09/11/2014

« BANSHEE » : et si on était quelqu’un d’autre ?

BANSHEEPhoto : © CINEMAX

Série dramatique (USA, 2013 - 2013) créée par Jonathan Tropper et David Schickler, produite par Alan Ball, Greg Yaitanes et Peter Macdissi.

2 saisons de 10 épisodes chacune. Diffusée sur Canal + France et Canal + Séries, inédite en Belgique. 3ème saison en cours de production (en 2014-2015). Saison 1 disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 9 juillet 2014

LE SITE OFFICIEL DE « BANSHEE »

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1 DE « BANSHEE »

Lassé après 5 ans de « True Blood », Alan Ball jette l’éponge. Bonne idée car la saga de vampires commençait à sentir le faisandé (lire ici le dossier « True Blood »). Visiblement en panne d’inspiration, le scénariste oscarisé d’ « American Beauty » et créateur-producteur de la formidable série « Six Feet Under » a voulu se faire plaisir. Quitte à nous malmener.

« Banshee », c’est le nom d’une petite ville (fictive), un bled de Pennsylvanie occupé par une importante communauté d’Amish a priori sans histoires. A priori puisque le maire a engagé un shérif venu d’ailleurs. Sa mission : nettoyer la ville de l’infâme Proctor, criminel notoire et propriétaire de plusieurs affaires louches dont un abattoir (à vous de deviner ce qui s’y passe…).

Dans le même temps, un étranger sort de taule et part pour Banshee retrouver sa petite amie qu’il a perdue de vue depuis 15 ans. On ne sait pas son nom. Il a un passé obscur et survit en montant des arnaques. Mais des gangsters veulent sa peau. Et ça commence fort avec des scènes d’action dignes d’une grosse production hollywoodienne.

Pas de bol pour le shérif, il croise la route de deux sales types dans un bar où l’ex-taulard est de passage. Si ce dernier s’en sort grâce à sa maîtrise des arts martiaux, c’est loin d’être le cas pour l’homme de loi. Ni une, ni deux et l’ancien criminel prend son identité. Voilà ce qu’on peut dire sans trop révéler la suite.

Enfin, si vos nerfs et votre sensibilité le supportent… A nouveau, Alan Ball donne libre cours à ses fantasmes, en nous offrant un spectacle souvent gothique et parsemé de personnages « too much ».

Sorte de western post-moderne (en clin d’œil au « Train sifflera trois fois » où Gary Cooper se retrouve seul contre tous), « Banshee » nous interroge sur ce que nous aurions aimé être. A commencer par le shérif qui le devient à la suite de circonstances inattendues. La loi, ce n’est pas trop son truc mais quand il voit que la petite ville est aux mains d’un autocrate, il passe à l’action. Et ça va saigner !

L’acteur néo-zélandais Anthony Starr (le shérif Lucas Hood) n’était sans doute pas le meilleur choix de casting. Assez fade, il peine à convaincre dans un premier temps vu son manque évident de charisme à l’écran. Il s’en sort mieux dans les scènes de castagne et de poursuites, tout en incarnant assez bien l’ambiguïté.

La bonne idée de scénario est d’avoir créé une tension qui parcourt tous les épisodes et qui repose sur la simple question suivante : et si quelqu’un découvrait qui il était vraiment ? Cela rappelle le Dr. Kimble dans la mythique série « Le Fugitif » qui donna lieu au film avec Harrison Ford.

Seules quelques personnes connaissent son secret : son ex-petite amie Carrie Hopewell ; Sugar Bates (Frankie Faison), un ancien boxeur noir qui tient un bar et enfin Job (Hoon Lee), homosexuel raffiné et spécialiste du hacking.

A nouveau, on retrouve le goût d’Alan Ball (homo revendiqué et militant à la ville) pour les gays fantasques et au caractère bien trempé, à l’image du Lafayette de « True Blood ». Arborant des tenues et des coiffures disco et post-punk, Job a ceci de succulent qu’il sait se battre mais aussi manier le flingue comme le clavier d’ordinateur et les traits d’esprit ! Ce qui donne lieu à des réparties savoureuses entre Hood et Job, sur un ton humoristique plutôt bienvenu au regard de la tonalité de la série, souvent glauque, sombre et même carrément poisseuse.

Le choix de casting d’Ivana Milicevic (Carrie Hopewell) est également curieux. La belle relève plus de la gravure de mode que de l’actrice expérimentée. Carrie est mariée au procureur Gordon Hopewell et a eu des enfants. Elle a refait sa vie et Hood n’y a pas sa place. Malgré tous ses efforts, le passé va la rattraper. Même si elle veut à tout prix être quelqu’un qu’elle n’est pas, les circonstances en décideront autrement. Ici aussi, le personnage est terrorisé à l’idée que quelqu’un découvre sa nouvelle identité (son vrai nom est Anastasia). Elle craint en particulier le très flippant Mr. Rabbit (Ben Cross). Vous découvrirez pourquoi…

Alan Ball connaît ses classiques et a retenu la leçon d’Hitchcock qui disait : « Plus réussi est le méchant, meilleur sera le film ». On n’est pas déçu avec Kai Proctor, gangster très propre sur lui qui, en un instant, passe de la douceur raffinée à la violence la plus rageuse. Chapeau à Ulrich Thomsen qui campe un gangster glacial et terriblement inquiétant. Inoubliable.

Mieux écrit que le personnage de Hood, Proctor est un ancien membre de la communauté Amish qui a tout quitté pour créer son propre business. Il veut quelque chose, il le prend. Malheur à celui qui se trouve sur son chemin. A la différence de Hood et Carrie, il est devenu ce quelqu’un d’autre et ne s’en cache pas, assumant parfaitement sa toute-puissance et assouvissant ses pulsions jusqu’au bout.

Au passage, on retiendra encore le personnage de l’albinos, une montagne de muscles effrayante croisée par Hood en prison. A l’heure où chacun devra régler ses comptes, cela donnera lieu à un combat épique et particulièrement cruel qui éclairera les motivations de Hood et nous en dira plus sur son passé trouble.

N’oublions pas le personnage de Rebecca Bowman (Lili Simmons). Rejetée par la communauté Amish, la jeune femme n’a d’autre choix que de se réfugier chez son oncle Proctor. Tiraillée entre ses origines religieuses et l’ouverture vers une nouvelle vie qu’elle ne soupçonnait pas, l’actrice incarne avec classe le malaise post-adolescent et s’en sort également très bien dans les scènes d’amour.

Car oui, « Banshee » parle aussi d’amour ! Même si c’est plus souvent de manière trash et limite voyeuriste : ça fornique à chaque épisode, quasiment dans tous les coins et Hood multiplie les aventures avec la gent féminine qui raffole de ses « talents ». Là où cela devient plus malsain, c’est quand Proctor reluque sa nièce en maillot de bain et envoie un de ses sbires régler des comptes alors que Rebecca est en pleine partie de jambes en l’air…

Enfin, Alan Ball nous gratifie à nouveau de son goût prononcé pour l’hémoglobine, déjà débordante à souhait dans « True Blood » : du sang, du sang et encore du sang. Hood se fait passer à tabac : ça saigne ; Proctor liquide ses adversaires : ça saigne ; Carrie se défend des attaques d’un sbire de Mr. Rabbitt : ça gicle. Bref, cela en devient par moments carrément grotesque, voire drôle vu le côté « trop ».

Au final, « Banshee » fait penser à un western détourné de ses codes et présenté sous forme de bande dessinée remplie de fureur, de sexe et de sang (l’affiche de la série ressemble à une bd avec le sang qui coule en flaque, vous voilà prévenus).

Souvent gratuitement violente et irréaliste, parfois brouillonne et caricaturale ; elle ne laissera personne indifférent. Sur le plan visuel, elle chamboule le spectateur et ne lui laisse que peu de répit. Regardez bien son générique dont les photos changent à chaque fois avec, en fond sonore, la musique envoûtante de Methodic Doubt. Une découverte en soi.

La saison 2 est déjà en boîte, on espère qu’elle gommera les quelques défauts de cette saison 1 qui ne ressemble vraiment à rien de ce qu’on a pu voir à la télé auparavant. En effet, c’est assez déroutant.

Certains trouveront cela fou, débile, sadique, pervers ou que sais-je encore ; d’autres trouveront cela génial, trop drôle, fou ou fun. Pour notre part, on hésite entre la répulsion et l’attraction. C’est suffisamment intrigant pour donner envie de voir la suite. Une sorte de charme vénéneux en somme. Ce qui explique sans doute pourquoi « Banshee » n’a pas été diffusée en Belgique. C’est du polar, de l’action, du porno, du film de gansters, de la comédie, de la romance, …. Inclassable et dès lors, difficile de la diffuser en prime-time devant un public familial.

Bref, c’est à voir selon votre degré de sensibilité, vous rejetterez ou…vous prendrez votre pied !

19:03 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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