20/11/2017

STRANGER THINGS (saison 2) : c’est quoi ce truc ?

Stranger Things 2Série fantastique (USA, 2017) des frères Duffer. Saison 2 : 9 épisodes de 50 à 59 minutes.

Disponible sur NETFLIX depuis le 27 octobre 2017.

VOIR UNE BANDE-ANNONCE DE LA SAISON 2

SUJET : en 1984, des enfants découvrent des événements étranges dans leur petite ville. Un laboratoire d’expériences situé non loin de là pourrait être à l’origine de ces phénomènes…

AVIS : Près d’un an après sa diffusion, une suite était-elle nécessaire ? En soi, la première saison avait livré les principales réponses aux questions. On aurait pu en rester là. A l’époque, la série avait été louée pour son hommage aux années 80, sa dramaturgie, ses jeunes acteurs et le retour de Winona Ryder dont la carrière battait de l’aile.

La première salve d’épisodes était une réussite, savant mélange de série pour ados, d’horreur et d’aventures palpitantes, rappelant les « Goonies » à la sauce « Club des Cinq ». Pour cette deuxième fournée, « Stranger Things 2 » démarre – sans doute pour renforcer le sentiment d’identification avec ses jeunes héros – le 28 octobre 1984, soit le lendemain de sa disponibilité sur la plateforme de Netflix.

S’inscrivant dans la continuité de la première saison, elle reprend là où elle s’est arrêtée, en nous plongeant dans la tête du jeune Will, tourmenté par des visions du « monde parallèle ». Elément novateur : une bande de punks braqueurs, possédant des pouvoirs surnaturels comme Onze, la fille au crâne rasé du labo (tiens, cela ne vous rappelle pas Jessica Alba au début des années 2000 dans « Dark Angel » ?).

Afin de ne pas tomber dans la routine, les frères Duffer proposent d’ « éclater » le groupe. Onze a disparu et se trouve quelque part, protégée par un personnage bien connu de la communauté. Dustin, Walt et Mike jouent les « Ghostbusters » durant la soirée d’Halloween tandis que le pauvre Will s’enfonce dans ses visions et a des problèmes de santé.

Et puis ? Et puis pas grand-chose. Visiblement à court d’idées, les frères Duffer multiplient les clins d’œil un peu lourds aux 80’s (les films Halloween, Gostbusters entre autres) tout en tournant en rond avec les visions de Will, répétitives au possible. Nous donner un élement de nature étrange en ouverture d’histoire pour révéler bien plus tard de quoi il s’agit, voilà une technique bien connue de scénaristes comme Vince Gilligan et bien d’autres. Seulement, les Duffer n’ont pas le talent de l’auteur de « Breaking Bad ».

On manque d’intérêt pour cette espèce de scénario, tenant du puzzle épars et surtout foutraque. Un scénario pas très clair dont on se demande bien où il veut en venir On est surtout envahi d’une sorte de gêne, pas à cause du récit soi-disant tendu et mal ficelé mais parce qu’on est face à quelque chose de froid et de distancié. Difficile d’adhérer et de se laisser « happer » dans ce monde froid et sinistre.

Dans le même temps, la série se contredit en ayant la nostalgie de ces années-là tout en dénonçant les progrès de la science, symbole du mal absolu menaçant la survie de la communauté. Les frères Duffer sont nés durant ces années-là mais ne les ont pas connues. Alors, leurs leçons à la petite semaine, personnellement : rien à cirer. Les années 80, c’étaient aussi des merveilles comme les premières consoles de jeux Atari, les premiers ordinateurs, les premières images de synthèse et le son stéréo à la télé. Et cela n’a pas détruit le monde par la suite…

Lors d’une interview, les créateurs insistaient sur le fait que les adultes pourront s’identifier au shérif et à Winona Ryder tandis que les plus jeunes se reconnaîtront dans la bande de gamins. Oui mais seulement les adultes ne sont guère « acteurs », ils subissent plus qu’ils n’agissent. Leur salut ne vient que de personnages secondaires vaguement sympathiques (Sean Astin / Bob, le nouveau boyfriend de Miss Ryder). Quant aux gamins, ce sont des « MacGyver » avant l’heure. Société « adulescente » ?

La presse a souligné l’augmentation des moyens donnés par Netflix aux producteurs pour les nouveaux épisodes, à raison de 8 millions de dollars l’épisode. On se demande où ils sont passés : décors minimalistes, le plus souvent en intérieurs avec quelques acteurs enfermés dans une pièce (oui là, effectivement, cela rappelle « MacGyver » au début, une série de fauché avec 4 gugusses dans un placard). Et les effets spéciaux ? Ils ne sont pas vraiment ratés mais pas franchement réussis non plus. Presque du « stop motion » sans la poésie du génie Ray Harryhausen. A croire que la production a englouti le budget avec la représentation des « Démogorgon », encore eux. Lassant.

Plus ennuyeux et je n’ai pas l’impression de devenir un vieux con, m’émerveillant encore pour des nunucheries comme « La légende de James Adams et de l’Ours Benjamin » ; c’est qu’en tant qu’adultes gardant son âme d’enfant, on sent vite qu’on est face à un programme s’adressant à un public d’âge mental de 10 à 12 ans maximum. Autre souci, le manque de cohésion au sein du groupe. OK pour l’ « explosion » du groupe mais chaque gamin fait son truc et se demande ce que ça va donner. Du coup, on ne se sent pas vraiment concerné car c’était la magie du groupe qui faisait jaillir l’étincelle.

L’apparition de nouveaux personnages comme la gamine rousse et son frangin, un beauf insupportable, laissent supposer qu’il fallait attirer un public féminin de préadolescentes. Un sale type ressemblant vaguement à Robert Downey Jr. dans sa jeunesse. Quel est l’intérêt de ce beauf dans l’histoire ? La série n’y répond pas. Ce sera sans doute révélé dans la saison 3, voire 4 puisque Netflix en a déjà commandé deux supplémentaires. Ah bon ? Est-ce souhaitable ? A part l’interprétation de qualité, il n’y a pas grand-chose à sauver dans cette seconde salve, parfaitement dispensable.

Bref, on s’en fout. Lorsque la fin est finalement révélée, on se dit : « Mais c’est quoi ce truc ? Tout ça pour ça…» On aura souvent regardé sa montre, en se demandant si on n’a pas perdu 9 heures de notre vie qu’on aurait pu consacrer à autre chose. Passons et oublions. Dommage.

15:49 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/10/2017

MINDHUNTER : dans la tête des tueurs en série

Mindhunter

Série policière dramatique (USA – 2017) de 10 épisodes de 36 à 58’ sur NETFLIX depuis le 13 octobre 2017. Créée par Joe Penhall d’après le livre de John Douglas et Mark Olshaker.

Avec Jonathan Groff (Holden Ford), Holt McCallany (Jim Tench), Hannah Gross (Debbie Mitford), Anna Torv (Wendy Carr), Cotter Smith (chef d’unité Shepard), …

VOIR LA BANDE-ANNONCE OFFICIELLE DE « MINDHUNTER »

PITCH : A la fin des années 70, Holden Ford et Jim Tench, agents du FBI du département des sciences du comportement, décident de décrypter les comportements criminels en allant à la rencontre de tueurs en série…

AVIS : chaque série de David Fincher crée l’événement. Il y a 5 ans, « House of Cards » suscitait l’engouement en proposant 2 points forts : un grand nom du cinéma dans une série (Kevin Spacey) et une série jamais diffusée à la télévision mais sur Internet (Netflix). Pourquoi une série sur les tueurs en série ou plus précisément une plongée dans leurs esprits ? Parce que depuis leur apparition, ces monstres fascinent. Si le phénomène semble principalement américain, l’Europe et le Royaume-Uni ont également connu ce type de personnalités déviantes avec les Dutroux, West et autres Fourniret.

Quand on pense à la carrière de David Fincher, le premier film qui vient à l’esprit est « Seven » voici déjà 21 ans. Ou encore « Zodiac » en 2007. On se rend compte que le sujet fascine également le cinéaste. Autre grand nom attaché à la production de « Mindhunter » : Charlize Theron, lauréate d’un oscar pour son incarnation d’une tueuse en série lesbienne dans le très poisseux « Monster » en 2003. Le cinéma n’a visiblement pas tout dit sur le sujet. Une série télé semble la forme la plus appropriée pour développer la question de manière plus approfondie.

Evidemment, dans le genre, on a déjà eu droit depuis 13 ans à l’inévitable « Esprits criminels » avec son tueur de la semaine. Même « Les Experts » et ses déclinaisons à Miami et New York et bien d’autres ont exploité le filon. Jusqu’à la corde. Souvent sans grandes nuances. En 1996, il y avait bien « Millennium », sans doute la plus proche de la réalité mais trop sombre et trop en avance sur son époque. Dès lors, comment relancer l’intérêt ? En remontant à la source, à l’enfance tourmentée de ces futurs tueurs, à une sorte de chemin exploratoire et psychanalytique au cœur de leur cerveau. Evidemment, les agents de « Mindhunter » se rendront compte que la démarche a quelque chose de profondément déstabilisant, à la limite écœurant. Mais sans trop attendre, elle apporta des informations précieuses au bureau des sciences du comportement, une agence bien réelle.

Dans la réalité, Joe Penhall, créateur de la série, s’est basé sur le livre de John Douglas et Mark Olshaker « Agent spécial du FBI enquête sur les serial killers », sorti fin des années 90 et réédité à l’occasion de la sortie de la série. Véritable légende du FBI, Douglas a rencontré des dizaines de tueurs en série et établi leur profil. Négociateur de prises d’otage et créateur de la première unité de profilage du FBI, Douglas a ouvertement inspiré le personnage de Ford. Avant la série, Douglas avait déjà servi de modèle à l’écrivain Thomas Harris, auteur du « Silence des Agneaux », créant l’agent fictif du FBI Jack Crawford. En France, Stéphane Bourgoin, parti à la rencontre de plus de 70  tueurs en série, fait autorité avec plusieurs ouvrages sur le sujet.

Revenons à « Mindhunter ». Spécialisé dans la négociation face à des preneurs d’otages, le jeune Holden Ford – qui partage une curieuse ressemblance faciale avec le Président français Emmanuel Macron - pense qu’il y a moyen de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête d’un criminel. Son instinct lui dit qu’il y a quelque chose à découvrir sur le plan psychologique. Mais l’époque (fin des années 70) semble peu propice à s’aventurer sur un tel terrain. La série nous le fait comprendre lorsque Ford se retrouve face à des flics expérimentés pour qui les traditionnelles méthodes d’enquête suffisent (indices, interrogatoire des suspects, …). De même que pour les jeunes recrues du FBI à Quantico (Virginie) où tirer et éliminer la cible semble un but en soi. Mais il faudra trouver la validité académique en faisant appel à une spécialiste en psychologique, la froide mais fascinante Wendy Carr (magnifique Anna Torv qu’on avait peu revu depuis la fin de « Fringe »).

Malgré son inexpérience, Ford dispose d’un bagout certain et parvient à convaincre son boss de l’utilité de creuser la question. Il se voit adjoindre Jim Tench, une vieille « bête » plus au fait du comportement criminel. Plus « basique » dans sa réflexion et ses méthodes d’interrogatoire, il représente la police d’avant tout en ayant l’esprit suffisamment ouvert pour participer à la police de demain. En tous cas, il parvient à remettre les pieds sur terre du jeune agent, très (trop ?) idéaliste. Malgré leurs différences, le duo fonctionne plutôt bien. La bonne idée de casting étant d’avoir confié les rôles à de relatifs inconnus, Jonathan Gross a joué dans « Glee » et Holt McCallany, un routinier du genre policier avec diverses séries policières (Les Experts : Miami, Esprits criminels, New York section criminelle)  et 2 films de Fincher (Alien 3, Fight Club).

Dans leur quête de comprendre ce qui se passe dans la psyché des « tueurs à séquence », terme d’abord utilisé avant de trouver celui bien connu de tueurs en séries, réside un vieux fantasme des forces de l’ordre : prévenir ou empêcher les crimes avant qu’ils ne se produisent, comme le proposait « Minority Report » de Spielberg, d’après Philip K. Dick.

Autant vous prévenir, « Mindhunter » n’est pas une série d’action. Tout se passe lentement, pas à pas, comme une étrange ballade au cœur d’un paysage désolé et sans espoir, celui de l’esprit des tueurs en série. La première demi-heure du premier épisode peine à accrocher mais tenez bon. La plupart des scènes baigne dans une couleur jaune et noire, parfois grise. Même les scènes de jour se déroulent dans une grisaille sombre et quasiment déprimante.

Par effet miroir sur les personnages et leurs vies, les relations de couple sont dans cette continuité : ni Ford, ni Tench n’ont de vraies relations épanouies avec leurs compagnes. Ford s’amourache d’une étudiante d’université plutôt manipulatrice et qui s’amuse à le décoincer. Pour quels lendemains ? Tandis que Tench s’efforce de continuer à faire plaisir à sa femme en adoptant un gamin silencieux et visiblement autiste. Quand on observe les portraits de femme peu attirants que dresse la série, on en vient à se demander avec amusement si Fincher n’a pas eu des problèmes avec sa mère, comme les tueurs montrés dans « Mindhunter ».

Bref, pas question de chasser le tueur en série en journée et de rentrer pépère à la maison le soir. Les tueurs qu’il rencontrent affectent leur vie et leurs pensées, comme l’obsession pour les chaussures de femmes du répugnant Brudos. Plus folklorique, l’énorme Ed Kemper se prend d’amitié pour Ford jusqu’à un point insoupçonné qu’on ne spoilera pas ici. D’autres dingues viennent compléter la galerie, avec une forme d’humour noir sous-jacent bienvenu pour égayer la lourdeur du propos.

Composée de 10 épisodes de durée variable, « Mindhunter » n’a pas encore livré tout son potentiel et c’est tant mieux. Très maîtrisée, cette première fournée d’épisodes se laisse voir avec grand intérêt, sans tomber dans la déprime à la fin de la vision. La recréation de cette période des années 70 tient de la perfection, tout est pensé dans les moindres détails, des costumes aux voitures, en passant par les technologies et les décors. Au début de presque chaque épisode, un étrange type à moustache, installateur de systèmes de surveillance, rôde dans des maisons. Qui est-il ? Que veut-il ? Patience… Enfin, mention spéciale à la musique de Jason Hill, parfaitement dans le ton et envoûtante à souhait.

12:21 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2017

BILLIONS (saison 2) : le « bon », la brute et l’ambigu

BILLIONSSérie dramatique et judiciaire (USA - 2016) créée par Brian Koppelman, David Levien, Andrew Ross Sorkin. Toujours en cours de production. Deux saisons comprenant 24 épisodes à la date du 28/08/2017.

Avec Paul Giamatti (Chuck Rhoades), Damian Lewis (Bobby Axelrod), Maggie Siff (Wendy Rhoades), Malin Akerman (Lara Axelrod), David Costabile (Mike « Wags » Wagner), …

Saison 1 (12 épisodes) disponible en dvd et Blu-Ray. Diffusée sur SHOWTIME aux USA et sur BE TV (Belgique) et Canal + en France.

VOIR LA BANDE ANNONCE DE « BILLIONS »

« Billions » (Milliards) fait partie des nouvelles séries à suivre. Suite à la crise monétaire mondiale de 2008, l’affaire Madoff et autres scandales ; elle est bien dans l’air du temps. A l’heure où d’un simple coup de fil, un type peut faire basculer des milliers, voire des millions de vies, dans la précarité, elle a d’autant plus d’utilité. Rassurez-vous, pas de discours en bourse ou de chiffres abstraits incompréhensibles pour le commun des mortels. On peut parfaitement voir et comprendre « Billions » sans s’intéresser aux marchés ni à l’économie.

Plutôt que de perdre le spectateur dans une multitude de personnages (un écueil auquel n’a pas échappé « Lost » par exemple), les scénaristes ont décidé de se la jouer à l’ancienne, de montrer le visage d’une Amérique duale. Le bien contre le mal. Mais pas tant que ça à mieux y regarder. D’un côté, Chuck Rhoades, procureur de l’état de New York et fils à papa aux ambitions politiques. De l’autre, Bobby Axelrod, un milliardaire parti de rien et qui, d’acquisitions en fusions, ne sait plus que faire de son argent. Justice contre monde des affaires. Attention, mesdames et messieurs, le match des titans va commencer et ça va faire mal !

Soucieux d’aligner les procès retentissants et médiatisés, Rhoades soupçonne Axelrod de malversations en tous genres. Là où la série devient particulièrement intéressante réside dans son traitement du bien et du mal : l’ambiguïté y est constante. Alors, OK, le procédé ne date pas d’hier mais quand deux acteurs formidables s’y mettent, on a toutes les raisons de se réjouir. A travers son comportement et sa manière de « faire ce qui est juste », Rhoades dégage quelque chose de vraiment malsain. Certes, Rhoades a du pouvoir mais pas comme Axelrod. Dès lors, tous les coups tordus (ou presque) sont permis pour faire tomber Axelrod. Son obsession envers le milliardaire relève de la pathologie pure et simple. On a plutôt tendance à le rejeter qu’à le soutenir alors qu’il représente le « bon ».

Souvent frustré de ne pas voir la justice triompher, l’homme de loi recherche des sensations fortes, le grand frisson. Adepte de pratiques sado-maso, il entretient des relations difficiles avec sa femme Wendy (Maggie Siff de Sons of Anarchy) qui travaille comme psychologue… dans l’entreprise d’Axelrod ! Un chassé- croisé amoureux pimente la sauce puisqu’Axelrod tourne également autour. La suite, vous l’aurez compris, ne va faire qu’envenimer les choses. A ce niveau, la série manque de réalisme. Difficile, dans la vie de tous les jours, d’imaginer mari et femme dans une telle situation, sans qu’aucun conflit d’intérêt ne leur soit rappelé. Dans son incarnation de « Chuck » Rhoades, Paul Giamatti étonne, plutôt habitué aux rôles de loser ou de comique dépressif (l’excellent « Sideways » en 2004). Par moments, sa moue irritée et ses yeux qui roulent ont tendance à déforcer son jeu. Mais il maîtrise mieux son personnage dans cette deuxième fournée d’épisodes.

Du côté d’Axelrod, nous sommes étrangement surpris de le trouver sympathique malgré ses airs sournois. Damian Lewis a une tête qui inspire confiance, on se souvient du touchant capitaine de l’armée américaine dans la mini-série de guerre « Frères d’armes » ou du flic déjanté de « Life ». Mais pour le plus grand nombre, il reste associé à « Homeland », série inquiétante détricotant comment un militaire patriote sombre dans le terrorisme. Homme de famille très attaché à sa femme et ses deux fils, Axelrod semble pleinement équilibré. Big boss dans la vie, à la maison c’est plutôt lui le dominé avec Madame qui porte la culotte (Malin Akerman, horrible à souhait). Comme tout bon businessman qui se respecte, son plaisir réside avant tout dans le fait d’écraser ses ennemis par ses manigances. Alors quand il peut se « payer » Rhoades…

Mais sa personnalité est plus complexe qu’il n’y paraît. Plutôt que de se pavaner dans des restos de luxe, il préfère aller manger une pizza dans un snack ordinaire tenu par un vieil italo-américain (au passage, on pense à Frank Underwood et son copain Freddie, roi des spare ribs dans « House of cards »). Ces éléments contribuent à flouter plus encore le visage du mal supposé. Un brave type, d’apparence ordinaire, qu’on pourrait croiser au détour d’une rue ou d’un café.  Acteur génial, Damian Lewis possède déjà un je ne sais quoi d’ambigu et joue tous ses rôles avec la faculté qu’a un caméléon de changer de couleur. On ne pense plus du tout à « Homeland » en le voyant, la preuve qu’il échappe à toute étiquette. Cela dit, il avait parfois la fâcheuse tendance à surjouer par des petits rictus et autres mimiques bizarres trop présentes dans la 1ère saison. Heureusement, elles font place à un jeu plus habité cette fois-ci.

De manipulations en trahisons, « Billions » nous apporte son lot de coups de théâtre. Mais en finesse. Pas de grands coups d’éclat. Le glissement vers l’inéluctable s’opère subtilement. A travers cette stratégie de qui aura la peau de l’autre le premier, l’analogie avec le jeu d’échecs paraît plus qu’évidente. De manière un peu lourde, un épisode nous montre le procureur en train de jouer aux échecs dans un parc de New York, avant de passer la main à un gamin annonçant un nouveau Bobby Fisher. Les scénaristes prennent un malin plaisir à jouer avec notre esprit de déduction et nous défient de prévoir la suite. A ce niveau, la série est assez réussie. Les créateurs et scénaristes Brian Koppelman et David Levien étaient aux commandes des films « Ocean’s Thirteen » (Clooney et sa bande) et surtout « Runaway Jury », avec Gene Hackman, excellent film critique sur la justice et sa soi-disant impartialité. Quant à Andrew Ross Sorkin, il s’était fait les dents sur une autre série (Too big to fail).

Comme l’a écrit un critique américain, « Billions » possède du style, une certaine classe et surtout quelque chose dans le ciboulot. Les créateurs et scénaristes nourrissent des personnages à la fois complexes et intéressants, à défaut d’être attachants. Cette « inhumanité » des personnages pourra en rebuter plus d’un. Mais ils parviennent à nous tenir en haleine durant 12 épisodes d’une heure. Si la 1ère saison avait les défauts d’une mise en place laborieuse et de se perdre parfois en bavardages longuets, la 2ème saison se renouvelle astucieusement et fait mieux que la première. Plutôt bienvenu en ce moment quand les deuxième saisons décevantes sont légion, on donne tout au début et puis patatras, c’est la dégringolade (Mr. Robot et bien d’autres). Bref, pas totalement réussi mais mérite tout de même un petit détour.

18:57 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |