05/10/2014

« CHICAGO FIRE » (Saison 1) : les pompiers au cœur de l’amour et des flammes

Série dramatique et d’action de Dick Wolf contant le quotidien des pompiers de Chicago.

Chicago Fire season 1

Photo : © NBC Studios - Universal Television – Dick Wolf Productions

Saison 1 : 24 épisodes disponible à la vente en dvd depuis le 10 décembre 2013. Diffusée fin 2013 sur RTL TVi (chaîne privée luxembourgeoise en Belgique) et diffusée en ce moment (octobre 2014) sur 13ème Rue. Saison 2 : 22 épisodes (diffusée à la télévision sur RTL-TVI depuis le 17/10/14 : 2 épisodes par semaine).

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1 

Depuis l’arrêt de sa franchise « Law & Order » (New York Police Judiciaire, NY Section criminelle, NY Cour de justice, …) dont ne subsiste plus que « New York Unité spéciale » ; le créateur et producteur Dick Wolf semblait lassé de la télévision puisqu’il s’est tourné vers la carrière d’écrivain de thrillers policiers : après « Interception », son 2ème opus « Rédemption », tout récemment sorti en librairie, vaut vraiment la peine d’être lu et a été salué par des pointures comme Harlan Coben et Michaël Connelly. Mais l’homme a plus d’une corde à son arc et adore mener de front – et avec quelle intelligence – plusieurs activités.

On pensait que la sombre et déprimante « Rescue Me », contrebalancée par un humour noir bienvenu, avait tout dit sur le quotidien des pompiers avec ses héros du feu alcooliques et hantés par les fantômes du 11 septembre 2001. Mais comparer celle-ci à « Chicago Fire », ce serait comme comparer les séries carcérales « Prison Break » et « Oz ». Aucun intérêt tant les univers et le traitement de ton diffèrent.

Se démarquant totalement de « Rescue Me », Wolf prend le parti de montrer le travail dur et pénible des hommes du feu de Chicago. En ce sens, il a retenu les leçons de la série médicale « Urgences ». Au lieu de multiplier les scènes de bravoure durant les missions de sauvetages (ce qu’on craignait avant d’avoir vu la série…), le producteur - scénariste privilégie plutôt la romance en attisant le feu dans les cœurs des pompiers de cette caserne de Chicago. Les actes de courage - même s’il y en a - passent alors au second plan.

Rassurez-vous, pas de bluette sentimentale ni de soap opera façon « Les feux de l’amour ». Non, à la place, on retrouve une équipe d’hommes et de femmes, parfois clichés (le brave gars, le rigolo, le naïf, le beau gosse viril et sensible, …) mais somme toutes attachants. Des liens se font, d’autres se défont, comme dans la vie.

Leur quotidien est aussi marqué par la cohabitation avec des gangs très violents. Plus étonnant et intéressant : le phénomène de harcèlement est traité de manière frontale et illustre combien une situation a priori anodine peut méchamment déraper, peu importe la vérité, seule importe la victoire au tribunal. Sans oublier la menace de flics corrompus qui exercent une pression psychologique constante au travers du glaçant et brutal Voight (héros du spin-off « Chicago Police » : lire plus loin). Certes, par moments, la série n’arrive pas à se départir d’effets patriotiques typiquement américains et souvent lourds (cf. « Hawaï 5-0 »). Mais tout cela est amené sans trop de gros sabots, alors on lui pardonnera.

Une nouveauté dans l’univers de Dick Wolf et cela doit être souligné : cette série propose une structure feuilletonesque. Il n’y a donc plus une histoire bouclée en un épisode comme dans sa franchise « Law & Order ». Le résumé en début d’épisode permet de prendre le récit en cours de route sans être trop largué.

Outre la surprise de revoir le sympathique Jesse Spencer (Dr. Chase dans « Dr. House ») qui incarne Casey, jeune pompier intrépide et fougueux ; on a surtout l’énorme plaisir de retrouver Eamonn Walker, charismatique chef d’équipe qui incarna l’inquiétant leader musulman Kareem Saïd dans « Oz ». Parmi les seconds rôles, on retrouve aussi Lauren German, starlette de films d’horreur (Massacre à la tronçonneuse, Hostel 2), aperçue en flic de choc dans la saison 2 d’ « Hawaï 5-0 ».

Voici donc une bonne série, non exempte de défauts mais dont les personnages sont bien écrits et intelligents. Certains diront que c’est une série mineure de Dick Wolf. Pas faux mais pourquoi bouder son plaisir ?

Bref, on a envie de les revoir la semaine qui suit, contrairement à son spin-off « Chicago Police » (Chicago PD en VO) qui semble avoir été écrite à la sauvette tant les personnages ne sont ni attachants, ni étoffés. « CPD » se contente de rester dans les clichés et ne fait que peu évoluer ses personnages. Au final, un pâle ersatz de « The Shield », série policière autrement mieux construite dans sa peinture de l’univers des équipes de flics d’élite qui luttent contre la drogue, les gangs, la bureaucratie et la corruption.

Spin-off oblige, on retrouve certains personnages de « Chicago Fire » (Kelly, Peter, Gabriela, …) qui viennent faire un petit bonjour, sous forme de crossover, histoire d’appuyer la crédibilité de leur petite sœur télévisée. Aux USA, « Chicago Fire » rencontre un certain succès puisqu’une une seconde saison est déjà terminée, en attendant une troisième salve d’épisodes en cours de tournage. Espérons que la suite sera à l’avenant.

CHICAGO FIRE 2 (drame - 22 épisodes) : subtilement attachant Cool

Chicago Fire

Photo : © www.nbc.com - www.rentcafe.com

Disponible en dvd et Blu-Ray depuis novembre 2014

Après une honorable 1ère saison qui rappelait par moments les débuts d’ « Urgences », cette seconde salve fait encore mieux en développant les personnages et leur vie privée.

Evidemment, il y a les inévitables séquences de sauvetage, par ailleurs très réalistes, mais elles n’occupent pas l’avant-plan pour masquer un manque d’épaisseur des personnages.

Au contraire, chaque protagoniste, du plus important au plus secondaire, a droit à son histoire. Les scénaristes réussissent le tour de force de faire mieux que la saison 1 tout en greffant intelligemment des menaces que chacun connaît dans la vie quotidienne (fermeture d’entreprise pour raisons économiques, échec de relations amoureuses, morts injustes, …). Plusieurs crossovers avec la série dérivée « Chicago Police » parsèment la saison mais sans occulter ce qui se passe dans « Chicago Fire ».

 

Les scénaristes aiment leurs personnages et parviennent à les rendre réellement attachants, le Chef Boden en tête (magnifique Eamonn Walker, déjà vu dans la série carcérale « Oz »). Attention au dernier épisode qui comporte un cliffhanger frustrant. Qu’importe, on sera aux premières loges pour la 3ème saison.

13:46 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/09/2014

HANNIBAL - Saison 1 : savoureux et nauséeux

Hannibal

© NBC Television - Gaumont Television - www.coup-critique.fr

Série policière et horrifique créée par Bryan Fuller, d'après le roman "Dragon rouge" de Thomas Harris. Avec Mads Mikkelsen (Dr. Hannibal Lecter), Hugh Dancy (Will Graham), Lawrence Fishburne (Jack Crawford).

Saison 1 : 13 épisodes de 43’, disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 31 octobre 2013.

Sortie de la saison 2 (13 épisodes) annoncée pour le 02 octobre 2014 en dvd et Blu-Ray.

REGARDEZ ICI UN TRAILER DE LA SAISON 1

UN AVANT-GOUT DE LA SAISON 2

AVIS :

Après « Bates Motel » et « Sherlock Holmes » (avec « Elementary », version US), la télé américaine continue à recycler ses « héros », aussi monstrueux soient-ils. Voici donc le retour du Docteur Hannibal Lecter, psychiatre cannibale et tueur en série, dans une série adaptée du roman « Dragon rouge » de Thomas Harris (le cinéaste Michael Mann nous avait déjà offert sa vision dans l’excellent thriller « Manhunter » / Le 6ème sens en 1986). Aux commandes de cette série, on retrouve Bryan Fuller, scénariste et producteur obsédé par la mort ; tantôt comique dans « Dead like me », carrément morbide dans la cultissime « Pushing daisies ».

On se souvient de l’interprétation particulièrement effrayante d’Anthony Hopkins dans « Le silence des agneaux » et ses suites, moins réussies. Curieusement, Fuller a choisi un acteur nordique, Mads Mikkelsen (le méchant « Le Chiffre » dans le James Bond « Casino Royale »), pour jouer le psychiatre pervers. L’acteur a d’ailleurs confié qu’il s’agissait d’une réinterprétation du rôle et non un « copier / coller » du jeu d’Hopkins. Exit donc les petits rires, l’humour cynique, les remarques acerbes et le cabotinage. Personnellement, on aurait préféré James Purefoy, le méchant de « The Following », qui manie l’ironie tout en étant inquiétant, mais cela aurait sans doute trop rappelé son modèle cinématographique.

Plutôt que de multiplier les références aux films, Bryan Fuller fait le choix de s’en démarquer et centre son récit sur les ambiances des scènes de crime et les sensations ressenties par les principaux protagonistes. Bryan Fuller lorgne parfois du côté de l’univers de Chris Carter et ses séries « The X-Files » et « Millennium » puisque nous retrouvons Gillian Anderson (Scully) dans le rôle d’une psy (blonde !) qui supervise Lecter et Lance Henriksen (Frank Black) en tueur vieillissant.

Homme raffiné et gourmet de premier ordre (on se doute de ce que contiennent vraiment ses plats mais cela sera révélé au moment opportun), Hannibal occupe le poste de consultant auprès du FBI lancé aux trousses de divers tueurs en série, tous plus sadiques les uns que les autres. Will Graham (Hugh Dancy, excellent), jeune profileur qui a la capacité de se mettre dans la tête des tueurs, est hanté par ces visions cauchemardesques. Jack Crawford (Laurence Fishburne, bien plus à l’aise que dans « Les experts »), son chef, s’inquiète de son état psychologique et demande au docteur de suivre le jeune enquêteur. Lecter prend évidemment plaisir à le manipuler et à le mener sur de fausses pistes, avec toute la perversité qui le caractérise.

Hormis les titres des épisodes, en forme de clin d’œil culinaire (entrée, œufs, apéritif, …), « Hannibal » est totalement dépourvue d’humour. La série baigne dans une ambiance malsaine, froide, faite de gris et de jaunes et « kidnappe » le spectateur dans le glauque. Vous me pardonnerez l’image mais on se sent comme un foetus mort qui flotte dans le formol et voit tout à travers son bocal ; un peu à l’image du générique de la saison 1 de l’anthologie « American Horror Story ». Impuissants et complices par notre voyeurisme, nous assistons aux crimes de tueurs pervers et du psychiatre cannibale.

Autant vous prévenir, cette série fait tout pour vous mettre mal à l’aise. A cet égard, je tire mon chapeau au directeur de la photographie James Hawkinson qui arrive parfaitement à recréer des images baroques et gothiques, un peu comme des tableaux de grands maîtres tout en maniant la lumière avec brio (les teintes de jaune, de vert, de blanc, de gris saturés… absolument fascinants si vous voyez la série en Blu-Ray.

Cela rappelle l’extraordinaire travail du directeur photo Darius Khondji sur « Seven » de David Fincher). Bravo aussi au compositeur Brian Reitzell qui livre une musique en totale osmose avec le climat glauque qui imprègne « Hannibal ». On navigue entre le réel et le rêve à tendance (nettement) cauchemardesque ; quitte à ne plus savoir où se situe la frontière…

Plus étonnant est le fait qu’Hannibal soit diffusé aux USA sur NBC, grande chaîne nationale plutôt connue pour ses séries bondieusardes. Malgré le panneau « viewers discretion advised » placé avant chaque épisode, on s’interroge sur le degré de violence et d’hémoglobine admis alors qu’on aurait plutôt vu ce genre de show sur une chaîne du câble genre HBO ou Showtime. Les limites de l’interdit seraient-elles repoussées sur les chaînes grand public ? On serait tenté de le croire.

Au terme de la vision de ces 13 épisodes, « Hannibal » laisse tout de même perplexe : elle hésite entre la psychologie tendance psychiatrique, l’intrigue policière et la description des modes opératoires des serial killers. Sorte de spectacle voyeuriste de la mort, juste « allégé » par les séquences de repas ; la série nous laisse sur notre faim si l’on ose dire. La faute à un rythme lent et une progression de l’intrigue pas totalement convaincante pour une série feuilleton dont il est malaisé de voir un épisode indépendant tant il est relié aux autres de façon inséparable pour former un tout.

Au final, mon avis est mitigé même si le cliffhanger du dernier épisode donne envie de voir la saison 2 qui sortira début octobre 2014, en attendant une 3ème saison, prévue pour 2015. Bref, « Hannibal » vous dégoûtera, vous charmera, vous fascinera ou tout cela à la fois selon votre sensibilité ou… votre fringale. Bon appétit !HANNIBAL 2 (horreur - 13 épisodes) : nettement tranchant Bouche cousue

Hannibal saison 2

Photo : © Hannibal season 2 - NBC Television - www.youtube.com - maxresdefault

Disponible en dvd et Blu-Ray depuis le 2 octobre 2014

Si la 1ère saison mettait vraiment mal à l’aise, on ne peut pas dire qu’on est plus épargnés durant cette saison 2, clairement meilleure. En effet, les scénaristes ont la bonne idée de commencer le début par la fin. On remonte ainsi le fil du temps et on assiste même au spectacle d’un Hannibal en bien fâcheuse posture. Chaque épisode se mêle au suivant pour former un tout cohérent, clair et implacable jusqu’au final quasiment mystique et déroutant.

Evidemment, on retrouve les allusions à la cuisine et aux mets raffinés que sert le psychiatre fin gourmet. Toujours aussi froid, Madds Mikkelsen parvient même à faire oublier Anthony Hopkins. Un petit bijou d’horreur à ne pas mettre devant toutes les rétines mais chaudement recommandé aux fans du genre. En attendant la saison 3.

 

13:12 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/08/2014

TRUE DETECTIVE : intelligent renouvellement du genre policier

True detective© HBO Television

Série policière (USA, 2014) créée par Nic Pizzolatto.

Diffusée sur HBO aux USA et sur BE TV en mai 2014.

Saison 1 : 8 épisodes de 60'. Sortie en dvd et Blu-Ray le 11 juin 2014

VOIR UN TRAILER en version originale sous-titres français

Précédée d’une excellente réputation avant même sa diffusion, « True Detective » a pourtant de quoi déconcerter. Certes, elle n’avait rien d’emballant au départ : deux flics à la poursuite d’un tueur en série dans le décor glauque et poisseux de la Louisiane. Rien d’original. De plus, la série est une anthologie, soit une histoire bouclée avec des personnages non récurrents d’une saison à l’autre. Difficile de s'attacher à eux.

Mais plus qu’un énième thriller policier, « True Detective » se veut le portrait saisissant de deux flics, hantés par une affaire non résolue 17 ans plus tôt. De fait, le récit démarre en 2012 et nous retrouvons ces policiers plus jeunes, en 1995, lorsqu’ils évoquent leur première enquête lancée sur la piste d’un mystérieux tueur en série.

Le créateur et scénariste, Nic Pizzolatto, arrive à renouveler intelligemment le genre policier, tant par les intrigues que par la peinture des personnages. « True Detective » interroge notre rapport au temps : comment évolue-t-on sur 17 années ? Qu’est-ce qui a changé en nous ? Pourquoi les choses se passent autrement que prévu ?  

Avec son rythme plutôt lent, dont le ton est donné dès le début de son générique étrange avec « Far form any road », chantée par The Handsome Family ; ses personnages fracassés par la vie (l’usure se lit sur les visages et les corps fatigués) ; ses ambiances souvent malsaines (les paysages désolés de la Louisiane, la tanière crade du tueur, …) ; « True detective » renvoie par moments à l’univers de David Lynch avec ses personnages décalés, ses situations a priori banales du quotidien qui peuvent basculer dans l’horreur, ses lâchetés et heureusement, ses moments de courage aussi. Mais, contrairement à l’imaginaire « lynchien », on n’est pas dans « Twin Peaks » et on ne retrouve pas d’humour au second degré ou de personnages loufoques ; cela aurait dénoté dans l’ensemble.

Prodigieux de justesse et de subtilité, les acteurs Matthew McConaughey (formidable !) et Woody Harrelson n’incarnent pas ici de superflics qui résolvent l’énigme en un clin d’œil. Il n’y a pas de rythme effréné, ni de musique assourdissante pour masquer une intrigue prévisible. Au contraire, la série interroge notre rapport au mal au travers du portrait brumeux du tueur et de nos actes quotidiens. Mal qui sommeille en chacun de nous et qui, parfois, peut se réveiller sans prévenir. Flippant.

« True Detective » peut paraître déprimante mais au final, pas du tout. Sortie à la vente le 11 juin dernier, cette première saison a tout du chef-d’œuvre, n’ayons pas peur de le dire. Elle se dévore comme un long film de 8 heures, qui comporte ses défauts mais se révèle au final épatant. A voir de préférence en Blu-Ray afin de profiter de toute l’atmosphère si particulière de cette série policière vraiment pas comme les autres. Aux dernières nouvelles, une 2ème saison est en cours d’écriture avec de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. Quelques stars devraient y participer. A suivre.

14:03 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |