01/03/2010

"BREAKING BAD » ou quand le système de santé américain pousse au crime

USA - 2008 à 2013 (Saison 1 : 7 épisodes - Saison 2 : 13 épisodes - Saison 3 : 13 épisodes - Saison 4 : 13 épisodes - Saison 4 : 16 épisodes - Saison 5 et fin : 16 épisodes). Série créée, produite et écrite par Vince Gilligan. Avec Bryan Cranston (Walter White), Aaron Paul (Jesse Pinkman), Anna Gunn (Skyler White), Dean Norris (Hank), Betsy Brandt (Marie), R.J. Mitte (Walter Jr.), Krysten Ritter (Jane Margolis), ... 

L'intégrale des saisons 1 à 5 est disponible en dvd.

 Breaking Bad - imdb

Photo : copyright : imdb.com 

SCENARIO : Walter White travaille comme professeur de chimie dans un lycée d’Albuquerque au Nouveau Mexique. Skyler, sa femme, attend leur deuxième enfant tandis que le premier, Walt Jr., souffre d’un handicap moteur. Traversant la crise de la cinquantaine, Walt découvre aussi qu’il est atteint d’un cancer du poumon à un stade avancé. Incapable de payer la chimiothérapie avec son seul salaire de prof et soucieux d’assurer l’avenir de sa femme et de ses enfants, Walt décide de mettre à profit ses brillantes connaissances en chimie pour fabriquer de la methadone crystal (crystal meth en VO). Il s’associe avec Jesse Pinkman, petit dealer versatile et sans envergure qui fut un de ses anciens élèves. Une alchimie digne de chien et chat. Malgré leurs différences et nombreux désaccords, les deux compères se lancent dans le trafic de drogue…

COMMENTAIRE : Etonnante, choquante, hilarante, brillante, … autant de qualificatifs pour décrire cette série due à l’imagination de Vince Gilligan, autrefois producteur et scénariste sur « X-Files », série fantastico-policière de Chris Carter. Si le propos de départ a de quoi choquer (comment un honnête citoyen se transforme en criminel), c’est avant tout à une critique corrosive de l’ « American way of life » que se livre « Breaking Bad ».

Bryan Cranston, l’acteur principal, expliquait dans une interview que le système de soins de santé est organisé de telle façon aux USA que si on n’est pas riche, on a peu de chances de s’en sortir, le coût des soins étant exorbitant. Déjà, rien que le premier épisode nous attrape à la gorge et avec humour, nous interroge : mais qu’est-ce que c’est que ce type en mobilhome et en caleçon fait dans le désert ?

Au fil des choix qu’il fait, Walt se transforme peu à peu en « 3 M » : menteur, meurtrier et manipulateur. Le milieu des trafiquants de drogue étant hyper-compétitif, Walt comprend très vite que s’il veut survivre et s’imposer, il doit prendre les devants, bien souvent malgré lui. Il lui faut donc se débarrasser de deux dealers qui finiront…on vous laisse la surprise, mais elle est à la fois horrible et hilarante. Curieux mélange, un peu comme en chimie quand vous prenez du nitrate et de la glycérine, avec le résultat que l’on sait. A cet égard, la relation entre Walt et Jesse relève aussi d’un mélange aussi explosif qu’étonnant. Quand il était prof, Walt devait éduquer Jesse, cancre inculte. Aujourd’hui, c’est Jesse qui « éduque » Walt au monde de la drogue. Pourtant, c’est souvent Walt qui doit secouer Jesse et le ramener à la raison tant le jeune homme part en vrille, notamment parce qu’il n’a pas de véritable but dans l’existence et aussi parce qu’il fume un peu trop du produit qu’il est censé vendre. La relation « père / fils » entre les deux zigotos atteint son apogée de drôlerie dans l’épisode où ils se retrouvent bloqués en plein désert, dans le mobilhome où ils fabriquent leur drogue.

En parallèle, nous assistons à cette lente évolution, inexorable du personnage principal de « Breaking Bad ». Walt n’aime pas particulièrement se comporter de la sorte mais quelque part, les circonstances l’y obligent. Et à ce niveau, la série réussit le tour de force de ne pas jouer la carte du jugement. Plutôt que de dire : « Regardez ce que fait ce type, c’est ignoble et profondément amoral », le créateur, Vince Gilligan, nous propose de réfléchir à ce que nous ferions si nous étions à la place de Walter White.  Et surtout, la série pose avec acuité la question de savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour sauver les apparences, pour se conformer aux normes sociales tout en sortant la tête hors de l’eau.

Souvent dépassé par les événements, il n’en reste pas moins humain, que ce soit avec son fils et sa femme Skyler. Pourtant, celle-ci n’est guère sympathique ni attachante, fort centrée sur elle-même et ses besoins, comme certaines femmes américaines peuvent l’être. On se demande parfois d’ailleurs ce qu’ils font ensemble, tant ils sont différents. Autre curieuse alchimie.

Plus loin dans l’introspection, la série nous fait vivre de beaux moments, notamment celles où Walt se retrouve seul, dans sa voiture, sur un pont au-dessus d’une autoroute, regardant le flot des voitures qui passent, un peu comme le fil de la vie qui s’écoule. On comprend la mélancolie mêlée à un sentiment viscéral de survivre qui anime le personnage. Un homme triste et désespéré poussé dans des situations souvent inextricables. Il va de plus en plus loin tout en essayant de combiner au mieux ses deux vies, celle de père de famille et de dealer de meth.

Et puis, « Breaking Bad », c’est aussi la rencontre avec des personnages aussi frappés que déjantés : Jesse Pinkman, le jeune dealer associé de Walt, à la fois paumé et limite débile tout comme celui d’Hank, le beau-frère de Walt, agent anti-drogue. On se demande : mais d’où ils sortent ces deux-là ? Hank, le gros beauf par excellence, a pourtant des qualités humaines insoupçonnées tout comme Jesse. Citons encore Jane, petite amie éphémère de Jesse ; Tuco, le dealer colérique et impulsif ; le couple de camés débiles auquel Jesse se frotte et qui, appâté par l’argent, n’arrive pas à forcer un distributeur de billets arraché à un mur et qui trône là au milieu de leur salon jonché de déchets ; les petits dealers Badger et Skinny Pete, …

Bref, toute une galerie de gens étranges, cinglés, marrants et dangereux à la fois. Personne n’est vraiment bon ni totalement méchant, nous assistons aux réactions de personnages à facettes multiples ; ce qui les rend profondément humains. En filigrane, un humour omniprésent et bien distillé : sans jamais se prendre au sérieux ni faire la morale, « Breaking Bad » joue avec intelligence sur le côté absurde et délirant des situations vécues par Walt et Jesse.

Enfin, « Breaking Bad », c’est aussi un saisissant portrait d’une autre Amérique, pas celle des gagnants mais celle de ceux qui essayent de s’en sortir coûte que coûte. Junkies défoncés, dealers violents, escrocs, jeunes paumés, flics borderline ; … les contrastes ne manquent pas. On est bien loin des séries glamour mais sans complaisance pour le glauque, non. Ici, c’est plutôt l’Amérique « middle class » qui tente de survivre dans un monde de plus en plus violent et cruel, un monde de plus en plus incompréhensible.

Aux USA, la saison 3 démarre en mars 2010, la suite promet de nous emmener vers de nouvelles aventures totalement imprévisibles. Là réside la force de « Breaking Bad » : que va-t-il se passer après ? Impossible à dire ! Avec « Dexter », ce sont probablement les deux séries du moment qui manipulent le mieux le spectateur. Un régal. Maintenant, cette série ne conviendra sans doute pas à un public habitué aux bonnes manières et vite choqué par le langage ordurier. Ames sensibles, passez votre chemin, ceci risque de vous dégoûter. Même pris au second degré.

Dans le rôle de Walt, Bryan Cranston livre une prestation fabuleuse, couronnée de deux « Emmy Award » (les oscars de la télé américaine), gagnant deux années de suite, en 2008 et 2009, le prix de meilleur acteur principal dans une série dramatique (Outstanding Lead Actor in a Drama Series). La série elle-même a récolté aussi de nombreux prix et nominations (nommée au Golden Globe avec 7 autres victoires et 9 nominations). 

Voyez ici le récapitulatif de la saison 1 sur « You Tube » :

 

 

BREAKING BAD – Saison 5 : un final attendu et à la hauteur

Breaking Bad season 5Diffusée fin 2013 sur BE TV (ex-Canal + Belgique).

© AMC - Vince Gilligan Productions

Disponible à la vente en dvd depuis le 21 octobre 2013 (Saison 5 – 1ère partie : 8 épisodes sur 16) et le 13 janvier 2014 (saison 5 – 2ème partie et fin : épisodes 9 à 16/16).

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON FINALE DE "BREAKING BAD"

Lisez ce qui suit sans crainte, aucun « spoiler » ne sera révélé Sourire

AVIS :

Après 5 années de « bons » et loyaux services, Walter White arrête ses aventures de dealer de crystal méthamphétamine. Créateur et scénariste de cette série centrée sur les déboires d’un prof de chimie cancéreux devenu monstrueux dealer, Vince Gilligan clôt sa série de façon satisfaisante. Contrairement à d’autres séries qui n’ont pas su s’arrêter à temps et nous ont livré la(les) saison(s) de trop (on pense à « Dexter », « Les Experts », « Nip/Tuck », …) ; cette série déjantée, tant dans la forme que dans le propos, ne déçoit pas. Contrairement à un Tony Soprano, Walter White ne cherche pas la rédemption et devient de plus en plus monstrueux. Quitte à finir rejeté de tous.

Ce qu’il y a de « chouette » dans « Breaking Bad » (qu’on peut traduire par « tourner mal »), ce sont les situations et les personnages. D’abord, les situations ne sont jamais prévisibles et à notre grand étonnement, partent rapidement en sucette. A cet égard, Vince Gilligan a la bonne idée d’injecter une forme d’humour noir, surtout au travers des situations et bien entendu, des personnages surprenants comme le roi de la drogue Gus Fring ou les potes défoncés de Jesse. La fascination qu’exerce la série sur des millions de fans s’explique en partie par l’évolution opposée de Walt et Jesse : l’un, bon au départ, devient horrible et l’autre, gamin paumé et arrogant, devient un homme sensible et responsable. Etonnant parcours pour ces deux hommes que rien ne prédestinait à la rencontre.

Par contre et curieusement ce n’est que rarement souligné dans tous les articles de presse consacrés à la série ; on regrettera l’image qui est donnée des personnages féminins : une grosse vache perfide et cupide en la personne de Skyler, la femme de Walt et une idiote hystérique et stupide pour Marie, la femme de Hank Schrader, le beau-frère agent des stups. Sans tomber dans la revendication féministe, ce n’est pas très reluisant pour l’image des femmes.

Dans la réalité, certains fans ont même menacé de mort Anna Gunn, la comédienne qui incarne Skyler et créé une page « I hate Skyler White » (30.000 like quand même…). Gêne pour l’actrice, pas vraiment rassurée. De notre côté, on se demande si Gilligan n’a pas eu une enfance tourmentée avec une marâtre ou des petites amies cinglées. Mais bon, arrêtons la psychologie à deux sous.

Pour cette dernière salve d’épisodes, on a de nouveau droit aux magnifiques paysages du Nouveau-Mexique, à Albuquerque où se tournait la série ; à ces moments qui passent, au temps qui s’écoule rapidement et inexorablement. Et à cette étude de la psyché humaine : pourquoi Walt se transforme-t-il ? Quelles sont ses motivations ? Qu’en retire-t-il ? Et Jesse, comment devient-il un homme ? Une espèce de long cauchemar éveillé où le soleil des paysages masque à peine la noirceur désespérée du récit.

Remarquablement écrite et filmée, « Breaking bad » ne déçoit pas jusqu’à sa dernière image, un final grandiose et inattendu. Une fin qui reste ouverte aussi au cas où… Aux dernières nouvelles, le grand patron de la société DREAMWORKS a proposé aux producteurs 75 millions de dollars pour tourner 3 épisodes supplémentaires… Espérons que Gilligan dira non. C’est mieux comme ça.

11:58 Écrit par Manu dans Général, Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

"BREAKING BAD » ou quand le système de santé américain pousse au crime

USA - 2008 à 2013 (Saison 1 : 7 épisodes - Saison 2 : 13 épisodes - Saison 3 : 13 épisodes - Saison 4 : 13 épisodes - Saison 4 : 16 épisodes - Saison 5 et fin : 16 épisodes). Série créée, produite et écrite par Vince Gilligan. Avec Bryan Cranston (Walter White), Aaron Paul (Jesse Pinkman), Anna Gunn (Skyler White), Dean Norris (Hank), Betsy Brandt (Marie), R.J. Mitte (Walter Jr.), Krysten Ritter (Jane Margolis), ... 

L'intégrale des saisons 1 à 5 est disponible en dvd.

 Breaking Bad - imdb

Photo : copyright : imdb.com 

SCENARIO : Walter White travaille comme professeur de chimie dans un lycée d’Albuquerque au Nouveau Mexique. Skyler, sa femme, attend leur deuxième enfant tandis que le premier, Walt Jr., souffre d’un handicap moteur. Traversant la crise de la cinquantaine, Walt découvre aussi qu’il est atteint d’un cancer du poumon à un stade avancé. Incapable de payer la chimiothérapie avec son seul salaire de prof et soucieux d’assurer l’avenir de sa femme et de ses enfants, Walt décide de mettre à profit ses brillantes connaissances en chimie pour fabriquer de la methadone crystal (crystal meth en VO). Il s’associe avec Jesse Pinkman, petit dealer versatile et sans envergure qui fut un de ses anciens élèves. Une alchimie digne de chien et chat. Malgré leurs différences et nombreux désaccords, les deux compères se lancent dans le trafic de drogue…

COMMENTAIRE : Etonnante, choquante, hilarante, brillante, … autant de qualificatifs pour décrire cette série due à l’imagination de Vince Gilligan, autrefois producteur et scénariste sur « X-Files », série fantastico-policière de Chris Carter. Si le propos de départ a de quoi choquer (comment un honnête citoyen se transforme en criminel), c’est avant tout à une critique corrosive de l’ « American way of life » que se livre « Breaking Bad ».

Bryan Cranston, l’acteur principal, expliquait dans une interview que le système de soins de santé est organisé de telle façon aux USA que si on n’est pas riche, on a peu de chances de s’en sortir, le coût des soins étant exorbitant. Déjà, rien que le premier épisode nous attrape à la gorge et avec humour, nous interroge : mais qu’est-ce que c’est que ce type en mobilhome et en caleçon fait dans le désert ?

Au fil des choix qu’il fait, Walt se transforme peu à peu en « 3 M » : menteur, meurtrier et manipulateur. Le milieu des trafiquants de drogue étant hyper-compétitif, Walt comprend très vite que s’il veut survivre et s’imposer, il doit prendre les devants, bien souvent malgré lui. Il lui faut donc se débarrasser de deux dealers qui finiront…on vous laisse la surprise, mais elle est à la fois horrible et hilarante. Curieux mélange, un peu comme en chimie quand vous prenez du nitrate et de la glycérine, avec le résultat que l’on sait. A cet égard, la relation entre Walt et Jesse relève aussi d’un mélange aussi explosif qu’étonnant. Quand il était prof, Walt devait éduquer Jesse, cancre inculte. Aujourd’hui, c’est Jesse qui « éduque » Walt au monde de la drogue. Pourtant, c’est souvent Walt qui doit secouer Jesse et le ramener à la raison tant le jeune homme part en vrille, notamment parce qu’il n’a pas de véritable but dans l’existence et aussi parce qu’il fume un peu trop du produit qu’il est censé vendre. La relation « père / fils » entre les deux zigotos atteint son apogée de drôlerie dans l’épisode où ils se retrouvent bloqués en plein désert, dans le mobilhome où ils fabriquent leur drogue.

En parallèle, nous assistons à cette lente évolution, inexorable du personnage principal de « Breaking Bad ». Walt n’aime pas particulièrement se comporter de la sorte mais quelque part, les circonstances l’y obligent. Et à ce niveau, la série réussit le tour de force de ne pas jouer la carte du jugement. Plutôt que de dire : « Regardez ce que fait ce type, c’est ignoble et profondément amoral », le créateur, Vince Gilligan, nous propose de réfléchir à ce que nous ferions si nous étions à la place de Walter White.  Et surtout, la série pose avec acuité la question de savoir jusqu’où nous sommes prêts à aller pour sauver les apparences, pour se conformer aux normes sociales tout en sortant la tête hors de l’eau.

Souvent dépassé par les événements, il n’en reste pas moins humain, que ce soit avec son fils et sa femme Skyler. Pourtant, celle-ci n’est guère sympathique ni attachante, fort centrée sur elle-même et ses besoins, comme certaines femmes américaines peuvent l’être. On se demande parfois d’ailleurs ce qu’ils font ensemble, tant ils sont différents. Autre curieuse alchimie.

Plus loin dans l’introspection, la série nous fait vivre de beaux moments, notamment celles où Walt se retrouve seul, dans sa voiture, sur un pont au-dessus d’une autoroute, regardant le flot des voitures qui passent, un peu comme le fil de la vie qui s’écoule. On comprend la mélancolie mêlée à un sentiment viscéral de survivre qui anime le personnage. Un homme triste et désespéré poussé dans des situations souvent inextricables. Il va de plus en plus loin tout en essayant de combiner au mieux ses deux vies, celle de père de famille et de dealer de meth.

Et puis, « Breaking Bad », c’est aussi la rencontre avec des personnages aussi frappés que déjantés : Jesse Pinkman, le jeune dealer associé de Walt, à la fois paumé et limite débile tout comme celui d’Hank, le beau-frère de Walt, agent anti-drogue. On se demande : mais d’où ils sortent ces deux-là ? Hank, le gros beauf par excellence, a pourtant des qualités humaines insoupçonnées tout comme Jesse. Citons encore Jane, petite amie éphémère de Jesse ; Tuco, le dealer colérique et impulsif ; le couple de camés débiles auquel Jesse se frotte et qui, appâté par l’argent, n’arrive pas à forcer un distributeur de billets arraché à un mur et qui trône là au milieu de leur salon jonché de déchets ; les petits dealers Badger et Skinny Pete, …

Bref, toute une galerie de gens étranges, cinglés, marrants et dangereux à la fois. Personne n’est vraiment bon ni totalement méchant, nous assistons aux réactions de personnages à facettes multiples ; ce qui les rend profondément humains. En filigrane, un humour omniprésent et bien distillé : sans jamais se prendre au sérieux ni faire la morale, « Breaking Bad » joue avec intelligence sur le côté absurde et délirant des situations vécues par Walt et Jesse.

Enfin, « Breaking Bad », c’est aussi un saisissant portrait d’une autre Amérique, pas celle des gagnants mais celle de ceux qui essayent de s’en sortir coûte que coûte. Junkies défoncés, dealers violents, escrocs, jeunes paumés, flics borderline ; … les contrastes ne manquent pas. On est bien loin des séries glamour mais sans complaisance pour le glauque, non. Ici, c’est plutôt l’Amérique « middle class » qui tente de survivre dans un monde de plus en plus violent et cruel, un monde de plus en plus incompréhensible.

Aux USA, la saison 3 démarre en mars 2010, la suite promet de nous emmener vers de nouvelles aventures totalement imprévisibles. Là réside la force de « Breaking Bad » : que va-t-il se passer après ? Impossible à dire ! Avec « Dexter », ce sont probablement les deux séries du moment qui manipulent le mieux le spectateur. Un régal. Maintenant, cette série ne conviendra sans doute pas à un public habitué aux bonnes manières et vite choqué par le langage ordurier. Ames sensibles, passez votre chemin, ceci risque de vous dégoûter. Même pris au second degré.

Dans le rôle de Walt, Bryan Cranston livre une prestation fabuleuse, couronnée de deux « Emmy Award » (les oscars de la télé américaine), gagnant deux années de suite, en 2008 et 2009, le prix de meilleur acteur principal dans une série dramatique (Outstanding Lead Actor in a Drama Series). La série elle-même a récolté aussi de nombreux prix et nominations (nommée au Golden Globe avec 7 autres victoires et 9 nominations). 

Voyez ici le récapitulatif de la saison 1 sur « You Tube » :

 

 

BREAKING BAD – Saison 5 : un final attendu et à la hauteur

Breaking Bad season 5Diffusée fin 2013 sur BE TV (ex-Canal + Belgique).

© AMC - Vince Gilligan Productions

Disponible à la vente en dvd depuis le 21 octobre 2013 (Saison 5 – 1ère partie : 8 épisodes sur 16) et le 13 janvier 2014 (saison 5 – 2ème partie et fin : épisodes 9 à 16/16).

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON FINALE DE "BREAKING BAD"

Lisez ce qui suit sans crainte, aucun « spoiler » ne sera révélé Sourire

AVIS :

Après 5 années de « bons » et loyaux services, Walter White arrête ses aventures de dealer de crystal méthamphétamine. Créateur et scénariste de cette série centrée sur les déboires d’un prof de chimie cancéreux devenu monstrueux dealer, Vince Gilligan clôt sa série de façon satisfaisante. Contrairement à d’autres séries qui n’ont pas su s’arrêter à temps et nous ont livré la(les) saison(s) de trop (on pense à « Dexter », « Les Experts », « Nip/Tuck », …) ; cette série déjantée, tant dans la forme que dans le propos, ne déçoit pas. Contrairement à un Tony Soprano, Walter White ne cherche pas la rédemption et devient de plus en plus monstrueux. Quitte à finir rejeté de tous.

Ce qu’il y a de « chouette » dans « Breaking Bad » (qu’on peut traduire par « tourner mal »), ce sont les situations et les personnages. D’abord, les situations ne sont jamais prévisibles et à notre grand étonnement, partent rapidement en sucette. A cet égard, Vince Gilligan a la bonne idée d’injecter une forme d’humour noir, surtout au travers des situations et bien entendu, des personnages surprenants comme le roi de la drogue Gus Fring ou les potes défoncés de Jesse. La fascination qu’exerce la série sur des millions de fans s’explique en partie par l’évolution opposée de Walt et Jesse : l’un, bon au départ, devient horrible et l’autre, gamin paumé et arrogant, devient un homme sensible et responsable. Etonnant parcours pour ces deux hommes que rien ne prédestinait à la rencontre.

Par contre et curieusement ce n’est que rarement souligné dans tous les articles de presse consacrés à la série ; on regrettera l’image qui est donnée des personnages féminins : une grosse vache perfide et cupide en la personne de Skyler, la femme de Walt et une idiote hystérique et stupide pour Marie, la femme de Hank Schrader, le beau-frère agent des stups. Sans tomber dans la revendication féministe, ce n’est pas très reluisant pour l’image des femmes.

Dans la réalité, certains fans ont même menacé de mort Anna Gunn, la comédienne qui incarne Skyler et créé une page « I hate Skyler White » (30.000 like quand même…). Gêne pour l’actrice, pas vraiment rassurée. De notre côté, on se demande si Gilligan n’a pas eu une enfance tourmentée avec une marâtre ou des petites amies cinglées. Mais bon, arrêtons la psychologie à deux sous.

Pour cette dernière salve d’épisodes, on a de nouveau droit aux magnifiques paysages du Nouveau-Mexique, à Albuquerque où se tournait la série ; à ces moments qui passent, au temps qui s’écoule rapidement et inexorablement. Et à cette étude de la psyché humaine : pourquoi Walt se transforme-t-il ? Quelles sont ses motivations ? Qu’en retire-t-il ? Et Jesse, comment devient-il un homme ? Une espèce de long cauchemar éveillé où le soleil des paysages masque à peine la noirceur désespérée du récit.

Remarquablement écrite et filmée, « Breaking bad » ne déçoit pas jusqu’à sa dernière image, un final grandiose et inattendu. Une fin qui reste ouverte aussi au cas où… Aux dernières nouvelles, le grand patron de la société DREAMWORKS a proposé aux producteurs 75 millions de dollars pour tourner 3 épisodes supplémentaires… Espérons que Gilligan dira non. C’est mieux comme ça.

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22/02/2010

« LIFE », la vie selon un flic zen

Life tv show© NBC Television

USA - 2007 à 2009 : 32 épisodes (2 saisons). 

Série policière et dramatique créée par Rand Ravich. 

Avec Damian Lewis (Charlie Crews), Sarah Shahi (Dani Reese), Adam Arkin (Ted Earley), Brooke Langton (Constance Griffits, l’avocate de Charlie), Jennifer Siebel Newsom (Jennifer Conover, l’ex-femme de Charlie), Donal Logue (Capitaine Kevin Tidwell), ...

Saisons 1 et 2 (intégrale) disponibles en dvd et diffusées sur RTL-TVI et TF1 depuis 2009.

VOIR UN TRAILER DE "LIFE" (sur YouTube)

SCENARIO : Injustement accusé d’un double meurtre, le policier Charlie Crews passe 12 ans de sa vie en prison. Innocenté grâce à un test ADN, il retrouve la liberté et devient un  homme riche (l’erreur judiciaire coûtera 55 millions de dollars à la justice américaine). Plutôt que de se la couler douce, Charlie décide de réintégrer son ancienne unité de Los Angeles, celle-là même qui l’a fait arrêter.

De retour parmi ses anciens collègues, il fait désormais équipe avec Dani Reese, ancien agent sous couverture qui connaît des problèmes d’alcoolisme. Ensemble, ils enquêtent sur des affaires de meurtre souvent étranges. Dans le même temps, Charlie mène son enquête personnelle afin de découvrir les responsables de son incarcération.

Dans sa quête de vérité, il peut compter sur Ted Earley, sympathique arnaqueur rencontré en taule. Durant son incarcération, Charlie a développé un sens de l’observation très particulier et  voit désormais la vie sous un angle plutôt zen. Des capacités hors du commun qui l’aideront à résoudre plusieurs affaires délicates…

COMMENTAIRE : Encore une énième série de flics que tout oppose et qui finissent par s’entendre à la fin, me direz vous. Et bien oui mais non, comme on dit à Bruxelles. Très originale, cette série de Rand Ravich a de quoi déconcerter plus d’un spectateur averti. Rien que la découverte des cadavres n’a rien de banal : un homme coupé en deux est retrouvé mort dans une maison vide, un autre mort étouffé dans une maison… sans toit, un médecin spécialisé dans le cancer est retrouvé complètement gelé dans son cabinet, etc. ; autant de crimes étranges et à la résolution tout aussi inattendue.

Car loin d’être une série feuilletonnante, « Life » propose à chaque épisode une enquête criminelle et sa résolution. L’intrigue concernant le complot monté contre Charlie est révélé par petites doses, au fil des épisodes, comme les pièces d’un puzzle.

Malgré ses années derrière les barreaux, Charlie a décidé de ne pas sombrer dans l’aigreur et la dépression. Au contraire, c’est un homme presque tout neuf qui sort de prison : il vit désormais sa nouvelle vie comme une libération intellectuelle et spirituelle et surtout, se sent plus heureux qu’avant même si le désir de trouver ceux qui l’ont fait injustement emprisonner le ronge.

Plus qu’une série axée sur la vengeance, canevas scénaristique usé jusqu’à la corde, « Life » nous propose de suivre la vie d’un homme qui voit les choses un peu comme un enfant. Il s’émerveille de toutes les nouvelles rencontres qu’il fait parce qu’il a vécu en dehors du monde pendant 12 ans, écoute des cassettes de méditation zen et mange des fruits, en particulier des pommes et des melons. Un flic peu ordinaire dans une vie qui aurait pu être brisée mais qui, par la force de son mental, prend un nouveau départ.

A y regarder de plus près, « Life » fait aussi la critique à peine déguisée de la société de consommation et du matérialisme à tout prix. Largement indemnisé pour ses « années perdues » derrière les barreaux, Charlie s’achète une belle grande maison mais ne la garnit pas, il n’y a aucun meuble à l’intérieur. Au cours d’une enquête, il tombe amoureux d’une voiture customisée très rapide. Peu après, il rencontre une charmante jeune fille qu’il ne connaît pas et lui offre la voiture.

Comme il a quand même besoin d’une voiture pour se déplacer dans la grande Los Angeles, il finit par se racheter une Maserati dernier modèle. Malheureusement, lors d’une autre enquête, un criminel crible la voiture de balles. Charlie continue pourtant à rouler dans une voiture pleine de courants d’air. Plus tard encore, il retrouve la jeune fille à qui il avait donné sa voiture qui lui rend avec une peinture flower power.

Enfin, Charlie fait confiance à Ted (excellent Adam Arkin, vu dans la série médicale « Chicago Hope ») pour gérer sa fortune alors que c’est un ancien escroc. Si ce n’est pas décalé, ça ? Vous me direz : « Oui, facile quand on est pêté de thunes. » Et bien non, justement car Charlie s’en fiche et poursuit sa vie, le plus sereinement possible tout en n’ayant pas peur d’affronter le danger.

Tous ces exemples donnent une idée du côté profondément décalé, voire absurde de ce qui arrive au héros de « Life ». Dans le même temps, les scénaristes amènent ces nouveaux éléments de manière totalement inattendue et plausible, ce qui rend la vision de chaque épisode vraiment rafraîchissante quand on la compare à un univers de séries généralement archi-peuplé de flics en tous genres.

C’est l’acteur britannique Damian Lewis qui prête ses traits au personnage de Charlie Crews (en 2002, on l’a vu dans l’excellente mini-série de guerre de Steven Spielberg et Tom Hanks : « Band of Brothers » / « Frères d’armes » sur le débarquement en Normandie). Beau rouquin au charme et au charisme indéniables, il apporte beaucoup de profondeur au rôle et cela le rend particulièrement attachant.

On se demande toujours qu’est-ce qu’il va bien trouver pour coincer le criminel de l’épisode. Il faut aussi souligner l’alchimie entre lui et Dani Reese, sa coéquipière, qui se révèle souvent délicate. Celle-ci remet régulièrement en question ses pratiques et ne cache pas son agacement dans la manière toute personnelle qu’a Charlie de résoudre ou d’avancer dans les enquêtes.

Peu à peu cependant, elle va apprendre à le comprendre, tout en essayant de sortir de ses problèmes personnels. La relation avec leur supérieur, le Capitaine Tidwell, flic assez pêté et charmeur, nous amuse aussi énormément car c’est totalement différent de ce qu’on a pu voir comme supérieur hiérarchique jusqu’alors dans d’autres séries.

Injustement boudée par le public américain lors de sa diffusion en 2007 aux USA (trop déroutante pour un public habitué à plus de "pan pan - boum boum" ?), « Life » mérite pourtant le coup d’œil car ses scénarios sont plutôt bien ficelés et rarement prévisibles.

Il faut constater que les résolutions de chaque intrique sont parfois déroutantes mais c’est ce qui fait l’originalité de cette série annulée au bout de seulement 32 épisodes, soit 2 saisons (la saison 1 en comprenait 11 en raison de la grève des scénaristes en 2007 qui a frappé Hollywood et fortement ralenti la production).

Si, au terme de la série, nous n’avons pas toutes les réponses au complot qui a poussé Charlie en prison, les producteurs ont tout de même réussi à livrer une fin relativement satisfaisante et optimiste, sans trop dévoiler la résolution de l’intrigue.

En fait, « Life », c’est un peu la mise en pratique d’un proverbe oriental qui dit « Il ne faut pas être en colère contre les choses car les choses ne s’en soucient pas ». Charlie est entièrement dans cet esprit là même si le désir de vengeance et de justice restent présents tout au fond de sa personnalité.

Dans un des derniers épisodes, Ted, son copain, lui demande, quand Charlie se rend compte qu’il a été dupé : « Comment te sens-tu ? », Charlie répond : « Je me sens en harmonie avec l’univers ». Ted rétorque : « As-tu besoin d’autre chose pour te sentir tout à fait bien ? » Et Charlie de conclure : « Oui, j’ai besoin d’un plus gros flingue ! ». Imparable et drôle.

En ces temps moroses de chômage et de crise économique, n’est-ce pas enthousiasmant de voir un héros lumineux et porteur d’espoir ? Concluons en laissant la parole à Rand Ravich, créateur de « Life » qui résume bien son bébé en ces termes : « J’ai bâti toute la série autour de Charlie Crews, un homme faussement accusé que la prison aurait pu rendre sombre et dépressif, et qui, pourtant, en sort avec la conviction que la vie est aussi fragile que précieuse.

Du coup, la série existe dans la lumière plutôt que dans les ombres. Charlie a faim de tout. Il a faim d’expériences, de lumières, de femmes, de nourriture, d’aventures. C’est pourquoi nous voulions qu’il fasse toujours beau, que ce soit très lumineux.

L’esprit de la série pourrait être « J’aurais aimé être », j’aurais aimé être ce gars capable de survivre à une telle tragédie et devenir un homme meilleur. J’aurais aimé y parvenir. C’est le cœur du personnage, devenu quelqu’un de meilleur à cause d’une tragédie. C’est pour cela que Life parle d’espoir » (repris du magazine français « Séries TV » n°43 de juillet/août 2009).

« Life », la vie tout simplement.

20:29 Écrit par Manu dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |