29/03/2015

« LONGMIRE » (Saisons 1 & 2) : un bon western au-delà des clichés

LONGMIRE© A&E - USA - 2012 (toujours en production). Série policière western créée par Hunt Baldwin et John Coveny, d’après les romans « Walt Longmire » de Craig Johnson. 3 saisons (33 épisodes) diffusées sur A&E aux USA depuis 2012. Saison 4 (10 épisodes de 40’) prochainement sur NETFLIX.

Diffusé sur D8 en France. Saison 1 (10 épisodes de 40’) disponible en dvd.
Saison 2 (13 épisodes de 40’) disponible en dvd  à partir du 28 avril 2015.

Avec Robert Taylor (Shérif Walt Longmire), Lou Diamaond Philips (Henry Standing Bear), Katee Sackhoff (Victoria “Vic” Moretti), Bailey Chase (Branch Connally), Cassidy Freeman (Cady Longmire), …

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Il y a des hommes comme ça qui paraissent anachroniques. Walt Longmire semble sorti d’un autre âge : shérif d’une petite ville (Durant dans le Wyoming), il parle peu, applique la loi et n’a pas de GSM, au grand dam de ses adjoints. Si vous n’aimez pas les westerns, c’est votre droit. Mais vous auriez tort de passer à côté de « Longmire ». Car ce n’est pas un énième cowboy à la John Wayne de plus. Pas du tout. C’est un bon western policier contemporain, pas un duel aux revolvers des années 1880.

A l’origine, Longmire est un personnage de romans policiers né sous la plume de Craig Johnson (comme Jesse Stone (Tom Selleck) créé par le romancier Robert B. Parker). Douze romans ont été écrits à ce jour dont 7 traduits en français et parus aux éditions Gallmeister. L’écrivain s’est inspiré de ce qu’il connaît le mieux : le Wyoming et les Amérindiens.

Cette dernière thématique retient particulièrement notre attention dans la série : au cours de ses enquêtes, le shérif est amené à côtoyer des collègues policiers des réserves indiennes crow et cheyenne. Ce qui ne va pas sans mal. Peu enclin à collaborer, le chef Mathias laisse souvent Longmire dans l’embarras quand il ne refile pas les cadavres trouvés sur son territoire chez l’Américain !

Plutôt que d’enfiler les clichés « bon homme blanc contre indien hargneux », les créateurs et scénaristes, Hunt Baldwin et John Coveny, ont eu la bonne idée d’intégrer la culture indienne au cœur des enquêtes de Longmire. Ce dernier connaît très bien les us et coutumes cheyennes, participe à des rituels et nourrit une amitié de près de 40 ans avec un cheyenne d’origine, Henry Standing Bear (Lou Diamond Philips, qui vieillit bien depuis « La Bamba » et les westerns « Young Guns »).

Plus loin, l’homme de loi respecte la culture indienne et veille à ce que la cohabitation se passe sans trop de heurts. Malgré les antagonismes et la difficulté pour les deux cultures de cohabiter, la série illustre aussi toute l’ambiguïté entre l’éthique personnelle et la loi. Longmire sait bien que loi et justice sont deux choses différentes, tandis qu’Henry Standing Bear suit son éthique cheyenne et qui n’est pas la loi de l’homme blanc. Ce qui donne lieu à des moments intéressants où rien n’est blanc, ni noir.

Autre ambiguïté qu’illustre fort bien la série policière : les luttes de pouvoir et d’influences pratiquées par d’étranges et inquiétants personnages comme Jacob Nighthorse (A. Martinez, vu dans quantité de westerns et de séries depuis les années 70). Membre du conseil tribal, ce promoteur immobilier louvoie, fait jouer ses appuis pour construire un casino au cœur de la réserve cheyenne et pratique même l’occultisme pour parvenir à ses fins ! Enfin, il soutient la campagne de Branch Connally, le jeune adjoint de Longmire, qui se verrait bien shérif à la place de son patron. Cette rivalité parcourt l’ensemble des deux premières saisons et offre une réponse satisfaisante au terme de la seconde saison.

A côté d’épisodes bouclés (l’enquête de la semaine), la série est traversée par un fil rouge intéressant et qui touche directement le shérif : la mort de sa femme dans des circonstances troubles. Terrassé par cette perte, Longmire fuit dans le boulot en délaissant sa fille, Cady. Si les retrouvailles sont tendues, leurs relations évoluent avec la particularité de ne pas se dire directement les choses. Là  réside une autre force du show policier : comme dans la vie, tout n’a pas toujours besoin d’être dit ou expliqué. Un regard, un moment passé ensemble, une accolade ; l’essentiel est de se retrouver et de faire sentir à l’autre qu’on l’aime sans nécessairement lui dire. La série amène ces moments sans gros sabots, ni artifices, avec sensibilité et subtilité. Ce qui renforce l’épaisseur des personnages.

Pour déplaisants que soient certains, l’autre richesse de « Longmire » réside dans la profondeur des personnages. Bien écrits et bien campés (mention spéciale à Robert Taylor, acteur australien parfaitement crédible dans la peau de Longmire), ils nous donnent envie de suivre ce qui leur arrive et de les retrouver, épisode après épisode. Soulignons encore le fait que les femmes sont fortes et indépendantes, intelligentes et décidées. La gent féminine appréciera « Longmire » qui ne s’adresse pas qu’aux machos et aux gros durs.

Ensuite, la série propose des intrigues policières assez originales et proches de la réalité (rodéos clandestins, exploitation de gaz souterrains, immigrés basques, …) où je vous défie de trouver le coupable avant la fin de l’épisode. Un peu comme du « Columbo » inversé (le tueur n’est pas connu dès le début mais seulement à la fin).

Enfin, les images magnifiques des grandes plaines du Wyoming, baignées de soleil, contribuent grandement au charme de la série (même si elle est tournée au Nouveau Mexique, à Albuquerque, tout comme « Breaking Bad » en son temps mais les paysages sont assez similaires). Ces décors constituent l’autre « personnage » principal de la série avec notre vieux shérif fatigué.

Curieusement, malgré ses 4,5 millions de spectateurs qui représentaient la plus grosse audience de la chaîne A&E qui la diffusait aux USA, le network a décidé de l’annuler au terme de sa 3ème saison. Incompréhensible, tout comme le peu de visibilité de « Longmire » dans la presse (à l’instar de Sons of Anarchy, Justified, White collar, Burn notice, …). Heureusement, la plateforme de téléchargement Netflix est venue à la rescousse (tout comme pour l’excellente « The Killing ») et proposera une 4ème saison de 10 épisodes dans le courant de l’année 2015. On sera au rendez-vous avec grand plaisir !

REMERCIEMENTS : Un grand merci à Thierry Le Peut dont l’analyse fine de la série dans son dernier numéro 42 d’ « Arrêt sur séries » a grandement contribué à la rédaction de cette note et a nourri ma chronique dans l’émission « Le Magazine des séries » du 28 mars sur Radio Campus Lille. Je vous recommande grandement cette revue dont c’était hélas le dernier numéro : http://arretsurseries.over-blog.com/

21:46 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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