09/11/2014

« BANSHEE » : et si on était quelqu’un d’autre ?

BANSHEEPhoto : © CINEMAX

Série dramatique (USA, 2013 - 2013) créée par Jonathan Tropper et David Schickler, produite par Alan Ball, Greg Yaitanes et Peter Macdissi.

2 saisons de 10 épisodes chacune. Diffusée sur Canal + France et Canal + Séries, inédite en Belgique. 3ème saison en cours de production (en 2014-2015). Saison 1 disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 9 juillet 2014

LE SITE OFFICIEL DE « BANSHEE »

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1 DE « BANSHEE »

Lassé après 5 ans de « True Blood », Alan Ball jette l’éponge. Bonne idée car la saga de vampires commençait à sentir le faisandé (lire ici le dossier « True Blood »). Visiblement en panne d’inspiration, le scénariste oscarisé d’ « American Beauty » et créateur-producteur de la formidable série « Six Feet Under » a voulu se faire plaisir. Quitte à nous malmener.

« Banshee », c’est le nom d’une petite ville (fictive), un bled de Pennsylvanie occupé par une importante communauté d’Amish a priori sans histoires. A priori puisque le maire a engagé un shérif venu d’ailleurs. Sa mission : nettoyer la ville de l’infâme Proctor, criminel notoire et propriétaire de plusieurs affaires louches dont un abattoir (à vous de deviner ce qui s’y passe…).

Dans le même temps, un étranger sort de taule et part pour Banshee retrouver sa petite amie qu’il a perdue de vue depuis 15 ans. On ne sait pas son nom. Il a un passé obscur et survit en montant des arnaques. Mais des gangsters veulent sa peau. Et ça commence fort avec des scènes d’action dignes d’une grosse production hollywoodienne.

Pas de bol pour le shérif, il croise la route de deux sales types dans un bar où l’ex-taulard est de passage. Si ce dernier s’en sort grâce à sa maîtrise des arts martiaux, c’est loin d’être le cas pour l’homme de loi. Ni une, ni deux et l’ancien criminel prend son identité. Voilà ce qu’on peut dire sans trop révéler la suite.

Enfin, si vos nerfs et votre sensibilité le supportent… A nouveau, Alan Ball donne libre cours à ses fantasmes, en nous offrant un spectacle souvent gothique et parsemé de personnages « too much ».

Sorte de western post-moderne (en clin d’œil au « Train sifflera trois fois » où Gary Cooper se retrouve seul contre tous), « Banshee » nous interroge sur ce que nous aurions aimé être. A commencer par le shérif qui le devient à la suite de circonstances inattendues. La loi, ce n’est pas trop son truc mais quand il voit que la petite ville est aux mains d’un autocrate, il passe à l’action. Et ça va saigner !

L’acteur néo-zélandais Anthony Starr (le shérif Lucas Hood) n’était sans doute pas le meilleur choix de casting. Assez fade, il peine à convaincre dans un premier temps vu son manque évident de charisme à l’écran. Il s’en sort mieux dans les scènes de castagne et de poursuites, tout en incarnant assez bien l’ambiguïté.

La bonne idée de scénario est d’avoir créé une tension qui parcourt tous les épisodes et qui repose sur la simple question suivante : et si quelqu’un découvrait qui il était vraiment ? Cela rappelle le Dr. Kimble dans la mythique série « Le Fugitif » qui donna lieu au film avec Harrison Ford.

Seules quelques personnes connaissent son secret : son ex-petite amie Carrie Hopewell ; Sugar Bates (Frankie Faison), un ancien boxeur noir qui tient un bar et enfin Job (Hoon Lee), homosexuel raffiné et spécialiste du hacking.

A nouveau, on retrouve le goût d’Alan Ball (homo revendiqué et militant à la ville) pour les gays fantasques et au caractère bien trempé, à l’image du Lafayette de « True Blood ». Arborant des tenues et des coiffures disco et post-punk, Job a ceci de succulent qu’il sait se battre mais aussi manier le flingue comme le clavier d’ordinateur et les traits d’esprit ! Ce qui donne lieu à des réparties savoureuses entre Hood et Job, sur un ton humoristique plutôt bienvenu au regard de la tonalité de la série, souvent glauque, sombre et même carrément poisseuse.

Le choix de casting d’Ivana Milicevic (Carrie Hopewell) est également curieux. La belle relève plus de la gravure de mode que de l’actrice expérimentée. Carrie est mariée au procureur Gordon Hopewell et a eu des enfants. Elle a refait sa vie et Hood n’y a pas sa place. Malgré tous ses efforts, le passé va la rattraper. Même si elle veut à tout prix être quelqu’un qu’elle n’est pas, les circonstances en décideront autrement. Ici aussi, le personnage est terrorisé à l’idée que quelqu’un découvre sa nouvelle identité (son vrai nom est Anastasia). Elle craint en particulier le très flippant Mr. Rabbit (Ben Cross). Vous découvrirez pourquoi…

Alan Ball connaît ses classiques et a retenu la leçon d’Hitchcock qui disait : « Plus réussi est le méchant, meilleur sera le film ». On n’est pas déçu avec Kai Proctor, gangster très propre sur lui qui, en un instant, passe de la douceur raffinée à la violence la plus rageuse. Chapeau à Ulrich Thomsen qui campe un gangster glacial et terriblement inquiétant. Inoubliable.

Mieux écrit que le personnage de Hood, Proctor est un ancien membre de la communauté Amish qui a tout quitté pour créer son propre business. Il veut quelque chose, il le prend. Malheur à celui qui se trouve sur son chemin. A la différence de Hood et Carrie, il est devenu ce quelqu’un d’autre et ne s’en cache pas, assumant parfaitement sa toute-puissance et assouvissant ses pulsions jusqu’au bout.

Au passage, on retiendra encore le personnage de l’albinos, une montagne de muscles effrayante croisée par Hood en prison. A l’heure où chacun devra régler ses comptes, cela donnera lieu à un combat épique et particulièrement cruel qui éclairera les motivations de Hood et nous en dira plus sur son passé trouble.

N’oublions pas le personnage de Rebecca Bowman (Lili Simmons). Rejetée par la communauté Amish, la jeune femme n’a d’autre choix que de se réfugier chez son oncle Proctor. Tiraillée entre ses origines religieuses et l’ouverture vers une nouvelle vie qu’elle ne soupçonnait pas, l’actrice incarne avec classe le malaise post-adolescent et s’en sort également très bien dans les scènes d’amour.

Car oui, « Banshee » parle aussi d’amour ! Même si c’est plus souvent de manière trash et limite voyeuriste : ça fornique à chaque épisode, quasiment dans tous les coins et Hood multiplie les aventures avec la gent féminine qui raffole de ses « talents ». Là où cela devient plus malsain, c’est quand Proctor reluque sa nièce en maillot de bain et envoie un de ses sbires régler des comptes alors que Rebecca est en pleine partie de jambes en l’air…

Enfin, Alan Ball nous gratifie à nouveau de son goût prononcé pour l’hémoglobine, déjà débordante à souhait dans « True Blood » : du sang, du sang et encore du sang. Hood se fait passer à tabac : ça saigne ; Proctor liquide ses adversaires : ça saigne ; Carrie se défend des attaques d’un sbire de Mr. Rabbitt : ça gicle. Bref, cela en devient par moments carrément grotesque, voire drôle vu le côté « trop ».

Au final, « Banshee » fait penser à un western détourné de ses codes et présenté sous forme de bande dessinée remplie de fureur, de sexe et de sang (l’affiche de la série ressemble à une bd avec le sang qui coule en flaque, vous voilà prévenus).

Souvent gratuitement violente et irréaliste, parfois brouillonne et caricaturale ; elle ne laissera personne indifférent. Sur le plan visuel, elle chamboule le spectateur et ne lui laisse que peu de répit. Regardez bien son générique dont les photos changent à chaque fois avec, en fond sonore, la musique envoûtante de Methodic Doubt. Une découverte en soi.

La saison 2 est déjà en boîte, on espère qu’elle gommera les quelques défauts de cette saison 1 qui ne ressemble vraiment à rien de ce qu’on a pu voir à la télé auparavant. En effet, c’est assez déroutant.

Certains trouveront cela fou, débile, sadique, pervers ou que sais-je encore ; d’autres trouveront cela génial, trop drôle, fou ou fun. Pour notre part, on hésite entre la répulsion et l’attraction. C’est suffisamment intrigant pour donner envie de voir la suite. Une sorte de charme vénéneux en somme. Ce qui explique sans doute pourquoi « Banshee » n’a pas été diffusée en Belgique. C’est du polar, de l’action, du porno, du film de gansters, de la comédie, de la romance, …. Inclassable et dès lors, difficile de la diffuser en prime-time devant un public familial.

Bref, c’est à voir selon votre degré de sensibilité, vous rejetterez ou…vous prendrez votre pied !

19:03 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

01/11/2014

« TREME » : formidable ode à l’espoir

Treme dvd

Photo : © HBO Television - www.entertainmentwallpaper.com

Série dramatique (USA, 2010 - 2013) créée par David Simon et Eric Overmyer. 

Saison 1 : 10 épisodes / Saison 2 : 11 épisodes / Saison 3 : 10 épisodes / Saison 4 et fin : 5 épisodes. Au total, 36 épisodes d’environ 60’ chacun. 

Diffusée d’août 2011 à 2015 sur BETV (ex-Canal + Belgique).

Intégrale disponible en dvd depuis le 1er octobre 2014

VOIR LE GENERIQUE DE « TREME », chanté par Kermit Ruffins

Pour ceux qui croient que « Treme » (prononcez « Traimé ») est une série déprimante, vous avez tout faux. Certes, le propos n’est pas bien folichon. Le pitch ? Après le passage de l’ouragan Katrina en 2005, de nombreux habitants du « Treme », un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans (Louisiane) ont tout perdu, des membres de leurs familles et leurs maisons, ravagées par le vent et les inondations. Comment s’en sortir après un tel désastre ? Comment faire pour garder espoir ? Surtout quand les politiciens locaux et les grands manitous de la Maison blanche promettent monts et merveilles pour finalement se retrouver avec que dalle. Quand le pouvoir public fait défaut et ment, comment rester calme et ne pas sombrer dans la folie ou le désespoir ?

Après « The Wire » (Sur écoute), son excellente série sur le quotidien de flics désabusés, dealers, drogués, politiciens ; David Simon revient avec cette nouvelle chronique, centrée sur le quotidien des laissés pour compte et de ceux que l’Amérique considère comme des « losers ».

Ce qu’il y a de formidable chez David Simon, c’est son empathie et surtout le regard pétri d’humanité, dénué de jugement ou de morale à deux balles, qu’il porte sur les personnes qui traversent des événements horribles. Pour avoir été présent aux USA en 2005 au moment du passage de l’ouragan et en avoir vu les images à Carmel (Californie, ville de Clint Eastwood), je me souviens que le gouvernement américain et les autorités locales avaient été complètement dépassées et n’ont pas fait leur job.

A ce sujet, (re)voyez le documentaire coup de poing « Katrina », réalisé en 2006 par Spike Lee, qui vous donnera un aperçu de l’effroyable situation vécue par les habitants. On y voit d’ailleurs l’acteur Wendell Pierce (Bunk dans « The Wire » et Batiste dans « Treme ») parler de ses parents puisqu’il est originaire de la Nouvelle Orleans.

Qui a oublié ces images passées en boucle à la télé ? Celles de la ville ravagée bien sûr mais encore l’acteur Sean Penn, en train de marcher dans l’eau et de tirer un canot avec un rescapé à bord. Qui a oublié Brad Pitt et Angelina Jolie qui ont conçu et donné des millions pour construire des maisons et y reloger des personnes ayant tout perdu ? Coup de pub à bon compte pour stars qui se prennent pour des « bons samaritains », me direz-vous. Non, pas vraiment. Quand le pouvoir public déconne et fait défaut, la solidarité s’organise. Et c’est là que l’Amérique dévoile ses bons côtés.

Au lieu de faire un show larmoyant et nostalgique (mais parfois lent il est vrai…), David Simon choisit de redonner espoir en suivant divers habitants dans leurs tentatives de se reconstruire, contre vents et marées psychologiques cette fois-ci.

Au fil des épisodes, teintés d’une nostalgie pas du tout déprimante, on suit plusieurs figures du folklore local comme le chef indien Albert Lambreaux ; Antoine Batiste, joueur de trombone et prof d’une fanfare scolaire ; LaDonna Batiste-Williams, tenancière de bar et sœur d’Antoine ; Janette Desautel, chef étoilée qui tente de recréer son propre resto ; Annie, violoniste de rue ; l’horripilant DJ Davis, fan ultime de jazz et de rap ; tous ont quelque chose à nous dire sur la reconstruction de soi, sur la nécessité de ne pas baisser les bras et de voir le meilleur dans chaque situation, aussi pourrie soit-elle.

Mais les personnages les plus attachants sont assurément Terry Colson et Toni Bernette. Celle-ci est une avocate engagée qui enquête sur la mort d’un détenu disparu pendant l’ouragan. Cette figure charismatique et honnête jusqu’au bout des ongles incarne en quelque sorte le double féminin et fictif de David Simon.

Pugnace, rigoureuse, forte et fragile à la fois ; c’est un très beau personnage incarné par Melissa Leo, une grande actrice dont le jeu tout en nuances apporte une densité rarement vue sur un écran de tv et un rôle magnifique pour une femme d’âge mûr.

Toni est mariée à Creighton Bernette (John Goodman, présent uniquement dans la 1ère saison), un idéaliste rude et grossier avec les médias mais dont le discours enragé cache une profonde amertume ; tout en élevant sa fille Sofia, une gamine très mature et intelligente. Menant l’enquête jusqu’au bout, Toni se fera, malgré elle, le porte-voix des défaillances du système et de l’inertie des autorités.

Même combat pour Terry Colson, flic de la criminelle (incarné par un excellent David Morse) qui se verra menacé de mort parce qu’il veut dénoncer la corruption au sein de son unité. Et se retrouve bien seul à mener le combat.

Côté personnages peu reluisants, on citera encore Nelson Hidalgo (Jon Seda, vu dans « Chicago Police »), jeune requin qui veut faire fortune dans l’immobilier et qui changera de regard sur la Nouvelle-Orléans et ses habitants.

Pour alléger le propos parfois très sombre de cette belle chronique, David Simon a le bon goût de nous emmener à la découverte du folklore traditionnel. On y suit les défilés de « mardi gras » où parures et costumes colorés témoignent de l’importance de la conservation de cette mémoire. Et la joie d’avancer ensemble en musique.

Pour amener encore plus de force et de crédibilité au propos, David Simon a invité des artistes de jazz et de rock, dans leurs propres rôles, comme Elvis Costello et Kermit Ruffins, interprète de la chanson obsédante et pleine de vie du générique. Le jazz n’est pas du tout mon truc mais franchement, j’ai été emporté par une vague rafraîchissante et positive de musique qui vous reste longtemps dans la tête après la vision des épisodes.

En substance, le créateur/scénariste et producteur de « Treme », nous dit : « La culture et la musique nous redonnent espoir et force. » Avec cette précision et cette rigueur dignes d’une thèse de sociologie mais sans tomber dans le jargon intello qui passe au-dessus de la tête du commun des mortels.

En effet, chaque épisode constitue une sorte de mini-film (images magnifiques et atmosphère envoûtante), un miracle technique, une perle humaine doublée d’un regard neuf sur la condition sociale de ceux qui ont tout perdu.

Avec « Treme » tout comme « The Wire », David Simon nous offre à nouveau un portrait profondément humain d’une ville à la dérive avec un réalisme et un sens du détail exceptionnels (pour paraphraser la quatrième de couverture de son livre « Baltimore », paru chez Sonatine, dont je vous recommande vivement la lecture).

Hélas, « Treme » n’a pas été grandement suivi aux USA. Normal, l’Amérique n’aime pas voir la face sombre du rêve américain, surtout quand il mène à la pauvreté et à la souffrance morale et financière.

Malgré sa diffusion sur HBO (la chaîne à péage et sans pubs qui a diffusé « The Wire », « The Sopranos », « Oz » ou l’immense succès « Game of thrones »), la 4ème et dernière saison s’est vue reconduite pour seulement 5 épisodes au lieu des 10 habituels. La fin est à la hauteur de nos attentes même si on aurait aimé passer encore un peu plus de temps avec ces chouettes personnages.

Mais le plus important est sans aucun doute le « message » d’espoir qui habite « Treme » (Simon se défendrait d’avoir un quelconque message à faire passer, s’il me lisait…). A l’heure où les gouvernements n’ont que les mots « crises », « mesures d’austérité » et « responsabilité » à la bouche mais ne donnent aucun espoir ou perspectives d’avenir ; c’est au travers d’une fiction télévisuelle, aussi modeste soit-elle, qu’on se prend à trouver un peu de sens à ce monde absurde et futile dans lequel nous vivons. Et cet espoir, c’est quelque chose d’infiniment précieux.

Au final, retenons ceci : David Simon est un grand auteur de scénarios et de séries, en quelque sorte l’héritier de Steven Bochco (Hill Street Blues, La loi de Los Angeles, NYPD Blue, …) tout en étant inclassable car la tonalité de ses créations se veut très réaliste et nourrie aux documentaires de terrain. L’école de la vie en somme. Un grand monsieur dans tous les cas. Respect.

TREME EN DVD ET EN MUSIQUE

Treme dvdPhoto : © HBO Television

Depuis début octobre 2014, les 4 saisons sont en vente dans un coffret reprenant l’intégrale des 36 épisodes.

Une belle idée de cadeau pour Noël ou une série à posséder absolument dans la dvdthèque de tout sériephile averti, avec « The Wire » bien entendu.

 

 

 

Pour les amateurs de musique, la bande originale de la série existe en cd (saisons 1 & 2) :

Treme music

 

« Treme: Music From the HBO Original Series, Season 1 Soundtrack Edition » (Geffen Records)

Photo : © HBO Television - www.entertainmentwallpaper.com

 

TREME music season 2

 

«  Treme, Season 2: Music From the HBO Original Series Soundtrack Edition” (chez Rounder).  

Photo : © HBO Television - filmmusicreporter.com

 

 

 

 

DAVID SIMON : un auteur résolument original

David Simon Treme

© Atlantablackstar

Le créateur de cette série pas comme les autres, est né en 1960. Très jeune, il devient journaliste pour le « Baltimore Sun », un quotidien de la ville du même nom, hélas connue pour son haut taux de criminalité.

Sa rédaction lui demande d’écrire des articles relatifs à des faits divers, en particulier criminels. C’est ainsi qu’il accompagne des policiers d’investigation sur des scènes de crime. Des moments éprouvants que les lecteurs du « Baltimore Sun » découvrent en lisant ses nombreuses chroniques.

Des années plus tard, il décide d’écrire un excellent livre intitulé « Baltimore » où il relate l’expérience qu’il en a tirée. Cela débouchera sur une première série policière « Homicide » (1993 - 1999) qui, sans connaître un gros succès, durera 7 saisons et 122 épisodes sur NBC. Elle durera grâce à d’excellentes critiques et une audience fidèle même si elle n’est pas énorme.

Produite par Barry Levinson (Rain Man, Good morning Vietnam, …), elle suit le quotidien de flics de la criminelle dans un commissariat de Baltimore et accueillera des noms de prestige comme Robin Williams, James Earl Jones, Chris Rock, Elijah Wood, … ainsi que de nombreux acteurs, à leurs débuts, qu’on verra ensuite dans « New York Police Judiciaire » et « Oz » (Dean Winters, Lee Tergesen, Christopher Meloni, …).  

Suivra « The Corner » (2000, seulement 6 épisodes), centré sur le quotidien de dealers au coin (le « corner ») d’une rue. Ensuite arrive le choc avec « The Wire » (2002 - 2008, 60 épisodes), chronique implacable de la vie de policiers, politiciens, dealers, drogués perdus dans la violence de Baltimore. Au final, une série télé exceptionnelle, qualifiée de meilleure série de tous les temps par la majeure partie des critiques. Entièrement d’accord.

Entre « The Wire » et « Treme », citons aussi la minisérie « Generation Kill » (2008, 6 épisodes), une incursion, basée sur une histoire vraie, au cœur de la guerre en Irak où un journaliste du « Rolling stone » suit des troupes sur le terrain.

Enfin, David Simon continue son exploration de la face sombre des Etats-Unis avec « Treme » (lire ci-dessus). Actuellement, l’auteur travaille sur une minisérie intitulée « Show me a hero », qui évoque le cas réel d’une ville confrontée aux tensions raciales, en collaboration avec Paul Haggis qui en dirige plusieurs épisodes.

Haggis a été le scénariste de « Million Dollar baby » de Clint Eastwood et le réalisateur de « Dans la vallée d’Elah », « Les trois prochains jours », « Puzzle ». Dans le rôle principal, on y retrouve Oscar Isaac, nouveau talent aperçu dans « Inside Llewyn Davies », le dernier film des frères Coen et  le thriller « The two faces of January » (2014) avec Viggo Mortensen.

David Simon, un immense artiste à suivre de près.

14:06 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/10/2014

« THE BLACKLIST » (Saison 1) : le retour raté de James Spader à la télé

Blacklist

Photo : © NBC Studios - Universal Television  

Série policière et d’espionnage de Jon Bokenkamp. 

Saison 1 : 22 épisodes diffusés d’août à octobre 2014 sur RTL TVi (chaîne privée luxembourgeoise en Belgique) et sur TF1 en France. Saison 2 en cours aux USA (prochainement diffusée à la télévision).

Sortie annoncée de la saison 1 en dvd et Blu-Ray à partir du 19 novembre 2014. 

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1

PITCH : Raymond Reddington, dit « Red », est un des dix criminels les plus recherchés par le FBI. Un jour, il décide de se rendre aux autorités, à condition de travailler avec la jeune et inexpérimentée Elizabeth Keen. En échange, il promet de livrer au FBI des criminels bien pires que lui, sa « liste noire ». Pourquoi ce souhait de travailler avec Keene et que cherche Red ? Mystère.

MON AVIS : au risque de passer pour un grincheux, ce n’est pas parce qu’une série remporte un large succès qu’elle est forcément de qualité. Horatio Caine des « Experts Miami » me flinguera pour cet affront à ses lunettes de soleil royales mais j’en assume le risque. Certes, « The Blacklist » cartonne en Europe, diffusée en primetime sur les grandes chaînes mais franchement, qu’est-ce que c’est que ce truc ? On nous prend pour des quiches ou quoi ?

« Blacklist » veut nous vendre l’idée qu’un criminel qui aide la police, c’est original. Pourtant, la figure du criminel ou du consultant « spécial » qui aide les flics est omniprésente à la télé ces dernières années (White Collar, Le Mentaliste, Castle, …) et traitée avec autrement plus de brio qu’ici. En plus, c’est oublier un peu vite « Le silence des agneaux » dont ce show reprend également la dynamique de la relation Hannibal / Clarice, soit le vieux manipulateur face à la jeune flic impressionnable. C’est aussi à un pénible mélange entre « Damages » (la jeune inexpérimentée) et « The Americans » (la figure de Tom Keen qui rappelle le duo de Russes infiltrés au cœur de la société américaine) dont « Blacklist » pompe sans vergogne les bonnes idées.

De fait, on se fout bien de savoir quel sombre secret cache Tom, sorte d’ersatz du Philip de « The Americans », mollement incarné par Ryan Eggold. De même, la relation entre Red et Elizabeth est cousue de fil blanc : très vite, on comprend qu’il est son père et qu’il cherche à la protéger. L’intérêt aurait pu résider dans la traque aux terroristes et autres monstres présentés dans chaque épisode. Eh bien non, on les voit tracés en quelques grosses esquisses, réduits à l’état de fantômes qui ne font que passer, malgré la présence de quelques guest stars de poids vues dans d’autres séries (T-Bag de « Prison Break », Dr. Wilson de « Dr. House », Job de « Banshee », …).  

Il a fallu une bonne huitaine d’épisodes avant d’arriver à accrocher. Vers le milieu de saison et le double épisode où un commando cherche à choper Red dans la base ultra-secrète du FBI, on se dit « ça y est, cela devient de mieux en mieux… ». Et bien, non, le soufflé retombe. Un pétard mouillé. Les seuls épisodes potables sont ceux écrits par le scénariste et réalisateur Joe Carnahan (l’excellent polar « Narc » et l’adaptation réussie au cinéma de « L’Agence tous risques » avec Liam Neeson et Bradley Cooper) mais ce ne sont qu’une poignée d’épisodes.

Tout cela est amené avec de gros sabots, sans réel suspense ni tension. Le côté peu attachant de la plupart des personnages n’invite pas à regarder cette série formatée pour le plus grand nombre. Pis, les seconds rôles sont écrits avec les pieds, sans réelle profondeur ni personnalité (hormis peut-être Diego Klattenhoff dans le rôle de l’agent Ressler mais pauvre Parminder Nagra, la Dr. Neela Rasgotra d’ « Urgences » qui a l’air d’une femme en dépression post-partum, tout comme Harry Lenix, le chef black Harry Cooper, mou au possible).

Le choix le plus incompréhensible de casting est sans conteste Megan Boone, absolument pas crédible en agent du FBI, manquant de charisme et de peps. On la verrait mieux en « desperate housewife » qui sort de chez son coiffeur de Beverly Hills qu’en flic de choc. L’actrice nous « offre » une palette d’émotions des plus limitées (je souris, je grimace, je pleurniche). Il y a quand même plein d’actrices à Hollywood autrement plus douées. Pourquoi elle ? Au secours !

Sans doute les seconds rôles sont-ils fades pour permettre à James Spader d’occuper tout l’écran, ce qu’il fait de toute façon sans difficultés. Allez comprendre… Si on le retrouve avec plaisir, succulent en trafiquant en tous genres (enfin, si vous aimez les arrogants imbus de leur personne et franchement crapuleux, ce qui n’est pas mon cas) ; on se dit quand même qu’il aurait mieux faire de revenir dans une série du câble (ce qui était son premier choix) plutôt que dans cette chose indigeste.

Pour le coup, on se dit qu’on ferait mieux de revoir « Boston Justice » où il était impérial en avocat aux joutes mémorables plutôt que de perdre son temps ici. Bref, une bonne idée mal exploitée et au final, un ratage. Et dire qu’il y a une saison 2 en cours… Sans moi.

16:41 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |