24/10/2017

MINDHUNTER : dans la tête des tueurs en série

Mindhunter

Série policière dramatique (USA – 2017) de 10 épisodes de 36 à 58’ sur NETFLIX depuis le 13 octobre 2017. Créée par Joe Penhall d’après le livre de John Douglas et Mark Olshaker.

Avec Jonathan Groff (Holden Ford), Holt McCallany (Jim Tench), Hannah Gross (Debbie Mitford), Anna Torv (Wendy Carr), Cotter Smith (chef d’unité Shepard), …

VOIR LA BANDE-ANNONCE OFFICIELLE DE « MINDHUNTER »

PITCH : A la fin des années 70, Holden Ford et Jim Tench, agents du FBI du département des sciences du comportement, décident de décrypter les comportements criminels en allant à la rencontre de tueurs en série…

AVIS : chaque série de David Fincher crée l’événement. Il y a 5 ans, « House of Cards » suscitait l’engouement en proposant 2 points forts : un grand nom du cinéma dans une série (Kevin Spacey) et une série jamais diffusée à la télévision mais sur Internet (Netflix). Pourquoi une série sur les tueurs en série ou plus précisément une plongée dans leurs esprits ? Parce que depuis leur apparition, ces monstres fascinent. Si le phénomène semble principalement américain, l’Europe et le Royaume-Uni ont également connu ce type de personnalités déviantes avec les Dutroux, West et autres Fourniret.

Quand on pense à la carrière de David Fincher, le premier film qui vient à l’esprit est « Seven » voici déjà 21 ans. Ou encore « Zodiac » en 2007. On se rend compte que le sujet fascine également le cinéaste. Autre grand nom attaché à la production de « Mindhunter » : Charlize Theron, lauréate d’un oscar pour son incarnation d’une tueuse en série lesbienne dans le très poisseux « Monster » en 2003. Le cinéma n’a visiblement pas tout dit sur le sujet. Une série télé semble la forme la plus appropriée pour développer la question de manière plus approfondie.

Evidemment, dans le genre, on a déjà eu droit depuis 13 ans à l’inévitable « Esprits criminels » avec son tueur de la semaine. Même « Les Experts » et ses déclinaisons à Miami et New York et bien d’autres ont exploité le filon. Jusqu’à la corde. Souvent sans grandes nuances. En 1996, il y avait bien « Millennium », sans doute la plus proche de la réalité mais trop sombre et trop en avance sur son époque. Dès lors, comment relancer l’intérêt ? En remontant à la source, à l’enfance tourmentée de ces futurs tueurs, à une sorte de chemin exploratoire et psychanalytique au cœur de leur cerveau. Evidemment, les agents de « Mindhunter » se rendront compte que la démarche a quelque chose de profondément déstabilisant, à la limite écœurant. Mais sans trop attendre, elle apporta des informations précieuses au bureau des sciences du comportement, une agence bien réelle.

Dans la réalité, Joe Penhall, créateur de la série, s’est basé sur le livre de John Douglas et Mark Olshaker « Agent spécial du FBI enquête sur les serial killers », sorti fin des années 90 et réédité à l’occasion de la sortie de la série. Véritable légende du FBI, Douglas a rencontré des dizaines de tueurs en série et établi leur profil. Négociateur de prises d’otage et créateur de la première unité de profilage du FBI, Douglas a ouvertement inspiré le personnage de Ford. Avant la série, Douglas avait déjà servi de modèle à l’écrivain Thomas Harris, auteur du « Silence des Agneaux », créant l’agent fictif du FBI Jack Crawford. En France, Stéphane Bourgoin, parti à la rencontre de plus de 70  tueurs en série, fait autorité avec plusieurs ouvrages sur le sujet.

Revenons à « Mindhunter ». Spécialisé dans la négociation face à des preneurs d’otages, le jeune Holden Ford – qui partage une curieuse ressemblance faciale avec le Président français Emmanuel Macron - pense qu’il y a moyen de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête d’un criminel. Son instinct lui dit qu’il y a quelque chose à découvrir sur le plan psychologique. Mais l’époque (fin des années 70) semble peu propice à s’aventurer sur un tel terrain. La série nous le fait comprendre lorsque Ford se retrouve face à des flics expérimentés pour qui les traditionnelles méthodes d’enquête suffisent (indices, interrogatoire des suspects, …). De même que pour les jeunes recrues du FBI à Quantico (Virginie) où tirer et éliminer la cible semble un but en soi. Mais il faudra trouver la validité académique en faisant appel à une spécialiste en psychologique, la froide mais fascinante Wendy Carr (magnifique Anna Torv qu’on avait peu revu depuis la fin de « Fringe »).

Malgré son inexpérience, Ford dispose d’un bagout certain et parvient à convaincre son boss de l’utilité de creuser la question. Il se voit adjoindre Jim Tench, une vieille « bête » plus au fait du comportement criminel. Plus « basique » dans sa réflexion et ses méthodes d’interrogatoire, il représente la police d’avant tout en ayant l’esprit suffisamment ouvert pour participer à la police de demain. En tous cas, il parvient à remettre les pieds sur terre du jeune agent, très (trop ?) idéaliste. Malgré leurs différences, le duo fonctionne plutôt bien. La bonne idée de casting étant d’avoir confié les rôles à de relatifs inconnus, Jonathan Gross a joué dans « Glee » et Holt McCallany, un routinier du genre policier avec diverses séries policières (Les Experts : Miami, Esprits criminels, New York section criminelle)  et 2 films de Fincher (Alien 3, Fight Club).

Dans leur quête de comprendre ce qui se passe dans la psyché des « tueurs à séquence », terme d’abord utilisé avant de trouver celui bien connu de tueurs en séries, réside un vieux fantasme des forces de l’ordre : prévenir ou empêcher les crimes avant qu’ils ne se produisent, comme le proposait « Minority Report » de Spielberg, d’après Philip K. Dick.

Autant vous prévenir, « Mindhunter » n’est pas une série d’action. Tout se passe lentement, pas à pas, comme une étrange ballade au cœur d’un paysage désolé et sans espoir, celui de l’esprit des tueurs en série. La première demi-heure du premier épisode peine à accrocher mais tenez bon. La plupart des scènes baigne dans une couleur jaune et noire, parfois grise. Même les scènes de jour se déroulent dans une grisaille sombre et quasiment déprimante.

Par effet miroir sur les personnages et leurs vies, les relations de couple sont dans cette continuité : ni Ford, ni Tench n’ont de vraies relations épanouies avec leurs compagnes. Ford s’amourache d’une étudiante d’université plutôt manipulatrice et qui s’amuse à le décoincer. Pour quels lendemains ? Tandis que Tench s’efforce de continuer à faire plaisir à sa femme en adoptant un gamin silencieux et visiblement autiste. Quand on observe les portraits de femme peu attirants que dresse la série, on en vient à se demander avec amusement si Fincher n’a pas eu des problèmes avec sa mère, comme les tueurs montrés dans « Mindhunter ».

Bref, pas question de chasser le tueur en série en journée et de rentrer pépère à la maison le soir. Les tueurs qu’il rencontrent affectent leur vie et leurs pensées, comme l’obsession pour les chaussures de femmes du répugnant Brudos. Plus folklorique, l’énorme Ed Kemper se prend d’amitié pour Ford jusqu’à un point insoupçonné qu’on ne spoilera pas ici. D’autres dingues viennent compléter la galerie, avec une forme d’humour noir sous-jacent bienvenu pour égayer la lourdeur du propos.

Composée de 10 épisodes de durée variable, « Mindhunter » n’a pas encore livré tout son potentiel et c’est tant mieux. Très maîtrisée, cette première fournée d’épisodes se laisse voir avec grand intérêt, sans tomber dans la déprime à la fin de la vision. La recréation de cette période des années 70 tient de la perfection, tout est pensé dans les moindres détails, des costumes aux voitures, en passant par les technologies et les décors. Au début de presque chaque épisode, un étrange type à moustache, installateur de systèmes de surveillance, rôde dans des maisons. Qui est-il ? Que veut-il ? Patience… Enfin, mention spéciale à la musique de Jason Hill, parfaitement dans le ton et envoûtante à souhait.

12:21 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |