01/11/2014

« TREME » : formidable ode à l’espoir

Treme dvd

Photo : © HBO Television - www.entertainmentwallpaper.com

Série dramatique (USA, 2010 - 2013) créée par David Simon et Eric Overmyer. 

Saison 1 : 10 épisodes / Saison 2 : 11 épisodes / Saison 3 : 10 épisodes / Saison 4 et fin : 5 épisodes. Au total, 36 épisodes d’environ 60’ chacun. 

Diffusée d’août 2011 à 2015 sur BETV (ex-Canal + Belgique).

Intégrale disponible en dvd depuis le 1er octobre 2014

VOIR LE GENERIQUE DE « TREME », chanté par Kermit Ruffins

Pour ceux qui croient que « Treme » (prononcez « Traimé ») est une série déprimante, vous avez tout faux. Certes, le propos n’est pas bien folichon. Le pitch ? Après le passage de l’ouragan Katrina en 2005, de nombreux habitants du « Treme », un quartier pauvre de la Nouvelle Orléans (Louisiane) ont tout perdu, des membres de leurs familles et leurs maisons, ravagées par le vent et les inondations. Comment s’en sortir après un tel désastre ? Comment faire pour garder espoir ? Surtout quand les politiciens locaux et les grands manitous de la Maison blanche promettent monts et merveilles pour finalement se retrouver avec que dalle. Quand le pouvoir public fait défaut et ment, comment rester calme et ne pas sombrer dans la folie ou le désespoir ?

Après « The Wire » (Sur écoute), son excellente série sur le quotidien de flics désabusés, dealers, drogués, politiciens ; David Simon revient avec cette nouvelle chronique, centrée sur le quotidien des laissés pour compte et de ceux que l’Amérique considère comme des « losers ».

Ce qu’il y a de formidable chez David Simon, c’est son empathie et surtout le regard pétri d’humanité, dénué de jugement ou de morale à deux balles, qu’il porte sur les personnes qui traversent des événements horribles. Pour avoir été présent aux USA en 2005 au moment du passage de l’ouragan et en avoir vu les images à Carmel (Californie, ville de Clint Eastwood), je me souviens que le gouvernement américain et les autorités locales avaient été complètement dépassées et n’ont pas fait leur job.

A ce sujet, (re)voyez le documentaire coup de poing « Katrina », réalisé en 2006 par Spike Lee, qui vous donnera un aperçu de l’effroyable situation vécue par les habitants. On y voit d’ailleurs l’acteur Wendell Pierce (Bunk dans « The Wire » et Batiste dans « Treme ») parler de ses parents puisqu’il est originaire de la Nouvelle Orleans.

Qui a oublié ces images passées en boucle à la télé ? Celles de la ville ravagée bien sûr mais encore l’acteur Sean Penn, en train de marcher dans l’eau et de tirer un canot avec un rescapé à bord. Qui a oublié Brad Pitt et Angelina Jolie qui ont conçu et donné des millions pour construire des maisons et y reloger des personnes ayant tout perdu ? Coup de pub à bon compte pour stars qui se prennent pour des « bons samaritains », me direz-vous. Non, pas vraiment. Quand le pouvoir public déconne et fait défaut, la solidarité s’organise. Et c’est là que l’Amérique dévoile ses bons côtés.

Au lieu de faire un show larmoyant et nostalgique (mais parfois lent il est vrai…), David Simon choisit de redonner espoir en suivant divers habitants dans leurs tentatives de se reconstruire, contre vents et marées psychologiques cette fois-ci.

Au fil des épisodes, teintés d’une nostalgie pas du tout déprimante, on suit plusieurs figures du folklore local comme le chef indien Albert Lambreaux ; Antoine Batiste, joueur de trombone et prof d’une fanfare scolaire ; LaDonna Batiste-Williams, tenancière de bar et sœur d’Antoine ; Janette Desautel, chef étoilée qui tente de recréer son propre resto ; Annie, violoniste de rue ; l’horripilant DJ Davis, fan ultime de jazz et de rap ; tous ont quelque chose à nous dire sur la reconstruction de soi, sur la nécessité de ne pas baisser les bras et de voir le meilleur dans chaque situation, aussi pourrie soit-elle.

Mais les personnages les plus attachants sont assurément Terry Colson et Toni Bernette. Celle-ci est une avocate engagée qui enquête sur la mort d’un détenu disparu pendant l’ouragan. Cette figure charismatique et honnête jusqu’au bout des ongles incarne en quelque sorte le double féminin et fictif de David Simon.

Pugnace, rigoureuse, forte et fragile à la fois ; c’est un très beau personnage incarné par Melissa Leo, une grande actrice dont le jeu tout en nuances apporte une densité rarement vue sur un écran de tv et un rôle magnifique pour une femme d’âge mûr.

Toni est mariée à Creighton Bernette (John Goodman, présent uniquement dans la 1ère saison), un idéaliste rude et grossier avec les médias mais dont le discours enragé cache une profonde amertume ; tout en élevant sa fille Sofia, une gamine très mature et intelligente. Menant l’enquête jusqu’au bout, Toni se fera, malgré elle, le porte-voix des défaillances du système et de l’inertie des autorités.

Même combat pour Terry Colson, flic de la criminelle (incarné par un excellent David Morse) qui se verra menacé de mort parce qu’il veut dénoncer la corruption au sein de son unité. Et se retrouve bien seul à mener le combat.

Côté personnages peu reluisants, on citera encore Nelson Hidalgo (Jon Seda, vu dans « Chicago Police »), jeune requin qui veut faire fortune dans l’immobilier et qui changera de regard sur la Nouvelle-Orléans et ses habitants.

Pour alléger le propos parfois très sombre de cette belle chronique, David Simon a le bon goût de nous emmener à la découverte du folklore traditionnel. On y suit les défilés de « mardi gras » où parures et costumes colorés témoignent de l’importance de la conservation de cette mémoire. Et la joie d’avancer ensemble en musique.

Pour amener encore plus de force et de crédibilité au propos, David Simon a invité des artistes de jazz et de rock, dans leurs propres rôles, comme Elvis Costello et Kermit Ruffins, interprète de la chanson obsédante et pleine de vie du générique. Le jazz n’est pas du tout mon truc mais franchement, j’ai été emporté par une vague rafraîchissante et positive de musique qui vous reste longtemps dans la tête après la vision des épisodes.

En substance, le créateur/scénariste et producteur de « Treme », nous dit : « La culture et la musique nous redonnent espoir et force. » Avec cette précision et cette rigueur dignes d’une thèse de sociologie mais sans tomber dans le jargon intello qui passe au-dessus de la tête du commun des mortels.

En effet, chaque épisode constitue une sorte de mini-film (images magnifiques et atmosphère envoûtante), un miracle technique, une perle humaine doublée d’un regard neuf sur la condition sociale de ceux qui ont tout perdu.

Avec « Treme » tout comme « The Wire », David Simon nous offre à nouveau un portrait profondément humain d’une ville à la dérive avec un réalisme et un sens du détail exceptionnels (pour paraphraser la quatrième de couverture de son livre « Baltimore », paru chez Sonatine, dont je vous recommande vivement la lecture).

Hélas, « Treme » n’a pas été grandement suivi aux USA. Normal, l’Amérique n’aime pas voir la face sombre du rêve américain, surtout quand il mène à la pauvreté et à la souffrance morale et financière.

Malgré sa diffusion sur HBO (la chaîne à péage et sans pubs qui a diffusé « The Wire », « The Sopranos », « Oz » ou l’immense succès « Game of thrones »), la 4ème et dernière saison s’est vue reconduite pour seulement 5 épisodes au lieu des 10 habituels. La fin est à la hauteur de nos attentes même si on aurait aimé passer encore un peu plus de temps avec ces chouettes personnages.

Mais le plus important est sans aucun doute le « message » d’espoir qui habite « Treme » (Simon se défendrait d’avoir un quelconque message à faire passer, s’il me lisait…). A l’heure où les gouvernements n’ont que les mots « crises », « mesures d’austérité » et « responsabilité » à la bouche mais ne donnent aucun espoir ou perspectives d’avenir ; c’est au travers d’une fiction télévisuelle, aussi modeste soit-elle, qu’on se prend à trouver un peu de sens à ce monde absurde et futile dans lequel nous vivons. Et cet espoir, c’est quelque chose d’infiniment précieux.

Au final, retenons ceci : David Simon est un grand auteur de scénarios et de séries, en quelque sorte l’héritier de Steven Bochco (Hill Street Blues, La loi de Los Angeles, NYPD Blue, …) tout en étant inclassable car la tonalité de ses créations se veut très réaliste et nourrie aux documentaires de terrain. L’école de la vie en somme. Un grand monsieur dans tous les cas. Respect.

TREME EN DVD ET EN MUSIQUE

Treme dvdPhoto : © HBO Television

Depuis début octobre 2014, les 4 saisons sont en vente dans un coffret reprenant l’intégrale des 36 épisodes.

Une belle idée de cadeau pour Noël ou une série à posséder absolument dans la dvdthèque de tout sériephile averti, avec « The Wire » bien entendu.

 

 

 

Pour les amateurs de musique, la bande originale de la série existe en cd (saisons 1 & 2) :

Treme music

 

« Treme: Music From the HBO Original Series, Season 1 Soundtrack Edition » (Geffen Records)

Photo : © HBO Television - www.entertainmentwallpaper.com

 

TREME music season 2

 

«  Treme, Season 2: Music From the HBO Original Series Soundtrack Edition” (chez Rounder).  

Photo : © HBO Television - filmmusicreporter.com

 

 

 

 

DAVID SIMON : un auteur résolument original

David Simon Treme

© Atlantablackstar

Le créateur de cette série pas comme les autres, est né en 1960. Très jeune, il devient journaliste pour le « Baltimore Sun », un quotidien de la ville du même nom, hélas connue pour son haut taux de criminalité.

Sa rédaction lui demande d’écrire des articles relatifs à des faits divers, en particulier criminels. C’est ainsi qu’il accompagne des policiers d’investigation sur des scènes de crime. Des moments éprouvants que les lecteurs du « Baltimore Sun » découvrent en lisant ses nombreuses chroniques.

Des années plus tard, il décide d’écrire un excellent livre intitulé « Baltimore » où il relate l’expérience qu’il en a tirée. Cela débouchera sur une première série policière « Homicide » (1993 - 1999) qui, sans connaître un gros succès, durera 7 saisons et 122 épisodes sur NBC. Elle durera grâce à d’excellentes critiques et une audience fidèle même si elle n’est pas énorme.

Produite par Barry Levinson (Rain Man, Good morning Vietnam, …), elle suit le quotidien de flics de la criminelle dans un commissariat de Baltimore et accueillera des noms de prestige comme Robin Williams, James Earl Jones, Chris Rock, Elijah Wood, … ainsi que de nombreux acteurs, à leurs débuts, qu’on verra ensuite dans « New York Police Judiciaire » et « Oz » (Dean Winters, Lee Tergesen, Christopher Meloni, …).  

Suivra « The Corner » (2000, seulement 6 épisodes), centré sur le quotidien de dealers au coin (le « corner ») d’une rue. Ensuite arrive le choc avec « The Wire » (2002 - 2008, 60 épisodes), chronique implacable de la vie de policiers, politiciens, dealers, drogués perdus dans la violence de Baltimore. Au final, une série télé exceptionnelle, qualifiée de meilleure série de tous les temps par la majeure partie des critiques. Entièrement d’accord.

Entre « The Wire » et « Treme », citons aussi la minisérie « Generation Kill » (2008, 6 épisodes), une incursion, basée sur une histoire vraie, au cœur de la guerre en Irak où un journaliste du « Rolling stone » suit des troupes sur le terrain.

Enfin, David Simon continue son exploration de la face sombre des Etats-Unis avec « Treme » (lire ci-dessus). Actuellement, l’auteur travaille sur une minisérie intitulée « Show me a hero », qui évoque le cas réel d’une ville confrontée aux tensions raciales, en collaboration avec Paul Haggis qui en dirige plusieurs épisodes.

Haggis a été le scénariste de « Million Dollar baby » de Clint Eastwood et le réalisateur de « Dans la vallée d’Elah », « Les trois prochains jours », « Puzzle ». Dans le rôle principal, on y retrouve Oscar Isaac, nouveau talent aperçu dans « Inside Llewyn Davies », le dernier film des frères Coen et  le thriller « The two faces of January » (2014) avec Viggo Mortensen.

David Simon, un immense artiste à suivre de près.

14:06 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/10/2014

« THE BLACKLIST » (Saison 1) : le retour raté de James Spader à la télé

Blacklist

Photo : © NBC Studios - Universal Television  

Série policière et d’espionnage de Jon Bokenkamp. 

Saison 1 : 22 épisodes diffusés d’août à octobre 2014 sur RTL TVi (chaîne privée luxembourgeoise en Belgique) et sur TF1 en France. Saison 2 en cours aux USA (prochainement diffusée à la télévision).

Sortie annoncée de la saison 1 en dvd et Blu-Ray à partir du 19 novembre 2014. 

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1

PITCH : Raymond Reddington, dit « Red », est un des dix criminels les plus recherchés par le FBI. Un jour, il décide de se rendre aux autorités, à condition de travailler avec la jeune et inexpérimentée Elizabeth Keen. En échange, il promet de livrer au FBI des criminels bien pires que lui, sa « liste noire ». Pourquoi ce souhait de travailler avec Keene et que cherche Red ? Mystère.

MON AVIS : au risque de passer pour un grincheux, ce n’est pas parce qu’une série remporte un large succès qu’elle est forcément de qualité. Horatio Caine des « Experts Miami » me flinguera pour cet affront à ses lunettes de soleil royales mais j’en assume le risque. Certes, « The Blacklist » cartonne en Europe, diffusée en primetime sur les grandes chaînes mais franchement, qu’est-ce que c’est que ce truc ? On nous prend pour des quiches ou quoi ?

« Blacklist » veut nous vendre l’idée qu’un criminel qui aide la police, c’est original. Pourtant, la figure du criminel ou du consultant « spécial » qui aide les flics est omniprésente à la télé ces dernières années (White Collar, Le Mentaliste, Castle, …) et traitée avec autrement plus de brio qu’ici. En plus, c’est oublier un peu vite « Le silence des agneaux » dont ce show reprend également la dynamique de la relation Hannibal / Clarice, soit le vieux manipulateur face à la jeune flic impressionnable. C’est aussi à un pénible mélange entre « Damages » (la jeune inexpérimentée) et « The Americans » (la figure de Tom Keen qui rappelle le duo de Russes infiltrés au cœur de la société américaine) dont « Blacklist » pompe sans vergogne les bonnes idées.

De fait, on se fout bien de savoir quel sombre secret cache Tom, sorte d’ersatz du Philip de « The Americans », mollement incarné par Ryan Eggold. De même, la relation entre Red et Elizabeth est cousue de fil blanc : très vite, on comprend qu’il est son père et qu’il cherche à la protéger. L’intérêt aurait pu résider dans la traque aux terroristes et autres monstres présentés dans chaque épisode. Eh bien non, on les voit tracés en quelques grosses esquisses, réduits à l’état de fantômes qui ne font que passer, malgré la présence de quelques guest stars de poids vues dans d’autres séries (T-Bag de « Prison Break », Dr. Wilson de « Dr. House », Job de « Banshee », …).  

Il a fallu une bonne huitaine d’épisodes avant d’arriver à accrocher. Vers le milieu de saison et le double épisode où un commando cherche à choper Red dans la base ultra-secrète du FBI, on se dit « ça y est, cela devient de mieux en mieux… ». Et bien, non, le soufflé retombe. Un pétard mouillé. Les seuls épisodes potables sont ceux écrits par le scénariste et réalisateur Joe Carnahan (l’excellent polar « Narc » et l’adaptation réussie au cinéma de « L’Agence tous risques » avec Liam Neeson et Bradley Cooper) mais ce ne sont qu’une poignée d’épisodes.

Tout cela est amené avec de gros sabots, sans réel suspense ni tension. Le côté peu attachant de la plupart des personnages n’invite pas à regarder cette série formatée pour le plus grand nombre. Pis, les seconds rôles sont écrits avec les pieds, sans réelle profondeur ni personnalité (hormis peut-être Diego Klattenhoff dans le rôle de l’agent Ressler mais pauvre Parminder Nagra, la Dr. Neela Rasgotra d’ « Urgences » qui a l’air d’une femme en dépression post-partum, tout comme Harry Lenix, le chef black Harry Cooper, mou au possible).

Le choix le plus incompréhensible de casting est sans conteste Megan Boone, absolument pas crédible en agent du FBI, manquant de charisme et de peps. On la verrait mieux en « desperate housewife » qui sort de chez son coiffeur de Beverly Hills qu’en flic de choc. L’actrice nous « offre » une palette d’émotions des plus limitées (je souris, je grimace, je pleurniche). Il y a quand même plein d’actrices à Hollywood autrement plus douées. Pourquoi elle ? Au secours !

Sans doute les seconds rôles sont-ils fades pour permettre à James Spader d’occuper tout l’écran, ce qu’il fait de toute façon sans difficultés. Allez comprendre… Si on le retrouve avec plaisir, succulent en trafiquant en tous genres (enfin, si vous aimez les arrogants imbus de leur personne et franchement crapuleux, ce qui n’est pas mon cas) ; on se dit quand même qu’il aurait mieux faire de revenir dans une série du câble (ce qui était son premier choix) plutôt que dans cette chose indigeste.

Pour le coup, on se dit qu’on ferait mieux de revoir « Boston Justice » où il était impérial en avocat aux joutes mémorables plutôt que de perdre son temps ici. Bref, une bonne idée mal exploitée et au final, un ratage. Et dire qu’il y a une saison 2 en cours… Sans moi.

16:41 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/10/2014

« CHICAGO FIRE » (Saison 1) : les pompiers au cœur de l’amour et des flammes

Série dramatique et d’action de Dick Wolf contant le quotidien des pompiers de Chicago.

Chicago Fire season 1

Photo : © NBC Studios - Universal Television – Dick Wolf Productions

Saison 1 : 24 épisodes disponible à la vente en dvd depuis le 10 décembre 2013. Diffusée fin 2013 sur RTL TVi (chaîne privée luxembourgeoise en Belgique) et diffusée en ce moment (octobre 2014) sur 13ème Rue. Saison 2 : 22 épisodes (diffusée à la télévision sur RTL-TVI depuis le 17/10/14 : 2 épisodes par semaine).

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1 

Depuis l’arrêt de sa franchise « Law & Order » (New York Police Judiciaire, NY Section criminelle, NY Cour de justice, …) dont ne subsiste plus que « New York Unité spéciale » ; le créateur et producteur Dick Wolf semblait lassé de la télévision puisqu’il s’est tourné vers la carrière d’écrivain de thrillers policiers : après « Interception », son 2ème opus « Rédemption », tout récemment sorti en librairie, vaut vraiment la peine d’être lu et a été salué par des pointures comme Harlan Coben et Michaël Connelly. Mais l’homme a plus d’une corde à son arc et adore mener de front – et avec quelle intelligence – plusieurs activités.

On pensait que la sombre et déprimante « Rescue Me », contrebalancée par un humour noir bienvenu, avait tout dit sur le quotidien des pompiers avec ses héros du feu alcooliques et hantés par les fantômes du 11 septembre 2001. Mais comparer celle-ci à « Chicago Fire », ce serait comme comparer les séries carcérales « Prison Break » et « Oz ». Aucun intérêt tant les univers et le traitement de ton diffèrent.

Se démarquant totalement de « Rescue Me », Wolf prend le parti de montrer le travail dur et pénible des hommes du feu de Chicago. En ce sens, il a retenu les leçons de la série médicale « Urgences ». Au lieu de multiplier les scènes de bravoure durant les missions de sauvetages (ce qu’on craignait avant d’avoir vu la série…), le producteur - scénariste privilégie plutôt la romance en attisant le feu dans les cœurs des pompiers de cette caserne de Chicago. Les actes de courage - même s’il y en a - passent alors au second plan.

Rassurez-vous, pas de bluette sentimentale ni de soap opera façon « Les feux de l’amour ». Non, à la place, on retrouve une équipe d’hommes et de femmes, parfois clichés (le brave gars, le rigolo, le naïf, le beau gosse viril et sensible, …) mais somme toutes attachants. Des liens se font, d’autres se défont, comme dans la vie.

Leur quotidien est aussi marqué par la cohabitation avec des gangs très violents. Plus étonnant et intéressant : le phénomène de harcèlement est traité de manière frontale et illustre combien une situation a priori anodine peut méchamment déraper, peu importe la vérité, seule importe la victoire au tribunal. Sans oublier la menace de flics corrompus qui exercent une pression psychologique constante au travers du glaçant et brutal Voight (héros du spin-off « Chicago Police » : lire plus loin). Certes, par moments, la série n’arrive pas à se départir d’effets patriotiques typiquement américains et souvent lourds (cf. « Hawaï 5-0 »). Mais tout cela est amené sans trop de gros sabots, alors on lui pardonnera.

Une nouveauté dans l’univers de Dick Wolf et cela doit être souligné : cette série propose une structure feuilletonesque. Il n’y a donc plus une histoire bouclée en un épisode comme dans sa franchise « Law & Order ». Le résumé en début d’épisode permet de prendre le récit en cours de route sans être trop largué.

Outre la surprise de revoir le sympathique Jesse Spencer (Dr. Chase dans « Dr. House ») qui incarne Casey, jeune pompier intrépide et fougueux ; on a surtout l’énorme plaisir de retrouver Eamonn Walker, charismatique chef d’équipe qui incarna l’inquiétant leader musulman Kareem Saïd dans « Oz ». Parmi les seconds rôles, on retrouve aussi Lauren German, starlette de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuse, Hostel 2), aperçue en flic de choc dans la saison 2 d’ « Hawaï 5-0 ».

Voici donc une bonne série, non exempte de défauts mais dont les personnages sont bien écrits et intelligents. Certains diront que c’est une série mineure de Dick Wolf. Pas faux mais pourquoi bouder son plaisir ?

Bref, on a envie de les revoir la semaine qui suit, contrairement à son spin-off « Chicago Police » (Chicago PD en VO) qui semble avoir été écrite à la sauvette tant les personnages ne sont ni attachants, ni étoffés. « CPD » se contente de rester dans les clichés et ne fait que peu évoluer ses personnages. Au final, un pâle ersatz de « The Shield », série policière autrement mieux construite dans sa peinture de l’univers des équipes de flics d’élite qui luttent contre la drogue, les gangs, la bureaucratie et la corruption.

Spin-off oblige, on retrouve certains personnages de « Chicago Fire » (Kelly, Peter, Gabriela, …) qui viennent faire un petit bonjour, sous forme de crossover, histoire d’appuyer la crédibilité de leur petite sœur télévisée. Aux USA, « Chicago Fire » rencontre un certain succès puisqu’une une seconde saison est déjà terminée, en attendant une troisième salve d’épisodes en cours de tournage. Espérons que la suite sera à l’avenant.

CHICAGO FIRE 2 (drame - 22 épisodes) : subtilement attachant Cool

Chicago Fire

Photo : © www.nbc.com - www.rentcafe.com

Disponible en dvd et Blu-Ray depuis novembre 2014

Après une honorable 1ère saison qui rappelait par moments les débuts d’ « Urgences », cette seconde salve fait encore mieux en développant les personnages et leur vie privée.

Evidemment, il y a les inévitables séquences de sauvetage, par ailleurs très réalistes, mais elles n’occupent pas l’avant-plan pour masquer un manque d’épaisseur des personnages.

Au contraire, chaque protagoniste, du plus important au plus secondaire, a droit à son histoire. Les scénaristes réussissent le tour de force de faire mieux que la saison 1 tout en greffant intelligemment des menaces que chacun connaît dans la vie quotidienne (fermeture d’entreprise pour raisons économiques, échec de relations amoureuses, morts injustes, …). Plusieurs crossovers avec la série dérivée « Chicago Police » parsèment la saison mais sans occulter ce qui se passe dans « Chicago Fire ».

 

Les scénaristes aiment leurs personnages et parviennent à les rendre réellement attachants, le Chef Boden en tête (magnifique Eamonn Walker, déjà vu dans la série carcérale « Oz »). Attention au dernier épisode qui comporte un cliffhanger frustrant. Qu’importe, on sera aux premières loges pour la 3ème saison.

13:46 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |