21/12/2014

Paul Michael Glaser : un grand monsieur qui n'est pas que Starsky...

Paul Michael Glaser© www.ibtimes.com

Comme c’est bientôt Noël, j’avais envie de me faire plaisir et de vous faire plaisir, en retraçant la vie d’un grand monsieur du petit écran que vous connaissez mieux sous le nom de « Starsky » : Paul Michael Glaser

Fils de Samuel et Dorothy Glaser, respectivement architecte et mère au foyer, Paul Manfred Glaser (de son vrai nom) naît à Cambridge (Massachusetts) le 25 mars 1943. Dernier d’une famille de trois enfants (il a deux grandes sœurs, Phyllis et Priscilla), il grandit à l’écart de ses parents et de ses sœurs, en raison de la santé fragile de sa mère. Dès son plus jeune âge, pour pallier à cette solitude, il rêve dans son monde imaginaire de rôles à la Errol Flynn et de chevauchées fantastiques.

A 22 ans, en 1966, il s’inscrit dans la section art dramatique à l’Université de Tulane (Nouvelle-Orléans) où il obtient une maîtrise en anglais et en théâtre. Durant cette période, il a pour compagnons de chambrée le futur producteur Bruce Paltrow (père de Gwyneth) et Andy Summers, futur guitariste du groupe « The Police » (avec Sting et Stewart Copeland). Après une expérience à la Royal Academy of Dramatic Arts de Londres qui lui ouvre les portes de l’Université de Boston, l’apprenti comédien y décroche un Master d’acteur et de réalisation.

Il décide alors de partir pour New York où il se lance dans une carrière au théâtre dans des productions off-Broadway. Il apparaît notamment dans « The Man In The Glass Booth », une pièce de Robert Shaw, aux côtés de Donald Pleasence. Après plusieurs rôles dans diverses pièces, le réalisateur Norman Jewison (L’affaire Thomas Crown, Rollerball, …) le remarque et lui propose, en 1971, le rôle de Perchik dans l’adaptation au cinéma de la célèbre pièce de théâtre « Un violon sur le toit » (Fiddler on the Roof).

Le film rencontre le succès et lui permet, entre 1972 et 1975, de participer à plusieurs séries télévisées très populaires comme « Kojak », « Cannon », « Les Rues de San Francisco », « Deux cents dollars plus les frais », … En 1975, Paul Michael Glaser tente sa chance au casting d’une nouvelle série policière produite par le très prolifique producteur Aaron Spelling. Son titre : « Starsky & Hutch ». Lors des auditions, il n’y croyait pas trop et pourtant, il est retenu pour incarner le sympathique détective David Starsky. La série connaît un grand succès aux USA et en Europe, en raison de la réelle alchimie qu’il partage avec son partenaire à l’écran, David « Hutch » Soul.

1975 est une grande année dans la vie de l’acteur. Outre ce rôle qui lui apporte un certain succès et un confort financier appréciables, il rencontre Elisabeth Meyer qui deviendra sa femme. Plutôt que de s’afficher dans de futiles soirées à paillettes hollywoodiennes, le comédien préfère passer son temps libre avec elle, protégeant sa vie privée autant que possible des excès de la gloire.

C’est également à cette époque qu’il noue une grande amitié avec un jeune scénariste engagé pour écrire 4 épisodes de « Starsky & Hutch » : Michael Mann. En 1976, profitant de la pause estivale de sa série policière, Glaser incarne le rôle d’Houdini, le célèbre illusionniste dans le téléfilm « The Great Houdini », aux côtés de Bill Bixby (L’Incroyable Hulk).

Au terme de la seconde saison de « Starsky & Hutch », Paul se lasse de son personnage et tente, sans succès, de faire annuler son contrat le liant à Spelling. En compensation, son salaire hebdomadaire passe de 10.000 $ par épisode à 40.000 $. Il est vrai qu’à partir de la 3ème saison, la série policière perd son côté polar urbain, rappelant par moments « L’Inspecteur Harry ». A la place, le spectateur a droit à des intrigues farfelues où il voit nos deux flics partir sur une île paradisiaque sous la coupe d’un prêtre vaudou ou encore exercer des missions d’infiltration…déguisés en coiffeurs ! Quand ce n’est pas en mime ou en Charlot…

Egalement attiré par les sirènes du cinéma, David Soul, attrape la grosse tête et déclare à la presse qu’il « ne va pas continuer à jouer dans une série alimentaire ». Bref, l’ambiance se dégrade et la qualité de la série s’en ressent. Au terme de sa quatrième saison, après 89 épisodes tournés dont 5 mis en scène par Paul Michael Glaser, « Starsky & Hutch » est annulée, notamment en raison des baisses d’audience et surtout des prétentions salariales des deux vedettes. Spelling jette l’éponge pour se consacrer à ses autres séries (Drôles de dames, La croisière s’amuse, Pour l’amour du risque, …).

Suite à l’annulation de « Starsky & Hutch », Paul Michael Glaser se lance, dès 1980, dans une carrière cinéma en incarnant le Dr. Peter Ross dans « Phobia », un thriller réalisé par le légendaire John Huston (Le Faucon maltais, L’honneur des Prizzi, …). Le film est un échec, l’acteur ayant visiblement été trop marqué dans l’esprit du public par le personnage de Starsky. Sans se décourager, il se tourne alors vers une carrière de réalisateur, tout en continuant de jouer dans diverses séries, téléfilms et films.

En 1980 toujours, un drame terrible frappe sa famille : lors de l’accouchement difficile de leur premier enfant, une petite fille prénommée Ariel ; Elisabeth est contaminée par le virus VIH lors d’une transfusion sanguine. Atteinte du SIDA, elle crée la fondation Elizabeth Glaser Pediatric AIDS Foundation en vue de sensibiliser le grand public à cette maladie peu connue qui, à la même époque, emporta l’acteur de cinéma Rock Hudson. Le couple a encore un second enfant, Jake, né en 1984. Miraculeusement, le comédien n’est pas atteint par la maladie.

En 1985, sa carrière de réalisateur décolle quand son ami Michael Mann fait appel à ses services pour réaliser plusieurs épisodes d’une nouvelle série policière qu’il produit et qui rencontre un succès fracassant sur NBC : « Deux flics à Miami » (Miami Vice). Paul Michael Glaser réalise 3 épisodes, parmi les plus mémorables : 2 sur la saison 1 (« Le Retour de Calderone 2ème partie » - Calderone’s Demise, épisode 5 et « Y a pas de sot métier » - Smuggler’s blues, épisode 15) et surtout, le double épisode qui ouvre la saison 2 : « Le retour du fils prodigue » (Prodigal Son, épisode 23) où Crockett et Tubbs affrontent de grands dangers, de Bogota à New York. Le réalisateur montre son savoir-faire dans les scènes d’action et de fusillades, particulièrement efficaces pour l’époque.

Après ce dernier épisode, Paul Michael Glaser n’en tourna plus d’autre. Sans doute en raison de ses relations avec Don Johnson qui mirent plusieurs fois ses nerfs à rude épreuve. Auréolé du récent succès de « Miami Vice », Johnson n’hésitait pas à jouer les divas et à se faire attendre sur le plateau de tournage, arrivant fréquemment en retard tout comme son partenaire à l’écran, Philip Michael Thomas (Tubbs). Paul et son assistant réalisateur durent se fâcher à plusieurs reprises avant que les vedettes ne daignent se présenter. Dans une vidéo sur « You Tube », consacrée aux coulisses de « Deux flics à Miami », il évoque la situation.

En 1986, l’ex-Starsky passe du petit écran vers celui du cinéma en tournant « Le mal par le mal «  (Band of the Hand, produit par Michael Mann), un film d’action où une bande de jeunes affronte des trafiquants de drogue à Miami, réutilisant certains décors et acteurs de « Deux flics à Miami ». Le film ne rencontra pas le succès escompté, malgré quelques moments intéressants.

En 1987, il a plus de chance avec « The Running Man » où Arnold Schwarzenegger incarne un homme traqué par des chasseurs dans un monde futuriste cruel. Les relations avec la star autrichienne sont tendues puisque le colosse du cinéma lui préférait le réalisateur Andy Davis (Le Fugitif, Piège en haute mer), initialement prévu. « Schwarzy » n’hésite d’ailleurs pas à écorner Glaser dans sa biographie, « Total recall », le qualifiant de réalisateur de télévision. Qu’importe, le film remporta un grand succès commercial.

Malheureusement, la santé de ses proches décline et la nouvelle horrible tombe : sa fille Ariel décède en 1988, à 8 ans. L’acteur-réalisateur préfère mettre sa carrière entre parenthèses pour se consacrer à sa famille. A son tour, Elisabeth sera emportée par la maladie en 1994. Une épreuve terrible qui le marqua à jamais.

Après le décès d’Elisabeth, Paul Michael Glaser préside la Fondation Elisabeth Glaser où il témoigne en faveur des victimes du VIH devant le Congrès des Etats-Unis, rencontre d’importants chefs d’état dont le Président Ronald Reagan et organise des levées de fonds pour la Fondation jusqu’en 2002. 

Entre 1994 et 1998, le réalisateur se console en retrouvant les plateaux de cinéma pour mettre en scène deux sympathiques comédies sportives : « Un joueur à la hauteur »  (The Air Up There) avec Kevin Bacon et « Kazaam » avec la star des Los Angeles Lakers, Shaquille O’Neal.

En 1996, il épouse Tracy Barone, une productrice, avec qui il aura une fille, Zoe Anne, née en 1997. Le couple divorce en 2007, à la demande du comédien.

A partir de 2002, Paul Michael Glaser revient à ses premières amours et retourne derrière la caméra pour y réaliser plusieurs épisodes de séries :

« Espions d’état » (The Agency, 3 épisodes, 2002) ;

« Mister Sterling » (2003) ;

« Amy » (Judging Amy, 2 épisodes, 2001 - 2003) ;

« Robbery Homicide Division », série policière de Michael Mann (3 épisodes, 2003) ;

« The Lion’s Den » (2003) ;

« New York 911 » (Third Watch, 2004, 1 épisode dans lequel il joue également) ;

« E-Ring » (2006, 1 épisode) ;

« Las Vegas » (2005 - 2007, 4 épisodes dont un hilarant avec Sylvester Stallone et plusieurs avec Tom Selleck) ;

« Raines » (2007, 1 épisode) et enfin,

« Esprits criminels » (Criminal Minds, 2008, 1 épisode dans lequel il joue également et brièvement un policier). 

Parallèlement, on peut encore l’apercevoir dans des seconds rôles au cinéma : « Tout peut arriver » (Something’s Gotta Give), une comédie de 2004 avec Jack Nicholson et Diane Keaton. En 2005, il accepte de figurer, avec son vieux copain David Soul, dans l’adaptation cinéma ratée de « Starsky & Hutch ». A la fin du film, on y aperçoit les deux compères dans les rôles de deux vendeurs de la nouvelle Gran Torino, passant le flambeau à leurs doubles cinématographiques, Ben Stiller et Owen Wilson. En 2007, il apparaît encore dans « Live ! » où il incarne un directeur de chaîne de télévision.

Depuis, Paul Michael Glaser continue d’apparaître dans plusieurs séries policières et dramatiques très populaires : « The Closer » et « Numbers » en 2008, « Le Mentaliste » en 2009 et « Ray Donovan », en 2013, aux côtés de Jon Voight et Liev Schreiber. Le comédien prête également sa voix à des personnages de film d’animation puisqu’en 2010, il interpréta Kjeld Playwell dans « Lego : les aventures de Clutch Powers ».

En avril 2011, de passage en Belgique où il fut invité comme Président du Festival du Film policier de Liège, Paul Michael Glaser accepta de dédicacer une réplique de la Ford Torino, retapée par un fan belge. De l’aveu de ce dernier ainsi que de Ben Stiller qui l’incarna sur grand écran, c’est un homme d’une grande gentillesse, disponible et d’une discrétion exemplaire.

Acteur généreux et téléaste de talent, ayant affronté de terribles événements privés comme les egos démesurés de stars capricieuses, Paul Michael Glaser prouve que, malgré les épreuves de la vie, celle-ci mérite d’être vécue et qu’il reste de belles choses à vivre. Une belle leçon d’humanité venant d’un acteur qu’on a toujours énormément de plaisir à revoir à la télévision et au cinéma.

ACTEUR TELEVISION

 2013

Alan dans « Ray Donovan » (série TV)

2009

Walter Crew dans « Mentaliste » (The Mentalist) (série TV)

2008

Brett Hanson dans « Numbers » (série TV)

Inspecteur Garrity dans « Esprits criminels » (Criminal Minds) (série TV)

Davis Mayhan dans « L.A. Enquêtes prioritaires » (The Closer) (série TV)

2006

Bailey Hugues dans « Faceless » (téléfilm)

2005

Art Kirkland dans « Séduction criminelle » (Ladies Night) (téléfilm)

2004

Capitaine Jack Steeper dans « New York 911 » (Third Watch) (série)

2001

Frank Gugliatta dans « Attirance fatale - Qui a tué Anne-Marie F. ? » (And Never Let Her Go) (téléfilm)

1984

Dave Mitchell dans « Scandale au pénitencier » (Attack on Fear) (téléfilm)

Daniel dans « Jalousies » (Jealousy) (téléfilm)

Gabe dans « Single Bars, Single Women » (téléfilm)

1983

North dans « Princesse Daisy » (Princess Daisy) (téléfilm)

Bob Peters dans « Attendez que maman revienne » (Wait till’ Your Mother Gets Home !) (téléfilm)

1980

Dr. Peter Ross dans « Phobia » (film)

1976

Harry Houdini dans « The Great Houdini » (téléfilm)

1975 - 79

Gordon Lampert dans « The Wide World of Mystery » (série 1975)

Détective Dave Starsky dans « Starsky & Hutch » (série, 89 épisodes)

1974

Lou Giordino dans « Kojak » (série)

Son dans « Aces Up » (téléfilm)

Jimmy Bellow dans « Toma » (série)

 Jack Beech dans « Trappedbeneath the see » (téléfilm)

Ralph Correll dans « 200 $ plus les frais » (The Rockford Files, série)

1973

Todd Cooper dans « La famille des collines » (The Waltons, série)

1972

Ralph dans « Butterflies are free » (film)

David Hall dans « Le 6ème sens » (série)

Jason Logan dans « Cannon » (série)

Jason Kampacalas dans « Les rues de San Francisco » (série)

1971

Perchik dans « Un violon sur le toit » (film)

1969 - 1970

Dr. Peter Chernak dans « Love is a Many Splendored Thing » (série 1967) 

1968

Noel dans « The Doctors » (série)

1967

Dr. Joe Corelli dans « Love of Life » (série 1951)

 

REALISATEUR

 2008

« Esprits criminels » (Criminal Minds, 1 épisode)

2007

« Raines » (série, 1 épisode)

2006

« E-Ring » (série, 1 épisode)

2004 - 2005

« New York 911 » (Third Watch, série, 2 épisodes)

« Las Vegas » (série, 5 épisodes)

2003

-        « Mister Sterling » (série, 1 épisode)

-        « Robbery Homicide Division » (série, 3 épisodes)

-        « The Lion’s Den » » série, 1 épisode)

-        « Amy » (Judging Amy, série, 2 épisodes)

2002

« Espions d’état » (The Agency, série 3 épisodes)

1996

« Kazaam » (film)

1994

« Un joueur à la hauteur » (The Air Up there) (film)

1992

« Le Feu sur la glace » (The Cutting Edge) (film)

1987

« Histoires fantastiques » (Amazing stories) (série, 1 épisode)

« Running Man » (The Running Man) (film)

1986

« Deux flics à Miami » (Deux flics à Miami) (série, 3 épisodes)

« Le Mal par le mal » (Band of the Hand) (film)

1985

« Otherworld » (minisérie, 1 épisode)

1984

« Amazons » (téléfilm)

1975

« Starsky & Hutch » (série, 5 épisodes)

21:45 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

14/12/2014

PERSON OF INTEREST (Saison 3) : la parano à son paroxysme…

Person of Interest season 3Photo : © Person of Interest season 3  - CBS Television

Série d’action et d’espionnage créée par Jonathan Nolan. Avec Michael Emerson (Harold Finch), Jim Caviezel (John Finch), Taraji P. Henson (Joss Carter), Kevin Chapman (Lionel Fusco), Sarah Shahi (Sameen Shaw), Amy Acker (Root), Boris McGiver (Hersh), Robert John Burke (Officier Patrick Simmons), …

Diffusé sur la RTBF1 (chaîne publique belge francophone) d’octobre à décembre 2014 et sur TF1 dès 2015. Saison 3 disponible à la vente en dvd. 4ème saison en cours de diffusion aux USA.

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 3 DE "PERSON OF INTEREST"

! Pas de spoiler, lisez ce qui suit sans crainte.

La fin de la 2ème saison se terminait sur une interrogation : comment Finch et Reese vont-ils continuer à sauver des vies si la « machine » a des ratés ? La question subsiste à une époque où, malgré une technologie hyper développée, les médias nous assomment avec le black-out énergétique, les crises des centrales nucléaires, les pénuries d’électricité, …  

Plutôt que de se focaliser sur un schéma répétitif du type bons contre méchants / tension / résolution, Jonathan Nolan, créateur de la série et frère de Christopher (réalisateur des « Dark Knight »), nous propose de nouvelles directions, déjà perceptibles en milieu de saison 2.  Quant à l’intrigue qui mettait nos héros aux prises avec le RH et ses flics corrompus, elle commençait sérieusement à lasser. Et pourtant, elle trouve assez vite une conclusion même si le conflit est loin d’être totalement résolu.

Non seulement les héros sont mis à mal par leur création qui n’est plus aussi fiable (on retrouve l’éternel mythe de la créature qui se retourne contre son géniteur, cher à Mary Shelley et son « Frankenstein ») mais en plus, ils doivent affronter de nouveaux ennemis, insaisissables et invisibles. Heureusement, parmi ces ennemis, il en existe qui vont se révéler d’une nature plutôt inattendue.

A cet égard, le personnage de Root (Amy Acker), jeune femme plutôt cinglée parce que « branchée » sur la machine, surprend autant qu’elle désarçonne. Premier étonné, Finch doit se résoudre à ne plus contrôler grand-chose. Il subit plus qu’il n’agit. A plusieurs reprises, le trio Finch / Reese / Shaw est séparé et doit se résoudre à se débrouiller tout seul. Une figure-clé de la série va disparaître, ce qui se pressentait déjà durant la saison 2. Si vous l’avez regardé attentivement, vous aurez rapidement trouvé qui. Nous n’en dirons volontairement pas plus ici afin de ne pas gâcher l’intrigue, originale et souvent imprévisible.

