terroriste est à l’intérieur de l’Amérique

USA – 2011 (en cours). Série créée par Gideon Raff, adaptée d’après sa série israélienne « Prisoners of war ». Saison 1 : 12 épisodes de 45’ à 55’. Saison 2 en cours aux USA à l’automne 2012, série reconduite pour une saison 3 (terminée en décembre 2013). Saison 4 en cours de tournage.

Avec Damian Lewis (Nicholas Brody), Claire Danes (Carrie Mathison), Mandy Patinkin (Saul Berenson), Morena Baccarin (Jessica Brody), Jackson Pace (Chris Brody), Morgan Saylor (Dana Brody), David Harewood (David Estes), Navid Negahban (Abu Nazir), …

Saison 1 disponible à la vente en dvd et diffusée sur RTL-TVI (Luxembourg Belgique) en 2012

VOIR UNE BANDE-ANNONCE de "HOMELAND" (saison 1)

Homeland

Photo : copyright : www.amazon.fr / Showtime / 20th Century Fox Home entertainment

SCENARIO : lors d’une opération militaire durant la guerre d’Irak en 2003, le sergent Nick Brody est capturé avec son équipier, Tom Walker, par les forces irakiennes de Saddam Hussein. Durant 8 ans, il sera torturé et traversera la pire épreuve de sa vie jusqu’à ce qu’une équipe de Marines le libère. Revenu au pays, Brody peine à retrouver ses marques auprès des siens ; sa femme couche avec son meilleur ami, ses enfants ont grandi sans leur père et le monde a changé. Sans compter que la CIA, en la personne de l’agent Carrie Mathison, s’intéresse de près à son cas. Celle-ci soupçonne Brody d’avoir subi un lavage de cerveau et d’être devenu un terroriste à la solde d’Al-Qaïda. Le jeu du chat et de la souris commence mais le gagnant ne sera pas nécessairement celui qu’on croit…

COMMENTAIRE : « Homeland » ne disait rien à personne en Europe avant d’avoir fait le buzz, en septembre dernier, pour avoir remporté la plupart des Emmy Awards (les Oscars de la télé américaine avec les prix des meilleurs acteurs pour Damian Lewis et Claire Danes, meilleure série, …). Les favoris de ces dernières années comme « Mad Men » sont rentrés bredouilles.

De l’aveu de son créateur, Gideon Raff, « Homeland » se veut « l’antidote à « 24 heures chrono », série produite par Alex Gansa et Howard Gordon qui officient à nouveau ici, aux commandes de la production et des scénarios. Raff précise que dans « 24h chrono », les bons et les méchants « étaient clairement définis alors qu’ici, tout est plus flou ». Et on ne peut que lui donner raison à la vision de cette première saison de 12 épisodes, excellente en tous points.

De fait, « Homeland » mélange avec talent drame, espionnage et thriller, revendiquant sa filiation avec quelques grands films d’espionnage comme « Conversation secrète » (1974) avec Gene Hackman et « Les  Trois jours du Condor » (1975) avec Robert Redford. Mais l’intérêt réside surtout autour du thème de la paranoïa ambiante : qui est dangereux ? Les Musulmans ? Les Américains ? Les deux ? Tout va très vite – trop vite – puisque le monde change et les services secrets ne font que suivre cette tendance, prêts à tout, y compris l’inavouable. Seule compte la sécurité intérieure.

Politique, la série l’est assurément car elle n’hésite pas à nous bousculer en questionnant sur la légalité de certaines actions du gouvernement américain, au nom de la guerre à la terreur (un drone lancé sur une école coranique tue 82 enfants, tout cela parce que les Américains pensent qu’un terroriste s’y cache).

En sus des actions pour le moins peu avouables lancées par le gouvernement américain, la série illustre également le rôle peu reluisant de la CIA, la fameuse agence de renseignements, remarquablement incarnée par le personnage de Saul Berenson (Mandy Patinkin, le Gideon des saisons 1 et 2 d’ « Esprits criminels », impeccable comme toujours). Ce dernier résume bien cet univers d’intrigues et de coups bas en disant à sa protégée que « tout le monde ment ». Secrets d’état oblige. Et quand un agent dépasse les bornes, il doit également s’attendre, à un moment ou à un autre, à se retrouver tout seul…

Au-delà du contexte géopolitique, « Homeland » nous emmène aussi à la découverte de personnages fracassés par la vie. Le rêve américain s’effrite, plein de lézardes, la fracture psychologique est bien là. On aurait pu croire que ce serait une série dans la lignée de « 24 heures chrono » où prime l’action mais les producteurs ont déjà donné. En lieu et place, ils nous proposent une étude psychologique fouillée et interpellante sur la réalité du (soi-disant) rêve américain.

Dans les bonus très intéressants des dvd, Claire Danes explique que les personnages ont « tous un conflit intérieur et sont moralement ambigus ». Et c’est vrai : Brody s’est converti à l’Islam mais n’en respecte pas totalement les prescrits (il trompe sa femme et se soûle régulièrement, ayant toutes les peines du mondes à surmonter son stress post-traumatique, aspect que montre remarquablement bien « Homeland ») ; Carrie Mathison souffre de bipolarité et perd, à un moment, complètement les pédales ; Saul Berenson se retrouve seul après 25 ans de mariage sacrifiés au nom de son métier ; le couple de David Estes, le patron de la CIA, ne se porte guère mieux ; et ainsi de suite, pas un personnage n’est lisse ou politiquement correct.

A la vision des épisodes, on se souvent mal à l’aise et on se demande par exemple : « Quoi, c’est ça les services secrets ? Pouah ! » On comprend aussi mieux ce qui pousse le soldat Brody à se comporter comme il le fait même si nous ne savons pas encore tout à son sujet. Ensuite, la série ne donne pas une image caricaturale et stéréotypée des Musulmans. En effet, Abu Nazir n’est pas totalement mauvais, il a une foi inébranlable en ce pour quoi il se bat et il pourrait être notre voisin. Inquiétant, non ? Sous le vernis des apparences, il y a toujours plus de complexité que ce que l’on voudrait croire…

Enfin, l’ambiance de la série baigne dans un climat souvent malsain et pesant où rien n’est clair, rien n’est totalement bien défini. Sans jamais tout à fait tomber dans le glauque, « Homeland » dégage un charme vénéneux, à la fois fascinant et repoussant. Une fois un épisode terminé, on a envie de connaître la suite. Et pourtant, il ne se passe rien de vraiment spectaculaire mais les producteurs de « 24h chrono » savent comment captiver leur public, appliquant des recettes déjà éprouvées sur leur précédent bébé.

Bref, une série dont vous auriez tort de vous priver, tant elle brillamment écrite et interprétée et surtout, fait réfléchir sur le climat paranoïaque ambiant.

La saison 2 reste de bonne facture même si certains moments m'ont paru grotesques, notamment vers la fin. La saison 3 relance l'intérêt en dirigeant l'intrigue vers de nouvelles pistes, à la fois étonnantes et déroutantes. L'impression est quand même que l'ensemble s'essouffle et la bipolarité de Carrie Mathison commence franchement à lasser, ressort scénaristique qui a bon dos pour masquer les quelques invraisemblances qui jalonnent le récit. Reste à espérer qu'"Homeland" saura s'arrêter à temps et ne pas proposer la saison de trop.

Pour l’anecdote et la résonance dans la réalité, « Homeland » est la série préférée de Barack Obama avec « The wire » (Sur écoute). Damian Lewis a même été invité à la Maison blanche pour y être félicité. Cela, c’est pour le côté pile. En effet, la série compte aussi ses détracteurs puisque le Ministre libanais des Affaires étrangères compte porter plainte contre la production d’ « Homeland » pour donner une image de la ville de Beyrouth comme étant une ville « archaïque, nid à terroristes et sale » (repris notamment dans l'excellente émission française "L'hebdo séries" de Pierre Langlais). De là à dire que certains cherchent à se faire mousser sur le dos de la série…

CASTING :

Damian Lewis est prodigieux dans le rôle de ce soldat capturé et retenu prisonnier pendant 8 ans. Le comédien a bien saisi toute la complexité du rôle en étant par moments attachant, par exemple, quand il est dans son rôle de père de famille et puis devenir tout à coup effroyablement inquiétant quand son idéologie prend le dessus, le transformant en robot froid et déterminé. Une transformation physique à la fois impressionnante et totalement habitée. D’origine britannique, cet acteur nous avait déjà épaté en jouant un des rôles principaux de la minisérie de guerre « Frères d’armes » (2002) de Steven Spielberg et Tom Hanks. Lewis était aussi formidable dans le rôle du flic Charlie Crews dans « Life » (2007 - 2009), une série policière très originale mais qui n’aura hélas pas duré longtemps. Lire aussi la critique sur ce blog : http://series-cine-manu.skynetblogs.be/archive/2010/02/22...

Claire Danes livre également une prestation remarquable dans le rôle de Carrie Mathison, agent de la CIA qui souffre de bipolarité. Parmi ses prestations les plus connues et les plus mémorables, on se souvient de l’excellente et aussi trop courte série « Angela, 15 ans » (My so-called life, 1994) et de son rôle aux côtés de Leonard DiCaprio dans « Romeo + Juliet » (1996). « Homeland » complète désormais ce palmarès.

Mandy Patinkin : vieux routier des séries télé, il a tenu le rôle principal de plusieurs séries très populaires de ces dernières années comme la médicale « Chicago Hope » (1994 - 2000), la policière « Esprits criminels » (2005 - 2007 où il incarnait Jason Gideon, le chef profiler d’une équipe de flics spécialisée dans la traque de tueurs en série) et la plus déroutante et désormais culte « Dead like Me » (2003 - 2004) en chef des faucheurs d’âme, si vous me pardonnez l’expression.

Morena Baccarin a marqué de sa présence, à la fois fort féminine et troublante, quelques séries très connues de ces dernières années comme « Stargate SG-1 », « Medium », « Numb3rs », « The Good wife » et surtout « The Mentalist » dans le rôle d’une arnaqueuse qui ne laissait pas indifférent le pétillant Patrick Jane. Mais c’est d’abord en reprenant le rôle de la perfide Diana dans « V » (2009 - 2011) qu’elle s’est fait connaître du grand public. Dans cette série remake de l’original (1983), elle tirait bien son épingle du jeu mais le show a rapidement déçu et a été annulée au terme de sa deuxième saison. On ne s’en plaindra pas. Dans « Homeland », elle livre une nouvelle facette de son talent, en incarnant une épouse sensible et paumée, qui retrouve son mari après des années d’absence et doit faire face à de nouveaux bouleversements dans sa vie.

20:12 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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