02/08/2014

« FRIDAY NIGHT LIGHTS » : un autre visage de l’Amérique des années Bush

Friday Night Lights

© NBC Television - www.pivot.tv 

Série dramatique (USA, 2006 à 2011) comprenant 5 saisons pour 76 épisodes.

Intégrale de la série disponible en dvd à la vente depuis 2012.

Cinquième et dernière saison diffusée en ce moment (juillet/août 2014) sur RTL TVi, chaîne privée luxembourgeoise en Belgique.

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Comme moi, vous avez dû vous dire à la vue des coffrets de cette série : « Quoi ? Du foot américain ? J’y pige que dalle, rien à f…. ». C’est vrai que ce sport national auquel les Américains vouent un véritable culte n’est pas vraiment compris ici, jugé à la fois trop brutal et surtout trop américain. Et pourtant, il mérite qu’on s’y arrête. Mon point d’accroche était l’acteur Kyle Chandler que j’avais découvert dans la série « L’enfer du devoir » sur la guerre du Vietnam (1987, toujours pas en dvd européen, grrr…) et dans « Demain à la Une » (1996/2000, Early edition en VO), amusante série sur les aventures d’un type qui reçoit le journal déposé par un chat devant sa porte. Particularité, ce journal contient les infos de demain mais il les connaît déjà aujourd’hui. D’où une course contre la montre pour tenter d’éviter les catastrophes…

Récemment, Chandler jouait aussi le flic du FBI qui fait plonger l’infâme Jordan Belfort, trader fou joué par Leonardo DiCaprio dans « Le loup de Wall Street », dernier film de Martin Scorsese. Kyle Chandler, un chouette acteur, discret mais efficace.

A l’origine, la série est tirée du film homonyme « Friday Night Lights », réalisé en 2004 par Peter Berg, ancien acteur reconverti en réalisateur de talent (les films d’action Hancock, Le Royaume, Battleship). Berg s’était inspiré du livre « A Town, a Dream and a Team » du journaliste et prix Pulitzer H.G. Bissinger, contant la vie d’une équipe de foot américain dans une petite ville du Sud des USA. Pourtant, le long métrage n’avait pas de quoi attirer le spectateur vers la série : personnages peu attachants et difficilement identifiables, images sombres et tremblantes, confusion dans l’explicatif du match final, …

Qu’importe, Berg décide de s’atteler à l’adaptation de son film sous forme de série hebdomadaire, ne conservant que deux acteurs du long métrage (Connie Britton, la femme du coach et Brad Leland qui joue Buddy Garrity dans la série, un rôle différent du film). Il maintient l’action dans la petite ville de Dillon, au Texas et rajeunit le casting (la plupart des acteurs sont adolescents). Enfin, le réalisateur a la bonne idée de ne pas tomber dans la série pour jeunes de type « Beverly Hills » ou autres « Gossip Girl » et de centrer aussi son récit autour de personnages adultes.

A cet égard, le coach Taylor reste la figure marquante et emblématique de « Friday Night Lights ». Père de famille et figure paternelle de son équipe, mentor et mari, entraîneur futé et travailleur acharné ; c’est un personnage qui sait se montrer sévère tout en restant fin, encaissant les coups du sort. Bien sûr, il lui arrive de pousser une gueulante mais si on devait le définir en un mot, ce serait « digne ».

Eric Taylor se révèle également terriblement humain car il sait le potentiel que recèle chaque jeune joueur et fait ce qu’il peut pour leur ouvrir les yeux sur les recruteurs d’équipes de pro : tu es une star aujourd’hui et demain, tu n’es plus rien.  Il les met en garde contre les feux éphémères de la gloire et de l’argent. De fait, l’arrogant Smash Williams en fera les frais tout comme l’attachant Jason Street, paralysé suite à un match qui traumatise toute l’équipe et la petite ville de Dillon, au Texas, où se situe l’action.

Autour des espoirs du foot américain gravitent d’autres personnages, tous plus attachants les uns que les autres : Landry, l’intello qui a du mal avec les filles et ferait tout pour Tyra ; Matt Saracen, artiste dans l’âme, contraint de s’occuper de sa grand-mère suite à la mort de son père et qui vit une histoire d’amour compliquée avec Julie, la fille du coach ; les très prometteurs Luke Cafferty, jeune fermier dont les parents ne voient pas d’un bon œil sa passion pour le foot et Vince Howard, jeune délinquant noir qui reçoit une seconde chance et développe des talents insoupçonnés (l’occasion de découvrir, à ses débuts, le formidable Michael B. Jordan, vu dans le récent et acclamé « Fruitvale station »).

Enfin et c’est sans doute le personnage le plus attachant de la série : Tim Riggins, brave gars du coin aimant boire et faire la fête. Tim sait qu’il n’ira jamais bien loin car au fond, il s’en fout. Avec Tim, les choses n’ont pas besoin d’être dites : je suis là quand on a besoin de moi mais faut pas abuser (son frère l’attire dans des plans foireux à répétition), j’aime mais je suis capable de sacrifice pour aider ceux qui me sont chers. Sans artifices, l’acteur livre une performance épatante. Depuis la fin de la série, Taylor Kitsch réussit d’ailleurs une belle carrière au cinéma avec des films qui ont fait des flops (« John Carter », « Battleship ») et des succès (« Savages » d’Oliver Stone, « Du sang et des larmes » de Peter Berg, …). Un nouveau Johnny Depp en plus sombre ? L’avenir nous le dira.

Autour de tous ces ados, le coach Taylor et sa femme Tami restent des référents : guides de ces avenirs incertains mais où l’impossible peut devenir possible, bienveillants sans être moralisateurs, ne jugent pas et sont là quand tout va mal. Eux aussi vivent des moments durs, notamment lorsque le coach décide de revenir entraîner les Dillon Panthers alors qu’il occupait une belle place dans une équipe universitaire. Tout remettre en cause, y compris sa sécurité professionnelle et financière pour l’avenir de ces jeunes ; le coach Taylor connaît aussi ses galères et ses désillusions.

C’est bien là ce qu’on retiendra de « Friday Night Lights » : des personnages vraiment bien écrits et terriblement attachants. Fait marquant et la série le souligne avec beaucoup de finesse, ils évoluent tout au long des 5 saisons de « Friday Night Lights ». Tout ce petit monde change de vie au fil du temps qui passe. Certains gardent le cap (le coach en tête), d’autres connaissent un autre destin que celui auquel ils aspiraient mais sans tomber dans la déchéance.

« Friday Night Lights » nous offre un message lumineux en ces temps de peur et de misère : « Gardez espoir et ne devenez pas amer. Si votre vie est difficile, ne baissez pas les bras. » Un  message amené avec beaucoup de subtilités, sans prêchi-prêcha, au travers de Jason Street, Tim Riggins, Vince Howard et bien sûr, du coach Taylor. On retiendra son fameux : « Clear eyes, full hearts can’t lose ! »

Enfin, les matches de foot américain, peu compréhensibles pour nous Européens, deviennent carrément palpitants. Le titre fait référence au match de lycée du vendredi soir où toute une petite ville se mobilise pour ses joueurs sur qui la pression est extrêmement forte puisqu’ils incarnent leurs espoirs. On se surprend à sauter de son fauteuil quand l’équipe gagne, alors qu’on n’a pas d’affinités particulières avec ce type de sport.

 

Bref, « Friday Night Lights » est une série exceptionnelle, à voir et à revoir, à posséder absolument dans votre dvdthèque. Très beau portrait de l’adolescence, elle se rapproche certainement au plus près de ce que l’on peut vivre dans la vraie vie. Une vie digne et la tête haute. Un autre portrait de l’Amérique des années Bush.

20:23 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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