Ensuite et cela mérite d’être souligné, la série nous en apprend plus sur le passé de chaque personnage. Ce qu’on pouvait lui reprocher par le passé (privilégier l’action au détriment de la psychologie des protagonistes) n’a plus cours dans la saison 3. On découvre l’enfance de Finch, surdoué qui effraye quelque peu son père ainsi que celui de Shaw, traumatisée par un événement dramatique survenu dès son plus jeune âge.

Un autre épisode nous montre encore Finch en compagnie d’un précurseur de Reese, en l’occurrence un blondinet antipathique plus motivé par l’argent que par le désir de sauver son prochain. Dans cet épisode, son prédécesseur rencontre même Reese, agent toujours actif à la CIA. La boucle est bouclée avec les rencontres évoquées dans la saison 1 (Finch en béquilles qui croise Reese en fauteuil roulant). Subtilement amenés, ces moments nous rendent les personnages plus attachants et se révèlent même touchants.

Enfin, on retrouve toujours ce climat de paranoïa qui enveloppe chaque histoire et cette ambiance très sombre, marque de fabrique de la série depuis ses débuts. Avec une froideur glaçante, « Person of Interest » nous montre à quoi ressemble le monde de l’Amérique post-11 septembre (déjà perceptible dans le thriller « Ennemi d’état » en 1998 avec Will Smith) : caméras qui montrent tout et n’importe quoi, se trompent de cible en faisant accuser des innocents, font courir des dangers aux plus faibles, peuvent être détournées par des hackers, … La légitimité de la surveillance en continu a toute sa raison d’être pour certains. Mais qui prend la responsabilité quand des dommages collatéraux surviennent ? La série interroge notre rapport à notre société de surveillance et elle le fait plutôt intelligemment.

Evidemment, cette 3ème salve comporte son lot d’épisodes plus faibles, voire dispensables mais qui ne représentent qu’une petite part des 23 histoires proposées. Alors, on lui pardonnera. Car pour une série de « network » (diffusée sur CBS outre-Atlantique), « Person of Interest » continue à nous surprendre, dans le bon sens du terme. Depuis ses débuts, elle reste très suivie (16 millions de téléspectateurs par semaine aux USA). Un succès mérité puisqu’elle arrive à ne pas tomber dans la répétition. Du coup, on aime continuer à la suivre.

19:32 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/12/2014

« FARGO » (Saison 1) : les frères Coen à la télé ?

Fargo season 1

© FX Television – www.cine-espace.be

Série policière et dramatique basée sur le film « Fargo » (USA, 1998) de Joel et Ethan Coen. Avec Martin Freeman (Lester Nygaard), Billy Bob Thornton (Lorne Malvo), Colin Hanks (Gus Grimly), Allison Tolman (Molly Solverson), Bob Odenkirk (Bill Oswalt), Keith Carradine (Lou Solverson), Kate Walsh (Gina Hess), Oliver Platt (Stavros Milos), …

Saison 1 de 10 épisodes d’environ 55’ chacun. Saison 2 en cours de production aux USA (10 épisodes). Diffusé en France et en Belgique sur Netflix (plateforme de téléchargement légal). Sortie en Europe en dvd et Blu-Ray annoncée pour le 1er avril 2015. La saison 1 existe en Blu-Ray avec sous-titres français (zone 1 USA).

VOIR UN TRAILER DE LA 1ère SAISON DE « FARGO »

Adapter des films en séries télé n’est pas toujours une bonne idée. Ces derniers temps, le filon est même largement exploité par des petits malins soucieux de s’enrichir encore plus : Spielberg a annoncé une série télé dérivée de son film « Minority Report » ; « 12 Monkeys » débarque en série sur SyFy après avoir connu les honneurs du grand écran en 1995 avec Bruce Willis et Brad Pitt ; JJ Abrams (Star Trek, Star Wars VII, Lost, …) et Jonathan Nolan (Person of interest) préparent « Mondwest » pour HBO, une série tirée du film de Michael Crichton (1973) où des robots incarnant des cowboys et des chevaliers devenaient fous et tuaient les humains.

Pour autant, le phénomène ne date pas d’hier : les séries « Highlander » (1992) et « Stargate » (1996) connurent un gros succès en leur temps mais elles ont déjà pris un fameux coup de vieux quand on revoit l’un ou l’autre épisode. Par contre, on se souvient des échecs cinglants, entre 1975 et 1995, des adaptations télé de « L’âge de cristal », « Anna et le Roi », « Shaft », « Serpico » et « Les aventures du jeune Indiana Jones ».

Plus récemment, les séries « Blade » (2006), « Terminator » (2008) furent rapidement annulées. Le chemin inverse n’est pas forcément une réussite puisque des adaptations de séries télé au cinéma, on retiendra des réussites comme « Les incorruptibles », « Le fugitif », « La famille Addams », « Maverick » et dans une moindre mesure les « Zorro » et « Mission impossible » avec Tom Cruise.

Quant au reste, c’est franchement oubliable (La quatrième dimension, Mod Squad, Max la menace, L’incroyable Hulk, Miami Vice, …), marqué par d’étonnants ratages (Le Saint, Drôles de dames, Starsky & Hutch, SWAT, Chapeau melon et bottes de cuir, Perdus dans l’espace, Vidocq, les deux films « X-Files » pourtant conçus et réalisés par les mêmes auteurs que la série télé). Quand ce n’est pas du pur sacrilège (l’infâme « The Wild Wild West »/ Les Mystères de l’Ouest, filmé par Barry Sonnenfeld, directeur photo des frères Coen et réalisateur des deux films de « La famille Addams »).

Depuis des années, une adaptation ciné de « Magnum » dort dans les tiroirs des studios hollywoodiens. Espérons que ce sommeil soit éternel. Enfin, du côté des dessins animés adaptés en films, la liste des flops s’allonge d’année en année (Les Pierrafeu, George de la Jungle, Scoubidou, …).

Actuellement, la mode du « reboot » (reprendre des éléments marquants de la série originale et la remettre au goût du jour) connaît des fortunes diverses : raté pour « Kojak » (avec Ving Rhames en 2005, seulement 9 épisodes) et « Ironside 2013 » (L’homme de fer, 9 épisodes aussi) ; partiellement réussi avec la policière « Hawaii Five-0 » (la qualité décline de saison en saison) ou infantile avec le super-héros « The Flash » (version actuelle ciblée public adolescent alors que la version des années 90 lorgnait plutôt du côté des films de Tim Burton, par son visuel et sa musique composée par Danny Elfman).

Citons encore la mode de reprendre des héros apparus dans des films et déclinés sur petit écran. MARVEL nous fait le coup avec « Agents of SHIELD » et prochainement « Agent Carter ». Au vu des premiers épisodes de « AOS », il faut bien avouer qu’on n’est pas franchement convaincus (héros bébêtes et creux, effets spéciaux minimaux, scénarios basiques, tempo plat). A part profiter du succès d’une franchise pour se remplir les poches, où est l’intérêt ?

Pour finir ce tour d’horizon sur une note plus positive, on attend avec intérêt l’adaptation cinéma des « Agents très spéciaux » de Guy Ritchie avec Henry Cavill (Man of steel) et Armie Hammer (Lone Ranger). Le réalisateur de « Sherlock Holmes » et « Snatch » a eu la bonne idée de situer l’action dans les années 60, soit à la même époque que la série tout en reprenant ses éléments visuels, ses véhicules et gadgets délirants. Patience jusqu’en août 2015, date de sortie annoncée sur grand écran.

C’est dire si on abordait avec grande suspicion la série télé « Fargo », tirée de l’univers des frères Coen. Tout d’abord parce que le film, génial, se suffit à lui-même. Ensuite parce qu’on ne voyait pas comment poursuivre l’histoire vu la conclusion. Enfin parce que ce n’est pas un casting prestigieux (Martin « Le Hobbit » Freeman, Billy Bob Thornton) qui fait une bonne série ou un bon film. Certes, les acteurs de talent y contribuent mais comme disait Jean Gabin : « Un bon film, c’est un bon scénario, un bon scénario et un bon scénario. »

Après la vision du premier épisode, tout doute est levé : la série est non seulement respectueuse de l’univers des frangins (cette neige glaciale qui déborde de l’écran et vient vous geler les membres) mais se révèle excellente, voire carrément addictive. Non seulement « Fargo » arrive à se réapproprier cet univers à sa manière mais parvient aussi à évoluer vers de nouvelles directions, le plus souvent imprévisibles. On pense que tel personnage va faire telle chose et puis non.

Evidemment, pour ne pas paumer les fans du film, des ponts sont établis avec plusieurs éléments du long métrage de 1998 : la mallette bourrée de millions de dollars planquée par Steve Buscemi est retrouvée par Oliver Platt au même endroit avec la même spatule ; la shérif enceinte ; le tueur psychopathe ; l’humour décalé (les « Oh yeah ? » que se lancent les flics sur les scènes de crime) et la noirceur du propos - tout comme dans le film - qui traverse toute cette première saison de 10 épisodes (une deuxième est déjà en préparation).

Partant de là, chaque acteur est parfait dans son rôle, à commencer par Martin Freeman qui fait totalement oublier « Le Hobbit » mais aussi le Dr. Watson de la série « Sherlock ». Symbole de la médiocrité, Lester Nygaard est un petit agent d’assurances, brimé par sa femme et malmené par sa communauté. Un faible, un lâche. Le jour où il se rend compte qu’il a commis le crime parfait, sa confiance en lui se décuple. Au fil des épisodes, on suit l’évolution de son comportement : de pleutre, il en devient un menteur, un arriviste et un ignoble manipulateur. Oui mais il y a la shérif enceinte qui veille. Malgré sa surcharge pondérale et son air débonnaire, elle est plus finaude qu’il n’y paraît. Ne jamais se fier aux apparences…

Et surtout, il y a Lorne Malvo, le tueur, impérial, incarné par un Billy Bob Thornton glacial, visage émacié et incarnation quasi surnaturelle d’une figure diabolique (amusant de constater que dans son nom « Malvo », on reconnaît le mot « mal »). Sorte d’ange exterminateur venu des enfers, il liquide comme il respire. Inquiétant.

Par petites touches subtiles et savamment dosées, le récit progresse comme dans le film tout en n’hésitant pas à prendre des chemins de traverse, quitte à faire durer un peu plus le suspense. Au passage, on croise quelques acteurs bien connus du cinéma et des séries : Oliver Platt, Keith Carradine et Colin Hanks (vus dans « Dexter »), Bob Odenkirk (l’avocat marron de « Breaking Bad »), Kate Walsh (« Grey’s Anatomy », « Private Practice »), …

Moins fade qu’à l’accoutumée, Colin Hanks se révèle crédible dans la peau de ce jeune flic, lassé par son job et qui finit par devenir ce qu’il avait toujours souhaité devenir : un postier. Sensible et intelligent, le personnage devient vite attachant, tout comme la shérif, présentée comme une plouc d’un bled perdu et finalement, bien plus que cela.

Chaque épisode se savoure comme une glace bien froide et succulente, surtout quand le tueur surgit, de façon la plus souvent incongrue. Voilà donc une adaptation réussie et qui a remporté un succès mérité aux Etats-Unis lors de sa diffusion sur FX (Sons of Anarchy, Nip Tuck, Justified, …). A cet égard, la petite soeur télé n'a pas à rougir de son aînée cinématographique. Normal, les frères Ethan et Joel Coen en sont aussi les producteurs exécutifs. Cela méritait d’être souligné ici puisque le meilleur est pour la fin Sourire

17:32 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |