23/08/2015

« BROADCHURCH » (saison 2) : le retour magistral

broadchurch_thumbnail_02_web - Copyright ITV www.bbcamerica.com.jpg© ITV – www.bbcamerica.com

G-B, 2013 à 2015. Série policière dramatique créée par Chris Chibnall.

2 saisons de 8 épisodes de 45’. Saison 3 prévue pour fin 2015/début 2016.

Diffusé sur ITV au Royaume-Uni et sur France 2. Disponible sur la plateforme de téléchargement NETFLIX.

Saisons 1 et 2 disponibles en dvd et Blu-Ray. Saison 2 sortie le 6 mai 2015.

Avec David Tennant (Inspecteur principal Alec Hardy), Olivia Colman (Sergent Ellie Miller), Andrew Buchan (Mark Latimer),  Adama Wilson (Tom Miller), …

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 2 DE « BROADCHURCH »

NO spoiler ! Lisez la suite sans crainte.

Lors de sa diffusion en Angleterre et sur France 2, cette série policière rencontra un vif succès (près de 10 millions de spectateurs rien qu’au Royaume-Uni). A tel point qu’une seconde saison fut commandée par la chaîne ITV, au grand dam de son créateur Chris Chibnall qui voulait éviter les « séries à rallonge ».

Difficile en effet de faire mieux que la première saison dont la qualité d’écriture était en tous points remarquable. Impossible de prédire qui était le meurtrier avant l’ultime épisode, la tension allant crescendo.

A priori, « Broadchurch » (une petite cité balnéaire fictive) n’avait pas grand-chose pour se démarquer du tout venant des séries policières : encore une histoire de meurtre, d’enquête avec témoins et de tueur à choper. Pas si vite : la force de cette série réside principalement dans son écriture, on l’a dit, mais aussi et surtout dans sa peinture réaliste du travail d’enquêteur. Ici, pas de poursuites en voiture, pas de sirènes hurlantes, de coups de feu en pagaille et de cascades, servant à masquer une intrigue banale.

Le point de force de « Broadchurch » a été de démarrer son intrigue sur un meurtre qui nous touche tous : celui d’un enfant. A l’heure où la Belgique commémore le 20ème anniversaire de la disparition des jeunes victimes de l’affaire Dutroux, cette série policière résonne comme un douloureux souvenir. Aussi abject que puisse être le meurtre d’un jeune être sans défense, les inspecteurs Hardy et Miller doivent se concentrer sur l’essentiel : démasquer le coupable. Pas de place pour les émotions.

Si la première saison se concentrait essentiellement sur le mystère à élucider et le travail d’investigation (on pourrait lui reprocher sa lenteur et le peu de profondeur des principaux personnages, Hardy y était particulièrement rigide, voire glaçant) ; la seconde salve d’épisodes reprend exactement là où s’était achevée la saison précédente.

A présent, les enquêteurs sont confrontés à deux événements qui se déroulent en parallèle : le procès de l’assassin d’enfant (qui a le culot de se déclarer « non coupable ») et une autre affaire de disparition d’enfant et de baby-sitter.

Le risque aurait été de se répéter et de tomber dans une intrigue complexe et ennuyeuse. Au contraire, Chibnall réussit le tour de force de faire encore mieux que la première saison. Ces nouveaux épisodes placent les personnages face à leurs angoisses et leurs pires frayeurs, soulignant plus particulièrement leurs côtés troubles.

Filmant au plus près les corps et les visages, dans des séquences parfois oniriques et aux images très soignées ; le récit nous transporte au cœur de ce que ressentent les protagonistes. Ce ressenti atteint son climax lors du procès d’assises, particulièrement éprouvant, nerveusement et émotionnellement. Dans le rôle de l’avocate du Ministère public, Charlotte Rampling est impeccable face à la défense, incarnée par Marianne Jean-Baptiste (la flic black de « FBI portés disparus »), habile pour démolir les témoins, révélant les petits secrets des uns et des autres lors de plaidoiries humiliantes où tombent les mensonges et les masques.

« Broadchurch » nous montre une certaine réalité du monde judiciaire britannique où, comme aux USA, les égos des avocats priment sur la vérité et où le mot « justice » ne reste qu’un concept, pas une vérité. C’est à qui aura fait le plus d’esbroufe. Mais ici, pas de pathos, ni de musique dramatique pour surligner ce qui se passe à l’image (chapeau au compositeur islandais Ólafur Arnalds qui livre une partition entêtante où se mélangent notes de piano et violons).

Au  fil du récit, on partage les interrogations et l’obsession des protagonistes, comprenant bien que cela peut presque mener à la folie si on n’y prend garde : profondément affecté par l’affaire, Hardy se repasse en boucle le film des événements jusqu’à ce que sa santé en prenne un fameux coup.

Au terme de la vision, on ressort secoué et bouleversé par les événements sordides qu’ont traversés avocats, policiers et victimes. La série a le bon goût d’effleurer l’effroyable sans jamais tomber dans le voyeurisme malsain. Si certaines situations choqueront par leur réalisme, cela n’en donne que plus de force à cette série de toute grande qualité qui n’a rien à envier à ses grandes sœurs américaines.

A ce sujet, un remake américain de la série a vu le jour en 2014 sous le titre « Gracepoint », sans convaincre grand monde et fut rapidement annulé au terme de sa première saison, malgré la présence de David Tennant qui reprenait son rôle. La France proposera en 2015 « sa » version française avec « Malaterra » (8 épisodes de 52 minutes, une partie du tournage aura lieu en Corse).

Enfin, une troisième fournée d’épisodes devrait voir le jour cette année. Chris Chibnall a décrété que ce sera la dernière. Excellente idée, autant rester sur une bonne impression plutôt que de décevoir à l’instar des « Lost », « Heroes » et autres « Prison Break ».

18:49 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |