27/12/2015

« FARGO » (Saison 2) : un univers toujours plus décalé…

Fargo season 2

© FX Television

Série policière et dramatique basée sur le film « Fargo » (USA, 1998) de Joel et Ethan Coen.

Saison 2 de 10 épisodes d’environ 55’ chacun. Diffusé sur Netflix.

AU 27/12/2015 : pas de sortie en dvd et Blu-Ray annoncée en Europe pour la saison 2. La saison 1 est disponible dans les 2 formats depuis le 1er avril 2015.

VOIR UN TRAILER DE LA 2ème SAISON DE « FARGO »

Après une excellente première saison qui reprenait les personnages et l’univers du film « Fargo » des frères Coen, on avait de quoi être dubitatifs pour la suite. Même si « Fargo - La série » se démarquait du film, la conclusion était globalement satisfaisante. Pas de quoi tirer en longueur.

Heureusement, comme le font déjà « True Detective » et « American Horror Story » (mais dans un autre genre), la bonne idée de « Fargo - La série » a été de continuer sous forme d’anthologie, soit une histoire différente par saison avec de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. A chaque épisode, la mention suivante se déroule comme une oraison funèbre « Cette histoire s’inspire de faits réels. Par respect pour les survivants, les noms ont été changés. Par respect pour les morts, les faits ont été racontés tels qu’ils se sont déroulés. » Brrr…

Cette seconde saison se passe dans un bled paumé du Dakota du Nord où Rye, fils des Gerhardt, riche famille de trafiquants qui règne sur l’Etat, tue plusieurs personnes dans un bar à gaufres (Waffle Hut). Nous sommes en 1979 et la Présidence de Jimmy Carter touche à sa fin. Ronald Reagan mène campagne dans plusieurs états pour accéder au poste suprême.

Jusque-là, rien de transcendant. Oui, mais… les frères Coen, toujours producteurs sur cette deuxième fournée, savent y faire et donner un ton résolument loufoque à ce qui ne prête pas à rire d’emblée. Le tueur s’enfuit et dans sa course, se fait accidentellement renverser par la femme de l’assistant du boucher local. Elle s’enfuit avec Rye sur son capot, à moitié vivant. Pour éviter des ennuis avec la justice, son mari transforme le cadavre en chair à pâtée. Malgré qu’elle soit en guerre avec d’autres gangsters pour garder la mainmise sur leur territoire, la famille Gerhardt entend bien retrouver son rejeton… Tout s’enchaîne alors comme un jeu de dominos infernal qui dérape méchamment.

Dépassés par les événements, presque tous les personnages le sont : les flics locaux, l’assistant boucher et sa femme et bien sûr, la famille Gerhardt. Seuls Hanzee Dent, un mystérieux Amérindien, vétéran du Vietnam et à la solde des Gerhardt et Mike Milligan, Afro-américain qui bosse pour le clan adverse, poursuivent leur objectif coûte que coûte.

Ce qu’il y a de formidable dans cette seconde fournée d’épisodes, c’est qu’elle se démarque complètement du film. A cet égard, la mise en scène reproduit le style typique des années 70 : caméra fixe, écrans partagés horizontaux et verticaux, lumière particulière, musiques de groupes rock de l’époque comme Jethro Tull et Pink Floyd, décors sombres, chemises à cols « pelles à tarte », coiffures, voitures ; tout contribue à nous replonger dans cette époque avec un sens étonnant du détail. Cette fois-ci, peu de paysages enneigés même si on se retrouve de nouveau dans un bled paumé et caillant.

Plus fort encore, cette 2ème saison parvient à créer son propre univers tout en adoptant un ton proche du film des Coen : humour noir, personnages étranges, allusions à l’absurdité de la vie, meurtres brutaux et soudains, l’ensemble étant orchestré dans un joyeux chaos.

On se prend tout à tour d’affection pour le boucher Ed Blumquist, gros garçon un peu naïf et pour les flics locaux qui font du mieux qu’ils peuvent. Même les hommes de main ont, par moments, notre sympathie même s’ils ne sont franchement pas recommandables (la scène dans le bar où Hanzee Dent se retrouve face au racisme ordinaire de ploucs locaux). C’est drôle, tragique, émouvant, bizarre, désarçonnant, … ; un peu tout ça à la fois et heureusement, cela ne se prend surtout pas au sérieux.

Si, vers le milieu, quelques épisodes sont un peu plus faibles et traînent parfois en longueur ; il faut reconnaître que « Fargo – La série » a su trouver le ton et se démarquer du tout venant des séries télé. Par son univers original et décalé, elle retient l’attention tout en mettant le spectateur au défi de prédire la suite. Elle amuse et pétrifie par son nombre impressionnant de cadavres (comme s’il en pleuvait).

Enfin, elle dispose d’un excellent casting de célébrités dans des rôles aux antipodes de ceux qui les ont fait connaître : Jeffrey Donovan (Michael Westen de « Burn Notice ») en infâme Dodd Gerhardt ; Bruce Campbell (Sam le comparse dans « Burn Notice » et les films « Evil Dead ») en Président Reagan ; Jesse Plemmons (Todd dans « Breaking Bad ») en boucher avec quelques kilos en trop ; Jean Smart (la femme du président Logan dans « 24 heures chrono ») en marâtre Gerhardt ; Ted Danson (Damages, Les Experts Las Vegas) en flic bienveillant et digne ; Patrick Wilson (les films « Harcelés » et « Insidious ») en jeune flic intrépide et Kirsten Dunst (Spider-Man avec Tobey Maguire) en femme revencharde du boucher.

Enfin, mention spéciale aux « méchants » particulièrement excellents : Zahn McClarnon, l’Amérindien Hanzee Dent (qui joue aussi l’officier Mathias dans la série policière « Longmire ») et Bookem Woodbine, l’Afro-américain Mike Milligan, connu pour les séries policières « Saving Grace » et « Southland » ainsi que les films « Riddick » et « Total recall ».

Bref, du beau monde au service d’une série vraiment pas comme les autres et qui occupera agréablement vos longues soirées d’hiver.

12:12 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |