25/11/2012

« AWAKE » : où se situe le réel ?

USA - 2012. Série créée par Kyle Killen. Saison 1 (13 épisodes en couleurs), annulée au terme de sa 1ère saison. Pas d’édition dvd disponible en dvd en 2012.

Avec Jason Isaacs (Michael Britten), Steve Harris (Detective Isaiah “Bird” Freeman), Laura Allen (Hannah Britten), Dylan Minnette (Rex Britten), B.D. Wong (Dr. John Lee), Cherry Jones (Dr. Judith Evans), Wilmer Valderrama (Detective Efrem Vega), Laura Innes (Capitaine Tricia Harper), Michaela McManus (Tara), Daniela Bobadilla (Emma), …

Diffusé en 2012 sur BE TV (ex-Canal + Belgique) de septembre à novembre 2012.    

Awake

Photo : Copyright : www.imdb.com - NBC

Regarder une bande-annonce de la saison 1 de « AWAKE » sur youtube

SCENARIO : Michael Britten est policier à la Brigade criminelle de Los Angeles. Un jour, sa vie bascule lorsqu’il a un grave accident de voiture avec sa femme Hannah et Rex, leur fils adolescent. Mais un phénomène étrange se produit : lorsqu’il se réveille, il se retrouve dans une réalité où sa femme n’est pas décédée alors que son fils est mort.

Tandis que dans une seconde réalité, il se réveille veuf et seul avec son fils, bien en vie. Pour ne rien arranger, il a deux coéquipiers différents dans chaque « monde » : Vega dans le monde avec sa femme et Freeman dans le monde avec son fils.

Et il est également suivi par deux psys, le Dr. Lee et le Dr. Evans. Autre fait étrange, quand il trouve un indice dans un monde, cela lui permet de résoudre une affaire criminelle dans l’autre monde… Mais est-ce la réalité ? Michael a-t-il inventé une vie alternative afin de supporter l’insupportable ? Laquelle est la vraie ? Et surtout, est-il devenu fou ?

AVIS : voilà une série résolument originale. « Awake » (littéralement :  en éveil) nous propose un curieux cocktail de policier, de fantastique et de drame ; mâtiné de séances chez le psy et d’hallucinations. Le créateur de la série, Kyle Killen, nous avait déjà offert une incursion psychologique avec l’étrange « Complexe du castor » (The Beaver, 2011), réalisé par Jodie Foster et où Mel Gibson, homme d’affaires dépressif, retrouve un sens à sa vie en s’adressant à une marionnette en castor qu’il fait vivre au bout de sa main. Un rôle déjanté dans un film curieux et déroutant que j’ai trouvé excellent quoique déprimant.

Ici, le personnage de Michael Britten n’est certes pas aussi frappadingue mais s’accommode tant bien que mal de ce dédoublement d’univers qu’il n’a pas demandé mais qui, au fond, lui amène une certaine stabilité. En effet, la série nous interroge en substance : qui pourrait garder la raison quand toute sa famille a été décimée dans un horrible accident ? Retrouver les êtres qu’on aime et qu’on a perdu, même dans une réalité alternative, fait certainement partie des rêves les plus fous de plusieurs d’entre nous.

A cet égard, « Awake » nous offre de très beaux moments humains, à la fois chaleureux et sensibles ; notamment lorsque la série aborde l’amour d’un père pour son fils : Michael est là pour Rex, il le soutient, il l’aime et le lui dit. Ne pas perdre une minute pour se dire qu’on s’aime puisque dans un instant, on peut être fauché par le destin de façon tragique. Quand Michael découvre qu’Emma, la petite amie de son fils, se retrouve enceinte alors que le jeune homme a disparu brutalement ; il est bouleversé et décide de s’occuper de la jeune fille comme si elle était son propre enfant. Emouvant.

A côté de cet univers familial dédoublé, Britten vit aussi une vie de flic en parallèle où un indice qu’il découvre dans un monde trouve sa conclusion dans un autre monde. Curieux. Evidemment, ses coéquipiers se posent des questions : comment fait-il pour savoir ça ? D’où vient cet instinct ? Est-il impliqué dans un trafic et cherche-t-il à couvrir ses traces ? La résolution des affaires policières prend une tournure souvent imprévisible. Ce qui donne l’impression qu’il faut se laisser guider par « Awake », un peu à l’aveugle comme dans un rêve et ne pas tenter de prévoir ce qui arrivera puisque, de toute façon, on aura tout faux.

La série s’interroge aussi sur la santé mentale de Michael Britten qui, dans un épisode, voit…des pingouins. Le pourquoi de ces visions sera expliqué dans un final assez inattendu. Le flic est suivi par deux psys, chacun dans leur « monde » qui lui disent d’ailleurs : « Mais ce que vous vivez est bien réel puisque vous êtes ici avec moi. » Au spectateur de s’y retrouver. Saurez-vous relever le défi ?

Si la série démarre un peu à la façon d’un épisode d’ « En analyse » (In treatment, 2008 - 2011, excellente série HBO avec Gabriel Byrne), elle se démarque assez vite des séances sur canapé pour laisser place à l’action. Le public américain n’est sans doute pas friand du genre « psy » et on sent que la série a basculé, en cours de route, pour passer rapidement vers des intrigues policières qui laissent de côté l’aspect introspectif pour y revenir plus tard, assez brièvement et en filigrane. Dommage. Côté « rêve », on retiendra d’ailleurs la musique de Reinhold Heil et Johnny Klimek, parfaitement dans le ton de l’ambiance brumeuse dégagée par la série.

Bref, « Awake » se révèle déroutante et toujours intrigante ; un curieux mélange de psychologique et de policier, parfois maladroit mais souvent original et captivant. Hélas, la sauce n’a pas pris et au terme de sa première saison, la NBC, qui diffuse la série aux Etats-Unis, n’a pas voulu renouveler l’aventure. Il n’y a donc que 13 petits épisodes à se mettre sous la rétine et puis c’est tout. Une série bientôt culte, soyez-en certains. En tous cas, c’est tout le bien qu’on lui souhaite.

CASTING :

Dans le rôle de Michael Britten, l’acteur anglais Jason Isaacs, connu pour le rôle du méchant Lucius Malfoy dans « Harry Potter et l’Ordre du Phénix » (2007) ainsi que la série de gangsters « Brotherhood » (2006 - 2008), porte entièrement la série « Awake » sur ses épaules et y est vraiment excellent. Comme Hugh Laurie dans « Docteur House », il a cette capacité de pouvoir incarner un large panel d’émotions et d’arriver à masquer son accent anglais afin de passer pour un parfait américain. Un grand.

A ses côtés, on retrouve quelques figures bien connues du petit écran et qui ont marqué de leur talent plusieurs séries de grande qualité comme Laura Innes (Dr. Weaver dans « Urgences » qui incarne ici une flic particulièrement machiavélique) et Steve Harris (l’avocat Eugene Harris dans la série judiciaire « The Practice »). Notons encore la participation de B.D. Wong, spécialisé dans les rôles d’ « expert de l’âme » puisqu’il a incarné le Dr. George Huang dans « New York Unité spéciale » de 2001 à 2012 et le Père Ray Mukada dans la série carcérale « Oz » (1997 - 2003). Enfin, on retrouve avec grand plaisir Cherry Jones, impeccable dans le rôle du Dr. Evans, surtout connue pour avoir interprété la Présidente des Etats-Unis Allison Taylor, dans « 24 heures chrono » en 2009 - 2010. Un casting solide au service d’une série étonnante.

13:26 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/11/2012

HOMELAND : la menace terroriste est à l’intérieur de l’Amérique

USA – 2011 (en cours). Série créée par Gideon Raff, adaptée d’après sa série israélienne « Prisoners of war ». Saison 1 : 12 épisodes de 45’ à 55’. Saison 2 en cours aux USA à l’automne 2012, série reconduite pour une saison 3 (terminée en décembre 2013). Saison 4 en cours de tournage.

Avec Damian Lewis (Nicholas Brody), Claire Danes (Carrie Mathison), Mandy Patinkin (Saul Berenson), Morena Baccarin (Jessica Brody), Jackson Pace (Chris Brody), Morgan Saylor (Dana Brody), David Harewood (David Estes), Navid Negahban (Abu Nazir), …

Saison 1 disponible à la vente en dvd et diffusée sur RTL-TVI (Luxembourg Belgique) en 2012

VOIR UNE BANDE-ANNONCE de "HOMELAND" (saison 1)

Homeland

Photo : copyright : www.amazon.fr / Showtime / 20th Century Fox Home entertainment

SCENARIO : lors d’une opération militaire durant la guerre d’Irak en 2003, le sergent Nick Brody est capturé avec son équipier, Tom Walker, par les forces irakiennes de Saddam Hussein. Durant 8 ans, il sera torturé et traversera la pire épreuve de sa vie jusqu’à ce qu’une équipe de Marines le libère. Revenu au pays, Brody peine à retrouver ses marques auprès des siens ; sa femme couche avec son meilleur ami, ses enfants ont grandi sans leur père et le monde a changé. Sans compter que la CIA, en la personne de l’agent Carrie Mathison, s’intéresse de près à son cas. Celle-ci soupçonne Brody d’avoir subi un lavage de cerveau et d’être devenu un terroriste à la solde d’Al-Qaïda. Le jeu du chat et de la souris commence mais le gagnant ne sera pas nécessairement celui qu’on croit…

COMMENTAIRE : « Homeland » ne disait rien à personne en Europe avant d’avoir fait le buzz, en septembre dernier, pour avoir remporté la plupart des Emmy Awards (les Oscars de la télé américaine avec les prix des meilleurs acteurs pour Damian Lewis et Claire Danes, meilleure série, …). Les favoris de ces dernières années comme « Mad Men » sont rentrés bredouilles.

De l’aveu de son créateur, Gideon Raff, « Homeland » se veut « l’antidote à « 24 heures chrono », série produite par Alex Gansa et Howard Gordon qui officient à nouveau ici, aux commandes de la production et des scénarios. Raff précise que dans « 24h chrono », les bons et les méchants « étaient clairement définis alors qu’ici, tout est plus flou ». Et on ne peut que lui donner raison à la vision de cette première saison de 12 épisodes, excellente en tous points.

De fait, « Homeland » mélange avec talent drame, espionnage et thriller, revendiquant sa filiation avec quelques grands films d’espionnage comme « Conversation secrète » (1974) avec Gene Hackman et « Les  Trois jours du Condor » (1975) avec Robert Redford. Mais l’intérêt réside surtout autour du thème de la paranoïa ambiante : qui est dangereux ? Les Musulmans ? Les Américains ? Les deux ? Tout va très vite – trop vite – puisque le monde change et les services secrets ne font que suivre cette tendance, prêts à tout, y compris l’inavouable. Seule compte la sécurité intérieure.

Politique, la série l’est assurément car elle n’hésite pas à nous bousculer en questionnant sur la légalité de certaines actions du gouvernement américain, au nom de la guerre à la terreur (un drone lancé sur une école coranique tue 82 enfants, tout cela parce que les Américains pensent qu’un terroriste s’y cache).

En sus des actions pour le moins peu avouables lancées par le gouvernement américain, la série illustre également le rôle peu reluisant de la CIA, la fameuse agence de renseignements, remarquablement incarnée par le personnage de Saul Berenson (Mandy Patinkin, le Gideon des saisons 1 et 2 d’ « Esprits criminels », impeccable comme toujours). Ce dernier résume bien cet univers d’intrigues et de coups bas en disant à sa protégée que « tout le monde ment ». Secrets d’état oblige. Et quand un agent dépasse les bornes, il doit également s’attendre, à un moment ou à un autre, à se retrouver tout seul…

Au-delà du contexte géopolitique, « Homeland » nous emmène aussi à la découverte de personnages fracassés par la vie. Le rêve américain s’effrite, plein de lézardes, la fracture psychologique est bien là. On aurait pu croire que ce serait une série dans la lignée de « 24 heures chrono » où prime l’action mais les producteurs ont déjà donné. En lieu et place, ils nous proposent une étude psychologique fouillée et interpellante sur la réalité du (soi-disant) rêve américain.

Dans les bonus très intéressants des dvd, Claire Danes explique que les personnages ont « tous un conflit intérieur et sont moralement ambigus ». Et c’est vrai : Brody s’est converti à l’Islam mais n’en respecte pas totalement les prescrits (il trompe sa femme et se soûle régulièrement, ayant toutes les peines du mondes à surmonter son stress post-traumatique, aspect que montre remarquablement bien « Homeland ») ; Carrie Mathison souffre de bipolarité et perd, à un moment, complètement les pédales ; Saul Berenson se retrouve seul après 25 ans de mariage sacrifiés au nom de son métier ; le couple de David Estes, le patron de la CIA, ne se porte guère mieux ; et ainsi de suite, pas un personnage n’est lisse ou politiquement correct.

A la vision des épisodes, on se souvent mal à l’aise et on se demande par exemple : « Quoi, c’est ça les services secrets ? Pouah ! » On comprend aussi mieux ce qui pousse le soldat Brody à se comporter comme il le fait même si nous ne savons pas encore tout à son sujet. Ensuite, la série ne donne pas une image caricaturale et stéréotypée des Musulmans. En effet, Abu Nazir n’est pas totalement mauvais, il a une foi inébranlable en ce pour quoi il se bat et il pourrait être notre voisin. Inquiétant, non ? Sous le vernis des apparences, il y a toujours plus de complexité que ce que l’on voudrait croire…

Enfin, l’ambiance de la série baigne dans un climat souvent malsain et pesant où rien n’est clair, rien n’est totalement bien défini. Sans jamais tout à fait tomber dans le glauque, « Homeland » dégage un charme vénéneux, à la fois fascinant et repoussant. Une fois un épisode terminé, on a envie de connaître la suite. Et pourtant, il ne se passe rien de vraiment spectaculaire mais les producteurs de « 24h chrono » savent comment captiver leur public, appliquant des recettes déjà éprouvées sur leur précédent bébé.

Bref, une série dont vous auriez tort de vous priver, tant elle brillamment écrite et interprétée et surtout, fait réfléchir sur le climat paranoïaque ambiant.

La saison 2 reste de bonne facture même si certains moments m'ont paru grotesques, notamment vers la fin. La saison 3 relance l'intérêt en dirigeant l'intrigue vers de nouvelles pistes, à la fois étonnantes et déroutantes. L'impression est quand même que l'ensemble s'essouffle et la bipolarité de Carrie Mathison commence franchement à lasser, ressort scénaristique qui a bon dos pour masquer les quelques invraisemblances qui jalonnent le récit. Reste à espérer qu'"Homeland" saura s'arrêter à temps et ne pas proposer la saison de trop.

Pour l’anecdote et la résonance dans la réalité, « Homeland » est la série préférée de Barack Obama avec « The wire » (Sur écoute). Damian Lewis a même été invité à la Maison blanche pour y être félicité. Cela, c’est pour le côté pile. En effet, la série compte aussi ses détracteurs puisque le Ministre libanais des Affaires étrangères compte porter plainte contre la production d’ « Homeland » pour donner une image de la ville de Beyrouth comme étant une ville « archaïque, nid à terroristes et sale » (repris notamment dans l'excellente émission française "L'hebdo séries" de Pierre Langlais). De là à dire que certains cherchent à se faire mousser sur le dos de la série…

CASTING :

Damian Lewis est prodigieux dans le rôle de ce soldat capturé et retenu prisonnier pendant 8 ans. Le comédien a bien saisi toute la complexité du rôle en étant par moments attachant, par exemple, quand il est dans son rôle de père de famille et puis devenir tout à coup effroyablement inquiétant quand son idéologie prend le dessus, le transformant en robot froid et déterminé. Une transformation physique à la fois impressionnante et totalement habitée. D’origine britannique, cet acteur nous avait déjà épaté en jouant un des rôles principaux de la minisérie de guerre « Frères d’armes » (2002) de Steven Spielberg et Tom Hanks. Lewis était aussi formidable dans le rôle du flic Charlie Crews dans « Life » (2007 - 2009), une série policière très originale mais qui n’aura hélas pas duré longtemps. Lire aussi la critique sur ce blog : http://series-cine-manu.skynetblogs.be/archive/2010/02/22...

Claire Danes livre également une prestation remarquable dans le rôle de Carrie Mathison, agent de la CIA qui souffre de bipolarité. Parmi ses prestations les plus connues et les plus mémorables, on se souvient de l’excellente et aussi trop courte série « Angela, 15 ans » (My so-called life, 1994) et de son rôle aux côtés de Leonard DiCaprio dans « Romeo + Juliet » (1996). « Homeland » complète désormais ce palmarès.

Mandy Patinkin : vieux routier des séries télé, il a tenu le rôle principal de plusieurs séries très populaires de ces dernières années comme la médicale « Chicago Hope » (1994 - 2000), la policière « Esprits criminels » (2005 - 2007 où il incarnait Jason Gideon, le chef profiler d’une équipe de flics spécialisée dans la traque de tueurs en série) et la plus déroutante et désormais culte « Dead like Me » (2003 - 2004) en chef des faucheurs d’âme, si vous me pardonnez l’expression.

Morena Baccarin a marqué de sa présence, à la fois fort féminine et troublante, quelques séries très connues de ces dernières années comme « Stargate SG-1 », « Medium », « Numb3rs », « The Good wife » et surtout « The Mentalist » dans le rôle d’une arnaqueuse qui ne laissait pas indifférent le pétillant Patrick Jane. Mais c’est d’abord en reprenant le rôle de la perfide Diana dans « V » (2009 - 2011) qu’elle s’est fait connaître du grand public. Dans cette série remake de l’original (1983), elle tirait bien son épingle du jeu mais le show a rapidement déçu et a été annulée au terme de sa deuxième saison. On ne s’en plaindra pas. Dans « Homeland », elle livre une nouvelle facette de son talent, en incarnant une épouse sensible et paumée, qui retrouve son mari après des années d’absence et doit faire face à de nouveaux bouleversements dans sa vie.

20:12 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |