15/03/2015

« HOUSE OF CARDS » (Saison 3) : retour en demi-teinte

House of cards III

USA - 2015 (toujours en production).

Série dramatique de Beau Willimon et David Fincher.

Avec Kevin Spacey (Francis Underwood), Robin Wright (Claire Underwood), Michael Kelly (Doug Stamper), Mahershala Ali (Remy Danton), …

Saisons 1 & 2 : 2 x 13 épisodes.
Saison 3 : 13 épisodes de 45 à 53’. Diffusé sur Netflix (plateforme de téléchargement légal) , Canal + France et Be TV (Belgique) en février et mars 2015.

Photo : © Netflix – www.imdb.com

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Un an qu’on attendait le retour de Frank Underwood, le « JR » de la Maison blanche. Après avoir réussi à prendre le poste suprême, le voilà en butte à son parti qui ne souhaite pas qu’il se représente dans la course à la Présidence. Comment Frank va-t-il faire pour garder le pouvoir ? Dans un premier temps, l’infâme ne voit pas et se retrouve à court d’idées…tout comme les scénaristes.

Pour sortir de l’impasse scénaristique, ceux-ci décident de se détourner de Frank. Focus sur Claire, sa femme, qui brigue un poste d’ambassadrice à l’ONU et tente de se faire un nom en politique (avec l’appui évidemment de son mari). Focus aussi sur Doug Stamper, le fidèle bras droit, fort esquinté en fin de 2ème saison, dont nous suivons au plus près la rééducation physique et mentale.

Pour meubler le manque d’idées, les scénaristes se sont dit (on imagine bien la scène) : « Tiens, on va s’inspirer de ce qui se passe dans la réalité ! » Et hop, on a droit à un clone du président russe, un certain Petrov, croisement improbable entre Vladimir Poutine et le comte Dracula. Joué par un acteur danois (sic) et avec un accent russe comme dans les vieilles séries de la guerre froide, genre « Mission : impossible » (resic). Caricatural.

Poursuite de la conversation entre scénaristes : « Quoi d’autre ? Ah oui, le conflit israélo-palestinien ! Oui, super, les Américains ne comprennent pas, on va leur expliquer ! » Et vlan ! Frank Underwood part dans la vallée du Jourdain jouer les grands sauveurs. Cette donnée est rapidement escamotée au profit d’une séance de diplomatie entre les USA et deux forces en présence : une représentante de l’état juif et un de l’état palestinien. Avec tous les clichés d’usages : accent juif, psychorigidité, tenue de cheik arabe et tout et tout. Ridicule.

« Et quoi encore ? Ah oui, les opposants gays. Ah oui, super ! On va même le faire arrêter par les Russes ! » Et voilà Claire qui se rend dans une prison russe pour nouer le dialogue avec le compatriote américain et tenter de le faire sortir des griffes des méchants russes. Au passage, la série évoque vaguement l’affaire Snowden mais du bout des doigts, tout comme l’opposition des « Pussy Riot », qui font une apparition dans leur propre rôle, lors d’un moment plutôt grotesque chez le Président des Etats-Unis.

Tout cela est amené sans nuances, à la grosse louche pour dire au spectateur américain : « Vous avez pigé ? Vous voyez, c’est pas compliqué. Y a des bons et puis des (très) méchants. Et nous, on défend la démocratie. » Les prêches de Spacey, durant ses déplacements dans plusieurs états dans la course à la réélection, illustrent fort à propos ce qui précède, tout en ne manquant de nous rappeler le « rêve américain » au travers du projet-phare de Frank : « L’Amérique au travail ! » (une utopie du travail pour tous, assez naïvement mise en œuvre par Frank et par les scénaristes).

On aurait aimé la qualité d’écriture d’un Aaron Sorkin (scénariste et créateur d’ « A la maison blanche » et « The Newsroom ») pour ces scènes à caractère politique. Le bonhomme sait y faire pour donner de la verve et donne envie de s’intéresser à une matière rébarbative comme la politique. Evidemment, l’idéalisme à la Frank Capra de Sorkin aurait mal convenu à cette série cynique et aux accents sombres. Si Sorkin ne faisait pas l’affaire, les scénaristes auraient pu demander l’avis de ceux qui nous avaient livré l’excellente « Boss » (2011 - 2012), autre série politique noirâtre avec Kelsey Grammer. Mais non.

Au niveau des personnages-phares, Frank et Claire nous font penser à un couple de pythons dans un vivarium. Prisonniers de leur couple, très distants l’un envers l’autre et en bagarre quand l’un tente de se rapprocher de l’autre, de façon sexuelle plutôt malsaine d’ailleurs. Leur relation évolue peu et ils le savent. Et ce n’est pas un environnement ultra-sécurisé et aseptisé qui parviendra à faire jaillir l’étincelle d’un amour désormais lointain.

Quant à Doug, voilà un autre lascar totalement antipathique dont on suit l’obsession pour celle qui l’a amoché. OK, il veut se venger et par moments, on prend un plaisir coupable à être d’accord avec lui mais quand il retrouve sa proie, là non. Vraiment nauséabond.

Si un psychologue voulait mettre en forme la noirceur de l’âme humaine, « House of cards » serait un bon exemple pour l’illustrer. A ce niveau-là, la série réussit son pari. Quasiment aucun personnage ne suscite l’adhésion ou presque.

En coulisses, on a aussi l’impression que Kevin Spacey a rencontré des problèmes de santé. Bouffi et très fatigué, il semble plutôt absent dans plusieurs scènes, surtout en milieu de saison. Par moments, il cabotine et se regarde déclamer. Dérangeant malgré l’immense acteur qu’il reste. Un petit coup de mou sans doute. Cela est perceptible dans quelques épisodes où on le voit au début et à la fin ; le reste étant meublé par sa femme, par Doug ou une autre intrigue avec le conseiller Remy, beau black sous-employé dans son rôle.

Autre déception, les scènes ou Kevin Spacey s’adresse intimement à nous (un peu comme « Magnum » qui nous regardait face caméra mais sans parler) n’ont plus la saveur d’avant en raison de dialogues plats et sans surprise.

Evidemment et ça, les scénaristes l’ont bien compris, un méchant charismatique appelle un ennemi du même calibre. Cet ennemi prend les traits de Heather Dunbar (Elisabeth Marvel, vue dans « Person of Interest »), une femme de loi qui combat la corruption et la politique des arrangements.

Sorte de chevalier blanc à la conquête de Washington, elle est déterminée à déboulonner Underwood et sa clique. On retiendra surtout le 11ème épisode qui met notre affreux aux prises avec son opposante ainsi qu’une tierce protagoniste aux intentions moins nobles. Le duel se révèle bien mené et prouve que « House of Cards » n’a pas encore abattu toutes ses cartes, si vous me pardonnez le jeu de mots.

Pour le reste, on sourit souvent face à la maladresse des scénaristes qui n’ont pas réussi à donner une unité de ton et de crescendo dans cette troisième saison plutôt décevante. Pêchant par manque de rythme, cette troisième salve n’arrive pas tout à fait à nous accrocher malgré quelques moments réussis. Dommage. Une 4ème saison devrait suivre en 2016. Pas trop vite quand même tout en espérant que la qualité se rehaussera…

LIRE AUSSI L’AVIS SUR LA SAISON 2 de « HOUSE OF CARDS »

16:09 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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