30/11/2014

« RAY DONOVAN » (Saison 1) : micmacs chez les riches d’Hollywood…

Ray Donovan© Showtime 

Série dramatique créée par Ann Biderman. Avec Liev Schreiber (Ray Donovan), Jon Voight (Mickey Donovan), Steven Bauer (Avi), Paula Malcomson (Abby Donovan), Eddie Marsan (Terry Donovan), Dash Mihok (Brendan “Bunchy” Donovan), Elliott Gould (Ezra Goodman), Pooch Hall (Darryl Donovan), …

Saison 1 : 12 épisodes d’environ 52’ chacun, disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 19 novembre 2014.

Saison 2, 3 et 4 terminées aux USA (12 épisodes). 

Diffusé en France sur Jimmy et CANAL +. Diffusion aux USA sur Showtime.

VOIR UN TRAILER DE LA 1ère SAISON DE « RAY DONOVAN »

Depuis l’arrêt des séries qui ont fait sa renommée (Dexter, Weeds, Californication, …), la chaîne câblée SHOWTIME peinait à trouver un second souffle. Certes, il y avait « Homeland » mais après la première saison, l’intérêt est retombé : la série a déçu et se poursuit encore actuellement avec une 4ème saison quelque peu dispensable.

A priori, « Ray Donovan » n’avait rien de vraiment original : un père de famille qui trempe dans des affaires louches, avec une femme chiante, des gosses qu’il n’arrive pas à gérer et des associés qui comptent sur lui. Cela vous rappelle quelqu’un ? La comparaison s’arrête là avec Tony Soprano.

En effet, la créatrice de cette série dramatique, Ann Biderman – connue pour son travail de scénariste et productrice sur les films « Peur primale » (1995) et « Public enemies » (2009) – a le bon goût de se démarquer de la saga mafieuse de David Chase à divers niveaux.

Tout d’abord, elle arrive à donner une réelle épaisseur au personnage de Ray Donovan. Derrière ce qui n’aurait pu être qu’une brute épaisse et impitoyable se cache un cœur d’or. Pour le situer, Ray sait gérer les crises comme personne. Jamais à court de sang froid, il parvient à sortir ses riches clients (des stars du sport ou du cinéma) de situations souvent embarrassantes, voire catastrophiques. Il est l’homme de la situation et sait comment cacher, en toute discrétion, de potentiels scandales.

Evidemment, cela suppose des méthodes aux limites de la loi, pour ne pas dire criminelles. A ses côtés, son homme de main Avi se révèle un précieux « effaceur » (Steven Bauer, le beau gosse de « Scarface », avec 30 ans et 30 kilos de plus dans un rôle amusant et parfois caricatural quand il parle avec un faux accent hébreu).

Ensuite, l’autre bonne idée a été d’avoir donné à Ray une certaine sensibilité et des failles. Malgré sa grande intelligence quand il joue le « consultant-réparateur », ce père de famille n’arrive pas – ou difficilement – à gérer les siens comme ses clients.

Ray nous devient attachant et humain par le fait qu’il veille constamment sur ses deux frères : tout d’abord avec Terry, un petit gars qui tient une salle de sport dans les bas-fonds de Los Angeles. Méchamment esquinté durant un combat de boxe, il vit seul et se considère comme un raté. Ensuite avec Brendan dit « Bunchy » va encore plus mal : violé par un prêtre durant son enfance, c’est un alcoolique de 40 ans qui va à des réunions d’alcooliques anonymes sans réelle volonté de changer. Sorte de grand gamin de 12 ans, il ne sait vraiment plus où il en est. Et ce n’est pas le retour de Mickey, leur père, qui va arranger les choses.

Mis derrière les barreaux durant 20 ans pour un crime qu’il n’a pas commis, Mickey compte bien récupérer sa famille et reprendre sa place de patriarche. Seulement voilà, Ray le hait tellement qu’il n’est pas question d’incruste. Et les ennuis commencent…

Dans le rôle du patriarche Mickey, Jon Voight est absolument génial. D’une vulgarité assumée, ce personnage au langage fleuri aime les femmes noires, regarde des films porno et adore les fellations, tout en se révélant fin manipulateur. Egocentrique, il balance des paroles sans nuances à la face des siens sans réfléchir et quand il s’excuse, c’est sans y croire. Oreilles sensibles s’abstenir.

Malgré son look de vieux mac (veste de cuir des années 70, chaînette au cou et bagues aux doigts), Mickey arrive à se faire passer pour la victime quand tous les éléments l’accusent. Par son baratin sans failles, il parvient à se sortir de situations critiques tout en n’hésitant pas à liquider froidement toute personne qui contrecarre ses plans.

Enfin, comme dans « Sons of Anarchy » (lire aussi critiques sur ce blog), les scénaristes se sont inspirés d’« Hamlet », la tragédie de William Shakespeare, en adaptant au goût du jour l’éternel affrontement entre père et fils. Bonne nouvelle, « Ray Donovan » arrive à innover en alternant drame et comédie de façon assez subtile, sans tomber dans le poussif malgré la  vulgarité a priori repoussante qui parsème les épisodes.

Liés par un sombre secret, tous les Donovan sont évidemment fracassés par la vie. Chaque épisode nous dévoile un peu plus le passé et les motivations de cette famille curieusement déjantée. Par petites touches, cette série feuilleton arrive à maintenir l’intérêt par la qualité de son écriture, de son interprétation et par son humour souvent noir et grinçant.

Dans des rôles secondaires, on retrouve avec étonnement de grands acteurs de films et de séries des années 70 comme Elliott Gould (MASH, Le privé), Paul Michael Glaser (Starsky et Hutch) et surtout, James Woods, parfaitement horrible dans le rôle de Sully. Ce tueur à gages, activement recherché par le FBI, n’a rien à envier à Mickey (voyez comment il traite sa femme dans une chambre d’hôtel ou Rosanna Arquette qui fait un passage remarqué dans quelques épisodes).

Au terme de cette première saison, la série n’a bien sûr pas livré tous ses secrets, proposant une fin calme et digne. Bref, « Ray Donovan » se révèle une bonne surprise. Une autre vision de la « Cité des Anges », d’une Los Angeles bling bling le jour mais autrement plus glauque la nuit. A quand la saison 2 ?

 

RAY DONOVAN (SAISON 2) : QUAND LA FAMILLE DEVIENT UN PROBLEME...

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© Showtime

Série dramatique créée par Ann Biderman. Avec Liev Schreiber (Ray Donovan), Jon Voight (Mickey Donovan), Steven Bauer (Avi), Paula Malcomson (Abby Donovan), Eddie Marsan (Terry Donovan), Dash Mihok (Brendan “Bunchy” Donovan), Elliott Gould (Ezra Goodman), Pooch Hall (Darryl Donovan), Kerris Dorsey (Bridget Donovan), …

Saison 2 : 12 épisodes d’environ 52’ chacun, disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 16 septembre 2015 chez Showtime. Saison 3 terminée aux USA (12 épisodes).

Diffusé aux USA sur Showtime et en France sur Jimmy et CANAL +.  

VOIR UN TRAILER DE LA 2ème SAISON DE « RAY DONOVAN »

Dire que « Ray Donovan » est une grande série serait sans doute exagéré. Reprenant les éléments de base des « Soprano » (un chef de famille quelque peu déprimé qui doit protéger les siens, quitte à commettre des meurtres), elle n’a sans doute pas le même souffle épique que le chef-d’oeuvre de David Chase. Cependant, elle a quelque chose d’attachant avec sa galerie de personnages frappadingues et particulièrement attachants.

On pense évidemment à Terry et Bunchy, les frères de Ray, fracassés par la vie. Le secret qui les lie à leur grand frère remonte à leur enfance et les hante à tout jamais. Ray Donovan souffre d’un burn-out aggravé mais refuse de tomber dans la dépression. A la différence de Tony Soprano, il ne va pas avoir une psy et se réfugie dans le whisky et le sexe (on le voit boire et forniquer à profusion). La comparaison avec les « Soprano » s’arrête là.

Mais le principal intérêt de la série, c’est le père Mickey, incarné par un Jon Voight particulièrement inspiré. Surveillé par un agent de probation quelque peu chelou (Wendell Pierce, le Bunk de « Sur écoute »), cet ex-taulard cherche à se faire un maximum de fric en un minimum de temps. Et les combines repartent de plus belle, quitte à impliquer la famille….

Retors à souhait, Voight arrive à nous surprendre, à nous amuser et à nous dégoûter avec ses airs de brave vieux qui cache bien son esprit tordu et sournois. Avec sa peau humide, il fait penser à un serpent. Cela tombe bien, il jouait déjà un méchant succulent dans « Anaconda », film d’horreur amusant et quelque peu oublié. Comme « Sons of Anarchy », la série reprend et exploite intelligemment le thème du conflit avec le père.

Evidemment, les magouilles de Mickey rejaillissent sur ses fils et rajoutent aux problèmes de Ray qui n’avait pas besoin de ça en plus. Traversant une crise conjugale particulièrement intense, l’homme de main des riches de Los Angeles doit encore composer avec une journaliste un peu trop curieuse. Celle-ci s’intéresse aux petites affaires d’Ezra Goodman, mentor et protecteur de Ray Donovan.

Les tensions familiales atteignent leur paroxysme lors d’une soirée d’anniversaire mémorable, durant laquelle Darryl, le frère noir, pète les plombs ! En fin de soirée, Ray danse avec son fils sur « Walk this way » de Run DMC. Une scène touchante qui exprime mieux qu’avec des mots le désarroi du personnage.

Bien menée, cette seconde fournée d’épisodes se dévore sans problème. Ici et là, on trouve quelques faiblesses et ruptures de rythme mais on lui pardonnera car les personnages sont tous excellemment campés. Chacun bénéficie d’une réelle profondeur et d’un solide travail d’écriture de la part des scénaristes. Curiosité : on retrouve à nouveau Paul Michael Glaser, l’ex-Starsky, dans le rôle d’un riche crétin à qui Mickey va faire passer un sale quart d’heure.

Enfin, la série ne ménage pas les forces de police, montrées comme corrompues et inefficaces, plus intéressées par leur petit profit que par faire régner la loi. Les puissants ont le dernier mot et l’argent achète tout. Effrayant. 

« RAY DONOVAN » (Saison 3) : toujours plus loin mais pas tant que ça

Série dramatique créée par Ann Biderman. Avec Liev Schreiber (Ray Donovan), Jon Voight (Mickey Donovan), Steven Bauer (Avi), Paula Malcomson (Abby Donovan), Eddie Marsan (Terry Donovan), Dash Mihok (Brendan “Bunchy” Donovan), Elliott Gould (Ezra Goodman), Pooch Hall (Darryl Donovan), Kerris Dorsey (Bridget Donovan), …

Saisons 1 à 4 (12 épisodes par saison de 45’ à 65’). Saisons 1 à 3, disponibles en dvd et Blu-Ray (sortie en France de la saison 3 le 4 octobre 2016 chez Showtime). Saison 4 terminée aux USA (12 épisodes). Saison 5 en cours de production. Diffusé en France sur Jimmy et CANAL +. Diffusion aux USA sur Showtime.

RAY DONOVAN 3 - uploads-1475060327-ray5.jpgSérie dramatique créée par Ann Biderman. Avec Liev Schreiber (Ray Donovan), Jon Voight (Mickey Donovan), Steven Bauer (Avi), Paula Malcomson (Abby Donovan), Eddie Marsan (Terry Donovan), Dash Mihok (Brendan “Bunchy” Donovan), Elliott Gould (Ezra Goodman), Kerris Dorsey (Bridget Donovan), …

Saisons 1 à 4 (12 épisodes par saison de 45’ à 65’). Saisons 1 à 3, disponibles en dvd et Blu-Ray (sortie en France de la saison 3 le 4 octobre 2016 chez Showtime). Saison 4 terminée aux USA (12 épisodes). Saison 5 en cours de production.

Diffusé en France sur Jimmy et CANAL +. Diffusion aux USA sur Showtime.

© Showtime

VOIR UN TRAILER DE LA 3ème SAISON DE « RAY DONOVAN »

AVIS : Pas facile la vie de « nettoyeur » pour riches et puissants d’Hollywood… Imaginez : pendant que vous devez faire disparaître un cadavre pour le compte d’un riche et odieux homme d’affaires (Ian McShane) et que vous vous amourachez de sa fille (Katie Holmes, ex-Mme Tom Cruise), un de vos trois frères (Terry) croupit en prison tandis que l’autre (Bunchy) va se marier avec une catcheuse mexicaine. Votre mariage bat méchamment de l’aile, vous ne comprenez plus votre femme Abby et elle aussi. Votre fille Bridget sort avec son prof plus âgé d’une quinzaine d’années et votre fils Connor cherche à se faire dépuceler à tout prix. Pour aggraver la situation, votre père Mickey monte sa petite entreprise de prostituées avec votre dernier frère Daryl et se retrouvent avec la mafia arménienne, la famille Minassian, sur le dos. Enfin, car ce n’est pas tout, les flics sont à vos trousses pour des meurtres non élucidés ainsi qu’un vieil ennemi sur le retour et un prêtre qui vous pousse à la rédemption.

Chargé le programme de Ray Donovan, dont on voit le visage passer de fatigué à franchement burnouté. Et en même temps, pas tant que cela car on a l’impression que qu’il ne se passe pas grand-chose. Le début met du temps à démarrer, les situations s’enchaînent de manière plutôt plate, sans enjeux réellement intéressants, les personnages de Ray et Mickey se montrent presque trop calmes et sages. A ce stade, on comprend que la série a dit l’essentiel durant ses deux premières saisons et que cette troisième fournée peine à rebondir. Le défaut le plus visible dans le travail des scénaristes (déjà perceptible dans la 2ème saison) réside dans le personnage de Mickey, le patriarche machiavélique (Jon Voight en roue libre et limite cabotin), à qui il faut absolument trouver un nouveau sale coup à réaliser.

Le monde dans lequel vivent les Donovan, pas si éloigné que cela du nôtre, reste sans illusions : les stars d’Hollywood, les riches et puissants (quel univers glauque !) et autres flics, sont tous aussi répugnants les uns que les autres, hormis la détective Muncie, seule exception notable. Les scénaristes chargent la barque à un point tel que cela en devient un peu lourd à avaler. Comme s’il fallait à tout prix trouver un ressort choquant pour relancer l’intrigue.

Alors, « Ray Donovan » serait-elle devenue une série à grosses ficelles, recyclant sans talent les ressorts du soap (la femme et la fille de Ray ne feraient pas tache dans les « Feux de l’amour ») ?

La réponse est bien évidemment non car la série a pour elle deux grandes qualités, celle d’arriver à maintenir notre intérêt tout au long de ses 12 nouveaux épisodes. Ensuite, qu’on le veuille ou non, la famille Donovan, malgré ses dysfonctionnements abyssaux, reste une famille sacrément attachante, même Abby qui rappelle furieusement le côté prise de tête de Carmela Soprano. Chacun nous est montré dans ses forces et ses faiblesses, capable du meilleur comme du pire. Chaque personnage bénéficie d’un travail d’écriture qui lui confère une réelle épaisseur, une personne qu’on pourrait être amené à rencontrer dans la vraie vie (quoiqu’on ne préfère pas tant ils attirent les ennuis).

Malgré des premiers signes d’essoufflement, cette troisième fournée reste tout de même agréable à suivre et se conclut de manière relativement spectaculaire, émotionnellement parlant, pour Ray Donovan. Si elle reste moins réussie que les saisons précédentes, elle a le mérite de faire évoluer ses personnages de façon un peu intéressante que pour avoir envie de continuer à la suivre. Cela tombe bien, la 4ème saison vient de s’achever aux USA. Rendez-vous est pris.

19:09 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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