28/07/2013

« JUSTIFIED » : un marshal fédéral chez les cul-terreux

Dans le cadre de « La semaine des lecteurs » (26 janvier au 1er février 2015) sur le blog des séries du journal « LE MONDE », retrouvez ma critique de la série policière « JUSTIFIED » (2009 - 2015).

JUSTIFIED

JUSTIFIED

Justified 1


Photos : © 
FX Productions

 

 

 

 

Justified 2

Photo : Copyright : FX Television – www.amazon.fr

USA - 2010 / 2013 (toujours en production). Série adaptée pour la télévision par Graham Yost d’après le roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard et comprenant 4 saisons (52 épisodes) en date du 28 juillet 2013. Musique de Steve Porcaro (le clavier du groupe rock « Toto »).

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshal Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Natalie Zea (Winona Hawkins), Joelle Carter (Ava Crowder), Jacob Pitts (Marshal Tim Gutterson), Erica Tazel (Marshal Rachel Brooks), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

Diffusé sur BE TV (Canal + Belgique) en 2011 (saisons 1 & 2) et 2013 (saison 3). Saisons 1 et 2 disponibles en dvd à la vente. Sortie de la saison 3 prévue début septembre 2013.

A VOIR :

« Long Hard Times to Come », la musique deugénérique de « JUSTIFIED » sur « You Tube », composé par Rench et interprété par le rappeur T.O.N.E.-z. Notons que le générique rappelle un peu celui de « True Blood », la série de vampires d’HBO, avec ses couleurs surexposées et ses images saccadées.

PITCH : Marshal des Etats-Unis basé à Miami, Raylan Givens est un as de la gâchette, doublé d’un inspecteur plutôt futé. Lors d’une altercation avec un gangster qui le menaçait, le marshal est le plus rapide. Malheureusement, sa hiérarchie en a marre et le voilà muté dans le comté d’Harlan, à Lexington, dans son Kentucky natal. Là, il se retrouve face à Boyd Crowder, un inquiétant activiste d’extrême droite, ses copains d’enfance, son ex-femme et son père Arlo, un homme chaotique aux activités aussi louches que dangereuses. Un petit monde qui cause bien des soucis à Raylan…

AVIS : on ne peut que dire du bien d’un grand écrivain de romans policiers comme Elmore Leonard, honorable octogénaire toujours actif et qui pour ses bientôt 88 ans, se porte comme un charme. Coscénariste et producteur exécutif sur la série « Justified », adaptée d’après ses romans consacrés aux aventures de Raylan Givens (le premier a été édité en 1993 sous le titre « Pronto »), l’auteur écrit depuis près de 60 ans.

Et cela fait près d’un demi-siècle que plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, allant du western (Hombre, 3h10 pour Yuma) au policier (Mr. Majestyk avec Bronson, Jackie Brown de Tarantino, Hors d’atteinte de Soderbergh avec George Clooney), en passant par la comédie (Get shorty avec Travolta et Gene Hackman). Bref, de bons films avec un solide casting et des réalisateurs qui connaissent leur métier.

Du cinéma à la télévision

Début 2000, la télé lui a aussi fait les yeux doux avec la peu mémorable série « Karen Sisco » (10 petits épisodes en 2003 - 2004, un échec de la chaîne ABC). La saga « Justified » démarre en 1997 quand le roman « Pronto » d’Elmore Leonard fait l’objet d’une adaptation sous forme de téléfilm, avec James Legros dans le rôle de Raylan Givens.

Malgré la présence au générique de Peter Falk (Columbo) et Jim McBride à la réalisation (Great Balls of Fire ! en 1989, The Big Easy, flic de mon cœur en 1986), le téléfilm ne marque pas les esprits. Notons que l’acteur James Legros joue le rôle récurrent de Wade Messer, un plouc barbu qui apparaît dans les saisons 2 et 3 de la série.

Bref, des adaptations télé peu engageantes qui laissaient craindre le pire pour cette nouvelle série. Et c’est vrai qu’à la vision des premiers épisodes, on pouvait se dire « mouais, bof, encore une série policière de plus et pas terrible… ». De fait, les premiers épisodes se traînent et peinent à trouver leur rythme. Pour ma part, je n’ai commencé à accrocher que vers le 5ème (pour des saisons de 13 épisodes de 40’ chacun). A partir de là, que du bonheur !

Un rythme lent mais pas seulement…

Justified 1

Photo : © FX Television – www.amazon.fr

S’accommodant de ce rythme a priori lent, la série tire justement son intérêt par le fait d’être en phase avec ses personnages. Priorité à la psychologie et au déroulé des enquêtes, l’action passe au second plan même si pas mal d’épisodes ont leur lot de « pan pan », surtout lors de la 2ème saison. Fidèle aux atmosphères des romans d’Elmore Leonard, « Justified » nous emmène dans un monde où rien n’est vraiment clair, où l’ambiguïté règne plutôt en maître et les luttes de clans sont féroces (les familles Givens, Crowder et Bennett se mènent une guerre perpétuelle et tous les coups sont permis).

Sans oublier les conflits d’intérêt : Raylan face à son père Arlo avec qui il ne s’entend pas et qu’il ne voulait pas revoir. Arrêter son père qui commet des crimes ? Difficile mais pourtant... Même chose avec les amis d’enfance qui tournent mal. Lorsqu’il se retrouve confronté à eux, Raylan se trouve en porte-à-faux, tiraillé entre son obligation de faire appliquer la loi et son avis personnel qui lui fait se dire : « Bon, ben, laisse-le, ce n’est que du menu fretin. A la rigueur, il pourra me servir d’indic ».

Raylan se demande constamment : « Est-ce que ce que je fais est justifié ? » (d’où le titre), se demandant aussi où va sa vie amoureuse tout en menant sa carrière de policier avec rigueur et grand professionnalisme. Seul bémol : quand il dégaine, c’est pour tuer et les cadavres ont tendance à s’accumuler. Affublé de son stetson qu’il ne quitte quasiment jamais et de son glock, il incarne une sorte de Gary Cooper moderne, à la fois cool et impitoyable. Une série policière aux accents de western, comme l’ont écrit les critiques américains lors de sa diffusion aux USA.

Plutôt que d’aligner des épisodes sur le mode « le méchant de la semaine » (piège que n’évitait pas toujours la 1ère saison), la série fait ensuite le choix intelligent de nous plonger dans le monde pas reluisant des fugitifs en cavale, escrocs en tous genres, policiers corrompus et pour notre marshal au chapeau aux dilemmes amoureux !

Plutôt que de proposer une vision précise et documentée du travail des marshals fédéraux, la série tire avant tout parti des personnages et des situations. Comme dans les romans d’Elmore Leonard, un dialogue s’engage calmement, tout à l’air relax et puis soudainement surgit une violence inouïe qui n’épargne personne.

