20/03/2016

« BLOODLINE » : les graines de « Dallas » et « Revenge » ont bien germé…

Bloodline© Netflix  

Série dramatique créée par Todd & Glenn Kessler & Daniel Zelman.

Saison 1 de 13 épisodes de 58’, diffusée sur Netflix (plateforme de streaming légal). 

Avec  Kyle Chandler (John Rayburn), Linda Cardellini (Meg Rayburn), Ben Mendelsohn (Danny Rayburn), Norbert Leo Butz (Kevin Rayburn), Sissy Spacek (Sally Rayburn), Sam Shepard (Robert Rayburn), …

Sortie en dvd et Blu-Ray le 23 mars chez Sony Pictures Entertainment.

VOIR LE TRAILER OFFICIEL DE « BLOODLINE » (sur YouTube)

! PAS DE SPOILER, lisez sans crainte !

Une riche famille qui cache de sombres secrets, des frères ennemis, un décor de rêve ; cela vous rappelle quelque chose ? « Dallas » évidemment. Vous pouvez encore rajouter la récente « Revenge », vous mélangez le tout et vous obtenez « Bloodline ». Depuis son lancement, la plateforme de téléchargement payant Netflix a subi un feu nourri de critiques : peu de nouveautés, un catalogue incomplet de séries et de films et un contenu plutôt faiblard.

Pour pallier à ces reproches en partie justifiés (il y a aussi des choses intéressantes et inédites), le diffuseur internet a eu la bonne idée de créer ses propres productions. Après la politique « House of cards », la carcérale « Orange is the New Black », la super-héroïque « Daredevil » ; voici la dramatique « Bloodline » (trad. : lignée).

L’autre bonne idée a été d’engager Daniel Zelman et les frères Kessler, Todd et Glenn. Ce trio de scénaristes chevronnés nous avait offert l’étonnante et inégale « Damages », avec Glenn Close. Reprenant le concept de cette série, des flash-back et des flash forward (saut en avant, vision du futur) ; les trois compères ont veillé à ne pas nous égarer dans ces allers et retours dans le temps, au contraire de « Lost » (quoique « Damages » n’évitait pas toujours non plus ce piège).

Situant l’action dans les Keys en Floride, composée de multiples petites îles ; « Bloodline » suit  le parcours de Robert et Sally Rayburn, un couple qui a fait fortune dans l’hébergement, incarné à l’écran par Sam Shepard et Sissy Spacek (le principal argument de vente de la série, des pointures du cinéma qui viennent à la télé ou pour être plus précis : sur Internet). Avec leurs enfants John, le shérif local ; Meg, l’avocate et Kevin, le réparateur de bateaux ; la famille s’apprête à vivre un événement : l’inauguration d’une jetée portant le nom des Rayburn. Mais voilà que resurgit Danny, l’aîné, paumé et sans but dans la vie. Tout droit sorti du passé, le frangin entend bien faire valoir ses droits et se venger de cette famille…

L’intérêt de « Bloodline » ne tient pas dans son propos (qui reprend les codes du soap) mais bien dans son traitement. Sa structure éclatée, soulignée par les bonds dans le temps, se compose de nombreuses petites pièces de puzzle. Au spectateur à les remettre bout à bout pour tenter d’avoir une vue d’ensemble. Culottés, les scénaristes prennent un pari plutôt risqué : faire mourir un personnage-clé dès la fin du premier épisode. Totalement inattendue, la scène choque et pourtant, fonctionne. A partir de là, pourquoi voir la suite si on sait déjà comment ça va finir ?

Toute la « saveur » de ce feuilleton réside justement dans la démonstration du fait qu’une ou plusieurs actions a/ont des conséquence(s) positive(s), négative(s), voire irréparable(s). Chaque épisode nous emmène au travers d’un récit quasi impossible à prédire. Les scénaristes jouent au chat et à la souris avec nos nerfs de spectateurs. Plus vicieux encore, ils nous rendent quasiment complices de ce qui se passe. Et nous interrogent sur le sens que nous donnons à nos relations familiales.

Quand on sait combien la famille est sacrée aux Etats-Unis (mais pas que là…), la série ose déranger et bousculer la morale bien pensante en remettant en cause le monde des apparences. Et chercher ce qui se cache en-dessous de la surface et qui fait mal. Sans détours, elle aborde aussi la problématique des illégaux, transportés par bateaux dans des conditions inhumaines  par des passeurs sans scrupules et avides d’argent.

A cet égard, l’évolution de Danny tient du grand art : si on se prend d’affection pour lui au début de la série, pensant que c’est juste un loser magnifique ; on découvre progressivement sa vraie nature et surtout, on se demande ce qu’on ferait à la place de sa famille. Malgré l’amour fraternel, l’antagonisme qui oppose Danny et John ne cesse de grandir. Il y a du Caïn et Abel dans cette relation ou encore du « A l’Est d’Eden », premier film de James Dean qui jouait un gamin paumé et attiré par l’argent facile.

La révélation de « Bloodline », c’est l’acteur australien Ben Mendelsohn, déjà vu dans le film « Cogan Killing them softly » avec Brad Pitt. Rongé par un sombre secret dont on connaîtra seulement l’origine en fin de récit, il incarne un Danny vénéneux et manipulateur à souhait. Visage émacié, regard vide, porté sur l’alcool et la clope ; il sait comment tromper son monde et rappelle, dans la manipulation, une certaine Patty Hewes (Glenn Close). Rien que pour sa prestation, la série mérite le coup d’œil.

A ses côtés, on retrouve un étonnant Kyle Chandler, connu pour son rôle du coach de foot américain, Eric Taylor, dans la formidable et méconnue « Friday Night Lights ». L’acteur apporte une densité et une complexité au personnage de John Rayburn, tiraillé entre la culpabilité et l’honneur de la famille. Habitant totalement son rôle, le comédien étonne par sa force de jeu dans des scènes émotionnelles d’une grande intensité.

Outre Sissy Spacek (Carrie) en mère dépassée par les événements, on croise encore d’autres visages connus comme ceux de Linda Cardellini (l’infirmière Sam dans « Urgences »), très convaincante en sœur avocate et Enrique Murciano, ici coéquipier de John Rayburn et qui fut le sympathique Danny Taylor de la série policière « FBI portés disparus ». Dans le rôle du jeune frère Kevin, Norbert Leo Butz tire bien son épingle du jeu. D’insupportable enfant gâté au début de la série, l’acteur parvient à nous rendre attachant un personnage qui avait tout du beauf.

Au final, le secret qui liait les Rayburn au début de la série a évolué vers un autre secret, pire encore. Comment vont-ils en sortir ? Ce sera tout l’enjeu de la 2ème saison prévue pour 2016. Bref, les graines du soap plantées par « Dallas », voici près de 40 ans (1978), ont bien germé et donné naissance à des réussites comme celle-ci.

Aux grincheux qui dézinguent Netflix, je dis « Hep hep hep, il y a du bon à voir ici ! » En plus, quand on sait qu’ils ont sauvé de l’annulation deux séries policières de grande qualité comme « The Killing » (sur AMC) et « Longmire » (sur A&E), on peut tout de même leur dire merci.

13:13 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

13/03/2016

« HOUSE OF CARDS » (Saison 4) : le goût du pouvoir toujours plus fort…

House of cards IV© Netflix  

USA - 2012 (toujours en production). Saisons 1 à 4 (4 x 13 épisodes).

Saison 4 : 13 épisodes de 40 à 55’. Diffusé sur Netflix, Canal + France et Be TV (Belgique) en mars 2016. Pas de date de sortie annoncée en dvd et Blu-Ray (mars 2016).

Avec Kevin Spacey (Francis Underwood), Robin Wright (Claire Underwood), Michael Kelly (Doug Stamper), Mahershala Ali (Remy Danton), Boris McGiver (Tom Hammerschmidt), …

VOIR LE TRAILER OFFICIEL DE « HOUSE OF CARDS IV »

! PAS DE SPOILER ! LISEZ LA SUITE SANS CRAINTE

Un après la fin de la saison 3, l’enthousiasme n’était pas plus grand que cela à l’idée de retrouver l’infâme Frank Underwood, Président fictif des Etats-Unis, qui affiche à présent des cheveux blancs (eh oui, le temps passe). De fait, les trois premiers épisodes laissent de marbre et on se dit « bof, pas terrible. » Plusieurs éléments contribuent à cette impression : le retour du Président russe, sorte de clone poussif de Vladimir Poutine, un manque de peps dans l’entrée en matière et un étrange sentiment de tourner en rond. De fait, la saison précédente avait particulièrement déçu par ses références au monde réel (conflit israélo-palestinien, relations tendues avec les Russes), réduisant les difficultés de notre bas monde à un simple « bons contre méchants » très basique.

Heureusement, l’intérêt renaît avec la présence du journaliste Lucas Goodwin, emprisonné puis libéré. Nous nous demandons comment il va arriver à prouver son innocence, suite au piège injuste que le tout puissant POTUS (President of the United States) avait refermé sur lui. Très vite, le scénario ne prend pas le chemin attendu (comprenez tension, recherche et résolution) pour nous amener vers une destination pas totalement imprévisible mais étonnante et surtout choquante (on vous laisse la surprise).

Autre bonne idée de scénario : opposer le machiavélique Frank à Will Conway, un gouverneur prétendant à occuper son poste aux prochaines élections présidentielles de 2016 (étonnant Joel Kinnaman, le flic de la version US de « THE KILLING » et du reboot de « Robocop »). Certes, ce ressort scénaristique n’a rien de neuf mais l’opposant a suffisamment de charisme et de dents longues pour donner lieu à un combat intéressant et souvent à fleurets mouchetés.

Ensuite, que diriez-vous d’avoir Claire Underwood comme candidate à la vice-présidence ? Le couple présidentiel doit affronter les prochaines élections et semble au bord de la rupture. Malgré le fait qu’ils ne couchent, ni ne dorment plus ensemble ; l’attrait du pouvoir reste le plus fort. Tel un couple de serpents froids et calculateurs avant de bondir sur leur proie, Frank et Claire font à nouveau montre d’une inhumanité absolue, se cachant seulement derrière un masque d’apparente sympathie lors de relations sociales obligées. Glacial et révélateur d’âmes noires et tourmentées.

Evidemment, là où la série montre ses faiblesses, c’est à nouveau dans les références à notre monde. Au lieu de DAECH ou l’état islamique, on a droit à l’O.C.I. (Organisation du califat islamiste) emmené par deux américains pur jus, lobotomisés par la radicalisation. Au début, cette référence prête assez à sourire car on dirait on pastiche de la réalité, une sorte de décalque maladroit du monde réel. Heureusement, consciente de ses limites en la matière (on n’est pas dans du Aaron Sorkin de « A la maison blanche », autrement plus fin) ; « HOC 4 » évite de trop tirer sur cette ficelle.

A la place, elle développe un fil rouge qui parcourt l’ensemble de la saison autour d’un autre journaliste, Tom Hammerschmidt (excellent Boris McGiver). Ce dernier cherche la vérité sur les exactions de Frank Underwood, quitte à se faire casser la gueule par ses connaissances lorsqu’ils tentent de leur arracher des infos. Le principal intérêt de cette 4ème saison réside là, rappelant un peu l’époque du Watergate et du film « Les hommes du Président » (même si le contexte est ici totalement différent quoique le Vice-Président Blythe, d’une mollesse et d’une maladresse gluantes, rappelle un certain Gerald Ford à la suite de Nixon).

Enfin et c’est tant mieux, les scénaristes font monter la pression crescendo dans une scène magistrale de tension où Kevin Spacey montre tout son savoir-faire en matière de négociation avec les terroristes (même si l’adage américain dans la vraie vie prétend le contraire). La fin de la saison ménage suffisamment de suspense pour nous donner envie de revenir lors de la prochaine saison. Lentement mais sûrement, « House of Cards » explore la soif du pouvoir et des manipulations pour le garder à tout prix. En cela, elle excelle et retient toute notre attention malgré des saisons inégales en qualité et des pistes de scénario pas toujours exploitées à fond.

A défaut d’être totalement maîtrisée (le démarrage peine à convaincre), « House of Cards » se reprend en main et repart de plus belle à partir du 4ème épisode pour nous scotcher jusqu’au bout. Ce qui n’est pas si mal en soi et laisse augurer une 5ème saison à la hauteur de nos espérances. Bref, un bon cru.

LIRE AUSSI LES AVIS SUR LES PRECEDENTES SAISONS DE « HOUSE OF CARDS » (saisons 1 à 3)

18:46 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/03/2016

« THE X-FILES 2016 » : un retour vraiment nécessaire ?

X-FIles 2016© 20th Century Fox – Ten Thrirteen Productions

Série policière et fantastique (USA, 2015) de Chris Carter. Avec David Duchovny (Fox Mulder), Gillian Anderson (Dana Scully), Mitch Pileggi (Walter Skinner).

6 épisodes de 40’, diffusés sur Canal + France et Be TV Belgique. Sortie en dvd/Blu-Ray annoncée pour le 15 juin 2016.

VOIR UN TRAILER DE « THE X-FILES (2016) »

Ces derniers temps, plusieurs producteurs hollywoodiens ont la curieuse idée de « ressusciter » des séries en tous genres et pas nécessairement anciennes (24 heures chrono, Heroes, Prison Break). A l’annonce du retour de « X-Files », cela n’a pas provoqué d’enthousiasme particulier. Tout au plus une indifférence polie, avec une pointe de curiosité. Fan de la série originale (mais pas acharné), je me souviens surtout d’une série excellente dans ses 5 premiers années puis qui, comme tant d’autres, s’est essoufflée et n’a pas su s’arrêter à temps. Après 9 saisons, « X-Files » tira sa révérence en 2002. L’interprète de Mulder, David Duchovny, quitta le navire en 2000, après 7 saisons, lassé par son personnage. Il y eut 2 films cinéma aussi, pas vraiment réussis et plutôt oubliables.

Dès lors, pourquoi reprendre une série qui avait été au bout de son concept ? Pour des raisons bassement mercantiles, hypocritement déguisées derrière le mot « nostalgie ». Face au danger financier que représente une nouvelle série si elle ne rencontre pas son public, les cadres des grandes chaînes de diffusion préfèrent miser sur des « valeurs sûres », quitte à proposer de l’approximatif, voire du franchement décevant. En attendant, ils se remplissent les poches rapidement et nous, on se retrouve bernés.

Mais bon, n’ayons pas d’a priori et commençons la vision. Premier constat : on a la désagréable impression que ces nouveaux épisodes sont restés figés dans les années 90. Comme si les 14 années qui se sont écoulées depuis la fin de la série n’avaient pas existé. Tout renvoie à la série telle qu’elle était tournée à l’époque (style visuel, musique, acteurs, scénario). Curieux et étrangement anachronique, comme si cela avait été filmé il y a 20 ans.

Ensuite, les scénarios (malgré le retour de la fine équipe d’origine avec Glen Morgan et son frère Darin, James Wong et le créateur Chris Carter) ne valent pas tripette : enlèvements extra-terrestres et retour de l’homme à la cigarette (pourtant mort dans la série originale), un monstre vaguement marrant et surtout trop bavard, une histoire de terroristes au royaume des morts avec prêchi-prêcha pro-américain, un homme poubelle tueur, etc. Rien de vraiment original, ni d’ébouriffant. Il faut dire qu’on n’est ni surpris, ni amusés. Tout au plus indifférents.

Enfin, David Duchovny et Gillian Anderson font ce qu’ils peuvent pour égayer le tout mais ils ont l’air de se demander ce qu’ils font là, tout comme nous. Leur directeur Skinner se contente de quelques apparitions, son rôle n’ayant aucune consistance. On regarde souvent sa montre en se disant que tout cela n’était pas vraiment nécessaire. Heureusement, il n’y a que 6 épisodes. Mais le dernier laisse supposer une suite avec un virus sorti de nulle part et qui menace évidemment la santé mondiale.

Bref, comme ses prédécesseurs ressuscités qui n’ont pas convaincu, on préfère se dire que « X-Files » aurait mieux fait de rester en sommeil dans son cimetière des bons souvenirs. Ces nouveaux épisodes n’apportent rien et pire, font quasiment oublier le meilleur de la série à sa grande époque. Autant passer votre chemin et revoir l’ancienne série si vous voulez vraiment vous replonger dans la nostalgie. Là, au moins, vous ne serez pas déçus. Mais sans doute ne fallait-il rien en attendre ?

13:11 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |