15/07/2015

BETTER CALL SAUL : un autre univers de "Breaking Bad"

 Better call SaulUSA, 2015. Série créée par Vince Gilligan et Peter Gould.

Une saison de 10 épisodes de 45 à 55’. Saison 2 (13 épisodes) en 2016.

Diffusé sur la plateforme de téléchargement NETFLIX.
Coffrets dvd et Blu-Ray annoncés à la sortie pour fin novembre 2015.

Avec Bob Odenkirk (Saul Goodman alias Jimmy McGill), Michael McKean (Chuck McGill), Rhea Seehorn (Kim Wexler), Patrick Fabian (Howard Hamlin), …

© AMC / NETFLIX

VOIR UN TRAILER DE « BETTER CALL SAUL » (You Tube)

Pas de spoiler ! Lisez sans crainte ce qui suit.

Le phénomène des spin-off (ou séries dérivées) n’est pas neuf. Dès la fin des années 50, les producteurs d’Hollywood ont vu l’opportunité de faire doubler les dollars, en exploitant un personnage qui plaît au public dans la série « mère ». On pense à Steve McQueen dans le rôle de Josh Randall, chasseur de primes d’abord apparu dans « Trackdown » (inédite en Europe) avant d’avoir sa propre série, la mythique « Au nom de la loi ». Idem pour « Annie agent très spécial », dérivée de la série d’espionnage « Des agents très spéciaux ».

Depuis, les séries dérivées se sont multipliées comme des poupées russes. Certaines ont fait oublier leur modèle (Xéna la guerrière / Hercule, NCIS / JAG), d’autres sont carrément tombées dans l’oubli (Booker, dérivée de « 21 Jump Street ») ; d’autres enfin ne cachent pas leur intention d’exploiter le filon jusqu’à la nausée (la franchise « NCIS » et celle des « Experts » avec Patricia Arquette, dans « CSI Cyber » annoncée pour la rentrée). Même « Le Mentaliste » devait voir naître un spin-off autour du flic Kimball Cho. Depuis, l’idée a été enterrée ; le producteur Bruno Heller préférant s’occuper de « Gotham » qui a l’ambition de remonter aux origines de Batman.

On était donc quelque peu surpris à l’annonce du lancement de « Better call Saul »,  prequel de « Breaking Bad » (lire aussi critiques sur ce blog). Plus qu’un spin-off, la série propose de remonter aux origines de Saul Goodman, l’avocat roublard et menteur de Walter White et Jesse Pinkman, juste avant les événements de « Breaking Bad » (qui commencent en 2008 alors que « BCS » démarre quelques années plus tôt).

Avec « Breaking Bad », le créateur et producteur Vince Gilligan nous avait livrés une série sans fausse note, très bien menée et pensée jusqu’à son final épatant. On ne voyait donc pas ce qui pouvait encore être dit sur le sujet. D’autant plus que le personnage de Saul Goodman a de quoi irriter (la logorrhée de Bob Odenkirk peut lasser…). Pari risqué donc de tabler sur le succès d’un personnage pas forcément attractif, ni sympathique.

Même si on sait ce que deviendra l’avocat véreux (on l’a vu à la fin de « BB »), Gilligan remonte aux origines du « héros » de façon subtile. Tout d’abord, il reprend certains éléments de « Breaking Bad » (personnages mémorables, style visuel, moments contemplatifs) pour ne pas trop désorienter les fans de la série d’origine. Ensuite, avec quelques flashbacks, il nous montre la jeunesse de Saul, arnaqueur à la petite semaine. Enfin – et c’est le plus important – Gilligan arrive à se démarquer de son modèle en créant un univers propre à l’avocat marron.

Très vite (ou pas selon votre sensibilité), on se laisse entraîner dans le parcours de Saul (de son vrai nom James « Jimmy » McGill), avocat qui a appris le droit par correspondance, roule dans une vieille bagnole toute pourrie et loue un réduit à l’arrière d’un salon de massage vietnamien. Bref, pas le top du top.

On le voit croiser des personnages mémorables de « Breaking Bad » (ils sont volontairement absents de la fiche technique ci-dessus pour vous laisser la surprise). Mais surtout, il réalise son « rêve américain » : doué pour flairer une affaire qui peut lui rapporter rapidement, Saul s’associe à plusieurs personnages, a priori ordinaires (des jumeaux skate-boarders qui font semblant de se faire renverser, un couple adepte de la disparition, …) ; ce qui donne lieu à quelques moments particulièrement désopilants.

En parallèle, il n’est pas pris au sérieux par ses pairs et doit se coltiner un frère (avocat lui aussi) qui souffre de phobie électro-magnétique (cela ne s’invente pas…). Là aussi, on a droit à des scènes hallucinantes, renforçant le côté déjanté déjà perceptible dans « Breaking Bad ». Evidemment, sa réputation commence très vite à le dépasser et attire des clients extrêmement dangereux. Tout ce petit monde gravite autour de lui, dans un tourbillon de petits moments qui nous montrent bien la petitesse humaine (les gens sont prêts à tout pour du fric, sans vergogne, moches et cupides ; « Better Call Saul » ne se prive pas de le souligner).

Enfin, comme dans sa série mère, « BCS » est teintée de grands moments de noirceur, de désespoir même. Pour énervant que puisse être Saul (un type qu’on ne voudrait pas rencontrer dans la vie), Gilligan s’empêche tout jugement, nous montre comment il poursuit son rêve et les conséquences qui en résultent. A cet égard, les flashbacks n’ont pas encore livré toutes les clés pour entièrement appréhender le personnage. Mais qu’importe, on est patients.

Voilà donc un spin-off réussi qu’on pourrait qualifier de comédie douce-amère, une sorte de mascarade où tous les protagonistes jouent un rôle dans le grand théâtre de la vie, ponctuée d’étonnants moments poétiques (les décors, les objets bizarres, les génériques à la « Weeds » avec une trouvaille visuelle différente à chaque épisode).

La saison 1 se compose de dix petits épisodes, disponibles et visibles sur NETFLIX, vite dévorés mais pas du tout oubliés. Vivement la saison 2 annoncée pour début 2016 avec 13 nouveaux épisodes.

20:06 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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