22/02/2015

« VIKINGS » (Saison 1) : fresque ambitieuse et réussie

Vikings

USA - 2013 (toujours en production). 3 saisons (29 épisodes).

Série créée par Michael Hirst. Avec Travis Fimmel (Ragnar Lothbrok), Katheryn Winnick (Lagertha), Gustaf Skarsgard (Loki), Clive Standen (Rollo), Gabriel Byrne (Earl Harraldson), Alyssa Sutherland (Princesse Aslaug).
Photo © 
MGM Television - 20th Century Fox Television - History Channel
Diffusée sur History Channel aux USA et au Canada, sur Canal + et sur W9 en France, sur La Deux (2ème chaîne public belge du réseau RTBF) en Belgique à partir du 22/02/2015.

Saison 1 (9 épisodes de 40’) disponible en dvd et Blu-Ray depuis mai 2014 en Belgique et le 22 janvier 2015 (France).
Saison 2 (10 épisodes de 40’) disponible en dvd et Blu-Ray depuis fin janvier 2015.

VOIR UN TRAILER DE « VIKINGS »

Vous en avez marre des séries historiques ? Vous avez tort. Avec les moyens technologiques actuels, de nombreuses séries ont pu voir le jour. On pense évidemment à « Game of Thrones », épatant mélange de conte ancestral, d’aventures et de fantastique. Mais encore aux deux versions de la famille Borgia (celle de Tom Fontana avec des acteurs peu connus et celle de Neil Jordan avec Jeremy Irons), à l’excellente mais trop courte « Rome », à la sanguinolente et perverse  « Spartacus » et à d’autres séries plus confidentielles (Reign, Inquisitio, …).

Que la deuxième chaîne du réseau public belge diffuse dès ce soir « Vikings » constitue en soi un événement. D’abord parce que c’est une première diffusion francophone dans ce petit pays, ensuite parce qu’elle constitue une intéressante relecture de ceux que certains manuels d’histoire qualifiaient d’ « envahisseurs sanguinaires ».

Qu’ils aient pris forme dans une série imaginée par la chaîne History Channel n’a rien d’anodin. Celle-ci aime revisiter l’histoire depuis le succès surprise de « Hatfields & McCoys » (2012), minisérie de western inégale avec Kevin Costner, « La Bible » (2013) et « Houdini » (2014) avec Adrien Brody.

Derrière « Vikings », on retrouve Michael Hirst, un spécialiste de la fiction historique à l’origine de « The Tudors », consacrée à la vie du Roi d’Angleterre, Henri VIII. Malgré quelques invraisemblances historiques, la série a marqué les esprits. On peut dire que « Vikings » fera de même tant le réalisme, les décors et la qualité de l’écriture en font rapidement une série addictive.

Des Vikings, on ne sait pas grand-chose, hormis que leurs invasions ont couvert une bonne partie de l’Europe occidentale, allant de l’Angleterre à la France, en passant par la Belgique. D’ailleurs, le cinéma a peu abordé le genre, en dehors des plaisants films d’aventures « Les Vikings » (1958) avec Tony Curtis et Kirk Douglas et « Les drakkars » (1964) avec Richard Widmark. Paradoxalement, ce sont ceux qui ont été attaqués et capturés qui furent les premiers à relater leurs exploits, notamment des moines chrétiens.

Pourtant, difficile d’accrocher aux personnages à l’entame de la série. Dès le début, ils nous sont montrés sous leur aspect le plus déplaisant, violents et avides de conquêtes. A leur tête, le jeune et ambitieux Ragnar Lothbrok, un personnage ayant réellement existé au VIIIème siècle, supposé avoir unifié les clans vikings en un royaume aux frontières indéterminées. Très vite, il se retrouve en conflit avec l’autocratique chef viking de son village, Earl Harraldson (Gabriel Byrne, à mille lieues de ses rôles sympathiques).

Derrière cette lutte de pouvoir, la série suit au travers du personnage de Ragnar Lothbrok toute l’évolution de la société viking, les mœurs d’une civilisation mal connue et qui ne peut se réduire aux habituels clichés d’usage. En effet, la société viking était déjà en avance sur son temps et permettait aux femmes, par exemple, de diriger mais aussi de divorcer. Une société marquée par un système égalitaire et démocratique, un code de l’honneur, un sens exacerbé du rituel et un respect immense pour le « Valhalla », le paradis des Vikings au royaume des Dieux, la promesse d’une nouvelle « vie » éternelle après la mort.

Evidemment, « Vikings » insiste sur l’importance des conquêtes, matérialisées sous forme de raids accompagnés de massacres. Scènes de bataille, combats épiques et hémoglobine sans excès raviront les amateurs du genre. Un moine copiste anglais est capturé par Ragnar qui décide de lui laisser la vie sauve et d’en faire son esclave. Malgré le rapport de domination, l’homme d’église et le viking développeront un respect mutuel doublé d’une confiance insoupçonnée.

La série a l’intelligence de se démarquer d’un spectacle uniquement guerrier pour gros mâles bourrés de testostérone. Le public féminin y trouvera son compte puisque les femmes y occupent une place prépondérante, surtout Lagertha, la femme de Ragnar et la princesse Aslaug. L’occasion d’en apprendre plus sur les mœurs sexuelles de nos protagonistes. Et les luttes de clans qui débouchent immanquablement sur des combats violents.

Travis Fimmell incarne à la perfection le chef guerrier Ragnar Lothbork. Découvert en jeune flic équipier de Patrick Swayze dans « The Beast » en 2013, le comédien exprime avec beaucoup de subtilité les tourments face à la puissance de son pouvoir. Où sévir et où être juste ? Comment ne pas devenir fou devant autant de pouvoir ? Comment ne pas résister à la tentation quand les femmes vous tournent autour ? Des questions essentielles amenées avec subtilité par la série.

Très bien écrite, interprétée et documentée, « Vikings » mérite amplement son succès. Critiquée pourr certaines inexactitudes dans les costumes et la représentation de certaines pratiques rituelles, elle n’en reste pas moins loin des clichés hollywoodiens. Sa représentation d’un monde sombre, cruel, froid et dangereux mais parfois tendre (les relations de Ragnar avec ses enfants) se révèle tout à fait convaincante. Afin de renforcer le sentiment de dureté de cet univers, les images ont été filmées avec un filtre de couleur grise et même éclairées uniquement à la bougie.

La première saison de cette série canado-irlandaise compte neuf épisodes qui peuvent se voir sans problème d’une traite pour ceux qui ont les dvd et aiment le « binge viewing ». Ou se déguster lentement, à raison de deux épisodes hebdomadaires comme proposés ce soir.

La seconde saison (10 épisodes), disponible depuis peu en dvd et Blu-Ray, reste dans la même veine que la première et ne déçoit pas. Une troisième saison (10 épisodes toujours) a déjà été tournée et la diffusion vient de démarrer le 19 février aux USA. Bref, on reprendra volontiers une rasade de « Vikings ».

19:24 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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