07/12/2014

« FARGO » (Saison 1) : les frères Coen à la télé ?

Fargo season 1

© FX Television – www.cine-espace.be

Série policière et dramatique basée sur le film « Fargo » (USA, 1998) de Joel et Ethan Coen. Avec Martin Freeman (Lester Nygaard), Billy Bob Thornton (Lorne Malvo), Colin Hanks (Gus Grimly), Allison Tolman (Molly Solverson), Bob Odenkirk (Bill Oswalt), Keith Carradine (Lou Solverson), Kate Walsh (Gina Hess), Oliver Platt (Stavros Milos), …

Saison 1 de 10 épisodes d’environ 55’ chacun. Saison 2 en cours de production aux USA (10 épisodes). Diffusé en France et en Belgique sur Netflix (plateforme de téléchargement légal). Sortie en Europe en dvd et Blu-Ray annoncée pour le 1er avril 2015. La saison 1 existe en Blu-Ray avec sous-titres français (zone 1 USA).

VOIR UN TRAILER DE LA 1ère SAISON DE « FARGO »

Adapter des films en séries télé n’est pas toujours une bonne idée. Ces derniers temps, le filon est même largement exploité par des petits malins soucieux de s’enrichir encore plus : Spielberg a annoncé une série télé dérivée de son film « Minority Report » ; « 12 Monkeys » débarque en série sur SyFy après avoir connu les honneurs du grand écran en 1995 avec Bruce Willis et Brad Pitt ; JJ Abrams (Star Trek, Star Wars VII, Lost, …) et Jonathan Nolan (Person of interest) préparent « Mondwest » pour HBO, une série tirée du film de Michael Crichton (1973) où des robots incarnant des cowboys et des chevaliers devenaient fous et tuaient les humains.

Pour autant, le phénomène ne date pas d’hier : les séries « Highlander » (1992) et « Stargate » (1996) connurent un gros succès en leur temps mais elles ont déjà pris un fameux coup de vieux quand on revoit l’un ou l’autre épisode. Par contre, on se souvient des échecs cinglants, entre 1975 et 1995, des adaptations télé de « L’âge de cristal », « Anna et le Roi », « Shaft », « Serpico » et « Les aventures du jeune Indiana Jones ».

Plus récemment, les séries « Blade » (2006), « Terminator » (2008) furent rapidement annulées. Le chemin inverse n’est pas forcément une réussite puisque des adaptations de séries télé au cinéma, on retiendra des réussites comme « Les incorruptibles », « Le fugitif », « La famille Addams », « Maverick » et dans une moindre mesure les « Zorro » et « Mission impossible » avec Tom Cruise.

Quant au reste, c’est franchement oubliable (La quatrième dimension, Mod Squad, Max la menace, L’incroyable Hulk, Miami Vice, …), marqué par d’étonnants ratages (Le Saint, Drôles de dames, Starsky & Hutch, SWAT, Chapeau melon et bottes de cuir, Perdus dans l’espace, Vidocq, les deux films « X-Files » pourtant conçus et réalisés par les mêmes auteurs que la série télé). Quand ce n’est pas du pur sacrilège (l’infâme « The Wild Wild West »/ Les Mystères de l’Ouest, filmé par Barry Sonnenfeld, directeur photo des frères Coen et réalisateur des deux films de « La famille Addams »).

Depuis des années, une adaptation ciné de « Magnum » dort dans les tiroirs des studios hollywoodiens. Espérons que ce sommeil soit éternel. Enfin, du côté des dessins animés adaptés en films, la liste des flops s’allonge d’année en année (Les Pierrafeu, George de la Jungle, Scoubidou, …).

Actuellement, la mode du « reboot » (reprendre des éléments marquants de la série originale et la remettre au goût du jour) connaît des fortunes diverses : raté pour « Kojak » (avec Ving Rhames en 2005, seulement 9 épisodes) et « Ironside 2013 » (L’homme de fer, 9 épisodes aussi) ; partiellement réussi avec la policière « Hawaii Five-0 » (la qualité décline de saison en saison) ou infantile avec le super-héros « The Flash » (version actuelle ciblée public adolescent alors que la version des années 90 lorgnait plutôt du côté des films de Tim Burton, par son visuel et sa musique composée par Danny Elfman).

Citons encore la mode de reprendre des héros apparus dans des films et déclinés sur petit écran. MARVEL nous fait le coup avec « Agents of SHIELD » et prochainement « Agent Carter ». Au vu des premiers épisodes de « AOS », il faut bien avouer qu’on n’est pas franchement convaincus (héros bébêtes et creux, effets spéciaux minimaux, scénarios basiques, tempo plat). A part profiter du succès d’une franchise pour se remplir les poches, où est l’intérêt ?

Pour finir ce tour d’horizon sur une note plus positive, on attend avec intérêt l’adaptation cinéma des « Agents très spéciaux » de Guy Ritchie avec Henry Cavill (Man of steel) et Armie Hammer (Lone Ranger). Le réalisateur de « Sherlock Holmes » et « Snatch » a eu la bonne idée de situer l’action dans les années 60, soit à la même époque que la série tout en reprenant ses éléments visuels, ses véhicules et gadgets délirants. Patience jusqu’en août 2015, date de sortie annoncée sur grand écran.

C’est dire si on abordait avec grande suspicion la série télé « Fargo », tirée de l’univers des frères Coen. Tout d’abord parce que le film, génial, se suffit à lui-même. Ensuite parce qu’on ne voyait pas comment poursuivre l’histoire vu la conclusion. Enfin parce que ce n’est pas un casting prestigieux (Martin « Le Hobbit » Freeman, Billy Bob Thornton) qui fait une bonne série ou un bon film. Certes, les acteurs de talent y contribuent mais comme disait Jean Gabin : « Un bon film, c’est un bon scénario, un bon scénario et un bon scénario. »

Après la vision du premier épisode, tout doute est levé : la série est non seulement respectueuse de l’univers des frangins (cette neige glaciale qui déborde de l’écran et vient vous geler les membres) mais se révèle excellente, voire carrément addictive. Non seulement « Fargo » arrive à se réapproprier cet univers à sa manière mais parvient aussi à évoluer vers de nouvelles directions, le plus souvent imprévisibles. On pense que tel personnage va faire telle chose et puis non.

Evidemment, pour ne pas paumer les fans du film, des ponts sont établis avec plusieurs éléments du long métrage de 1998 : la mallette bourrée de millions de dollars planquée par Steve Buscemi est retrouvée par Oliver Platt au même endroit avec la même spatule ; la shérif enceinte ; le tueur psychopathe ; l’humour décalé (les « Oh yeah ? » que se lancent les flics sur les scènes de crime) et la noirceur du propos - tout comme dans le film - qui traverse toute cette première saison de 10 épisodes (une deuxième est déjà en préparation).

Partant de là, chaque acteur est parfait dans son rôle, à commencer par Martin Freeman qui fait totalement oublier « Le Hobbit » mais aussi le Dr. Watson de la série « Sherlock ». Symbole de la médiocrité, Lester Nygaard est un petit agent d’assurances, brimé par sa femme et malmené par sa communauté. Un faible, un lâche. Le jour où il se rend compte qu’il a commis le crime parfait, sa confiance en lui se décuple. Au fil des épisodes, on suit l’évolution de son comportement : de pleutre, il en devient un menteur, un arriviste et un ignoble manipulateur. Oui mais il y a la shérif enceinte qui veille. Malgré sa surcharge pondérale et son air débonnaire, elle est plus finaude qu’il n’y paraît. Ne jamais se fier aux apparences…

Et surtout, il y a Lorne Malvo, le tueur, impérial, incarné par un Billy Bob Thornton glacial, visage émacié et incarnation quasi surnaturelle d’une figure diabolique (amusant de constater que dans son nom « Malvo », on reconnaît le mot « mal »). Sorte d’ange exterminateur venu des enfers, il liquide comme il respire. Inquiétant.

Par petites touches subtiles et savamment dosées, le récit progresse comme dans le film tout en n’hésitant pas à prendre des chemins de traverse, quitte à faire durer un peu plus le suspense. Au passage, on croise quelques acteurs bien connus du cinéma et des séries : Oliver Platt, Keith Carradine et Colin Hanks (vus dans « Dexter »), Bob Odenkirk (l’avocat marron de « Breaking Bad »), Kate Walsh (« Grey’s Anatomy », « Private Practice »), …

Moins fade qu’à l’accoutumée, Colin Hanks se révèle crédible dans la peau de ce jeune flic, lassé par son job et qui finit par devenir ce qu’il avait toujours souhaité devenir : un postier. Sensible et intelligent, le personnage devient vite attachant, tout comme la shérif, présentée comme une plouc d’un bled perdu et finalement, bien plus que cela.

Chaque épisode se savoure comme une glace bien froide et succulente, surtout quand le tueur surgit, de façon la plus souvent incongrue. Voilà donc une adaptation réussie et qui a remporté un succès mérité aux Etats-Unis lors de sa diffusion sur FX (Sons of Anarchy, Nip Tuck, Justified, …). A cet égard, la petite soeur télé n'a pas à rougir de son aînée cinématographique. Normal, les frères Ethan et Joel Coen en sont aussi les producteurs exécutifs. Cela méritait d’être souligné ici puisque le meilleur est pour la fin Sourire

17:32 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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