15/02/2015

« SLEEPY HOLLOW » - Saison 1 : curieux mélange de policier et de fantastique

Sleepy Hollow

USA - 2013 (toujours en production). Série créée par Alex Kurtzman, Roberto Orci, Philip Iscove et Len Wiseman, d’après les nouvelles de Washington Irving. Musique de Brian Tyler et Robert Lydecker. Avec Tom Mison (Ichabod Crane), Nicole Beharie (Abbie Mills), Orlando Jones (Capt. Frank Irving), Katia Winter (Katrina Crane), Lyndie Greenwood (Jenny Mills), John Noble (Henry Parrish), John Cho (Andy Brooks), Clancy Brown (Sheriff August Corbin), …
Photo : © 
Century Fox Television - gamer-network.fr 

Diffusé sur FOX aux USA et sur W9 en France.

Saison 1 (12 épisodes de 40’) disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 05 novembre 2014.

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En attendant les adaptations des films « Mondwest » et « Minority report » en séries télé et après la réussie « Fargo », voici celle de « Sleepy Hollow », d’après la nouvelle de Washington Irving. En 1999, Tim Burton en avait tiré un film mineur dans sa filmographie avec un Johnny Depp cabotin comme souvent.

Plutôt que de proposer une resucée du film, les créateurs Roberto Orci et Alex Kurtzman décident de faire resurgir Ichabod Crane à notre époque. La série retient quelques éléments du film (les racines des arbres qui saignent, le côté excentrique de Crane, les poursuites à cheval) et se démarque de son aînée cinématographique pour nous plonger dans un conte fantastique aux frontières du policier et de l’horreur.

Déjà à l’origine de la création de la série fantastique « Fringe », les deux compères maîtrisent le genre puisqu’ils ont réussi le reboot de « Star Trek » au cinéma pour leur confrère J.J. Abrams. On leur doit aussi le reboot télé de la série policière « Hawai 5-0 » qui connaît un grand succès sur CBS depuis 2010. Il n’empêche, transposer un univers fantastique dans un cadre contemporain, il fallait oser. Qui plus est avec des acteurs inconnus et pour une série télé, aux moyens financiers forcément plus limités que pour un long métrage.

Avec le conte fantastique qui connaît un certain succès sur le petit écran, on craignait une série nunuche dans le genre de « Once upon a time » ou pseudo-fantastique comme « Grimm » et ses effets spéciaux cheap. Des daubes qu’on vous vend en faisant croire que ce sont des grandes séries alors que ce sont tout au plus des divertissements oubliables, malgré - c’est vrai - la présence de l’excellent Robert Carlyle (Tracassin) dans « OUAT ».

« Sleepy Hollow » n’a heureusement rien à voir avec ses précédents modèles. En lieu et place, elle nous offre un curieux mélange de policier / fantastique / horreur / surnaturel qui fonctionne plutôt bien. Dans un premier temps, la structure de la série s’oriente vers un monstre à chaque épisode, selon le canevas « le méchant de la semaine ». On a donc droit à la banale panoplie de démons, sorcières, marchands de sables et autres possessions que des séries comme « Supernatural » ou « Dossiers brûlants » ont déjà exploré.

La série devient plus intéressante quand elle développe sa propre mythologie. Très vite, elle se détourne du cavalier sans tête (un des quatre cavaliers de l’apocalypse chargés d’anéantir l’humanité) pour se concentrer sur le passé franc-maçon des pères fondateurs de l’Amérique, George Washington en tête.

Secrets obscurs, pyramides et grottes souterraines à la Indiana Jones viennent renforcer le mystère qui imprègne la série. Bien sûr, tout cela a l’air assez farfelu et délirant, alimentant les préjugés qui entourent la franc-maçonnerie (société secrète, pouvoirs magiques, …). Mais en même temps, la mise en images rend le tout assez convaincant que pour donner envie d’y croire.

En parallèle, le passé de Crane nous est livré par petites touches, sous forme de flashes back plutôt bien amenés. Durant la guerre d’Indépendance, Crane faisait partie des tuniques rouges venues se battre pour conserver les colonies britanniques sur le sol américain. Opposé aux méthodes brutales et cruelles de ses pairs, il passe dans l’autre camp pour devenir un des premiers américains qui aura combattu aux côtés du célèbre Washington.

Dès le premier épisode, Crane livre un combat épique avec le cavalier sans tête, incarnation absolue du mal. Malgré la mort, les deux ennemis se retrouvent près de 250 ans plus tard, illustrant par là l’éternel affrontement du bien et du mal. Avec l’aide d’Abbie Mills, petite flic pugnace, Crane va affronter toutes sortes de méchants et lutter pour sauver l’humanité.

Passés les premiers épisodes « monstre de la semaine », « Sleepy Hollow » trouve rapidement son identité narrative, visuelle et musicale. A cet égard, la bande-son de Brian Tyler et Robert Lydecker renforce cette identité au travers d’un thème obsédant, reprenant certains accents gothiques de Danny Elfman pour le film. Sa structure « feuilletonante » se révèle tout à fait agréable à suivre, d’autant plus qu’elle bénéficie d’une réalisation soignée confiée à Len Wiseman (les films « Underworld », le réussi « Die Hard 4 » et le dispensable remake de « Total recall »). 

Dans le rôle d’Ichabod Crane, le comédien britannique Tom Mison apporte une densité peu commune à son personnage et un humour subtil. Véritable révélation de la série, on le trouve vite drôle et attachant. La jeune Nicole Beharie (Abbie Mills) se défend plutôt bien même si on a du mal à la trouver convaincante en flic, avec ses petits airs de cheerleader échappée d’une série pour jeunes style « Newport beach ».

Comme Mulder et Scully de « The X-Files », le couple vit des intrigues policières matinées de fantastique et d’horreur, allégées par un humour bienvenu qui faisait défaut à la série de Chris Carter, très premier degré. La comparaison s’arrête là car elle n’a pas finalement pas grand-chose à voir. Enfin, les producteurs ont eu la bonne idée de rappeler le succulent John Noble (Walter Bishop dans « Fringe ») qui, avec sa voix grave et posée, adoube « Sleepy Hollow » comme digne successeur de la série qui l’a rendu célèbre.

Comédiens, décors, costumes, explosions, fusillades, effets spéciaux ; tout concourt à nous offrir un spectacle de qualité qui nous change les idées. Les puristes crieront que cette transposition ne respecte pas le matériau de base. Coller à tout prix à l’original est tout sauf un gage absolu de succès. Le secret résiderait plutôt dans la recherche de sa tonalité propre, comme l’avait si bien réussi « Fargo ».

Certes, les plans où le cavalier sans tête, harnaché comme Schwarzie avec mitraillette et fusil à pompe, nous paraissent assez grotesques tant ils semblent avoir été filmés pour contenter les spectateurs de la FOX, le plus souvent des Républicains réacs et fans de flingues. Autant en rire.

N’en déplaise à certains critiques qui snobent tout ce que la télévision américaine offre sur les chaînes nationales, prétendant ad nauseam que le « top du top » est sur le câble (les séries HBO, Showtime et autres AMC) ; il existe encore de bonnes petites séries sur les grands réseaux. Comme beaucoup d’entre nous, j’adore « Les Soprano », « Sur écoute », « Rome » et autres « The Walking Dead », « Dexter », … mais j’aime aussi les séries sans prise de tête. D’autant plus que les chaînes câblées ont aussi produit des ratages (Tell me you love me, John from Cincinnatti, Enlightened, Homeland, …).

Evidemment, « Sleepy Hollow » n’est pas une grande série. Tout au plus se regarde-t-elle comme un plaisir coupable. Et pourquoi pas ? D’autant plus qu’elle donne à voir un cliffhanger totalement insoutenable qui nous fera revenir pour la saison 2 (devant le succès, une vingtaine d’épisodes ont été commandés par la FOX pour la 2ème salve, diffusée en 2014/2015 aux USA).

17:59 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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