27/09/2015

« RECTIFY » : réapprendre à vivre…tout simplement

Rectify© THE SUNDANCE CHANNEL

USA, 2013. Série dramatique créée par Ray McKinnon.

Saison 1 (6 épisodes). Saison 2 (10 épisodes). Saison 3 (6 épisodes).
Saison 4 en cours de production.

Diffusée sur la chaîne SUNDANCE CHANNEL et sur ARTE depuis 2014.

Saison 1 disponible en dvd depuis le 14 octobre 2014.Coffret dvd regroupant les saisons 1 et 2 disponible à partir du 2 décembre 2015.

Avec Aden Young (Daniel Holden), Abigail Spencer (Amantha Holden), Bruce McKinnon (Ted Talbot, Sr.), J.-Smith Cameron (Janet Talbot), Adelaide Clemens (Tawney Talbot), Luke Kirby (Jon Stern), Clayne Crawford (Ted Talbot, Jr.), Jake Austin Walker (Jared Talbot), J.D. Evermore (Shérif Carl Daggett), …

VOIR UN TRAILER DE « RECTIFY » (You Tube)

Accusé du viol et du meurtre de sa petite amie à l’âge de 18 ans, Daniel Holden attend son exécution dans le couloir de la mort. A la faveur d’analyses ADN, le condamné à mort retrouve la liberté 19 ans plus tard. Dans l’attente d’un nouveau procès, Daniel découvre un monde qui a changé et faire face aux préjugés et à l’amertume de la population…

Sur base de ce postulat, l’acteur/créateur/producteur Ray McKinnon livre une série qui aurait pu paraître déprimante et sombre. Que du contraire. Partant d’un sujet grave (la peine de mort), toujours polémique dans la société en général ; il livre une réflexion subtile et puissante sur le système carcéral américain et la liberté.

Comment faire face à ce sentiment quand on a passé la moitié de sa vie dans un stress inhumain ? Comment communiquer avec ses proches pour qui on est devenu un étranger ? Comment aimer ? Comment vivre avec le poids du regard de la communauté ? Comment supporter la méchanceté autour de soi et les préjugés ?

Ces questions, « Rectify » les aborde sans tabous, au travers de flashbacks (sans abuser du procédé) et de dialogues très fins. Nous suivons le parcours de Daniel qui tente de se réapproprier sa vie. Coupé de ses émotions et incompris, il fait souvent penser au Dustin Hoffman de « Rain Man » par son comportement aux limites de l’autisme. Sa sœur Amantha et sa mère Janet ne savent pas comment l’aborder. Celles-ci l’aiment profondément mais le dialogue et le contact restent difficiles. Toute la force de la série se situe au niveau du non-dit, des regards, des corps qui réagissent… ou pas.

Un autre aspect qu’aborde sans détours la série tourne autour de la méchanceté des hommes. Harcelé par un sénateur qui cherche à tout prix à le remettre derrière les barreaux, Daniel subit également l’extrême violence du frère de son ex-petite amie assassinée. Pis, le mal est intérieur puisque Ted Junior, son beau-frère, le déteste puisque Daniel vient lui prendre sa place (la mère de Daniel lui demande désormais de l’appeler par son prénom Janet et plus « Maman »). Jaloux et hargneux, Ted Junior voit d’autant plus mal l’attirance naissante entre sa femme Tawney et Daniel. En prison déjà, ce dernier a dû composer avec d’autres détenus particulièrement pervers et odieux. Glaçant.

Cette injustice nous paraît d’autant plus effroyable quand se dévoile progressivement la vérité. Plus jouissif, nous découvrons que les personnes mal intentionnées sont de pauvres types minables que la vie, tôt ou tard, se charge de punir de façon inattendue et souvent ironique, voire cruelle. Nous ne sommes même pas pris d’empathie ou de pitié pour eux, nous voyons leur vrai visage et il nous dégoûte profondément.

Mais l’intérêt n’est pas là. Ce qui fait tout la saveur de « Rectify » réside dans l’évolution et le parcours de Daniel et ses proches. Malgré les difficultés de communication, le sentiment le plus juste et le plus beau qui définit la série reste l’amour. La série nous rappelle l’importance fondamentale de la beauté du moment présent (la scène où Daniel profite d’un lever de soleil, sublime de poésie). Ce qui renvoie à la conception d’un temps différent pour chacun. En prison, Daniel a perdu la notion du temps, le monde extérieur l’a oublié. De retour à l’air libre, il est en constant décalage avec la réalité temporelle du monde contemporain (ce qui donne lieu à des moments étranges et savoureux).

Dépourvue d’effets de mise en scène et de stars, « Rectify » arrive à trouver le ton juste, sans juger, ni faire la morale. Très dense, la série réussit également le tour de force d’arriver à démêler les fils d’une intrigue judiciaire complexe pour arriver à une clarté, une limpidité bouleversantes. On aurait pu croire que sa structure sous forme de feuilleton l’aurait rendue difficile, voire hermétique, à suivre. Souvent critiquée pour sa lenteur, elle n’a rien d’ennuyeux, ni de soporifique.

Au fil des épisodes, on assiste à un portrait tout en contrastes d’une partie de l’Amérique profonde avec ses petitesses, ses mesquineries, sa cruauté mais aussi et surtout sa bonté, sa grandeur d’âme, sa solidarité (l’action se passe à Mobile dans l’Alabama, un des états du Sud parmi les plus racistes durant les années 60, lors de la défense des droits civiques des Noirs par Martin Luther King).

Très impressionnant dans le rôle de Daniel, l’inconnu Aden Young joue son rôle avec grande justesse. Il incarne aussi bien la fragilité que la puissance, passant en un éclair d’une émotion à l’autre. Autour de lui, les seconds rôles ont tous été particulièrement bien écrits, à la fois riches et complexes comme dans la vie.

Terriblement humaine et attachante, « Rectify » a tout du chef-d’œuvre. A découvrir de toute urgence.

14:41 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/09/2015

« THE FLASH » : un super-héros pas que pour les ados…

THE FLASH© THE CW

USA, 2014. Série créée par Greg Berlanti, Andrew Kreisberg et Geoff Johns, d’après la bande dessinée « The Flash » de DC Comics.

Une saison de 23 épisodes de 45’. Saison 2 (13 épisodes) en 2015-2016.

Diffusé aux USA sur la chaîne CW et durant l’été 2015 sur TF1.

Coffrets dvd et Blu-Ray à la vente dès le 4 novembre 2015.

Avec Grant Gustin (Barry Allen / The Flash), Jesse L. Martin (Joe West), Carlos Valdes (Cisco Ramon), Danielle Panabaker (Caitlin Snow), Tom Cavanagh (Dr. Harrison Wells), Candice Patton (Iris West), …

VOIR L’INTRO DE « THE FLASH » (You Tube)

A priori, « The Flash » n’a rien d’attirant : série dérivée de la pénible « Arrow », ce super-héros de l’écurie DC Comics est moins connu que Batman et Superman. Laborantin au service de la police, Barry West est victime d’un accident lors d’une nuit d’orage. Désormais doté d’une super-vélocité, plus rapide que l’éclair (the flash) ; il combat le crime qui gangrène sa ville, Central City.

Comme dans « Smallville » qui suivait la jeunesse du futur Superman, cette série remonte aux origines du héros dans une formule rajeunie après l’échec de la première série « Flash » en 1990. Autre nouveauté, pas d’épisode indépendan. Cette première salve se décline sous forme de feuilleton avec chaque épisode qui se suit comme le chapitre d’un livre, rythmé par le méchant de service (un chauve qui se transforme en fumée toxique, une fille qui se téléporte à volonté, etc. Toute ressemblance avec les « X-Men » serait purement fortuite…). Globalement, la série est assez fidèle à la bd et à ses méchants. 

Spin-off oblige, on retrouve, lors de plusieurs « crossover », les personnages de « Arrow ». Un épisode oppose même Flash à l’archer vert lors d’un combat plutôt impressionnant. A cet égard, la qualité des effets spéciaux et des décors, entre le high tech et le vintage, joue beaucoup pour la réussite de la série. Seule faute de goût, le costume de « Flash », ringard en bordeaux pliant et qui ressemble plus à un costume SM en latex qu’à une tenue de héros convenable.

Mais l’intérêt de la série réside ailleurs. Au lieu d’enfiler les actes de bravoure, le show nous interroge sur le passage à l’âge adulte, sur les frustrations, sur la perte d’un être cher, la trahison, la manipulation, ... Dans le rôle, Grant Gustin fait preuve d’une maturité plutôt inhabituelle pour un acteur de sa génération, capable d’alterner diverses émotions (joie, colère, tristesse, …) avec justesse et sensibilité.

De prime abord très naïf, le jeune Barry Allen apprend tout cela au fil des épreuves qu’il traverse. Sans prêchi prêcha ni leçon. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, il veut sauver les autres. Mais n’arrive pas à se libérer du sentiment de culpabilité qui le ronge depuis la mort de sa mère, mystérieusement assassinée quand il était enfant. Toute cette saison tourne autour de ce fil rouge. Rassurez-vous, les questions seront apportées en fin de saison, dans un final plutôt bouleversant.

L’autre force de la série réside dans la richesse de ses personnages secondaires. Les scénaristes ont réalisé un bon travail en donnant une réelle épaisseur et des qualités qui les rendent attachants, tant pour les proches de Barry Allen qu’au niveau des méchants plus complexes qu’à l’accoutumée (signalons le retour de Wentworth « Prison Break » Miller dans le rôle du cynique Leonard Snart alias Captain Cold qui retrouve son « frère » Dominic Purcell dans le rôle d’un autre méchant, duo délirant en vue !).

L’autre bonne idée a été d’amener une mixité de cultures plutôt inhabituelle, comprenez un rôle plus actif que le traditionnel quota obligé de minorités. Inspecteur choc et papa chic, Joe West a recueilli Barry quand le père de celui-ci a été mis en prison. Père adoptif, il veille sur le jeune homme comme s’il était son propre fils, peu importe la couleur de peau.

La série effleure aussi l’homosexualité, quoique de manière plus timide (le chef de la police est marié à un homme). Certains y verront un opportunisme publicitaire en vue de ramener un public le plus large possible ; d’autres le reflet d’une intégration normale et naturelle de l’évolution de notre société.  

 « The Flash » nous propose encore une petite réflexion intéressante sur le voyage dans le temps autour de la classique question : « Et si vous pouviez changer le cours des choses pour avoir la vie que vous voudriez, le feriez-vous ? » On vous laisse la surprise.

Parmi les vedettes invitées, retenons la présence de l’excellent Victor Garber (Jack Bristow, le père de Sidney, l’espionne dans « Alias ») et surtout, une partie du casting de la série de 1990 avec John Wesley Shipp (le père biologique de Barry), Amanda Pays et même Mark Hamill qui fait son grand retour en « Trickster » !  « Smallville » avait déjà fait la même chose en invitant Christopher Reeve et Dean Cain, le temps de quelques épisodes. Histoire de respecter ses aînés et de créer une continuité dans les différentes versions ciné et télé des héros DC Comics.

Bref, voilà un divertissement de très agréable facture qui se regarde et s’oublie très vite. En attendant, on aura passé un bon moment. Pourquoi bouder son plaisir ? 

19:40 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/09/2015

« THE LAST SHIP » : mort aux cocos par Michael Bay

The last ship

© TNT  - Michael Bay Productions

USA, 2014. Série créée par Steven Kane et Hank Steinberg.

Une saison de 10 épisodes de 45’. Saison 2 (13 épisodes) en 2015-2016. Diffusé aux USA sur la chaîne TNT. Coffrets dvd et Blu-Ray à la vente depuis le  10 juin 2015.

Avec  Eric Dane (Commander Tom Chandler), Rhona Mitra (Dr. Rachel Scott), Adam Baldwin (Mike Slattery), John Pyper-Ferguson (Tex), …

VOIR UN TRAILER DE « THE LAST SHIP » (You Tube)

Réalisateur de gros films remplis de bruit et de fureur, qui vous en mettent plein la vue, Michael Bay ne fait pas dans la dentelle : surtout ne réfléchissez pas, ici, on est là pour tout faire péter ! Capable du meilleur (The Rock, 1996) comme du pire (Transformers), ce « money maker » sortira, début 2016, « 13 Hours : the secret soldiers of Benghazi », un nouveau film avec des héros militaires (une obsession ?), basé sur des faits réels. Depuis quelques années, le bougre s’est aussi lancé dans la production de séries télévisées.

Il y a du bon avec « Black sails » (lire critique ici) et du curieux avec « The Last Ship ». Issue de l’imagination des scénaristes Steven Kane (The Closer : L.A. Enquêtes prioritaires) et Hank Steinberg (« FBI portés disparus »), cette nouvelle série nous sert rien de moins qu’un patriotisme aux limites du supportable.

« The Last Ship » pompe sans vergogne « Helix » (pour le virus et la s-f), « The walking dead » (pour un monde plongé dans le chaos) et le film « Nimitz retour vers l’enfer » (pour le patriotisme yankee). Le pitch : un mystérieux virus décime l’humanité et un navire américain recueille un scientifique qui pourrait trouver le vaccin. Evidemment, des ennemis sont prêts à tout pour l’enlever…

Tout est anachronique dans ce « dernier navire » (évidemment américain et seul à mener la loi sur les océans), à commencer par ses personnages : le commandant Chandler (Eric Dane, mâchoires carrées) fait penser à un John Wayne gonflé à la testostérone. La scientifique est aussi crédible que Nabila en mathématicienne (campée par la glaçante et inexpressive Rhona Mitra, vue dans « Boston Justice » et « Nip Tuck »), les méchants sont évidemment russes et les « good guys » nos braves américains. Tout est blanc ou noir dans « The Last ship », un peu comme dans les années 50 : il y a nous et puis, ces sales rats communistes à liquider !

A cet égard, le capitaine russe aligne tous les clichés : uniforme amidonné, gros yeux roulants, voix méchante, fort accent soviétique, doucereux, sournois et impitoyable. Et en plus il s’appelle Ruskov ! Si, si ! On se croirait dans un vieux film à l’époque de la guerre froide. Basique. A cette vision, je me suis bien bidonné tellement c'était incroyable, inimaginable à notre époque. Michael Bay est vraiment gonflé. A prendre au second degré. Dans le genre, on préfère nettement « The Last Resort » (lire critique ici) où les militaires étaient plus torturés et les questions d’ordre sécuritaire posées de manière plus complexe.

Cela dit, « The Last ship » a le mérite d’être bien fait dans son habillage. Les rebondissements, parfois amenés de façon lourdingue, sont nombreux ; les scènes d’action particulièrement efficaces et les décors réussis (destroyers, bases militaires, …). Et on se surprend à devenir accros et vouloir connaître la suite. Bien mené, le suspense vous scotche et vous fait même avaler des rebondissements invraisemblables ! Maintenant, de là à dire que c’est inoubliable…

Divertissement calibré pour plaire au plus grand nombre et en particulier aux militaires américains (on a l’impression qu’ils se matent cette série avant d’aller casser du terroriste), « The Last ship » ne laissera sans doute pas grande trace dans l’univers des séries dans quelques années.

Si vous avez deux ou trois soirées sans potes ou pratiquez le « binge viewing », cette série vous divertira agréablement sans vous prendre la tête. Gros succès sur la chaîne TNT aux USA, elle a été reconduite pour une deuxième saison de 13 épisodes, en fin de diffusion actuellement outre-Atlantique. L’envie de voir la suite dépend de vous.

11:58 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |