28/07/2013

« JUSTIFIED » : un marshal fédéral chez les cul-terreux

Dans le cadre de « La semaine des lecteurs » (26 janvier au 1er février 2015) sur le blog des séries du journal « LE MONDE », retrouvez ma critique de la série policière « JUSTIFIED » (2009 - 2015).

JUSTIFIED

JUSTIFIED

Justified 1


Photos : © 
FX Productions

 

 

 

 

Justified 2

Photo : Copyright : FX Television – www.amazon.fr

USA - 2010 / 2013 (toujours en production). Série adaptée pour la télévision par Graham Yost d’après le roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard et comprenant 4 saisons (52 épisodes) en date du 28 juillet 2013. Musique de Steve Porcaro (le clavier du groupe rock « Toto »).

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshal Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Natalie Zea (Winona Hawkins), Joelle Carter (Ava Crowder), Jacob Pitts (Marshal Tim Gutterson), Erica Tazel (Marshal Rachel Brooks), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

Diffusé sur BE TV (Canal + Belgique) en 2011 (saisons 1 & 2) et 2013 (saison 3). Saisons 1 et 2 disponibles en dvd à la vente. Sortie de la saison 3 prévue début septembre 2013.

A VOIR :

« Long Hard Times to Come », la musique deugénérique de « JUSTIFIED » sur « You Tube », composé par Rench et interprété par le rappeur T.O.N.E.-z. Notons que le générique rappelle un peu celui de « True Blood », la série de vampires d’HBO, avec ses couleurs surexposées et ses images saccadées.

PITCH : Marshal des Etats-Unis basé à Miami, Raylan Givens est un as de la gâchette, doublé d’un inspecteur plutôt futé. Lors d’une altercation avec un gangster qui le menaçait, le marshal est le plus rapide. Malheureusement, sa hiérarchie en a marre et le voilà muté dans le comté d’Harlan, à Lexington, dans son Kentucky natal. Là, il se retrouve face à Boyd Crowder, un inquiétant activiste d’extrême droite, ses copains d’enfance, son ex-femme et son père Arlo, un homme chaotique aux activités aussi louches que dangereuses. Un petit monde qui cause bien des soucis à Raylan…

AVIS : on ne peut que dire du bien d’un grand écrivain de romans policiers comme Elmore Leonard, honorable octogénaire toujours actif et qui pour ses bientôt 88 ans, se porte comme un charme. Coscénariste et producteur exécutif sur la série « Justified », adaptée d’après ses romans consacrés aux aventures de Raylan Givens (le premier a été édité en 1993 sous le titre « Pronto »), l’auteur écrit depuis près de 60 ans.

Et cela fait près d’un demi-siècle que plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, allant du western (Hombre, 3h10 pour Yuma) au policier (Mr. Majestyk avec Bronson, Jackie Brown de Tarantino, Hors d’atteinte de Soderbergh avec George Clooney), en passant par la comédie (Get shorty avec Travolta et Gene Hackman). Bref, de bons films avec un solide casting et des réalisateurs qui connaissent leur métier.

Du cinéma à la télévision

Début 2000, la télé lui a aussi fait les yeux doux avec la peu mémorable série « Karen Sisco » (10 petits épisodes en 2003 - 2004, un échec de la chaîne ABC). La saga « Justified » démarre en 1997 quand le roman « Pronto » d’Elmore Leonard fait l’objet d’une adaptation sous forme de téléfilm, avec James Legros dans le rôle de Raylan Givens.

Malgré la présence au générique de Peter Falk (Columbo) et Jim McBride à la réalisation (Great Balls of Fire ! en 1989, The Big Easy, flic de mon cœur en 1986), le téléfilm ne marque pas les esprits. Notons que l’acteur James Legros joue le rôle récurrent de Wade Messer, un plouc barbu qui apparaît dans les saisons 2 et 3 de la série.

Bref, des adaptations télé peu engageantes qui laissaient craindre le pire pour cette nouvelle série. Et c’est vrai qu’à la vision des premiers épisodes, on pouvait se dire « mouais, bof, encore une série policière de plus et pas terrible… ». De fait, les premiers épisodes se traînent et peinent à trouver leur rythme. Pour ma part, je n’ai commencé à accrocher que vers le 5ème (pour des saisons de 13 épisodes de 40’ chacun). A partir de là, que du bonheur !

Un rythme lent mais pas seulement…

Justified 1

Photo : © FX Television – www.amazon.fr

S’accommodant de ce rythme a priori lent, la série tire justement son intérêt par le fait d’être en phase avec ses personnages. Priorité à la psychologie et au déroulé des enquêtes, l’action passe au second plan même si pas mal d’épisodes ont leur lot de « pan pan », surtout lors de la 2ème saison. Fidèle aux atmosphères des romans d’Elmore Leonard, « Justified » nous emmène dans un monde où rien n’est vraiment clair, où l’ambiguïté règne plutôt en maître et les luttes de clans sont féroces (les familles Givens, Crowder et Bennett se mènent une guerre perpétuelle et tous les coups sont permis).

Sans oublier les conflits d’intérêt : Raylan face à son père Arlo avec qui il ne s’entend pas et qu’il ne voulait pas revoir. Arrêter son père qui commet des crimes ? Difficile mais pourtant... Même chose avec les amis d’enfance qui tournent mal. Lorsqu’il se retrouve confronté à eux, Raylan se trouve en porte-à-faux, tiraillé entre son obligation de faire appliquer la loi et son avis personnel qui lui fait se dire : « Bon, ben, laisse-le, ce n’est que du menu fretin. A la rigueur, il pourra me servir d’indic ».

Raylan se demande constamment : « Est-ce que ce que je fais est justifié ? » (d’où le titre), se demandant aussi où va sa vie amoureuse tout en menant sa carrière de policier avec rigueur et grand professionnalisme. Seul bémol : quand il dégaine, c’est pour tuer et les cadavres ont tendance à s’accumuler. Affublé de son stetson qu’il ne quitte quasiment jamais et de son glock, il incarne une sorte de Gary Cooper moderne, à la fois cool et impitoyable. Une série policière aux accents de western, comme l’ont écrit les critiques américains lors de sa diffusion aux USA.

Plutôt que d’aligner des épisodes sur le mode « le méchant de la semaine » (piège que n’évitait pas toujours la 1ère saison), la série fait ensuite le choix intelligent de nous plonger dans le monde pas reluisant des fugitifs en cavale, escrocs en tous genres, policiers corrompus et pour notre marshal au chapeau aux dilemmes amoureux !

Plutôt que de proposer une vision précise et documentée du travail des marshals fédéraux, la série tire avant tout parti des personnages et des situations. Comme dans les romans d’Elmore Leonard, un dialogue s’engage calmement, tout à l’air relax et puis soudainement surgit une violence inouïe qui n’épargne personne.

Pour ceux que cela intéresse, dans la réalité, les vrais marshals fédéraux sont chargés de traquer les fugitifs en cavale, de protéger les juges, d’escorter les témoins et de procéder aux arrestations. La 1ère saison illustre ces missions durant plusieurs épisodes. Du reste, l’enquête policière est plutôt effectuée par le FBI et/ou la police locale. Comme le dit Graham Yost, son producteur-scénariste, la série n’a donc pas vocation à développer une enquête autour d’un mystère à élucider.

Des dialogues ciselés où pointe une certaine désinvolture

Justified 3

Photo : © FX Television – www.amazon.fr

Bénéficiant de dialogues malins où l’ironie et le second degré font mouche à tous les coups – comme le flingue du héros –, la série gagne petit à petit ses galons de ce qu’on pourrait qualifier de bijou d’humour désinvolte à la sauce campagnarde (pour le cadre). On se régalera des dialogues plein de sous-entendus entre Raylan et Boyd Crowder, sorte de double en négatif.

Comme l’explique un producteur dans les excellents bonus du coffret dvd de la 1ère saison, les deux lascars savent exactement ce que pense l’autre mais ne diront jamais le fond de leur pensée. On a droit à quelques fameuses joutes verbales pour savoir qui sera le plus malin. Idem dans les dialogues entre le marshal et son ex-femme Winona où pointe bien plus que du badinage amoureux.

Pour mieux s’en imprégner et comprendre toutes les subtilités, privilégiez la version originale avec une seconde vision indispensable pour encore mieux en comprendre le sous-texte. Du reste, cette série propose une vision sociologique tout à fait intéressante du fonctionnement global des marshals fédéraux et de la ruralité américaine par sa peinture assez rude du Sud profond.

Pour la petite histoire, le comté d’Harlan (Harlan county en VO) existe vraiment dans le Kentucky. Situé dans les Appalaches, c’est une communauté rurale très pauvre, qui survit essentiellement grâce aux mines de charbon, comme expliqué dans les bonus de la saison 1. Le pilote a été tourné en partie sur place ainsi qu’à Pittsburgh en Pennsylvanie. Du reste, l’essentiel de « Justified » se tourne à Santa Clarita, en Californie du Sud. Les décorateurs ont trouvé à Green Valley des paysages similaires à ceux du Kentucky avec des forêts denses et des clairières faisant parfaitement illusion.

Une équipe de scénaristes et de réalisateurs chevronnés

Boomtown

© ABC Television - www.amazon.fr

Il faut dire que les scénaristes ne sont pas des manchots : Graham Yost est un fan absolu des romans d’Elmore Leonard et les connaît sur le bout des doigts. En 2002 - 2003, Yost nous avait déjà livré « Boomtown », une belle perle policière hélas trop tôt disparue et était le scénariste des films d’action « Speed ». Il a aussi écrit plusieurs épisodes de « Pacifique » (2010), la mini-série de guerre de Spielberg et Tom Hanks.

A ses côtés, on retrouve aussi de très bons réalisateurs pour l’épauler comme Jon Avnet (Beignets de tomates vertes en 1991, producteur sur Boomtown) et John Dahl, spécialiste du film noir et réalisateur des fomidables « Red Rock West », « Kill me again », « Last seduction ». Dahl continue à officier comme metteur en scène sur les meilleures séries télé de ces dernières années : « Dexter », « Life », « Homeland », « Shameless », « True blood », « Person of Interest » et même « Californication ».

Un acteur en totale osmose avec son personnage

Timothy Olyphant

Timothy Olyphant - © www.imdb.com

Le personnage de Raylan Givens méritait un acteur subtil. C’est chose faite avec l’excellent Timothy Olyphant qui rappelle un peu, par son côté cool et beau gosse un jeune Clint Eastwood. Né en 1968 à Honolulu, le comédien s’était jusque là surtout illustré dans des seconds rôles, notamment le méchant du 4ème « Die Hard » en 2007, aux côtés de Bruce Willis.

Routier des séries télé, on se souvient de lui en shérif Seth Bullock dans la très sombre série western « Deadwood » (2004 - 2006) et en amant torturé de Rose Byrne dans la 2ème saison de « Damages » avec Glen Close. Une belle gueule qui n’est heureusement pas que ça et dégage autre chose qu’un bellâtre à gros flingue. Avec son interprétation du marshal Raylan Givens, Tim Olyphant est certainement en train de créer peu à peu sa mythologie par la subtilité de son jeu et son charisme naturel qui le rendent éminemment sympathique et attachant.

Pour l’anecdote, Olyphant lisait déjà les romans d’Elmore Leonard consacrés au marshal fédéral et les connaissait par cœur bien avant d’obtenir le rôle. Sur le tournage de la série, quand il a rencontré l’écrivain, le comédien lui a dit : « Tu devrais écrire de nouveaux romans sur ce personnage. » Et ni une, ni deux, Elmore Leonard vient de sortir « Raylan » voici peu.

Des seconds rôles impressionnants

A ses côtés, on retrouve deux excellents seconds rôles, des visages bien connus des sériephiles en la personne de Walton Goggins (Shane dans « The shield ») et Jim Beaver (Bobby Singer, le mentor barbu des frères Winchester dans « Supernatural »).

Walton Goggins - Copyright www.imdb.com.jpg

Walton Goggins - © www.imdb.com

Goggins, avec sa gueule de squelette vivant et ses dents en avant, dégage quelque chose de particulièrement inquiétant en en même temps de pas foncièrement méchant. Pas le genre de gars qu’on voudrait connaître en vrai mais bon, il a ce je-ne-sais-quoi qui le rend mémorable. Quant à Beaver, son accent de « redneck » (plouc pour le traduire platement) en faisait le candidat idéal en shérif borderline (surtout présent dans la saison 3).

La 2ème saison est bien meilleure que la première, surtout pour l’évocation qu’elle fait des luttes de clans et par l’introduction du personnage de Mags Bennett, marâtre qui mène ses fistons à la baguette et qui propose de l’alcool aux effets dévastateurs. Une reine de la manipulation et qui sous des dehors de brave maman, n’en est que plus dangereuse. Brrr !

Mykelti Williamson

Mykelti Williamson - © www.imdb.com

La 3ème saison se révèle nettement moins addictive que la précédente. Raylan Givens a fort à faire avec le très ambigu Ellstin Limehouse (incarné par Mykelti Williamson, épatant dans Boomtown et Forrest Gump) ainsi qu’un méchant d’envergure en la personne du très flippant Robert Quarles (Neal McDonough, vu dans "Band of Brothers" en 2002 et dans "Minority report" de Spielberg avec Tom Cruise. Un comédien déjà formidable en psychopathe vraiment glauque dans la 5ème saison de « Desperate Housewives »).

Neal McDonough

Neal McDonough - © www.imdb.com

Plus centrée sur les personnages et leurs états d’âme, les enjeux sont mis de côté au profit d’une intrigue essentiellement centrée autour de leurs relations. On se consolera par le second degré des dialogues entre notre héros (plutôt paumé à l’idée de devenir père) et Boyd Crowder, toujours plein de sous-entendus. Bref, on se délecte encore et encore de « Justified », comme l’a écrit le spécialiste des séries, Martin Winckler, dans « La vie en séries », dernier hors-série du journal « Le Monde » (août 2013) : Je déguste chaque saison de Justified, série noire pleine d’un humour corrosif.

Au final, « Justified » se regarde avec un réel plaisir, tant pour le personnage principal que pour la galerie d’originaux qui gravitent autour de lui. On aime vraiment passer du temps avec eux, pour horribles que soient certains des adversaires du marshal fédéral. Cette série, originale par le cadre et décalée par les situations, mérite une belle place au podium des shows policiers étonnants et jamais totalement prévisibles. On en redemande ! Une saison 4 est à venir, déjà terminée et diffusée aux Etats-Unis.

JUSTIFIED - Saison 4 : que du bonheur...caustique

Justified season 4Photo : © FX Television

USA - 2010 / 2014 (toujours en production). Série adaptée pour la télévision par Graham Yost d’après le roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard. Quatre saisons diffusées en Europe (4 X 13 épisodes). Musique de Steve Porcaro (le clavier du groupe rock « Toto »).

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshal Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

Diffusé sur BE TV (ex-Canal + Belgique) en juillet 2014 (saison 4). Saisons 1 à 3 disponibles en dvd. Saison 4 disponible en dvd dès le 08 octobre 2014.

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 4

Après une saison 3 un peu faiblarde dans le déroulé de son intrigue mais marquée par des méchants succulents comme Quarles (épatant Neal Mc Donough) et Limehouse (Mykelti Williamson), « Justified » nous revient en meilleure forme dans cette quatrième salve d’épisodes.

On retrouve avec bonheur tout ce qui fait, osons le dire, son sel et sa personnalité, à savoir son héros un peu dépressif et faisant preuve d’un sang froid à toute épreuve et surtout, ses dialogues à l’humour caustique, typique des romans d’Elmore Leonard (pour rappel, la série est tirée du roman « Fire in the hole » de l’écrivain disparu voici peu).

A tous moments, une situation a priori banale peut déraper et tomber dans la violence la plus meurtrière. Le marshal Raylan Givens affronte à nouveau Boyd Crowder, magouilleur en chef auquel  s’ajoute un homme de main des plus inquiétants, Colt Rhodes (Ron Eldard qui a bien grossi depuis « Urgences » et le film « Super 8 »).

Ancien MP (police militaire), ce « bad guy » ne voit aucun inconvénient à supprimer son prochain comme si c’était aussi naturel que de fumer une cigarette (dont il abuse d’ailleurs). Sans doute moins flippant que l’imprévisible Quarles de la saison 3, Rhodes se la joue Depardieu période « Le choix des armes » (parka militaire et cheveux longs filasses), auquel l’acteur fait d’ailleurs référence dans les derniers épisodes en évoquant Gérard « Dipardiou ».

Luttes de pouvoir, coups fourrés et retournement de situations font à nouveau toute la saveur de cette saison 4 qui, selon moi, est la meilleure à ce jour avec la deuxième. Du reste, c’est toujours aussi bien écrit, joué et filmé (à cet égard, les plans obscurs viennent renforcer le propos souvent glauque de l’intrigue).

Tout concourt à une osmose parfaite entre le spectateur et l’univers de « Justified », monde dans lequel on aime s’arrêter même si on préférerait ne pas en faire partie. La vie n’y vaut pas grand-chose et très vite, chacun peut partir retrouver son créateur, sans même avoir le temps de s’en apercevoir Rigolant En ce sens, cette série policière, apparemment comme les autres, pourrait se rapprocher de « Breaking Bad », tant la noirceur du propos et le côté amoral de certains personnages sont similaires.

Pour l’anecdote, « Justified » est une série dans laquelle les acteurs sont chouchoutés : les scénaristes n’hésitent pas à stopper le tournage afin que les rôles soient les mieux écrits possibles, impliquant les comédiens dans le processus.

Un vrai bonheur qui se partage avec le spectateur qui en redemande. Aux Etats-Unis, la saison 5 est déjà terminée et la 6 en cours de production. On a hâte.

"JUSTIFIED" (janvier 2015) : un polar décontracté façon western

JustifiedPhotos © FX Television - Sony Pictures Entertainment

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshall Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Natalie Zea (Winona Hawkins), Joelle Carter (Ava Crowder), Jacob Pitts (Marshall Tim Gutterson), Erica Tazel (Marshall Rachel Brooks), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

6 saisons (2009/2015, toujours en production) : 78 épisodes.

Inspirée du roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard.

RETROUVEZ CET ARTICLE SUR LE BLOG DES SERIES DU "MONDE" DE PIERRE SERISIER 

 Lien officiel : http://www.sonypictures.com/tv/justified/

VOIR UN TRAILER DE "JUSTIFIED" (saison 6 et dernière)

AVIS :

Elmore Leonard est surtout connu comme écrivain de romans policiers. Très actif jusqu’à sa mort (87 ans en 2013), cet auteur a régulièrement été adapté au cinéma, dans divers genres : western (Hombre, 3h10 pour Yuma, Joe Kidd), policier (Jackie Brown de Tarantino, Hors d’atteinte de Soderbergh), comédie (Get shorty), …

Avant « Justified », la télé lui avait proposé d’adapter « Karen Sisco » (2003/2004), médiocre série de 10 épisodes, un échec de la chaîne ABC. Paru en 1993, son roman « Pronto » introduisait l’univers du marshall Raylan Givens. En 1997, le personnage est adapté au petit écran dans un téléfilm sobrement intitulé « Justified ». Aux côtés de Peter Falk (Columbo), l’acteur James Legros incarnait Givens (Legros revient d’ailleurs dans plusieurs saisons de la série dans le rôle de Wade Messer). Malgré Jim McBride à la réalisation (The Big Easy / Flic de mon cœur - 1986), le téléfilm ne marque pas les esprits.

En 2010, le scénariste et producteur Graham Yost décide de relancer le personnage sous forme de série-feuilleton hebdomadaire pour la chaîne FX (Sons of Anarchy, American Horror story, …), à raison de 13 épisodes de 40 minutes par saison. Connu comme auteur du film d’action « Speed » (1994), une référence du genre ; Yost a surtout évolué à la télé. En 2002/2003, on lui doit la formidable « Boomtown », perle policière trop vite annulée et plusieurs scénarios de « Pacifique » (2010), minisérie de guerre produite par Steven Spielberg et Tom Hanks.

Yost reprend donc le personnage de Leonard. Il en tire un pitch pas forcément original mais qui plait aux Américains par ses références à l’Ouest sauvage (un flic, un insigne mythique, des flingues, une terre hostile) : Raylan Givens est un US marshall parfois en conflit avec sa hiérarchie.

Toujours professionnel dans l’exercice de son métier et fin tireur, il ne se sépare jamais de son Stetson. Cowboy des temps modernes, il fait penser à un mélange de Lucky Luke et de Clint Eastwood dans la série western « Rawhide ». A l’occasion, ce beau gosse ne dédaigne pas les aventures d’un soir, dont il n’a que peu de souvenir vu le whisky qu’il s’est enfilé la veille. Après une altercation avec un gangster, Givens se fait muter dans le comté d’Harlan, dans son Kentucky natal. Il y retrouve son ex-femme Winona, son père Arlo et tout un petit monde qui va lui causer bien des soucis.

Bénéficiant du soutien d’Elmore Leonard, crédité comme coscénariste et producteur exécutif sur « Justified » ; Yost s’est inspiré du roman « Fire in the hole » de l’écrivain. Pour incarner Givens, le producteur choisit Timothy Olyphant qui avait déjà joué un sheriff dans la série western « Deadwood » (2004/2006).

Il s’est également adjoint les talents de réalisateurs chevronnés, spécialistes du drame et du film noir, comme Jon Avnet (Beignets de tomates vertes en 1991, producteur sur Boomtown) et John Dahl (auteur des mémorables « Kill me again » et « Last seduction », reconverti en réalisateur de séries télé : Homeland, Person of Interest, Californication, …).

Ceux-ci ont défini une identité visuelle qui donne un cachet très particulier aux images de la série, privilégiant le vert sombre, les jaunes délavés et des teintes de gris. Le générique donne le ton en mélangeant habilement l’ancien et le nouveau, à l’instar de sa partition musicale, subtil mix de rap et de country.

Une série noire à l’humour corrosif

Fidèle aux atmosphères des romans de Leonard, « Justified » nous plonge dans un monde apparemment tranquille mais où la violence se déchaîne de façon aussi soudaine qu’imprévisible. La série tire précisément tout son intérêt de ses dialogues malins où l’ironie mordante et le second degré dominent. Les réparties entre Givens et Boyd Crowder sont bourrés de sous-entendus savoureux.

Ces dialogues caustiques se retrouvent aussi avec d’autres personnages croisés plus tard dans la série (Limehouse, Duffy, les frères Crowe, …). « Justified » nous charme par son humour noir au lieu de s’attarder sur le travail des marshalls fédéraux (traque de fugitifs, protection de témoins, … quoique cela soit parfois évoqué dans l’un ou l’autre épisode),

Priorité donc aux dialogues et aux personnages, l’action et le policier passent au second plan. Pour Graham Yost, la série policière ne cherche pas à développer une enquête autour d’un mystère à élucider. Pour ceux qui la trouveraient lente et trop bavarde, elle n’a pas à rougir de son efficacité quand elle passe à l’action (fusillades, poursuites, explosions spectaculaires). Les amateurs du genre seront comblés pourvu qu’ils se montrent patients.

Dans le rôle de Crowder, méchant opposé au héros ; on retrouve l’épatant Walton Goggins (Shane Vendrell dans « The Shield » mais aussi le transsexuel Vénus dans les saisons 5 et 6 de « Sons of Anarchy »). Avec son sourire carnassier, il fait penser à une hyène qui attend, tapie dans l’ombre, que ses ennemis soient morts avant de venir les dépecer.

De petit facho hargneux, le personnage évolue vers un prédicateur fou de Dieu, soi-disant en route vers le bon chemin. Manipulateur redoutable, il lui arrive pourtant de sauver des vies. Tout dépend évidemment de ses intérêts… Il peut faire preuve de grandeur d’âme en adoptant parfois un comportement en contradiction avec les desseins qu’il poursuit.

Justified Boyd Crowder

Boyd Crowder (à gauche)

 

 

 

 

Une galerie d’ennemis originaux

L’autre attrait réside dans ses personnages : fracassés par la vie, pétris de doutes, d’envies, de frustrations ; on les sent vivre à l’écran de manière assez réaliste grâce à un bon travail d’écriture. Curieusement, le personnage principal évolue peu : à part son aspect relax contrebalancé par sa dureté d’homme de loi, Raylan Givens est souvent à la masse et même dépassé par les événements, surtout dans sa vie privée (sa future condition de père l’étonne plus qu’elle ne le rend heureux). Le personnage semble figé dans sa figure mythique de marshall.

Justified Wynona

Raylan Givens et son ex-femme Winona

Malgré tout, la série évoque les dilemmes auquel doit faire face le policier. Il se trouve souvent en porte-à-faux, tiraillé entre son obligation de faire appliquer la loi et son ressenti personnel. Malgré son apparente désinvolture, Givens travaille beaucoup du chapeau. Au final, il fait ce qu’il a à faire.

A contrario, les méchants se révèlent nettement plus intéressants. « Justified » nous offre une fameuse galerie de frappadingues, souvent cruels, parfois drôles et subtils et pour certains, attachants. Les producteurs ont retenu la célèbre phrase d’Hitchcock qui disait : « Meilleur sera le méchant, meilleur sera le film ». C’est là qu’opère le charme vénéneux de la série.

Au départ, la saison 1 est assez brouillonne dans sa manière d’installer les personnages. Les situations, dépourvue de réels enjeux, n’accrochent pas de prime abord et l’ensemble souffre d’un manque de rythme. Ce n’est que vers le 6ème épisode qu’elle commence à prendre sa vitesse de croisière.

Le premier véritable méchant fait son apparition avec le machiavélique Wynn Duffy (Jere Burns, vu dans « Bates Motel » et « Burn Notice »). Spécialiste en sécurité domestique (en fait, un « nettoyeur » de la Mafia), ce vilain menace Winona, l’ex-femme de Givens tout en se considérant comme un « homme d’affaires ». Il trempe toujours dans l’une ou l’autre magouille et bien sûr, croise le chemin du policier.

Justified Wynn Duffy

Wynn Duffy  © deadline.com

Ce gangster a la remarquable capacité de sauver sa peau. Il arrive toujours à s’acoquiner à de nouveaux truands quand ceux qu’il côtoyait tombent sous les balles du marshall. On le retrouvera tout au long de la série, comme un chewing-gum déplaisant qui colle aux bottes de Givens.

Lors de la saison 2 (la meilleure à ce jour), le flic affronte le clan Bennett, composé de trois fistons dominés par la matriarche Mags (formidable Margo Martindale, vue dans « Dexter » et « The Americans »). Sous ses airs doucereux, elle sait parfaitement où elle va et abuse de son côté maternel pour obtenir ce qu’elle veut. Maître du trafic d’herbe local, elle fabrique un alcool aux effets dévastateurs qu’elle sert volontiers à qui se met en travers de sa route. Pas forcément mauvaise sur le fond, elle prend sous son aile Loretta, une orpheline du patelin. Mags s’arrange toujours pour ne pas être directement impliquée. Mais n’hésite pas à mettre en danger la vie de la gamine quand ses plans sont chamboulés.

Justified Mags Bennett

Mags Bennett 

A cet égard, « Justified » nous livre un beau portrait de l’enfance en perte d’innocence puisque Loretta (tout comme le jeune Kendal Crowe dans la saison 5) voit le mal et fait tout pour s’en prémunir, sans attendre que le marshall vienne la sauver.

Dans la 3ème saison, moins inspirée, Givens affronte un yuppie décadent sous les traits de Robert Quarles (succulent Neal McDonough, habitué des rôles de cinglé, vu dans « Boomtown » et « Desperate Housewives »). Psychopathe hyper narcissique, le gangster cherche à faire main basse sur le trafic de drogue local pour en devenir le maître absolu. Leur confrontation finale renvoie directement à un duel de western.

Justified Robert Quarles

Robert Quarles 

Durant cette même saison, on croise un autre infâme, Ellstin Limehouse (incarné par Mykelti Williamson, déjà épatant dans « Boomtown »). Boucher cupide et impitoyable, il manie l’art du sous-entendu et l’ambiguïté aussi bien que ses couteaux de découpe. Ses relations avec Givens ne sont pas forcément mauvaises, teintées de méfiance et d’un certain respect.

Mais Limehouse n’aime pas la police et ceux qui viennent mettre leur nez dans ses affaires. Même si ses intentions ne sont pas entièrement connues, l’éleveur de porcs reviendra fugacement dans la saison 4 pour des dialogues à nouveau finement taillés si l’on ose dire.

Justified Austin Limehouse

Austin Limehouse

La 4ème salve d’épisodes, plus drôle, voit arriver le brutal et grossier Colt Rhodes (Ron Eldard, vu dans « Urgences » et le film « Super 8 »). Ancien pote d’armée de Boyd Crowder, ce méchant liquide son prochain comme s’il fumait une cigarette (dont il abuse d’ailleurs). Rhodes se la joue Depardieu période « Le choix des armes » avec parka militaire et cheveux longs filasses.

Il y fait clairement référence en évoquant de manière enjouée Gérard « Dipardiou ». Le tueur n’aura pas les honneurs d’une confrontation avec le marshall mais qu’importe, il nous aura bien amusés.

Justified Colt Rhodes

Colt Rhodes

Décalque paresseux de la 2ème saison, la saison 5 se focalise sur les luttes de pouvoir de la famille Crowder. En contrepoint comique, on suit les déboires de Dewey Crowe, petit nazillon tatoué déjà croisé dans la saison 1. Pas malin pour un sou, le redneck se rend compte de sa stupidité quand il est…trop tard. Ce qui donne lieu à quelques moments assez désopilants.

Ses cousins de Floride, Daryl Jr. et Danny Crowe aiment l’argent facile. Particulièrement effrayant, Danny (A.J. Buckley, le petit laborantin barbu des « Experts Manhattan », méconnaissable) occupe le devant de la scène. Boule de haine raciste, il croit qu’il doit apprendre la vie au jeune Kendal en tuant de manière gratuite et cruelle devant les yeux du gamin. A l’opposé, Daryl Crowe Jr. incarne l’autorité paternelle. Sous des dehors assez mous, il cache un caractère plutôt vicieux.

Justified Daryl Crowe Jr.

Daryl Crowe Jr.

En parallèle, les épisodes des différentes saisons évoquent les relations houleuses entre Givens et son père Arlo, vieil arnaqueur rempli d’amertume et de rancœur envers son fils. Si leurs rapports évoluent peu, marqués par une incompréhension mutuelle ; on retient l’immense déception qu’ils ressentent l’un pour l’autre.

Et les femmes ? Loin d’être une série misogyne et machiste, « Justified » dresse de solides portraits féminins : Winona, l’ex-femme de Givens, a un sacré tempérament et ne s’en laisse pas compter. Ses relations avec le policier sont compliquées. Sous des dehors de poule de luxe effarouchée, Winona ne perd pas vite son sang froid.

Mais le plus beau personnage féminin reste certainement Ava Crowder, belle-sœur de Boyd qui a une brève liaison avec le marshall au début de la série. Malmenée par les événements, en particulier par le patriarche Bowman Crowder (saison 1) ; Ava évoluera beaucoup tout au long de la série (déboires sentimentaux, prison, …). Au final, on retient des femmes belles, sauvages sans être hystériques, sexy sans être des objets. Fortes.

Justified Ava Crowder

Ava Crowder

Un univers plaisant à retrouver

Tout au long de son existence (la saison 6 a démarré en 2015 aux USA et ce sera la dernière), « Justified » a fait preuve d’originalité dans la mise en place de son univers et de ses personnages, en dépit d’intrigues peu inspirées. Elle retient surtout l’attention par sa peinture amusée et jamais méchante du Sud profond, détournant les clichés des péquenots à salopettes (même si certains sont caricaturaux) au profit de personnages complexes, fouillés et au final, terriblement humains.

La série se démarque aussi par le fait qu’elle sort du cadre habituel des séries policières et leurs grandes villes (New York, Los Angeles, Miami pour ne citer que les plus représentées) en le déplaçant vers la campagne. Evidemment et comme le veut le genre, la série nous plonge dans le monde peu reluisant des escrocs en tous genres, des policiers corrompus, des mafieux et autres petites frappes.  

Par son ton cynique (mais pas trop), sombre et souvent amoral ; « Justified » occupe un place à part dans les shows policiers et se regarde avec un réel plaisir, à la fois pour sa nonchalance et le côté décalé de certaines situations. A l'image d'un "redneck" qui s'en enfilerait une, voilà une série qui se déguste comme une « Budweiser », longuement et sûrement.

Fiche technique

Tourné à Santa Clarita, Californie. Une production Sony Entertainment diffusée sur FX Television.

Producteurs exécutifs : Graham Yost. Co-producteurs exécutifs : Carl Beverly, Sarah Timberman, Michael Dinner, Fred Golan, Steven Heth, Elmore Leonard, Don Kurt, Timothy Olyphant, Taylor Elmore, …

Réalisateurs : John Dahl, Peter Werner, Michael Watkins, Tony Goldwyn, Adam Arkin, …

Scénaristes : Graham Yost, Elmore Leonard, Ingrid Escajeda, Benjamin Cavell, Chris Provenzano, …

Musique : Steve Porcaro. Générique : « Long Hard Times to Come », composé par Rench et interprété par le rappeur T.O.N.E.-z.

21:00 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Alors qu'ils étaient seulement à l'adolescence, les frères Moncivaiz vivaient dans une maison qui a été souligné au point de rupture, les parents se sont séparés. Cela a commencé à décroître, et aurait fini par bien pire.

Écrit par : how to write a personal statement | 13/08/2014

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Ce film devrait ressembler à tous les combattants de ventilateur! Après tout, les États-Unis ont retiré le meilleur film d'action!

Écrit par : literature review writing service | 04/09/2014

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Les cultures occidentales ont eu une influence majeure sur le développement de la musique. L'histoire de la musique des cultures occidentales peut être remonte à l'époque la Grèce antique.

Écrit par : speakerpedia.com | 13/09/2014

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Détectives épiques merveilleux, je n'ai pas vu vraiment quelque chose de mieux! Réalisé très bien ont essayé de faire pour mettre de la vie dans l'image!

Écrit par : dissertation proposal defense powerpoint | 17/09/2014

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Le personnage principal de la série est justifié, une personnalité alpha..really..his est admirable (dans la série).

Écrit par : voice actors | 22/09/2014

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Plus centrée sur les personnages et leurs états d’âme, les enjeux sont mis de côté au profit d’une intrigue essentiellement centrée autour de leurs relations. On se consolera par le second degré des

Écrit par : mba申请 | 29/10/2014

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