Pour ceux que cela intéresse, dans la réalité, les vrais marshals fédéraux sont chargés de traquer les fugitifs en cavale, de protéger les juges, d’escorter les témoins et de procéder aux arrestations. La 1ère saison illustre ces missions durant plusieurs épisodes. Du reste, l’enquête policière est plutôt effectuée par le FBI et/ou la police locale. Comme le dit Graham Yost, son producteur-scénariste, la série n’a donc pas vocation à développer une enquête autour d’un mystère à élucider.

Des dialogues ciselés où pointe une certaine désinvolture

Justified 3

Photo : © FX Television – www.amazon.fr

Bénéficiant de dialogues malins où l’ironie et le second degré font mouche à tous les coups – comme le flingue du héros –, la série gagne petit à petit ses galons de ce qu’on pourrait qualifier de bijou d’humour désinvolte à la sauce campagnarde (pour le cadre). On se régalera des dialogues plein de sous-entendus entre Raylan et Boyd Crowder, sorte de double en négatif.

Comme l’explique un producteur dans les excellents bonus du coffret dvd de la 1ère saison, les deux lascars savent exactement ce que pense l’autre mais ne diront jamais le fond de leur pensée. On a droit à quelques fameuses joutes verbales pour savoir qui sera le plus malin. Idem dans les dialogues entre le marshal et son ex-femme Winona où pointe bien plus que du badinage amoureux.

Pour mieux s’en imprégner et comprendre toutes les subtilités, privilégiez la version originale avec une seconde vision indispensable pour encore mieux en comprendre le sous-texte. Du reste, cette série propose une vision sociologique tout à fait intéressante du fonctionnement global des marshals fédéraux et de la ruralité américaine par sa peinture assez rude du Sud profond.

Pour la petite histoire, le comté d’Harlan (Harlan county en VO) existe vraiment dans le Kentucky. Situé dans les Appalaches, c’est une communauté rurale très pauvre, qui survit essentiellement grâce aux mines de charbon, comme expliqué dans les bonus de la saison 1. Le pilote a été tourné en partie sur place ainsi qu’à Pittsburgh en Pennsylvanie. Du reste, l’essentiel de « Justified » se tourne à Santa Clarita, en Californie du Sud. Les décorateurs ont trouvé à Green Valley des paysages similaires à ceux du Kentucky avec des forêts denses et des clairières faisant parfaitement illusion.

Une équipe de scénaristes et de réalisateurs chevronnés

Boomtown

© ABC Television - www.amazon.fr

Il faut dire que les scénaristes ne sont pas des manchots : Graham Yost est un fan absolu des romans d’Elmore Leonard et les connaît sur le bout des doigts. En 2002 - 2003, Yost nous avait déjà livré « Boomtown », une belle perle policière hélas trop tôt disparue et était le scénariste des films d’action « Speed ». Il a aussi écrit plusieurs épisodes de « Pacifique » (2010), la mini-série de guerre de Spielberg et Tom Hanks.

A ses côtés, on retrouve aussi de très bons réalisateurs pour l’épauler comme Jon Avnet (Beignets de tomates vertes en 1991, producteur sur Boomtown) et John Dahl, spécialiste du film noir et réalisateur des fomidables « Red Rock West », « Kill me again », « Last seduction ». Dahl continue à officier comme metteur en scène sur les meilleures séries télé de ces dernières années : « Dexter », « Life », « Homeland », « Shameless », « True blood », « Person of Interest » et même « Californication ».

Un acteur en totale osmose avec son personnage

Timothy Olyphant

Timothy Olyphant - © www.imdb.com

Le personnage de Raylan Givens méritait un acteur subtil. C’est chose faite avec l’excellent Timothy Olyphant qui rappelle un peu, par son côté cool et beau gosse un jeune Clint Eastwood. Né en 1968 à Honolulu, le comédien s’était jusque là surtout illustré dans des seconds rôles, notamment le méchant du 4ème « Die Hard » en 2007, aux côtés de Bruce Willis.

Routier des séries télé, on se souvient de lui en shérif Seth Bullock dans la très sombre série western « Deadwood » (2004 - 2006) et en amant torturé de Rose Byrne dans la 2ème saison de « Damages » avec Glen Close. Une belle gueule qui n’est heureusement pas que ça et dégage autre chose qu’un bellâtre à gros flingue. Avec son interprétation du marshal Raylan Givens, Tim Olyphant est certainement en train de créer peu à peu sa mythologie par la subtilité de son jeu et son charisme naturel qui le rendent éminemment sympathique et attachant.

Pour l’anecdote, Olyphant lisait déjà les romans d’Elmore Leonard consacrés au marshal fédéral et les connaissait par cœur bien avant d’obtenir le rôle. Sur le tournage de la série, quand il a rencontré l’écrivain, le comédien lui a dit : « Tu devrais écrire de nouveaux romans sur ce personnage. » Et ni une, ni deux, Elmore Leonard vient de sortir « Raylan » voici peu.

Des seconds rôles impressionnants

A ses côtés, on retrouve deux excellents seconds rôles, des visages bien connus des sériephiles en la personne de Walton Goggins (Shane dans « The shield ») et Jim Beaver (Bobby Singer, le mentor barbu des frères Winchester dans « Supernatural »).

Walton Goggins - Copyright www.imdb.com.jpg

Walton Goggins - © www.imdb.com

Goggins, avec sa gueule de squelette vivant et ses dents en avant, dégage quelque chose de particulièrement inquiétant en en même temps de pas foncièrement méchant. Pas le genre de gars qu’on voudrait connaître en vrai mais bon, il a ce je-ne-sais-quoi qui le rend mémorable. Quant à Beaver, son accent de « redneck » (plouc pour le traduire platement) en faisait le candidat idéal en shérif borderline (surtout présent dans la saison 3).

La 2ème saison est bien meilleure que la première, surtout pour l’évocation qu’elle fait des luttes de clans et par l’introduction du personnage de Mags Bennett, marâtre qui mène ses fistons à la baguette et qui propose de l’alcool aux effets dévastateurs. Une reine de la manipulation et qui sous des dehors de brave maman, n’en est que plus dangereuse. Brrr !

Mykelti Williamson

Mykelti Williamson - © www.imdb.com

La 3ème saison se révèle nettement moins addictive que la précédente. Raylan Givens a fort à faire avec le très ambigu Ellstin Limehouse (incarné par Mykelti Williamson, épatant dans Boomtown et Forrest Gump) ainsi qu’un méchant d’envergure en la personne du très flippant Robert Quarles (Neal McDonough, vu dans "Band of Brothers" en 2002 et dans "Minority report" de Spielberg avec Tom Cruise. Un comédien déjà formidable en psychopathe vraiment glauque dans la 5ème saison de « Desperate Housewives »).

Neal McDonough

Neal McDonough - © www.imdb.com

Plus centrée sur les personnages et leurs états d’âme, les enjeux sont mis de côté au profit d’une intrigue essentiellement centrée autour de leurs relations. On se consolera par le second degré des dialogues entre notre héros (plutôt paumé à l’idée de devenir père) et Boyd Crowder, toujours plein de sous-entendus. Bref, on se délecte encore et encore de « Justified », comme l’a écrit le spécialiste des séries, Martin Winckler, dans « La vie en séries », dernier hors-série du journal « Le Monde » (août 2013) : Je déguste chaque saison de Justified, série noire pleine d’un humour corrosif.

Au final, « Justified » se regarde avec un réel plaisir, tant pour le personnage principal que pour la galerie d’originaux qui gravitent autour de lui. On aime vraiment passer du temps avec eux, pour horribles que soient certains des adversaires du marshal fédéral. Cette série, originale par le cadre et décalée par les situations, mérite une belle place au podium des shows policiers étonnants et jamais totalement prévisibles. On en redemande ! Une saison 4 est à venir, déjà terminée et diffusée aux Etats-Unis.

JUSTIFIED - Saison 4 : que du bonheur...caustique

Justified season 4Photo : © FX Television

USA - 2010 / 2014 (toujours en production). Série adaptée pour la télévision par Graham Yost d’après le roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard. Quatre saisons diffusées en Europe (4 X 13 épisodes). Musique de Steve Porcaro (le clavier du groupe rock « Toto »).

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshal Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

Diffusé sur BE TV (ex-Canal + Belgique) en juillet 2014 (saison 4). Saisons 1 à 3 disponibles en dvd. Saison 4 disponible en dvd dès le 08 octobre 2014.

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 4

Après une saison 3 un peu faiblarde dans le déroulé de son intrigue mais marquée par des méchants succulents comme Quarles (épatant Neal Mc Donough) et Limehouse (Mykelti Williamson), « Justified » nous revient en meilleure forme dans cette quatrième salve d’épisodes.

On retrouve avec bonheur tout ce qui fait, osons le dire, son sel et sa personnalité, à savoir son héros un peu dépressif et faisant preuve d’un sang froid à toute épreuve et surtout, ses dialogues à l’humour caustique, typique des romans d’Elmore Leonard (pour rappel, la série est tirée du roman « Fire in the hole » de l’écrivain disparu voici peu).

A tous moments, une situation a priori banale peut déraper et tomber dans la violence la plus meurtrière. Le marshal Raylan Givens affronte à nouveau Boyd Crowder, magouilleur en chef auquel  s’ajoute un homme de main des plus inquiétants, Colt Rhodes (Ron Eldard qui a bien grossi depuis « Urgences » et le film « Super 8 »).

Ancien MP (police militaire), ce « bad guy » ne voit aucun inconvénient à supprimer son prochain comme si c’était aussi naturel que de fumer une cigarette (dont il abuse d’ailleurs). Sans doute moins flippant que l’imprévisible Quarles de la saison 3, Rhodes se la joue Depardieu période « Le choix des armes » (parka militaire et cheveux longs filasses), auquel l’acteur fait d’ailleurs référence dans les derniers épisodes en évoquant Gérard « Dipardiou ».

Luttes de pouvoir, coups fourrés et retournement de situations font à nouveau toute la saveur de cette saison 4 qui, selon moi, est la meilleure à ce jour avec la deuxième. Du reste, c’est toujours aussi bien écrit, joué et filmé (à cet égard, les plans obscurs viennent renforcer le propos souvent glauque de l’intrigue).

Tout concourt à une osmose parfaite entre le spectateur et l’univers de « Justified », monde dans lequel on aime s’arrêter même si on préférerait ne pas en faire partie. La vie n’y vaut pas grand-chose et très vite, chacun peut partir retrouver son créateur, sans même avoir le temps de s’en apercevoir Rigolant En ce sens, cette série policière, apparemment comme les autres, pourrait se rapprocher de « Breaking Bad », tant la noirceur du propos et le côté amoral de certains personnages sont similaires.

Pour l’anecdote, « Justified » est une série dans laquelle les acteurs sont chouchoutés : les scénaristes n’hésitent pas à stopper le tournage afin que les rôles soient les mieux écrits possibles, impliquant les comédiens dans le processus.

Un vrai bonheur qui se partage avec le spectateur qui en redemande. Aux Etats-Unis, la saison 5 est déjà terminée et la 6 en cours de production. On a hâte.

"JUSTIFIED" (janvier 2015) : un polar décontracté façon western

JustifiedPhotos © FX Television - Sony Pictures Entertainment

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshall Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Natalie Zea (Winona Hawkins), Joelle Carter (Ava Crowder), Jacob Pitts (Marshall Tim Gutterson), Erica Tazel (Marshall Rachel Brooks), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

6 saisons (2009/2015, toujours en production) : 78 épisodes.

Inspirée du roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard.

RETROUVEZ CET ARTICLE SUR LE BLOG DES SERIES DU "MONDE" DE PIERRE SERISIER 

 Lien officiel : http://www.sonypictures.com/tv/justified/

VOIR UN TRAILER DE "JUSTIFIED" (saison 6 et dernière)

AVIS :

Elmore Leonard est surtout connu comme écrivain de romans policiers. Très actif jusqu’à sa mort (87 ans en 2013), cet auteur a régulièrement été adapté au cinéma, dans divers genres : western (Hombre, 3h10 pour Yuma, Joe Kidd), policier (Jackie Brown de Tarantino, Hors d’atteinte de Soderbergh), comédie (Get shorty), …

Avant « Justified », la télé lui avait proposé d’adapter « Karen Sisco » (2003/2004), médiocre série de 10 épisodes, un échec de la chaîne ABC. Paru en 1993, son roman « Pronto » introduisait l’univers du marshall Raylan Givens. En 1997, le personnage est adapté au petit écran dans un téléfilm sobrement intitulé « Justified ». Aux côtés de Peter Falk (Columbo), l’acteur James Legros incarnait Givens (Legros revient d’ailleurs dans plusieurs saisons de la série dans le rôle de Wade Messer). Malgré Jim McBride à la réalisation (The Big Easy / Flic de mon cœur - 1986), le téléfilm ne marque pas les esprits.

En 2010, le scénariste et producteur Graham Yost décide de relancer le personnage sous forme de série-feuilleton hebdomadaire pour la chaîne FX (Sons of Anarchy, American Horror story, …), à raison de 13 épisodes de 40 minutes par saison. Connu comme auteur du film d’action « Speed » (1994), une référence du genre ; Yost a surtout évolué à la télé. En 2002/2003, on lui doit la formidable « Boomtown », perle policière trop vite annulée et plusieurs scénarios de « Pacifique » (2010), minisérie de guerre produite par Steven Spielberg et Tom Hanks.

Yost reprend donc le personnage de Leonard. Il en tire un pitch pas forcément original mais qui plait aux Américains par ses références à l’Ouest sauvage (un flic, un insigne mythique, des flingues, une terre hostile) : Raylan Givens est un US marshall parfois en conflit avec sa hiérarchie.

Toujours professionnel dans l’exercice de son métier et fin tireur, il ne se sépare jamais de son Stetson. Cowboy des temps modernes, il fait penser à un mélange de Lucky Luke et de Clint Eastwood dans la série western « Rawhide ». A l’occasion, ce beau gosse ne dédaigne pas les aventures d’un soir, dont il n’a que peu de souvenir vu le whisky qu’il s’est enfilé la veille. Après une altercation avec un gangster, Givens se fait muter dans le comté d’Harlan, dans son Kentucky natal. Il y retrouve son ex-femme Winona, son père Arlo et tout un petit monde qui va lui causer bien des soucis.

Bénéficiant du soutien d’Elmore Leonard, crédité comme coscénariste et producteur exécutif sur « Justified » ; Yost s’est inspiré du roman « Fire in the hole » de l’écrivain. Pour incarner Givens, le producteur choisit Timothy Olyphant qui avait déjà joué un sheriff dans la série western « Deadwood » (2004/2006).

Il s’est également adjoint les talents de réalisateurs chevronnés, spécialistes du drame et du film noir, comme Jon Avnet (Beignets de tomates vertes en 1991, producteur sur Boomtown) et John Dahl (auteur des mémorables « Kill me again » et « Last seduction », reconverti en réalisateur de séries télé : Homeland, Person of Interest, Californication, …).

Ceux-ci ont défini une identité visuelle qui donne un cachet très particulier aux images de la série, privilégiant le vert sombre, les jaunes délavés et des teintes de gris. Le générique donne le ton en mélangeant habilement l’ancien et le nouveau, à l’instar de sa partition musicale, subtil mix de rap et de country.

Une série noire à l’humour corrosif

Fidèle aux atmosphères des romans de Leonard, « Justified » nous plonge dans un monde apparemment tranquille mais où la violence se déchaîne de façon aussi soudaine qu’imprévisible. La série tire précisément tout son intérêt de ses dialogues malins où l’ironie mordante et le second degré dominent. Les réparties entre Givens et Boyd Crowder sont bourrés de sous-entendus savoureux.

Ces dialogues caustiques se retrouvent aussi avec d’autres personnages croisés plus tard dans la série (Limehouse, Duffy, les frères Crowe, …). « Justified » nous charme par son humour noir au lieu de s’attarder sur le travail des marshalls fédéraux (traque de fugitifs, protection de témoins, … quoique cela soit parfois évoqué dans l’un ou l’autre épisode),

Priorité donc aux dialogues et aux personnages, l’action et le policier passent au second plan. Pour Graham Yost, la série policière ne cherche pas à développer une enquête autour d’un mystère à élucider. Pour ceux qui la trouveraient lente et trop bavarde, elle n’a pas à rougir de son efficacité quand elle passe à l’action (fusillades, poursuites, explosions spectaculaires). Les amateurs du genre seront comblés pourvu qu’ils se montrent patients.

Dans le rôle de Crowder, méchant opposé au héros ; on retrouve l’épatant Walton Goggins (Shane Vendrell dans « The Shield » mais aussi le transsexuel Vénus dans les saisons 5 et 6 de « Sons of Anarchy »). Avec son sourire carnassier, il fait penser à une hyène qui attend, tapie dans l’ombre, que ses ennemis soient morts avant de venir les dépecer.

De petit facho hargneux, le personnage évolue vers un prédicateur fou de Dieu, soi-disant en route vers le bon chemin. Manipulateur redoutable, il lui arrive pourtant de sauver des vies. Tout dépend évidemment de ses intérêts… Il peut faire preuve de grandeur d’âme en adoptant parfois un comportement en contradiction avec les desseins qu’il poursuit.

Justified Boyd Crowder

Boyd Crowder (à gauche)

 

 

 

 

Une galerie d’ennemis originaux

L’autre attrait réside dans ses personnages : fracassés par la vie, pétris de doutes, d’envies, de frustrations ; on les sent vivre à l’écran de manière assez réaliste grâce à un bon travail d’écriture. Curieusement, le personnage principal évolue peu : à part son aspect relax contrebalancé par sa dureté d’homme de loi, Raylan Givens est souvent à la masse et même dépassé par les événements, surtout dans sa vie privée (sa future condition de père l’étonne plus qu’elle ne le rend heureux). Le personnage semble figé dans sa figure mythique de marshall.

Justified Wynona

Raylan Givens et son ex-femme Winona

Malgré tout, la série évoque les dilemmes auquel doit faire face le policier. Il se trouve souvent en porte-à-faux, tiraillé entre son obligation de faire appliquer la loi et son ressenti personnel. Malgré son apparente désinvolture, Givens travaille beaucoup du chapeau. Au final, il fait ce qu’il a à faire.

A contrario, les méchants se révèlent nettement plus intéressants. « Justified » nous offre une fameuse galerie de frappadingues, souvent cruels, parfois drôles et subtils et pour certains, attachants. Les producteurs ont retenu la célèbre phrase d’Hitchcock qui disait : « Meilleur sera le méchant, meilleur sera le film ». C’est là qu’opère le charme vénéneux de la série.

Au départ, la saison 1 est assez brouillonne dans sa manière d’installer les personnages. Les situations, dépourvue de réels enjeux, n’accrochent pas de prime abord et l’ensemble souffre d’un manque de rythme. Ce n’est que vers le 6ème épisode qu’elle commence à prendre sa vitesse de croisière.

Le premier véritable méchant fait son apparition avec le machiavélique Wynn Duffy (Jere Burns, vu dans « Bates Motel » et « Burn Notice »). Spécialiste en sécurité domestique (en fait, un « nettoyeur » de la Mafia), ce vilain menace Winona, l’ex-femme de Givens tout en se considérant comme un « homme d’affaires ». Il trempe toujours dans l’une ou l’autre magouille et bien sûr, croise le chemin du policier.

Justified Wynn Duffy

Wynn Duffy  © deadline.com

Ce gangster a la remarquable capacité de sauver sa peau. Il arrive toujours à s’acoquiner à de nouveaux truands quand ceux qu’il côtoyait tombent sous les balles du marshall. On le retrouvera tout au long de la série, comme un chewing-gum déplaisant qui colle aux bottes de Givens.

Lors de la saison 2 (la meilleure à ce jour), le flic affronte le clan Bennett, composé de trois fistons dominés par la matriarche Mags (formidable Margo Martindale, vue dans « Dexter » et « The Americans »). Sous ses airs doucereux, elle sait parfaitement où elle va et abuse de son côté maternel pour obtenir ce qu’elle veut. Maître du trafic d’herbe local, elle fabrique un alcool aux effets dévastateurs qu’elle sert volontiers à qui se met en travers de sa route. Pas forcément mauvaise sur le fond, elle prend sous son aile Loretta, une orpheline du patelin. Mags s’arrange toujours pour ne pas être directement impliquée. Mais n’hésite pas à mettre en danger la vie de la gamine quand ses plans sont chamboulés.

Justified Mags Bennett

Mags Bennett 

A cet égard, « Justified » nous livre un beau portrait de l’enfance en perte d’innocence puisque Loretta (tout comme le jeune Kendal Crowe dans la saison 5) voit le mal et fait tout pour s’en prémunir, sans attendre que le marshall vienne la sauver.

Dans la 3ème saison, moins inspirée, Givens affronte un yuppie décadent sous les traits de Robert Quarles (succulent Neal McDonough, habitué des rôles de cinglé, vu dans « Boomtown » et « Desperate Housewives »). Psychopathe hyper narcissique, le gangster cherche à faire main basse sur le trafic de drogue local pour en devenir le maître absolu. Leur confrontation finale renvoie directement à un duel de western.

Justified Robert Quarles

Robert Quarles 

Durant cette même saison, on croise un autre infâme, Ellstin Limehouse (incarné par Mykelti Williamson, déjà épatant dans « Boomtown »). Boucher cupide et impitoyable, il manie l’art du sous-entendu et l’ambiguïté aussi bien que ses couteaux de découpe. Ses relations avec Givens ne sont pas forcément mauvaises, teintées de méfiance et d’un certain respect.

Mais Limehouse n’aime pas la police et ceux qui viennent mettre leur nez dans ses affaires. Même si ses intentions ne sont pas entièrement connues, l’éleveur de porcs reviendra fugacement dans la saison 4 pour des dialogues à nouveau finement taillés si l’on ose dire.

Justified Austin Limehouse

Austin Limehouse

La 4ème salve d’épisodes, plus drôle, voit arriver le brutal et grossier Colt Rhodes (Ron Eldard, vu dans « Urgences » et le film « Super 8 »). Ancien pote d’armée de Boyd Crowder, ce méchant liquide son prochain comme s’il fumait une cigarette (dont il abuse d’ailleurs). Rhodes se la joue Depardieu période « Le choix des armes » avec parka militaire et cheveux longs filasses.

Il y fait clairement référence en évoquant de manière enjouée Gérard « Dipardiou ». Le tueur n’aura pas les honneurs d’une confrontation avec le marshall mais qu’importe, il nous aura bien amusés.

Justified Colt Rhodes

Colt Rhodes

Décalque paresseux de la 2ème saison, la saison 5 se focalise sur les luttes de pouvoir de la famille Crowder. En contrepoint comique, on suit les déboires de Dewey Crowe, petit nazillon tatoué déjà croisé dans la saison 1. Pas malin pour un sou, le redneck se rend compte de sa stupidité quand il est…trop tard. Ce qui donne lieu à quelques moments assez désopilants.

Ses cousins de Floride, Daryl Jr. et Danny Crowe aiment l’argent facile. Particulièrement effrayant, Danny (A.J. Buckley, le petit laborantin barbu des « Experts Manhattan », méconnaissable) occupe le devant de la scène. Boule de haine raciste, il croit qu’il doit apprendre la vie au jeune Kendal en tuant de manière gratuite et cruelle devant les yeux du gamin. A l’opposé, Daryl Crowe Jr. incarne l’autorité paternelle. Sous des dehors assez mous, il cache un caractère plutôt vicieux.

Justified Daryl Crowe Jr.

Daryl Crowe Jr.

En parallèle, les épisodes des différentes saisons évoquent les relations houleuses entre Givens et son père Arlo, vieil arnaqueur rempli d’amertume et de rancœur envers son fils. Si leurs rapports évoluent peu, marqués par une incompréhension mutuelle ; on retient l’immense déception qu’ils ressentent l’un pour l’autre.

Et les femmes ? Loin d’être une série misogyne et machiste, « Justified » dresse de solides portraits féminins : Winona, l’ex-femme de Givens, a un sacré tempérament et ne s’en laisse pas compter. Ses relations avec le policier sont compliquées. Sous des dehors de poule de luxe effarouchée, Winona ne perd pas vite son sang froid.

Mais le plus beau personnage féminin reste certainement Ava Crowder, belle-sœur de Boyd qui a une brève liaison avec le marshall au début de la série. Malmenée par les événements, en particulier par le patriarche Bowman Crowder (saison 1) ; Ava évoluera beaucoup tout au long de la série (déboires sentimentaux, prison, …). Au final, on retient des femmes belles, sauvages sans être hystériques, sexy sans être des objets. Fortes.

Justified Ava Crowder

Ava Crowder

Un univers plaisant à retrouver

Tout au long de son existence (la saison 6 a démarré en 2015 aux USA et ce sera la dernière), « Justified » a fait preuve d’originalité dans la mise en place de son univers et de ses personnages, en dépit d’intrigues peu inspirées. Elle retient surtout l’attention par sa peinture amusée et jamais méchante du Sud profond, détournant les clichés des péquenots à salopettes (même si certains sont caricaturaux) au profit de personnages complexes, fouillés et au final, terriblement humains.

La série se démarque aussi par le fait qu’elle sort du cadre habituel des séries policières et leurs grandes villes (New York, Los Angeles, Miami pour ne citer que les plus représentées) en le déplaçant vers la campagne. Evidemment et comme le veut le genre, la série nous plonge dans le monde peu reluisant des escrocs en tous genres, des policiers corrompus, des mafieux et autres petites frappes.  

Par son ton cynique (mais pas trop), sombre et souvent amoral ; « Justified » occupe un place à part dans les shows policiers et se regarde avec un réel plaisir, à la fois pour sa nonchalance et le côté décalé de certaines situations. A l'image d'un "redneck" qui s'en enfilerait une, voilà une série qui se déguste comme une « Budweiser », longuement et sûrement.

Fiche technique

Tourné à Santa Clarita, Californie. Une production Sony Entertainment diffusée sur FX Television.

Producteurs exécutifs : Graham Yost. Co-producteurs exécutifs : Carl Beverly, Sarah Timberman, Michael Dinner, Fred Golan, Steven Heth, Elmore Leonard, Don Kurt, Timothy Olyphant, Taylor Elmore, …

Réalisateurs : John Dahl, Peter Werner, Michael Watkins, Tony Goldwyn, Adam Arkin, …

Scénaristes : Graham Yost, Elmore Leonard, Ingrid Escajeda, Benjamin Cavell, Chris Provenzano, …

Musique : Steve Porcaro. Générique : « Long Hard Times to Come », composé par Rench et interprété par le rappeur T.O.N.E.-z.

21:00 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

04/07/2013

« MIAMI VICE » - Deux flics à Miami : un must à savourer encore et encore

Miami Vice theme

USA (1984 à 1990) : 5 saisons (111 épisodes), intégrale de la série disponible en DVD depuis 2008 ainsi que le film « Miami Vice » (2006). 

Série créée par Anthony Yerkovich et produite par Michael Mann. Le film « Miami Vice » est sorti en 2006 et réalisé par Michael Mann, avec Colin Farrell et Jamie Foxx.

Avec Don Johnson (Sonny Crockett), Philip Michael Thomas (Ricardo Tubbs), Edward James Olmos (Lt. Martin Castillo), Michael Talbott (Det. Stan Switek), Olivia Brown (Det. Trudy Joplin), Saundra Santiago (Det. Gina Calabrese), John Diehl (Det. Larry Zito), …

Photo : © Universal Television - Michael Mann Productions - michaeltrogdon.wordpress.com

Diffusé  en 1985 sur Antenne 2 (France 2) et sur la RTBF1 en Belgique. Rediffusions en 1987 et en 1990 sur RTL-TVI (RTL Luxembourg en Belgique) et la 5 en France.

A VOIR :

Miami Vice Crockett & Tubbs

Sonny Crockett (Don Johnson) et Ricardo "Rico" Tubbs (Philip Michael Thomas)

Photo : Miami Vice - © NBC Television - Michael Mann productions - imotion.com.br.jpg

PITCH : Sonny Crockett, ancien champion de foot universitaire et vétéran du Vietnam, travaille à la Brigade des Mœurs de la police de Miami (la « Miami Vice squad » en version originale). Infiltré dans le milieu criminel sous l’identité de Sonny Burnett, il est constamment confronté à de redoutables trafiquants de drogue, pornographes et autres flics ripoux, … Après avoir perdu son coéquipier dans des circonstances dramatiques, Sonny croise la route de Ricardo Tubbs, jeune inspecteur de New York venu en Floride pour venger son frère tué par Calderone, un puissant baron de la drogue. En conflit, Crockett et Tubbs vont rapidement développer une grande amitié et affronter les situations les plus dangereuses dans le milieu interlope de Miami…

Crockett in Miami Vice

Sonny Crockett (Don Johnson) en pleine action

Photo : © 300px-miami_vice_guns - Universal Television hankandwillie.wordpress.com.jpg

AVIS : en ce jour de la Fête Nationale américaine, j’avais envie de rendre hommage à l’une des plus grandes séries américaines que la télévision US ait produites : « Miami Vice ». Oui bon, j’entends déjà les critiques : « Eh oh faut pas exagérer, c’est du vide habillé par de la musique rock » ou encore « Au secours, Don Johnson, ce bellâtre et poseur pour midinettes en folie et puis rien d’autre. »

OK, on est en démocratie et ces critiques ne sont pas fausses. Quoique réductrices. En effet, avant l’arrivée de « Miami Vice », la télévision américaine était considérée comme un média pauvre du cinéma et pour les acteurs les plus populaires, comme l’antichambre des carrières ratées au cinéma : en dehors de Steve McQueen et Clint Eastwood, la plupart des célébrités des grandes séries des décennies précédentes s’étaient cassées les dents en passant du petit au grand écran. On se souvient de David Janssen « Le Fugitif » et de Telly Savalas « Kojak » qui ont finalement préféré retourné vers la petite lucarne au vu des résultats peu convaincants de leurs films.

Un concept original

Atlantis Conominiums

Le fameux bâtiment "Atlantis Condominiums" qu'on voit dans le générique des saisons 1 & 2

© Don Johnson Fanpage Facebook

La légende autour de la création de « Miami Vice » tourne autour du fait que ce serait des producteurs de NBC (la chaîne qui diffusait la série aux USA) qui voulaient une série policière reprenant les gros tubes rock qui passaient sur la chaîne musicale MTV, soit un copshow à la sauce MTV. 

Mais derrière NBC et ses décideurs, on retient avant tout le nom d’un grand cinéaste attaché à la création de cette série emblématique des années 80 : Michael Mann. Scénariste de talent, révélé par plusieurs scripts de « Starsky & Hutch » et « Police Story » ainsi que la série « Vega$ » avec Robert Urich ; Mann avait déjà une idée très précise du concept de ces « MTV cops », car comme l’ont écrit plusieurs journalistes, le cinéaste allie « l’esthétique européenne à l’efficacité hollywoodienne ».

Après la fin de la série, Mann deviendra ce cinéaste majeur du cinéma américain des 20 dernières années avec des films aussi marquants que « Le sixième sens » (1986), « Le dernier des Mohicans » (1992), « Heat » (1996 avec De Niro et Pacino), « Révélations » (1999) avec Russell Crowe et Al Pacino) ou encore « Ali » (2002) avec Will Smith et le sublime « Collateral » (2004) avec Jamie Foxx et Tom Cruise. Je ne retiens volontairement pas l’adaptation cinéma de « Miami Vice » que je trouve ratée, tant sur le plan visuel que narratif. Colin Farrell et Jamie Foxx déçoivent et le tout manque de souffle et d’inspiration.

Un style visuel totalement novateur

Michael Mann

Michael Mann au travail

Photo : © lci.tf1.fr

D’entrée de jeu, Michael Mann installe son style visuel sur la série « Miami Vice », à savoir la rigueur du langage filmique du cinéma (cadrages recherchés, lumière léchée, tonalité de couleurs, mise en valeur des décors et de l’architecture de Miami, allant de l’art déco au contemporain) et la priorité à l’action. Les plus grincheux diront : « Mouais, l’Amérique du fric, du mas-tu-vu et des yuppies. Débectable. »

D’accord sur le côté tape-à-l’œil et le côté « fric à tout prix » des années Reagan avec sa réalité sociale des plus sordides (l’ancien Gouverneur de Californie avait fait fermer la plupart des centres d’aides au SDF et j’ai pu me rendre compte, durant mon voyage de noces à San Francisco en 2005, de l’étendue des dégâts dans les quartiers les plus pauvres, notamment dans le Tenderloin, quartier qui craint de Frisco comme l’appellent les Américains). Mais bon, le show n’a jamais eu vocation à défendre les plus démunis. Son credo : divertir et réinventer la manière de faire la télévision. Rien de moins. Gonflé le Michael Mann et pourtant, il a réussi son pari. Sauf sur la fin où la série s’annihilera d’elle-même.

Des personnages borderline dans un univers désillusionné

Miami Vice Car

 

Sonny Crockett et les deux Ferrari de la série : Daytona (noire - saisons 1 à 3) + Testarossa (blanche - saisons 3 à 5 et fin)

Photo : miami-vice © Universal Television - engineerboards.com.jpg

Dès le pilote, on est littéralement transportés dans cet univers poisseux et glauque de Miami, symbole du « rêve américain, de la réussite et de la vie facile » qui cache une autre réalité plus sordide : ses trafiquants en tous genres, exploitant la misère humaine et toutes les turpitudes. Même le personnage de Crockett, présenté comme le « héros » de la série, apparaît comme ambigu, voire antipathique. Avec son cheveu gras et son look de mac mal rasé, pas de quoi rassurer. Au contraire.

Mais très vite, le flic se révèle attachant, dépassé par les événements, très souvent « borderline » et tenté par le fait de passer de l’autre côté, où tout semble plus facile avec son fric, ses yachts de luxe, ses bateaux offshore super puissants et ses jolies nanas. Une dualité qui hantera le personnage tout au long de la série.

Hormis les personnages de « Hill Street blues », la série policière de Steven Bochco des années 80 avec ses flics cracra évoluant dans les quartiers pauvres d’une cité gangrénée par la pauvreté et la corruption ; Crockett représente bien cette évolution des personnages à la télévision US de l’époque : dans un monde rongé par le crime et la crise économique, la police se révèle souvent dépassée. Les trafiquants disposent de ressources financières illimitées et de hors-bords plus puissants que les forces de l’ordre. Le dollar achète tout et la justice est à la traine, le crime a toujours une longueur d’avance. L’Amérique perd la face.

Chose tout à fait surprenante à la télévision de l’époque : la série n’hésitait pas à se terminer de manière brutale, avec l’image de fin d’épisode qui se fige sur un événement dramatique. Pas ou peu de happy end. Et ces 4 mots sur cet écran fixe : « Executive producer Michael Mann ». Une façon de « stariser » le cinéaste mais surtout une manière d’imprimer sa patte dans l’univers cathodique jusque là encore bien sage et propret. Abrupt mais marquant.

Travaillant en « sous-marin » (flics sous couverture), Crockett et Tubbs sont bien conscients de la dureté, sans pitié, du milieu dans lequel ils évoluent. Un mot de trop, une erreur, un micro découvert et c’est la mort assurée. A plusieurs reprises, leur couverture est menacée, tant par une erreur technique de micro que par des collègues policiers ou des rencontres amoureuses. Flippant.

Au-delà des intrigues, souvent trop basiques "bon contre méchant" (à la même époque, en comparaison, des séries comme "Magnum" et "Un flic dans la Mafia" sont beaucoup plus travaillées au niveau des personnages et leur évolution), on retiendra surtout de « Miami Vice » l’ambiguïté des personnages : Crockett peut basculer à tout moment (la saison 4 le verra d’ailleurs devenir son alter ego, suite à un accident ayant provoqué une amnésie), Tubbs peut se transformer en justicier prêt à tout pour assouvir sa vengeance, le passé du Lieutenant Castillo - sans doute un des plus beaux personnages de la télévision, très parlant malgré son côté éminemment taciturne, extraordinaire Edward James Olmos - recèle de nombreux pans obscurs.

Et même Switek, malgré sa bonhommie, révèle aussi sa face sombre sans oublier l’indic farfelu, Izzy Moreno (Martin Ferrero), qui n’est pas sans rappeler le Huggy les bons tuyaux de « Starsky & Hutch » mais en plus désenchanté car il sait que le crime ne paye pas et que tôt ou tard, la grande faucheuse viendra réclamer son dû. Implacable.

Pour l’anecdote, quand il était scénariste sur "Starsky & Hutch" (1975 - 79), Michael Mann avait noué des liens d’amitié avec Paul Michael Glaser (Starsky) qu’il engagera comme réalisateur sur plusieurs épisodes, parmi les meilleurs : notamment « Le fils prodigue » (saison 2), où Crockett et Tubbs se retrouvent à New York, le temps d’un double épisode passionnant. David "Hutch" Soul réalisera aussi un épisode de la 1ère saison avec Bruce Willis en mari violent.

Un précurseur de la qualité cinématographique à la télévision

Au risque de faire hurler certains, c’est « Miami Vice » qui a ouvert la voie vers une qualité de type cinématographique dans les séries à la télévision. Sans cette série, pas sûr que « X-Files » de Chris Carter ou « Les experts » de Jerry Bruckheimer auraient eu la qualité filmique et photographique qu’on leur connaît aujourd’hui. Et des personnages comme Crockett ont sans conteste ouvert la voie à des flics torturés comme Andy Sipowicz (NYPD Blue) et Vic Mackey (The Shield) et même des mafieux attachants comme Tony Soprano (Les Soprano).

Si certains reprochent le côté «  belle gueule poseur » de Don Johnson, rappelons que l’acteur se révèle parfaitement convaincant dans le double rôle de Crockett / Burnett, ayant complètement perdu pied, dans « Les souvenirs » (premiers épisodes de la saison 5), dont un réalisé par le comédien lui-même. Certes, sa carrière cinéma n’a pas connu le succès escompté mais Don Johnson a pourtant montré toute l’étendue de son talent d’acteur dans des films comme « Dead bang » (1989) ou « Hot spot » (1990), des thrillers policiers d’excellente facture réalisés peu après la fin de la série.

Depuis, il a à nouveau rencontré le succès dans « Nash Bridges » (1996 - 2001), suivant les enquêtes d’un flic de San Francisco, sorte de Crockett de la Criminelle mais en plus décontracté et plus humoristique. On a pu le revoir dans le rôle complètement pêté d’un propriétaire terrien à l’époque de l’esclavagisme dans « Django Unchained » de Quentin Tarantino (2012), aux côtés de Jamie Foxx et Leonard DiCaprio.

Miami Vice - Crockett & Tubbs

Crockett & Tubbs (saison 4 où Tubbs porte désormais la barbe)

 

© NBC / Universal Television - Don Johnson Fanpage Facebook

 

 

 

Une bande-son extraordinaire avec de vraies stars du rock

Ensuite, « Miami Vice », c’est aussi et avant tout le rock en version originale à la télé. Bien avant « Glee », ce sont les versions originales, chantées par les vraies stars du rock et pas des ersatz qui copient (une oreille attentive comparera la bande-son de « Miami Vice » aux autres séries de l’époque comme « L’homme qui tombe à pic » ou « Espion modèle » où les chansons sont rejouées par de pâles copies).

Très vite, les stars du rock ne se sont pas fait prier pour intégrer, même le temps d’un rôle passager, le casting de la série : Little Richard, James Brown, Frank Zappa, Glenn Frey (The Eagles), Ted Nugent ou encore Phil Collins ; que du beau monde ! Et encore j’en oublie…

Sans oublier le formidable Jan Hammer qui, outre le « Miami Vice Theme », livrera des compositions très funky et particulièrement marquantes comme « Lombard’s trial » ou « Crockett’s theme » (un excellent cd reprenant les meilleurs morceaux musicaux du show est sorti en 1987 sous le titre d’« Escape from television » ainsi que de nouveaux titres dans « The best of Miami Vice » en 2007).

Miami Vice Music from the Television Series.jpg

Le 1er des 3 cd/LP sorti en 1986 : "Miami Vice Music from the Television Series"

© NBC Universal - www.amazon.fr.jpg

Signalons encore la sortie en LP et en cd à l’époque de 3 albums « Miami Vice Music from the Television Series » reprenant tant des tubes rock de Phil Collins, Chaka Khan, James Brown, The Damned, Roxy Music, … que d’excellentes partitions de Jan Hammer (New York Theme, Evan, Chase, …). Un must pour tout fan qui se respecte.

Côté scénaristes, on a aussi droit à des talents en devenir comme Dick Wolf (New York Police Judiciaire et sa franchise : Unité spéciale, section criminelle, …) ou l’excellent écrivain de polars, Robert Crais (épisode 41, saison 2, intitulé « Une belle prise » où Crockett croise Frank Zappa).

Certes, quand on revoit la série aujourd’hui, elle paraît datée, très ancrée dans les années 80, surtout les épisodes de la première saison. Mais passé les costumes et les coiffures, on se laisse assez vite happé par cet univers fait de chic et de faux, de mensonges et de cauchemars ; bien réels ceux-là.

Les 3 premières saisons sont certainement les meilleures. Une nette baisse de régime se fait sentir dès la saison 4 où Don Johnson, tenté par une carrière cinéma, se désintéresse de son personnage. La 5ème et dernière saison, hormis les excellents épisodes d’ouverture « Les souvenirs », centrés autour de l’amnésie de Crockett et de la dualité avec son alter ego Burnett, marquent l’inexorable fin de la série. De fait, de nombreux épisodes souffrent d’un manque d’originalité et de l'absence de sa star. Même si son coéquipier, le fade Philip Michael Thomas, ne suffit pas à maintenir l’intérêt. Notons tout de même que ce dernier fait de réels efforts et sait se montrer attachant dans plusieurs épisodes.

Une galerie impressionnante de stars confirmées et à venir

Miami Vice logo

Photo : Miami Vice - © NBC Television - Michael Mann Productions - series80-net.jpg

Enfin, cette série pas comme les autres, par rapport aux standards de l’époque, fut l’occasion de croiser de nombreuses futures stars du grand écran comme Bruce Willis (avec des cheveux, peu avant « Clair de lune » et « Piège de cristal »), Ben Stiller et Chris Rock mais aussi des « gueules » du cinéma comme Michael Madsen (« Reservoir Dogs » et « Kill Bill » de Tarantino) ou Burt Young (Paulie, le beau-frère de Stallone dans « Rocky ») et des vrais flics devenus acteurs comme l’impressionnant Dennis Farina, décédé fin juillet 2013 (les séries « Crime Story » (1987) et « Luck » de Michael Mann (2012)).

Soulignons encore la présence des épatants Stanley Tucci (« The devil wears Prada », « Captain America », « Hunger Games » et la série « Un flic dans la Mafia »), Giancarlo Esposito à ses débuts (Gus Fring dans « Breaking Bad ») et même Michael Chiklis, le futur Vic Mackey de « The Shield » !

Et encore d’autres visages bien connus des grandes séries des années 2000 comme Paul Guilfoyle (le Capitaine Jim Brass dans « Les experts : Las Vegas ») ou Richard Jenkins (le papa de « Six Feet Under » et d’excellents seconds rôles comme dans « Killing them softly » avec Brad Pitt en 2012).

Au final, « Miami Vice » aura marqué un tournant dans l’histoire de la télévision américaine, introduisant les premiers antihéros dans les séries policières (rien n’est net, tout est flou, en résumé), reflet d’une Amérique en pleine mutation.

Si son héritage est tout à fait superficiel et oubliable pour certains, « Miami Vice » n’en reste pas moins un objet unique, d’une grande qualité filmique et visuelle, moins travaillée au niveau des intrigues et des personnages mais possédant ce je-ne-sais-quoi de fascinant. Sans doute parce que trop proche de la réalité. En moins glamour mais la série n’a jamais menti sur le triste destin qui attendait ses principaux protagonistes, reflets d’une Amérique désabusée et littéralement rongée par le pouvoir et la corruption. Bref, sans concessions et un must à savourer encore et encore.

EN COULISSES :

Photo : © Universal Televison - www.amazon.fr

Miami Vice - Crockett & Tubbs

Michael Mann ne voulait pas de Don Johnson dans le rôle de Crockett. Il lui préférait – et de loin – l’acteur Gary Cole (Jack Killian, l’homme au micro) mais ce dernier ne voulait pas s’engager dans un contrat longue durée dans une série aux horaires contraignants. Suite à la désaffection de ce dernier, Mann voit débarqué Johnson, éreinté par 6 pilotes n’ayant jamais donné lieu à des séries (un point commun qu’il partage avec Tom Selleck, le futur Magnum, qui se remémorait « Don Johnson, mon copain des années galère » dans un article de Téléstar de la fin des années 80).

Soupçonné par l’équipe technique d’apporter la poisse à « Miami Vice » qui allait faire un flop en raison de l’insuccès de la carrière du beau blond jusqu’ici, Johnson se lance à cœur perdu dans la peau de ce flic ancien du Vietnam qui traque les trafiquants de drogue dans le Miami superficiel des années 80. Un rôle plutôt sombre et désabusé qui lui vaudra, à l’époque, de gagner le Golden Globe du meilleur acteur. Comme quoi, les malédictions ne se réalisent pas nécessairement.

Ce qu'on sait moins, c'est qu'au terme de la saison 2, vu le succès phénoménal dans le monde entier, Don Johnson a exigé une augmentation conséquente de son salaire. Après de dures négociations avec NBC Universal et Michael Mann, ce dernier a menacé Johnson de le licencier et de le remplacer par Mark Harmon (Gibbs de NCIS). Dès la saison 3, Johnson a réintégré l'équipe avec une nouvelle coupe de cheveux en brosse, une nouvelle garde-robe, une nouvelle Ferrari et...un plus gros salaire.

Michael Mann préférait aussi un autre acteur pour incarner Tubbs (Philip Michael Thomas) et voulait Jimmy Smits (Miguel Prado dans la saison 3 de « Dexter » et Bobby Simone dans "NYPD Blue"). Celui-ci fait d’ailleurs une brève apparition comme coéquipier de Crockett dans le pilote, avant de mourir brutalement.

Enfin, Edward James Olmos avait postulé pour incarner Tubbs mais Michael Mann lui fit une offre mirobolante pour devenir le nouveau Lieutenant Martin Castillo du « Miami Vice Squad », suite au départ de l’acteur Gregory Sierra (le premier chef Lou Rodriguez) qui ne supportait pas le climat tropical de la Floride où se tournait la série.

Si vous observez bien les deux premières saisons de la série, vous constaterez que Crockett fume. Plus de cigarettes dès la saison 3 jusqu'à la fin de la série et plus d'alligator Elvis non plus, ni d'humour lourdaud. La tonalité de la série devient beaucoup plus sombre. Crockett était-il un exemple pour la jeunesse américaine ? On peut le croire au vu de la disparition des clopes quoique le flic blond continue à boire plus que de raison, notamment dans les épisodes "Les souvenirs" où il se prend pour son alter ego Sonny Burnett, trafiquant de drogue sans pitié.

20:49 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |