16/09/2014

HANNIBAL - Saison 1 : savoureux et nauséeux

Hannibal

© NBC Television - Gaumont Television - www.coup-critique.fr

Série policière et horrifique créée par Bryan Fuller, d'après le roman "Dragon rouge" de Thomas Harris. Avec Mads Mikkelsen (Dr. Hannibal Lecter), Hugh Dancy (Will Graham), Lawrence Fishburne (Jack Crawford).

Saison 1 : 13 épisodes de 43’, disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 31 octobre 2013.

Sortie de la saison 2 (13 épisodes) annoncée pour le 02 octobre 2014 en dvd et Blu-Ray.

REGARDEZ ICI UN TRAILER DE LA SAISON 1

UN AVANT-GOUT DE LA SAISON 2

AVIS :

Après « Bates Motel » et « Sherlock Holmes » (avec « Elementary », version US), la télé américaine continue à recycler ses « héros », aussi monstrueux soient-ils. Voici donc le retour du Docteur Hannibal Lecter, psychiatre cannibale et tueur en série, dans une série adaptée du roman « Dragon rouge » de Thomas Harris (le cinéaste Michael Mann nous avait déjà offert sa vision dans l’excellent thriller « Manhunter » / Le 6ème sens en 1986). Aux commandes de cette série, on retrouve Bryan Fuller, scénariste et producteur obsédé par la mort ; tantôt comique dans « Dead like me », carrément morbide dans la cultissime « Pushing daisies ».

On se souvient de l’interprétation particulièrement effrayante d’Anthony Hopkins dans « Le silence des agneaux » et ses suites, moins réussies. Curieusement, Fuller a choisi un acteur nordique, Mads Mikkelsen (le méchant « Le Chiffre » dans le James Bond « Casino Royale »), pour jouer le psychiatre pervers. L’acteur a d’ailleurs confié qu’il s’agissait d’une réinterprétation du rôle et non un « copier / coller » du jeu d’Hopkins. Exit donc les petits rires, l’humour cynique, les remarques acerbes et le cabotinage. Personnellement, on aurait préféré James Purefoy, le méchant de « The Following », qui manie l’ironie tout en étant inquiétant, mais cela aurait sans doute trop rappelé son modèle cinématographique.

Plutôt que de multiplier les références aux films, Bryan Fuller fait le choix de s’en démarquer et centre son récit sur les ambiances des scènes de crime et les sensations ressenties par les principaux protagonistes. Bryan Fuller lorgne parfois du côté de l’univers de Chris Carter et ses séries « The X-Files » et « Millennium » puisque nous retrouvons Gillian Anderson (Scully) dans le rôle d’une psy (blonde !) qui supervise Lecter et Lance Henriksen (Frank Black) en tueur vieillissant.

Homme raffiné et gourmet de premier ordre (on se doute de ce que contiennent vraiment ses plats mais cela sera révélé au moment opportun), Hannibal occupe le poste de consultant auprès du FBI lancé aux trousses de divers tueurs en série, tous plus sadiques les uns que les autres. Will Graham (Hugh Dancy, excellent), jeune profileur qui a la capacité de se mettre dans la tête des tueurs, est hanté par ces visions cauchemardesques. Jack Crawford (Laurence Fishburne, bien plus à l’aise que dans « Les experts »), son chef, s’inquiète de son état psychologique et demande au docteur de suivre le jeune enquêteur. Lecter prend évidemment plaisir à le manipuler et à le mener sur de fausses pistes, avec toute la perversité qui le caractérise.

Hormis les titres des épisodes, en forme de clin d’œil culinaire (entrée, œufs, apéritif, …), « Hannibal » est totalement dépourvue d’humour. La série baigne dans une ambiance malsaine, froide, faite de gris et de jaunes et « kidnappe » le spectateur dans le glauque. Vous me pardonnerez l’image mais on se sent comme un foetus mort qui flotte dans le formol et voit tout à travers son bocal ; un peu à l’image du générique de la saison 1 de l’anthologie « American Horror Story ». Impuissants et complices par notre voyeurisme, nous assistons aux crimes de tueurs pervers et du psychiatre cannibale.

Autant vous prévenir, cette série fait tout pour vous mettre mal à l’aise. A cet égard, je tire mon chapeau au directeur de la photographie James Hawkinson qui arrive parfaitement à recréer des images baroques et gothiques, un peu comme des tableaux de grands maîtres tout en maniant la lumière avec brio (les teintes de jaune, de vert, de blanc, de gris saturés… absolument fascinants si vous voyez la série en Blu-Ray.

Cela rappelle l’extraordinaire travail du directeur photo Darius Khondji sur « Seven » de David Fincher). Bravo aussi au compositeur Brian Reitzell qui livre une musique en totale osmose avec le climat glauque qui imprègne « Hannibal ». On navigue entre le réel et le rêve à tendance (nettement) cauchemardesque ; quitte à ne plus savoir où se situe la frontière…

Plus étonnant est le fait qu’Hannibal soit diffusé aux USA sur NBC, grande chaîne nationale plutôt connue pour ses séries bondieusardes. Malgré le panneau « viewers discretion advised » placé avant chaque épisode, on s’interroge sur le degré de violence et d’hémoglobine admis alors qu’on aurait plutôt vu ce genre de show sur une chaîne du câble genre HBO ou Showtime. Les limites de l’interdit seraient-elles repoussées sur les chaînes grand public ? On serait tenté de le croire.

Au terme de la vision de ces 13 épisodes, « Hannibal » laisse tout de même perplexe : elle hésite entre la psychologie tendance psychiatrique, l’intrigue policière et la description des modes opératoires des serial killers. Sorte de spectacle voyeuriste de la mort, juste « allégé » par les séquences de repas ; la série nous laisse sur notre faim si l’on ose dire. La faute à un rythme lent et une progression de l’intrigue pas totalement convaincante pour une série feuilleton dont il est malaisé de voir un épisode indépendant tant il est relié aux autres de façon inséparable pour former un tout.

Au final, mon avis est mitigé même si le cliffhanger du dernier épisode donne envie de voir la saison 2 qui sortira début octobre 2014, en attendant une 3ème saison, prévue pour 2015. Bref, « Hannibal » vous dégoûtera, vous charmera, vous fascinera ou tout cela à la fois selon votre sensibilité ou… votre fringale. Bon appétit !HANNIBAL 2 (horreur - 13 épisodes) : nettement tranchant Bouche cousue

Hannibal saison 2

Photo : © Hannibal season 2 - NBC Television - www.youtube.com - maxresdefault

Disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 2 octobre 2014

Si la 1ère saison mettait vraiment mal à l’aise, on ne peut pas dire qu’on est plus épargnés durant cette saison 2, clairement meilleure. En effet, les scénaristes ont la bonne idée de commencer le début par la fin. On remonte ainsi le fil du temps et on assiste même au spectacle d’un Hannibal en bien fâcheuse posture. Chaque épisode se mêle au suivant pour former un tout cohérent, clair et implacable jusqu’au final quasiment mystique et déroutant.

Evidemment, on retrouve les allusions à la cuisine et aux mets raffinés que sert le psychiatre fin gourmet. Toujours aussi froid, Madds Mikkelsen parvient même à faire oublier Anthony Hopkins. Un petit bijou d’horreur à ne pas mettre devant toutes les rétines mais chaudement recommandé aux fans du genre. En attendant la saison 3.

 

13:12 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2014

TRUE DETECTIVE : intelligent renouvellement du genre policier

True detective© HBO Television

Série policière (USA, 2014) créée par Nic Pizzolatto.

Diffusée sur HBO aux USA et sur BE TV en mai 2014.

Saison 1 : 8 épisodes de 60'. Sortie en dvd et Blu-Ray le 11 juin 2014

VOIR UN TRAILER en version originale sous-titres français

Précédée d’une excellente réputation avant même sa diffusion, « True Detective » a pourtant de quoi déconcerter. Certes, elle n’avait rien d’emballant au départ : deux flics à la poursuite d’un tueur en série dans le décor glauque et poisseux de la Louisiane. Rien d’original. De plus, la série est une anthologie, soit une histoire bouclée avec des personnages non récurrents d’une saison à l’autre. Difficile de s'attacher à eux.

Mais plus qu’un énième thriller policier, « True Detective » se veut le portrait saisissant de deux flics, hantés par une affaire non résolue 17 ans plus tôt. De fait, le récit démarre en 2012 et nous retrouvons ces policiers plus jeunes, en 1995, lorsqu’ils évoquent leur première enquête lancée sur la piste d’un mystérieux tueur en série.

Le créateur et scénariste, Nic Pizzolatto, arrive à renouveler intelligemment le genre policier, tant par les intrigues que par la peinture des personnages. « True Detective » interroge notre rapport au temps : comment évolue-t-on sur 17 années ? Qu’est-ce qui a changé en nous ? Pourquoi les choses se passent autrement que prévu ?  

Avec son rythme plutôt lent, dont le ton est donné dès le début de son générique étrange avec « Far form any road », chantée par The Handsome Family ; ses personnages fracassés par la vie (l’usure se lit sur les visages et les corps fatigués) ; ses ambiances souvent malsaines (les paysages désolés de la Louisiane, la tanière crade du tueur, …) ; « True detective » renvoie par moments à l’univers de David Lynch avec ses personnages décalés, ses situations a priori banales du quotidien qui peuvent basculer dans l’horreur, ses lâchetés et heureusement, ses moments de courage aussi. Mais, contrairement à l’imaginaire « lynchien », on n’est pas dans « Twin Peaks » et on ne retrouve pas d’humour au second degré ou de personnages loufoques ; cela aurait dénoté dans l’ensemble.

Prodigieux de justesse et de subtilité, les acteurs Matthew McConaughey (formidable !) et Woody Harrelson n’incarnent pas ici de superflics qui résolvent l’énigme en un clin d’œil. Il n’y a pas de rythme effréné, ni de musique assourdissante pour masquer une intrigue prévisible. Au contraire, la série interroge notre rapport au mal au travers du portrait brumeux du tueur et de nos actes quotidiens. Mal qui sommeille en chacun de nous et qui, parfois, peut se réveiller sans prévenir. Flippant.

« True Detective » peut paraître déprimante mais au final, pas du tout. Sortie à la vente le 11 juin dernier, cette première saison a tout du chef-d’œuvre, n’ayons pas peur de le dire. Elle se dévore comme un long film de 8 heures, qui comporte ses défauts mais se révèle au final épatant. A voir de préférence en Blu-Ray afin de profiter de toute l’atmosphère si particulière de cette série policière vraiment pas comme les autres. Aux dernières nouvelles, une 2ème saison est en cours d’écriture avec de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. Quelques stars devraient y participer. A suivre.

14:03 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/08/2014

« FRIDAY NIGHT LIGHTS » : un autre visage de l’Amérique des années Bush

Friday Night Lights

© NBC Television - www.pivot.tv 

Série dramatique (USA, 2006 à 2011) comprenant 5 saisons pour 76 épisodes.

Intégrale de la série disponible en dvd à la vente depuis 2012.

Cinquième et dernière saison diffusée en ce moment (juillet/août 2014) sur RTL TVi, chaîne privée luxembourgeoise en Belgique.

REGARDER UN TRAILER DE "FRIDAY NIGHT LIGHTS"

Comme moi, vous avez dû vous dire à la vue des coffrets de cette série : « Quoi ? Du foot américain ? J’y pige que dalle, rien à f…. ». C’est vrai que ce sport national auquel les Américains vouent un véritable culte n’est pas vraiment compris ici, jugé à la fois trop brutal et surtout trop américain. Et pourtant, il mérite qu’on s’y arrête. Mon point d’accroche était l’acteur Kyle Chandler que j’avais découvert dans la série « L’enfer du devoir » sur la guerre du Vietnam (1987, toujours pas en dvd européen, grrr…) et dans « Demain à la Une » (1996/2000, Early edition en VO), amusante série sur les aventures d’un type qui reçoit le journal déposé par un chat devant sa porte. Particularité, ce journal contient les infos de demain mais il les connaît déjà aujourd’hui. D’où une course contre la montre pour tenter d’éviter les catastrophes…

Récemment, Chandler jouait aussi le flic du FBI qui fait plonger l’infâme Jordan Belfort, trader fou joué par Leonardo DiCaprio dans « Le loup de Wall Street », dernier film de Martin Scorsese. Kyle Chandler, un chouette acteur, discret mais efficace.

A l’origine, la série est tirée du film homonyme « Friday Night Lights », réalisé en 2004 par Peter Berg, ancien acteur reconverti en réalisateur de talent (les films d’action Hancock, Le Royaume, Battleship). Berg s’était inspiré du livre « A Town, a Dream and a Team » du journaliste et prix Pulitzer H.G. Bissinger, contant la vie d’une équipe de foot américain dans une petite ville du Sud des USA. Pourtant, le long métrage n’avait pas de quoi attirer le spectateur vers la série : personnages peu attachants et difficilement identifiables, images sombres et tremblantes, confusion dans l’explicatif du match final, …

Qu’importe, Berg décide de s’atteler à l’adaptation de son film sous forme de série hebdomadaire, ne conservant que deux acteurs du long métrage (Connie Britton, la femme du coach et Brad Leland qui joue Buddy Garrity dans la série, un rôle différent du film). Il maintient l’action dans la petite ville de Dillon, au Texas et rajeunit le casting (la plupart des acteurs sont adolescents). Enfin, le réalisateur a la bonne idée de ne pas tomber dans la série pour jeunes de type « Beverly Hills » ou autres « Gossip Girl » et de centrer aussi son récit autour de personnages adultes.

A cet égard, le coach Taylor reste la figure marquante et emblématique de « Friday Night Lights ». Père de famille et figure paternelle de son équipe, mentor et mari, entraîneur futé et travailleur acharné ; c’est un personnage qui sait se montrer sévère tout en restant fin, encaissant les coups du sort. Bien sûr, il lui arrive de pousser une gueulante mais si on devait le définir en un mot, ce serait « digne ».

Eric Taylor se révèle également terriblement humain car il sait le potentiel que recèle chaque jeune joueur et fait ce qu’il peut pour leur ouvrir les yeux sur les recruteurs d’équipes de pro : tu es une star aujourd’hui et demain, tu n’es plus rien.  Il les met en garde contre les feux éphémères de la gloire et de l’argent. De fait, l’arrogant Smash Williams en fera les frais tout comme l’attachant Jason Street, paralysé suite à un match qui traumatise toute l’équipe et la petite ville de Dillon, au Texas, où se situe l’action.

Autour des espoirs du foot américain gravitent d’autres personnages, tous plus attachants les uns que les autres : Landry, l’intello qui a du mal avec les filles et ferait tout pour Tyra ; Matt Saracen, artiste dans l’âme, contraint de s’occuper de sa grand-mère suite à la mort de son père et qui vit une histoire d’amour compliquée avec Julie, la fille du coach ; les très prometteurs Luke Cafferty, jeune fermier dont les parents ne voient pas d’un bon œil sa passion pour le foot et Vince Howard, jeune délinquant noir qui reçoit une seconde chance et développe des talents insoupçonnés (l’occasion de découvrir, à ses débuts, le formidable Michael B. Jordan, vu dans le récent et acclamé « Fruitvale station »).

Enfin et c’est sans doute le personnage le plus attachant de la série : Tim Riggins, brave gars du coin aimant boire et faire la fête. Tim sait qu’il n’ira jamais bien loin car au fond, il s’en fout. Avec Tim, les choses n’ont pas besoin d’être dites : je suis là quand on a besoin de moi mais faut pas abuser (son frère l’attire dans des plans foireux à répétition), j’aime mais je suis capable de sacrifice pour aider ceux qui me sont chers. Sans artifices, l’acteur livre une performance épatante. Depuis la fin de la série, Taylor Kitsch réussit d’ailleurs une belle carrière au cinéma avec des films qui ont fait des flops (« John Carter », « Battleship ») et des succès (« Savages » d’Oliver Stone, « Du sang et des larmes » de Peter Berg, …). Un nouveau Johnny Depp en plus sombre ? L’avenir nous le dira.

Autour de tous ces ados, le coach Taylor et sa femme Tami restent des référents : guides de ces avenirs incertains mais où l’impossible peut devenir possible, bienveillants sans être moralisateurs, ne jugent pas et sont là quand tout va mal. Eux aussi vivent des moments durs, notamment lorsque le coach décide de revenir entraîner les Dillon Panthers alors qu’il occupait une belle place dans une équipe universitaire. Tout remettre en cause, y compris sa sécurité professionnelle et financière pour l’avenir de ces jeunes ; le coach Taylor connaît aussi ses galères et ses désillusions.

C’est bien là ce qu’on retiendra de « Friday Night Lights » : des personnages vraiment bien écrits et terriblement attachants. Fait marquant et la série le souligne avec beaucoup de finesse, ils évoluent tout au long des 5 saisons de « Friday Night Lights ». Tout ce petit monde change de vie au fil du temps qui passe. Certains gardent le cap (le coach en tête), d’autres connaissent un autre destin que celui auquel ils aspiraient mais sans tomber dans la déchéance.

« Friday Night Lights » nous offre un message lumineux en ces temps de peur et de misère : « Gardez espoir et ne devenez pas amer. Si votre vie est difficile, ne baissez pas les bras. » Un  message amené avec beaucoup de subtilités, sans prêchi-prêcha, au travers de Jason Street, Tim Riggins, Vince Howard et bien sûr, du coach Taylor. On retiendra son fameux : « Clear eyes, full hearts can’t lose ! »

Enfin, les matches de foot américain, peu compréhensibles pour nous Européens, deviennent carrément palpitants. Le titre fait référence au match de lycée du vendredi soir où toute une petite ville se mobilise pour ses joueurs sur qui la pression est extrêmement forte puisqu’ils incarnent leurs espoirs. On se surprend à sauter de son fauteuil quand l’équipe gagne, alors qu’on n’a pas d’affinités particulières avec ce type de sport.

 

Bref, « Friday Night Lights » est une série exceptionnelle, à voir et à revoir, à posséder absolument dans votre dvdthèque. Très beau portrait de l’adolescence, elle se rapproche certainement au plus près de ce que l’on peut vivre dans la vraie vie. Une vie digne et la tête haute. Un autre portrait de l’Amérique des années Bush.

20:23 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |