29/09/2013

« BOSS » : la politique américaine a perdu ses illusions…

BOSS

USA - 2011 / 2012. Série créée par Farhad Safinia.

Saison 1 (8 épisodes en couleurs) et saison 2 (10 épisodes en couleurs), disponibles en dvd et Blu-Ray à la vente.

Avec Kelsey Grammer (Maire Tom Kane), Connie Nielsen (Meredith Kane), Kathleen Robertson (Kitty O’Neill), Hannah Ware (Emma Kane), Jeff Hephner (Ben Zajac), Troy Garrity (Sam Miller), Martin Donovan (Ezra Stone), Nicole Forester (Maggie Zajac), James Vincent Meredith (Alderman Ross), …

Photo : Copyright : www.amazon.fr –  Metropolitan – Starz original

REGARDEZ UN MINI REPORTAGE SUR LA SASION 1 DE "BOSS"

SCENARIO : depuis vingt ans, le maire Tom Kane règne en maître sur la ville de Chicago. Intransigeant, charismatique, malin ; Kane contrôle l’opposition comme il l’entend et étouffe les scandales. Hélas pour lui, son médecin lui apprend qu’il est attient d’une démence à corps de Lewy. A terme, il ne pourra plus contrôler son corps, ses pensées et pire, ne pourrait même plus s’en souvenir. Acharné à garder le pouvoir, Kane se lance à corps perdu dans une lutte où il jouera son va-tout…

Boss season 2

Photo : Copyright : www.amazon.fr –  Metropolitan – Starz original

AVIS : cela fait quelques années que la télé fait les yeux doux aux cinéastes, que ce soit Martin Scorsese (Boardwalk Empire), Michael Mann (Luck, un ratage), Gus Van Sant (Boss) ou encore David Fincher (House of cards, 1ère série diffusée sur Internet et qui plonge aussi, comme “Boss”, dans les coulisses du pouvoir). Sans oublier les séries de Steven Spielberg depuis plus de vingt ans, de qualité inégale (Terra nova, Seaquest DSV, Urgences, Falling skies, …).

Rappelons que depuis une quinzaine d’années, la télé américaine et mondiale s’intéresse au pouvoir et à sa représentation : « West Wing » (A la Maison Blanche), la nordique « Borgen » dont le succès est incontestable, « House of cards », « Boss », … sans compter les innombrables films centrés sur la figure du Président des Etats-Unis avec des acteurs aussi différents que Michael Douglas, Jeff Bridges, Kevin Kline, Jamie Foxx, … et le premier Président noir, annonçant Obama, en la personne de David Palmer (la série d’action « 24 heures chrono »).

Si les critiques ont beaucoup parlé de « House of cards » où l’excellent Kevin Spacey incarne un très perfide candidat à la vice-présidence américaine, ils ont en revanche oublié « Boss ». Véritable ovni télévisuel, « Boss », ne correspond à rien de vu jusqu’alors. Diffusée sur Starz Original (la chaîne qui passe le nauséabond « Spartacus »), « Boss » n’a pas connu le succès et n’aura duré que 18 épisodes mais quels épisodes ! Son propos dérangeant sur l’état des grandes villes américaines et sa vision sans concessions de la politique américaine locale n’y sont sans doute pas étrangers…

Ce qu’il y a de formidable dans « Boss », c’est que quasiment aucun personnage n’est attachant ou sympathique. Et pourtant, on rentre peu à peu dans l’esprit de chacun et de sa psychologie avec beaucoup de nuances et de subtilité. Comme JR dans « Dallas », Kane, c’est le « personnage que vous adorerez haïr ». Mais Kane est beaucoup plus que cela : à la fois salaud magnifique, carrément pathétique et surtout requin sans pitié ; on ne la lui fait pas.

Cela ne doit pas être un hasard que le créateur de la série ait appelé son héros Kane, rappelant par là le mogul de la presse, incarné par Orson Welles en 1940 dans « Citizen Kane », chef-d’œuvre du 7ème art. Tout comme son modèle cinématographique, le Kane de la petite lucarne partage le même goût du pouvoir et surtout le pouvoir de faire pression sur les gens qu’il considère comme inférieurs. Quant à ses adversaires, il n’en fait qu’une bouchée, aussi expérimentés et aguerris aux coups bas soient-ils.

Le langage filmique de « Boss » évoque cette fièvre du pouvoir en filmant les visages et les corps au plus près, avec leurs angoisses, leurs peurs, leurs colères, leurs excitations sexuelles (des petites culottes qui tombent par terre, il y en a… Prudes, s’abstenir). Plus loin, sur le plan historique, Kane illustre bien cette lignée d’hommes de pouvoir qui ont élevé les grandes villes des Etats-Unis au-delà des luttes de pionniers et de la conquête de l’Ouest. A plusieurs reprises, le maire fait d’ailleurs référence à ses illustres prédécesseurs.

Dans « Boss », ce qui dérange et fascine à la fois, c’est sa peinture sans concessions d’un monde cynique et désabusé, où tout est calculé, où tout le monde est manipulable, où tout peut basculer en un instant… Kane est prêt à tout pour conserver le pouvoir, y compris le mensonge (surtout) et l’assassinat ! Les scénaristes ont pris soin, par petites bribes subtiles, de montrer l’évolution de Kane tout au long de sa carrière. Martyrisé par son beau-père qui avait le pouvoir sur Chicago, marié à une femme aussi chaleureuse qu’un réfrigérateur ; c’est un homme parti de rien et qui, enfin arrivé au pouvoir, ne peut plus faire machine arrière, à force de compromissions et d’intrigues.

Pas question de lâcher le pouvoir même quand son esprit déraille : à cet égard, les scènes où Kane se demande s’il rêve ou si ce qu’il voit a bien lieu sont totalement hallucinantes. Quels qu’ils soient, tous les proches de Kane en font les frais : sa femme, sa fille (et de quelle manière infâme), sa conseillère en communication Kitty, son poulain Zajac, … 

Durant ces 18 épisodes palpitants, parfaitement écrits, joués et filmés ; « Boss » distille son fiel sur l’état de la politique locale américaine et personne n’est épargné : les adversaires politiques, qu’ils soient gouverneurs ou candidats à ce poste, les conseillers en communication, les classes défavorisées des cités sociales, les politiciens noirs aux vues électoralistes, les journalistes avides de scoops, les patrons de presse trop proches des hommes de pouvoir, les procureurs et la justice, …

Scandales, sexe, manipulations, intrigues, secrets, trahisons, … ; la série révèle, au vitriol, toutes les turpitudes du pouvoir. Beurk. Du côté de la direction de la photographie, le magnifique travail sur la lumière illustre aussi bien les succès des protagonistes dans des scènes gorgées de soleil tandis que l’obscurité de la nuit souligne le côté sombre du destin qui les attend. Une vision en Blu-Ray s’impose.

Complètement habité par son personnage de maire zinzin, Kelsey Grammer (la sitcom « Frasier », spinoff de « Cheers » et producteur de la série « Medium ») livre une prestation éblouissante et vraiment subtile. Passer en un bref instant de la détresse à la trahison, c’est du grand art. Soutenu par de formidables seconds rôles, le personnage et sa perfidie prennent tout leur sens dans des scènes haletantes, littéralement suffocantes, qui vous prennent à la gorge et aux tripes. Loin de lui « servir la soupe », les personnages qui gravitent autour de Kane ont chacun leur histoire et leurs failles : malsaine pour Meredith Kane, paumée pour Emma Kane, paternaliste pour Kitty, culpabilisé pour Zajac, pathétique pour le journaliste Sam Miller, …

Tous ces personnages prennent vie de manière très cohérente et illustrent à l’envi un univers particulièrement effrayant. On ose imaginer que la fiction n’est pas si éloignée que cela de la réalité, avec ses coups bas, ses trahisons, ses mensonges avec beaucoup d’applomb. Si on devait trouver un message à « Boss », cela pourrait être : « Vous voulez le pouvoir ? Vous êtes prêt à tout pour le garder ? Accrochez-vous ! Pas de quartier car il n’y aura pas de prisonniers ! » Effroyable.

Sur le plan de la critique sociale, il y a un peu de « The Wire » (Sur écoute) dans « Boss », notamment dans sa description des dealers de drogue et des laissés pour compte même si cela peut paraître quelque peu léger par rapport à la magistrale série de David Simon. On pourrait aussi reprocher le portrait parfois sans nuances des femmes, passant de la salope vénéneuse (la femme de Kane) à la nymphomane qui se transforme en petite fille à papa (Kitty) ou encore la fille de Kane, paumée et victime. Pourtant, elles sont bien plus que des clichés. Grâce à l’excellent travail d’écriture.

La communauté noire n’est pas en reste avec le sinistre conseiller municipal Ross, prêt à s’acoquiner avec des mafieux et des dealers du ghetto black de Chicago. Les personnages un tant soi peu « clean » sont Mona Fredericks, éphémère conseillère noire de Tom Kane et le journaliste Sam Miller, prêt à tout pour révéler la vérité, quitte à se brûler les ailes. Très superficiellement, la série apporte encore sa vision des relations ténues qui lient presse et politique. En gros, on comprend que cela ne pourra que mal se terminer.

En tant que spectateur, on est malmené, horrifié, choqué, étonné, … ; bref, on en ressort de « Boss » en étant tout sauf indemne. Rien que pour cela (et on n’est pas maso !), « Boss » mérite une deuxième vision pour en comprendre encore mieux le sous-texte. Ces 18 épisodes (qui se terminent de façon acceptable) sont appelés à faire de « Boss » une série culte. Assurément.

14:58 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/08/2013

GEMINI MAN - LE NOUVEL HOMME INVISIBLE : une fin prématurée...

Gemini Man

© NBC / Universal Television / www.amazon.fr / Elephant Films

USA - 1976 : Pilote + 11 épisodes.

Série d'aventures et d'espionnage créée par Leslie Stevens, Harve Bennett et Steven Bochco. Avec Ben Murphy (Sam Casey), Katherine Crawford (Abby Lawrence), William Sylvester (Leonard Driscoll). Sortie en dvd le 20 novembre 2013

Attendue depuis des années, voici enfin la sortie en dvd des aventures de Sam Casey, le nouvel homme invisible ou « Gemini Man » en VO (appelé le nouvel homme invisible par rapport à « L’homme invisible » avec David McCallum 1 an plus tôt, série sortie en dvd en mars 2013).

Voilà de bonnes nouvelles même si on se demande quand vont sortir d’autres perles des années 70, toujours axées science-fiction et souvent kitsch, comme « L’âge de cristal » (1978) et « L’homme de l’Atlantide » (1977). Ces séries existent en zone 1 aux USA mais à quand une sortie en Europe ? 

De même, à quand la sortie prochaine, messieurs les éditeurs de dvd, de séries policières de courte durée comme « Le Magicien » (1973 avec Bill Bixby) et « Serpico » (1976) ou d’espionnage comme « Sloane agent spécial » (1979, avec Robert Conrad) ? 

Si on se réjouit de la sortie en septembre 2013 de « Cannon » (1976) avec William Conrad, pourquoi d’autres séries comme « Les rues de San Francisco » sont-elles incomplètes ? A ce jour, les saisons 1 et 2 sont sorties voici des années mais quid des saisons 3 à 5 ? Loi de la rentabilité oblige ?

Il existe pourtant un large public de fans européens pour ce que la télé américaine des 70’s avait de meilleur à offrir. Dans l’attente, on adoptera l’attitude du Petit scarabée (Kung Fu, là aussi, où est la saison 3 ?) sur le mode « Tout vient à point à qui sait attendre. » 

Achetez et dévorez aussi l’excellent dossier réalisé sur « L’homme invisible » et « Gemini Man » par Thierry Le Peut, spécialiste des séries, dans le numéro 41  (printemps 2013) de l’indispensable revue « Arrêt sur séries ».

LE NOUVEL HOMME INVISIBLE (GEMINI MAN)

Gemini - Man - la-face-cachee-du-soleil-over-blog.com

Photo : © Universal Television - la-face-cachee-du-soleil-over-blog.com

Générique original américain, sans les "bips" de la montre (sur "Youtube") :

SCENARIO : Lors d’une mission en mer comme plongeur spécialisé pour l’armée, Sam Casey est irradié par un satellite soviétique qui explose et rend son corps invisible. Grâce à une montre spéciale, Sam a le pouvoir se rendre invisible à volonté mais pour un temps limité. Il va utiliser ce pouvoir pour effectuer des missions pour le compte d’ « Intersect », une organisation secrète gouvernementale. Sam est aidé par son patron, Leonard Driscoll et Abby, brillante et jolie assistante.

AVIS : Produite par l’équipe déjà à l’origine de « L’homme invisible » (1975, 1 pilote + 12 épisodes seulement) avec David McCallum (lire ci-dessus), cette nouvelle version ne rencontrera pas plus de succès auprès du public américain, visiblement peu friand d’aventures avec un homme invisible pouvant le devenir à volonté grâce à sa montre à quartz (une sorte de stabilisateur d’ADN), élément de science-fiction original quoiqu’improbable.

Dommage car l’ensemble était plutôt bien rythmé et se laissait regarder avec plaisir même s’il est vrai que les histoires étaient plutôt linéaires avec le méchant de la semaine. Notons que c'est Steven E. De Souza, scénariste du formidable film d'action "Piège de cristal" (1987) avec Bruce Willis, qui a signé la plupart des scénarios de "Gemini Man". On retiendra encore l'excellente partition musicale de Lee Holdridge, mêlant habilement suspense et action.

A la production, on retrouve des « showrunners » d’envergure comme Harve Bennett (Le riche et le pauvre, L’homme qui valait 3 milliards) et surtout Steven Bochco, le scénariste - producteur qui a révolutionné la série policière et la série judiciaire dans les années 80 avec « Hill street blues » (Capitaine Furillo) et « L.A. Law » (La Loi de Los Angeles).

Malgré sa courte durée (seuls le pilote et 5 épisodes sur les 13 tournés furent diffusés aux USA), la série eut l’occasion de réunir quelques guest stars comme Ross Martin (Artemus Gordon dans « Les Mystères de l’Ouest ») ou Alan Oppenheimer (le premier acteur qui jouait le Dr. Rudy Wells dans « L’homme qui valait 3 milliards » et qui s’occupait de réparer les circuits bioniques de Steve Austin).

Enfin, l’acteur principal, Ben Murphy, avait déjà acquis une certaine notoriété auprès du public américain 5 ans plus tôt, en incarnant Kid Curry dans « Alias Smith and Jones » (1971 - 73), aux côtés de l’excellent Pete Duel (Hannibal Heyes) et qui narrait les aventures de deux hors-la-loi repentis, une série western inspirée du film « Butch Cassidy et le Kid » (1969) avec Paul Newman et Robert Redford.

Pourtant, en coulisses, les relations entre Murphy et Duel n’étaient pas au beau fixe (tout comme Erik « Ponch » Estrada et Larry « Jon » Wilcox de « Chips »). Pete Duel souffrait de dépression profonde et d’alcoolisme, ce qui le conduisit à se suicider, à l’âge de 30 ans, d’une balle dans la tête durant la nuit du 31/12/1971 (je vous recommande d’ailleurs le très bel ouvrage de Paul Green : « Pete Duel A Biography », paru en 2007 chez McFarland, en anglais seulement mais qui montre bien comment le succès peut détruire un homme et les coulisses peu reluisantes de l’industrie hollywoodienne). Murphy ne se rendit pas aux obsèques de son partenaire qui était fort apprécié par le public américain. De là à dire que cela lui aura coûté sa carrière… 

Après l’arrêt de « Gemini Man », Ben Murphy fera encore quelques apparitions dans plusieurs séries comme « La croisière s’amuse / The Love boat » (1978) « L’île fantastique » (1979 - 83), « Loterie » (1983), « Les 12 salopards : la série » (1988), « Docteur Quinn, femme médecin » (1993 - 95) et « JAG » (1996 - 2006) mais sans jamais retrouver le succès comme star principale dans une série hebdomadaire. Dans la mémoire du public européen, Sam Casey restera le rôle le plus marquant de la carrière de ce comédien sympathique au demeurant, excellent joueur de tennis dans sa vie privée et toujours sportif à plus de 70 ans (il est né le 6 mars 1942 dans l’Arkansas).

Notons enfin que le thème de l'invisibilité fera son retour au début des années 2000 avec "Invisible Man" ou "I-Man" (2000 - 2002) avec Vincent Ventresca et Paul-Ben Victor mais succès retentissant non plus : la série durera 2 saisons, avec 45 épisodes. Plutôt originale, mêlant espionnage et effets spéciaux, elle se laissait aussi regarder avec plaisir (à ce jour, seul le pilote et quelques épisodes ont été édités en dvd par TF1 vidéo mais pas l'intégralité).

Au cinéma, le concept de l’invisibilité ne rencontrera pas plus de succès avec « Hollow Man » (2000) de Paul Verhoeven où Kevin Bacon se transformait en violeur pervers dans un film plutôt réussi dans sa première moitié pour ensuite verser dans le grand guignol hollywoodien avec explosions à gogo. Ce qui explique pourquoi Paul Verhoeven renie le film, en désaccord avec les producteurs qui avaient imposé cette fin débile, dépossédant le cinéaste du final cut.

LE NOUVEL HOMME INVISIBLE (GEMINI MAN) :

GUIDE DES EPISODES (1976 – 77)

Résumés des épisodes : source = Télé Star de 1978 (édition Belgique)

Avec Ben Murphy (Sam Casey), Katherine Crawford (Abby Lawrence), William Sylvester (Leonard Driscoll).

SAISON 1 (diffusée au printemps 1976 aux USA)

0. PILOTE : LE NOUVEL HOMME INVISIBLE (THE GEMINI MAN)

ben murphy - steven bochco - harve bennett - william sylvester

Photo : © Universal Television - tvtropes.org

Diffusion au USA (NBC) : 10 mai 1976 (durée : 95') - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Leslie Stevens - Réalisé par Alan J. Levi

Avec Ben Murphy (Sam Casey), Richard Dysart (Leonard Driscoll), Paul Shenar (Charles Edward Royce), Katrherine Crawford (Dr. Abby Lawrence), Dana Elcar (Dr. Harold Schyler), …

Sam Casey, plongeur professionnel, est blessé lors d’une mission par une explosion nucléaire sous-marine. La structure moléculaire de son corps se trouve modifiée et les réactions biologiques qui s’ensuivent mettent sa vie en danger. Mais il découvre un autre effet de ces radiations : de temps à autre, il devient totalement invisible. Son amie, le docteur Abby Lawrence et Leonard Driscoll, le directeur d’ « Intersect », l’organisation gouvernementale secrète qui emploie Casey, mettent au point un stabilisateur, sous forme de montre bracelet, qui permet à Sam de contrôler son invisibilité… pour quinze minutes seulement. Sam va découvrir avec Abby un complot contre Charles Edward Royce qui est à la tête de l’un des plus grands complexes industriels du pays. De multiples intérêts sont en jeu et Casey se trouve pris dans une inexorable lutte d’influence dont il doit à tout prix se sortir…

N.B. : Paul Shenar a incarné quantité de méchants dans plusieurs séries des années 70 comme « L’homme invisible », « Super Jaimie, « L’âge de cristal » et plus étonnant, est apparu dans « Le Grand bleu » (1987) de Luc Besson. Dana Elcar a aussi joué les mauvais dans de nombreuses séries avant de percer dans le rôle du Colonel Lard dans « Les têtes brûlées » (1976) et a ensuite acquis une notoriété internationale en interpétant Pete Thornton, le patron de « MacGyver » (1985 - 92). Notons enfin que c’est Richard Dysart qui incarne Leonard Driscoll, le patron de Sam Casey, dans ce téléfilm d’introduction à la série. Ensuite, il a été remplacé par William Sylvester dans la série hebdomadaire.

 1. « LA ROUTE INFERNALE » (SMITHEREENS)

ben murphy - steven bochco - harve bennett - william sylvester

Photo : © Universal Television - la-face-cachee-du-soleil-over-blog.com

Diffusion au USA (NBC) : 23 septembre 1976 - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Frank K. Telford - Réalisé par Alan J. Levi

Avec Alan Oppenheimer (Arthur Hale), Andrew Prine (Stark), Jim Stafford (Buffalo Bill), Gil Serna (Hank), …

Arthur Hale veut s’approprier une formule qui vaut une fortune. Celle du nouveau carburant mis au point dans les laboratoires secrets d’Intersect, dirigés par Leonard Driscoll. Hale et son complice Stark, profitent du transport du produit pour agir. Ils substituent au nouveau carburant, contenu dans la citerne du camion affrété par Driscoll, un dangereux produit chimique. Mais Sam Casey, qui doit assurer le transport de cette formule et le transport des passagers, est sur ses gardes car il sait que ces espions à la solde des puissances étrangères vont tenter de lui arracher la formule…

N.B. : Alan Oppenheimer était le Dr. Rudy Wells, scientifique qui a mis au point les prothèses bioniques de Steve Austin dans la série « L’homme qui valait 3 milliards » (1973 - 78), avant d’être remplacé par l’acteur Martin E. Brooks. Il a aussi joué dans « Code Quantum ». Quant à Andrew Prine, après avoir joué le jeune frère de Richard Kimble dans plusieurs épisodes du « Fugitif » (1963 - 67), on s’en souvient surtout pour son rôle d’extraterrestre, Steven, dans « V – La minisérie » (1983). Le personnage de Buffalo Bill, incarné par Jim Stafford, apparaîtra dans un second épisode de « Gemini Man » : « Grand Prix » (épisode 10/11).

2. « LE MINOTAURE » (MINOTAUR)

ben murphy - steven bochco - harve bennett - william sylvester

Photo : © Universal Television - paulpert.com

Diffusion au USA (NBC) : 30 septembre 1976 - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Robert F. O’Neill & Frank K. Telford – Histoire de Robert Bloch & Robert F. O’Neill - Réalisé par Alan J. Levi

Avec Ross Martin (Carl Victor), Deborah Winters (Nancy Victor), Loren Janes (le minotaure)

Après son renvoi d’Intersect, le docteur Carl Victor cherche à se venger en retournant son robot, qui avait été conçu comme un instrument pacifique, contre l’organisme gouvernemental. Sam Casey est envoyé pour combattre le robot électronique. Mais son entreprise tourne court…

N.B. : Ross Martin est devenu mondialement célèbre en incarnant Artemus Gordon, le compère de James West, dans la délirante série d’espionnage et de western : « Les Mystères de l’Ouest » (1965 - 69). Il a aussi joué un criminel dans « Columbo » et de nombreuses autres séries.

3. « SAM CASEY » OU « LE MYSTERE » (SAM CASEY, SAM CASEY)

Diffusion au USA (NBC) : 07 octobre 1976 – Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par James D. Parriott - Réalisé par Michael Caffey

Avec Ben Murphy (Sam Casey / Rick Loyd), Jo Ann Pflug (Susi), Joan Crosby (Dora), Pamela Susan Shoop (Barby), Nancy Malone (Armistead), …

Trompé par Susi, un professeur de tennis, Sam Casey est sur le point d’être assassiné par des agents ennemis qui, entretemps, le remplacent par Rick Loyd. Ce dernier, à la suite d’une intervention de chirurgie plastique, a pris les traits de Sam. Sa mission est de s’introduire dans la section de l’ « Intersect » pour voler les documents et percer le mystère de Sam Casey. Le seul espoir de s’en sortir pour Sam, est de se faire passer pour Rick Loyd…

4. « TRAIN DE NUIT » (NIGHT TRAIN TO DALLAS)

ben murphy - steven bochco - harve bennett - william sylvester

Photo : © Universal Television - fanpix.net

Diffusion au USA (NBC) : 14 octobre 1976 - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Steven E. De Souza - Réalisé par Alan J. Levi

Avec Lane Bradbury (Amy Nichols), Kim Basinger (Sheila), Dawn Jeffory (Leslie), Ann Shoemaker (Mrs. Price), …

La mort soudaine d’un scientifique qui travaille pour le gouvernement américain entraîne sa secrétaire dans une étrange affaire d’espionnage. Les recherches en cours intéressent fortement les puissances étrangères. C’est ainsi que Sam Casey entreprend de surveiller la championne olympique Amy Nichols qui est la seule à pouvoir donner des renseignements vitaux qu’elle tient de son employeur, un savant payé par le gouvernement.

N.B. : On remarquera la présence de l’actrice Kim Basinger, en starlette, dans cet épisode, des années avant d’être révélée par « Neuf semaines et demi » (1985) et son oscar pour son rôle de femme sulfureuse dans « L.A. Confidential » (1997).

5. « COURS VITE, SAM » (RUN, SAM, RUN)

Diffusion au USA (NBC) : 28 octobre 1976 - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Frank K. Telford - Réalisé par Charles Rondeau

Avec Laurette Spang (Maggie), Jack Bannon (Dan), Warren Berlinger (Harris), Ted Hartley (Frank DeBlazio), Terry Kiser (Ted Benton), Ron Pinkard (Willie), …

Sam Casey est accusé d’avoir tué Willie Henderson, un agent. Les preuves sont accablantes. Mais Sam n’a pas dit son dernier mot. Il part, dans les bas quartiers, à la recherche du meurtrier…

EPISODES NON DIFFUSES AUX USA EN 1976 MAIS BIEN EN EUROPE:

6. « CROISIERE DANGEREUSE » (ESCAPE HATCH) 

ben murphy - steven bochco - harve bennett - william sylvester

Photo : © Universal Television - starstills.com

Diffusion au USA (NBC) : / - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Leslie Stevens - Réalisé par Paul Stanley

Avec Jane Wyatt (Miss Carlisle), Polly Middleton (Pat Sloane), Pamela Franklin (Daphné), Bert Kramer (Capitaine Brenner), Walter Brooke (Hammond), …

Sam Casey pense que la millionnaire Amory Carlisle est détenue prisonnière sur son bateau par son propre équipage. En effet, il est étonné de constater qu’elle veut céder la compagnie « Etoile bleue », dont elle est propriétaire, à des pays étrangers. Sam décide de tirer la chose au clair avant que le marché soit conclu…

7. “LE COMBAT DU SIECLE” (EIGHT, NINE, TEN YOU’RE DEAD)

Diffusion au USA (NBC) : / - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Frank K. Telford & Richard Fielder. Histoire de Richard Fielder.

Réalisé par Andy Sidaris & Alan Crosland

Avec Henry Darrow (Harry Trent), Herbert Jefferson, Jr. (Arch Kingston), Charles Lampkin (Pop Kingston), Tony Burton (Moore), Skip Ward (Delbert Reese), …

Arch Kingston est un célèbre champion de boxe, catégorie poids lourd. Il doit participer à un match organisé pour une œuvre de charité. Juste avant la rencontre, le manager, Harry Trent lui demande de laisser gagner son adversaire et de perdre volontairement le combat. Arch refuse mais Trent menace la vie de son père qui se fait rapidement kidnapper. La champion n’a pas la possibilité de refuser. Mais Sam Casey veille. Rendu invisible, il compte bien modifier le cours du match…

N.B.: Henry Darrow s’est fait connaître du grand public en incarnant la savoureux Manolito Montoya dans la série western « Le Grand Chaparral » (1967 – 71). Ensuite, il a joué dans quantité de séries connues des années 70 et 80, le plus souvent des méchants, comme dans « L’homme qui valait 3 milliards », « Mission Impossible », « Kung Fu », … Herbert Jefferson, Jr. était le copain de Nick Nolte dans la minisérie « Le riche et le pauvre » où il se faisait harceler par l’infâme Falconetti. Il a aussi joué le pilote de chasse Boomer dans « Battlestar Galactica » en 1978 ainsiq eu dans « Les rues de San Francisco ».

8. « CIBLES » (TARGETS)

ben murphy - steven bochco - harve bennett - william sylvester

Photo : © Universal Television - sfstory.free.fr

Diffusion au USA (NBC) : / - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Jim Carlson & Terrence McDonnell - Réalisé par Michael Caffey

Avec Katherine Woodville (Valerie Dawson), Cindy Eilbacher (Nina Dawson), Cesare Danova (Victor), Paul Mantee (Capitaine Nevsky), …

Sam Casey tente de faire franchir le rideau de fer au savant Valérie Dawson et sa fille Nina. Mais celle-ci ne souhaite pas partir avec sa mère. Victor Bedny, un prétendu ami de la fille de la scientifique, s’efforce d’empêcher le trio de quitter vivant le pays…

9. « LE DISSIDENT » (SUSPECT YOUR LOCAL POLICE)

Diffusion au USA (NBC) : / - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Steven E. De Souza. Histoire de Rick Mittleman & Steven E. De Souza - Réalisé par Paul Krasny

Avec Ben Hammer (Aleksander Kadescho), Richard Jaeckel (Nick Radinski), Naomi Stevens (Mrs. Stapoli), Barbara George (Lisa Korlavitch), Joby Baker (Jozef), …

Aleksander Kadescho, un grand journaliste américain, reçoit depuis quelques temps des menaces de mort. La police fait appel à Sam Casey pour le protéger et déjouer le complot…

10. « GRAND PRIX » (BUFFALO BILL RIDES AGAIN)

Diffusion au USA (NBC) : / - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Frank K. Telford - Réalisé par Don McDougall

Avec Jim Stafford (Joe “Buffalo Bill” Hickens), Ed Nelson (Bob Denby), Don Galloway (John Hiller), John Milford (Elliott), Smith Evans (Tina), …

Après avoir volé plusieurs kilos de Deutrium, un métal rare et très explosif, Bob Denby projette de faire exploser les avions de combat du Pentagone au moyen d’ondes radio qui, contrôlées de loin, enflammeraient le Deutrium. Denby participe au Grand prix et fait courir « Buffalo Bill » dans son écurie. Sam Casey se fait engager comme mécanicien afin de déjouer les plans de Denby…

N.B. : seconde et dernière apparition du personnage de Buffalo Bill, brave routier quelque peu dépassé par les événements et à qui Sam Casey vient en aide. L’acteur Ed Nelson est aussi une figure de méchant bien connue des fans de séries des années 60 et 70 : « Le Fugitif », « Rawhide », « MacGyver », …

11 ET FIN. « LE RETOUR DU LION » (RETURN OF THE LION)

Gemini Man

Photo : © NBC / Universal Television / horreur.net

Diffusion au USA (NBC) : / - Diffusion en France (TF1) : 1977 et 1988

Ecrit par Steven E. De Souza - Réalisé par Alan J. Levi

Avec Raymond St-Jacques (Hali Jomatta), Quinn Redeker (Le colonel Brighton), Mills Watson (le sergent Hauser), …

La guerre civile sévit depuis trois ans dans un petit état africain. Comme la paix n’est pas en vue, le dictateur en exil, Hali Jomatta, décide sortir de l’ombre afin de rendre la liberté à son pays. Mais il doit compter avec le danger que représentent les mercenaires, bien décidés à le tuer. Sam Casey est chargé de sa protection et doit lui faire regagner son pays par la voie des airs. Mais leur hélicoptère est abattu en plein vol. Sam et Jomatta doivent alors traverser les lignes ennemies et échapper aux mercenaires, lancés à leurs trousses…

12:14 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/07/2013

« JUSTIFIED » : un marshal fédéral chez les cul-terreux

Dans le cadre de « La semaine des lecteurs » (26 janvier au 1er février 2015) sur le blog des séries du journal « LE MONDE », retrouvez ma critique de la série policière « JUSTIFIED » (2009 - 2015).

JUSTIFIED

JUSTIFIED

Justified 1


Photos : © 
FX Productions

 

 

 

 

Justified 2

Photo : Copyright : FX Television – www.amazon.fr

USA - 2010 / 2013 (toujours en production). Série adaptée pour la télévision par Graham Yost d’après le roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard et comprenant 4 saisons (52 épisodes) en date du 28 juillet 2013. Musique de Steve Porcaro (le clavier du groupe rock « Toto »).

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshal Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Natalie Zea (Winona Hawkins), Joelle Carter (Ava Crowder), Jacob Pitts (Marshal Tim Gutterson), Erica Tazel (Marshal Rachel Brooks), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

Diffusé sur BE TV (Canal + Belgique) en 2011 (saisons 1 & 2) et 2013 (saison 3). Saisons 1 et 2 disponibles en dvd à la vente. Sortie de la saison 3 prévue début septembre 2013.

A VOIR :

« Long Hard Times to Come », la musique deugénérique de « JUSTIFIED » sur « You Tube », composé par Rench et interprété par le rappeur T.O.N.E.-z. Notons que le générique rappelle un peu celui de « True Blood », la série de vampires d’HBO, avec ses couleurs surexposées et ses images saccadées.

PITCH : Marshal des Etats-Unis basé à Miami, Raylan Givens est un as de la gâchette, doublé d’un inspecteur plutôt futé. Lors d’une altercation avec un gangster qui le menaçait, le marshal est le plus rapide. Malheureusement, sa hiérarchie en a marre et le voilà muté dans le comté d’Harlan, à Lexington, dans son Kentucky natal. Là, il se retrouve face à Boyd Crowder, un inquiétant activiste d’extrême droite, ses copains d’enfance, son ex-femme et son père Arlo, un homme chaotique aux activités aussi louches que dangereuses. Un petit monde qui cause bien des soucis à Raylan…

AVIS : on ne peut que dire du bien d’un grand écrivain de romans policiers comme Elmore Leonard, honorable octogénaire toujours actif et qui pour ses bientôt 88 ans, se porte comme un charme. Coscénariste et producteur exécutif sur la série « Justified », adaptée d’après ses romans consacrés aux aventures de Raylan Givens (le premier a été édité en 1993 sous le titre « Pronto »), l’auteur écrit depuis près de 60 ans.

Et cela fait près d’un demi-siècle que plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, allant du western (Hombre, 3h10 pour Yuma) au policier (Mr. Majestyk avec Bronson, Jackie Brown de Tarantino, Hors d’atteinte de Soderbergh avec George Clooney), en passant par la comédie (Get shorty avec Travolta et Gene Hackman). Bref, de bons films avec un solide casting et des réalisateurs qui connaissent leur métier.

Du cinéma à la télévision

Début 2000, la télé lui a aussi fait les yeux doux avec la peu mémorable série « Karen Sisco » (10 petits épisodes en 2003 - 2004, un échec de la chaîne ABC). La saga « Justified » démarre en 1997 quand le roman « Pronto » d’Elmore Leonard fait l’objet d’une adaptation sous forme de téléfilm, avec James Legros dans le rôle de Raylan Givens.

Malgré la présence au générique de Peter Falk (Columbo) et Jim McBride à la réalisation (Great Balls of Fire ! en 1989, The Big Easy, flic de mon cœur en 1986), le téléfilm ne marque pas les esprits. Notons que l’acteur James Legros joue le rôle récurrent de Wade Messer, un plouc barbu qui apparaît dans les saisons 2 et 3 de la série.

Bref, des adaptations télé peu engageantes qui laissaient craindre le pire pour cette nouvelle série. Et c’est vrai qu’à la vision des premiers épisodes, on pouvait se dire « mouais, bof, encore une série policière de plus et pas terrible… ». De fait, les premiers épisodes se traînent et peinent à trouver leur rythme. Pour ma part, je n’ai commencé à accrocher que vers le 5ème (pour des saisons de 13 épisodes de 40’ chacun). A partir de là, que du bonheur !

Un rythme lent mais pas seulement…

Justified 1

Photo : © FX Television – www.amazon.fr

S’accommodant de ce rythme a priori lent, la série tire justement son intérêt par le fait d’être en phase avec ses personnages. Priorité à la psychologie et au déroulé des enquêtes, l’action passe au second plan même si pas mal d’épisodes ont leur lot de « pan pan », surtout lors de la 2ème saison. Fidèle aux atmosphères des romans d’Elmore Leonard, « Justified » nous emmène dans un monde où rien n’est vraiment clair, où l’ambiguïté règne plutôt en maître et les luttes de clans sont féroces (les familles Givens, Crowder et Bennett se mènent une guerre perpétuelle et tous les coups sont permis).

Sans oublier les conflits d’intérêt : Raylan face à son père Arlo avec qui il ne s’entend pas et qu’il ne voulait pas revoir. Arrêter son père qui commet des crimes ? Difficile mais pourtant... Même chose avec les amis d’enfance qui tournent mal. Lorsqu’il se retrouve confronté à eux, Raylan se trouve en porte-à-faux, tiraillé entre son obligation de faire appliquer la loi et son avis personnel qui lui fait se dire : « Bon, ben, laisse-le, ce n’est que du menu fretin. A la rigueur, il pourra me servir d’indic ».

Raylan se demande constamment : « Est-ce que ce que je fais est justifié ? » (d’où le titre), se demandant aussi où va sa vie amoureuse tout en menant sa carrière de policier avec rigueur et grand professionnalisme. Seul bémol : quand il dégaine, c’est pour tuer et les cadavres ont tendance à s’accumuler. Affublé de son stetson qu’il ne quitte quasiment jamais et de son glock, il incarne une sorte de Gary Cooper moderne, à la fois cool et impitoyable. Une série policière aux accents de western, comme l’ont écrit les critiques américains lors de sa diffusion aux USA.

Plutôt que d’aligner des épisodes sur le mode « le méchant de la semaine » (piège que n’évitait pas toujours la 1ère saison), la série fait ensuite le choix intelligent de nous plonger dans le monde pas reluisant des fugitifs en cavale, escrocs en tous genres, policiers corrompus et pour notre marshal au chapeau aux dilemmes amoureux !

Plutôt que de proposer une vision précise et documentée du travail des marshals fédéraux, la série tire avant tout parti des personnages et des situations. Comme dans les romans d’Elmore Leonard, un dialogue s’engage calmement, tout à l’air relax et puis soudainement surgit une violence inouïe qui n’épargne personne.

Pour ceux que cela intéresse, dans la réalité, les vrais marshals fédéraux sont chargés de traquer les fugitifs en cavale, de protéger les juges, d’escorter les témoins et de procéder aux arrestations. La 1ère saison illustre ces missions durant plusieurs épisodes. Du reste, l’enquête policière est plutôt effectuée par le FBI et/ou la police locale. Comme le dit Graham Yost, son producteur-scénariste, la série n’a donc pas vocation à développer une enquête autour d’un mystère à élucider.

Des dialogues ciselés où pointe une certaine désinvolture

Justified 3

Photo : © FX Television – www.amazon.fr

Bénéficiant de dialogues malins où l’ironie et le second degré font mouche à tous les coups – comme le flingue du héros –, la série gagne petit à petit ses galons de ce qu’on pourrait qualifier de bijou d’humour désinvolte à la sauce campagnarde (pour le cadre). On se régalera des dialogues plein de sous-entendus entre Raylan et Boyd Crowder, sorte de double en négatif.

Comme l’explique un producteur dans les excellents bonus du coffret dvd de la 1ère saison, les deux lascars savent exactement ce que pense l’autre mais ne diront jamais le fond de leur pensée. On a droit à quelques fameuses joutes verbales pour savoir qui sera le plus malin. Idem dans les dialogues entre le marshal et son ex-femme Winona où pointe bien plus que du badinage amoureux.

Pour mieux s’en imprégner et comprendre toutes les subtilités, privilégiez la version originale avec une seconde vision indispensable pour encore mieux en comprendre le sous-texte. Du reste, cette série propose une vision sociologique tout à fait intéressante du fonctionnement global des marshals fédéraux et de la ruralité américaine par sa peinture assez rude du Sud profond.

Pour la petite histoire, le comté d’Harlan (Harlan county en VO) existe vraiment dans le Kentucky. Situé dans les Appalaches, c’est une communauté rurale très pauvre, qui survit essentiellement grâce aux mines de charbon, comme expliqué dans les bonus de la saison 1. Le pilote a été tourné en partie sur place ainsi qu’à Pittsburgh en Pennsylvanie. Du reste, l’essentiel de « Justified » se tourne à Santa Clarita, en Californie du Sud. Les décorateurs ont trouvé à Green Valley des paysages similaires à ceux du Kentucky avec des forêts denses et des clairières faisant parfaitement illusion.

Une équipe de scénaristes et de réalisateurs chevronnés

Boomtown

© ABC Television - www.amazon.fr

Il faut dire que les scénaristes ne sont pas des manchots : Graham Yost est un fan absolu des romans d’Elmore Leonard et les connaît sur le bout des doigts. En 2002 - 2003, Yost nous avait déjà livré « Boomtown », une belle perle policière hélas trop tôt disparue et était le scénariste des films d’action « Speed ». Il a aussi écrit plusieurs épisodes de « Pacifique » (2010), la mini-série de guerre de Spielberg et Tom Hanks.

A ses côtés, on retrouve aussi de très bons réalisateurs pour l’épauler comme Jon Avnet (Beignets de tomates vertes en 1991, producteur sur Boomtown) et John Dahl, spécialiste du film noir et réalisateur des fomidables « Red Rock West », « Kill me again », « Last seduction ». Dahl continue à officier comme metteur en scène sur les meilleures séries télé de ces dernières années : « Dexter », « Life », « Homeland », « Shameless », « True blood », « Person of Interest » et même « Californication ».

Un acteur en totale osmose avec son personnage

Timothy Olyphant

Timothy Olyphant - © www.imdb.com

Le personnage de Raylan Givens méritait un acteur subtil. C’est chose faite avec l’excellent Timothy Olyphant qui rappelle un peu, par son côté cool et beau gosse un jeune Clint Eastwood. Né en 1968 à Honolulu, le comédien s’était jusque là surtout illustré dans des seconds rôles, notamment le méchant du 4ème « Die Hard » en 2007, aux côtés de Bruce Willis.

Routier des séries télé, on se souvient de lui en shérif Seth Bullock dans la très sombre série western « Deadwood » (2004 - 2006) et en amant torturé de Rose Byrne dans la 2ème saison de « Damages » avec Glen Close. Une belle gueule qui n’est heureusement pas que ça et dégage autre chose qu’un bellâtre à gros flingue. Avec son interprétation du marshal Raylan Givens, Tim Olyphant est certainement en train de créer peu à peu sa mythologie par la subtilité de son jeu et son charisme naturel qui le rendent éminemment sympathique et attachant.

Pour l’anecdote, Olyphant lisait déjà les romans d’Elmore Leonard consacrés au marshal fédéral et les connaissait par cœur bien avant d’obtenir le rôle. Sur le tournage de la série, quand il a rencontré l’écrivain, le comédien lui a dit : « Tu devrais écrire de nouveaux romans sur ce personnage. » Et ni une, ni deux, Elmore Leonard vient de sortir « Raylan » voici peu.

Des seconds rôles impressionnants

A ses côtés, on retrouve deux excellents seconds rôles, des visages bien connus des sériephiles en la personne de Walton Goggins (Shane dans « The shield ») et Jim Beaver (Bobby Singer, le mentor barbu des frères Winchester dans « Supernatural »).

Walton Goggins - Copyright www.imdb.com.jpg

Walton Goggins - © www.imdb.com

Goggins, avec sa gueule de squelette vivant et ses dents en avant, dégage quelque chose de particulièrement inquiétant en en même temps de pas foncièrement méchant. Pas le genre de gars qu’on voudrait connaître en vrai mais bon, il a ce je-ne-sais-quoi qui le rend mémorable. Quant à Beaver, son accent de « redneck » (plouc pour le traduire platement) en faisait le candidat idéal en shérif borderline (surtout présent dans la saison 3).

La 2ème saison est bien meilleure que la première, surtout pour l’évocation qu’elle fait des luttes de clans et par l’introduction du personnage de Mags Bennett, marâtre qui mène ses fistons à la baguette et qui propose de l’alcool aux effets dévastateurs. Une reine de la manipulation et qui sous des dehors de brave maman, n’en est que plus dangereuse. Brrr !

Mykelti Williamson

Mykelti Williamson - © www.imdb.com

La 3ème saison se révèle nettement moins addictive que la précédente. Raylan Givens a fort à faire avec le très ambigu Ellstin Limehouse (incarné par Mykelti Williamson, épatant dans Boomtown et Forrest Gump) ainsi qu’un méchant d’envergure en la personne du très flippant Robert Quarles (Neal McDonough, vu dans "Band of Brothers" en 2002 et dans "Minority report" de Spielberg avec Tom Cruise. Un comédien déjà formidable en psychopathe vraiment glauque dans la 5ème saison de « Desperate Housewives »).

Neal McDonough

Neal McDonough - © www.imdb.com

Plus centrée sur les personnages et leurs états d’âme, les enjeux sont mis de côté au profit d’une intrigue essentiellement centrée autour de leurs relations. On se consolera par le second degré des dialogues entre notre héros (plutôt paumé à l’idée de devenir père) et Boyd Crowder, toujours plein de sous-entendus. Bref, on se délecte encore et encore de « Justified », comme l’a écrit le spécialiste des séries, Martin Winckler, dans « La vie en séries », dernier hors-série du journal « Le Monde » (août 2013) : Je déguste chaque saison de Justified, série noire pleine d’un humour corrosif.

Au final, « Justified » se regarde avec un réel plaisir, tant pour le personnage principal que pour la galerie d’originaux qui gravitent autour de lui. On aime vraiment passer du temps avec eux, pour horribles que soient certains des adversaires du marshal fédéral. Cette série, originale par le cadre et décalée par les situations, mérite une belle place au podium des shows policiers étonnants et jamais totalement prévisibles. On en redemande ! Une saison 4 est à venir, déjà terminée et diffusée aux Etats-Unis.

JUSTIFIED - Saison 4 : que du bonheur...caustique

Justified season 4Photo : © FX Television

USA - 2010 / 2014 (toujours en production). Série adaptée pour la télévision par Graham Yost d’après le roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard. Quatre saisons diffusées en Europe (4 X 13 épisodes). Musique de Steve Porcaro (le clavier du groupe rock « Toto »).

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshal Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

Diffusé sur BE TV (ex-Canal + Belgique) en juillet 2014 (saison 4). Saisons 1 à 3 disponibles en dvd. Saison 4 disponible en dvd dès le 08 octobre 2014.

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 4

Après une saison 3 un peu faiblarde dans le déroulé de son intrigue mais marquée par des méchants succulents comme Quarles (épatant Neal Mc Donough) et Limehouse (Mykelti Williamson), « Justified » nous revient en meilleure forme dans cette quatrième salve d’épisodes.

On retrouve avec bonheur tout ce qui fait, osons le dire, son sel et sa personnalité, à savoir son héros un peu dépressif et faisant preuve d’un sang froid à toute épreuve et surtout, ses dialogues à l’humour caustique, typique des romans d’Elmore Leonard (pour rappel, la série est tirée du roman « Fire in the hole » de l’écrivain disparu voici peu).

A tous moments, une situation a priori banale peut déraper et tomber dans la violence la plus meurtrière. Le marshal Raylan Givens affronte à nouveau Boyd Crowder, magouilleur en chef auquel  s’ajoute un homme de main des plus inquiétants, Colt Rhodes (Ron Eldard qui a bien grossi depuis « Urgences » et le film « Super 8 »).

Ancien MP (police militaire), ce « bad guy » ne voit aucun inconvénient à supprimer son prochain comme si c’était aussi naturel que de fumer une cigarette (dont il abuse d’ailleurs). Sans doute moins flippant que l’imprévisible Quarles de la saison 3, Rhodes se la joue Depardieu période « Le choix des armes » (parka militaire et cheveux longs filasses), auquel l’acteur fait d’ailleurs référence dans les derniers épisodes en évoquant Gérard « Dipardiou ».

Luttes de pouvoir, coups fourrés et retournement de situations font à nouveau toute la saveur de cette saison 4 qui, selon moi, est la meilleure à ce jour avec la deuxième. Du reste, c’est toujours aussi bien écrit, joué et filmé (à cet égard, les plans obscurs viennent renforcer le propos souvent glauque de l’intrigue).

Tout concourt à une osmose parfaite entre le spectateur et l’univers de « Justified », monde dans lequel on aime s’arrêter même si on préférerait ne pas en faire partie. La vie n’y vaut pas grand-chose et très vite, chacun peut partir retrouver son créateur, sans même avoir le temps de s’en apercevoir Rigolant En ce sens, cette série policière, apparemment comme les autres, pourrait se rapprocher de « Breaking Bad », tant la noirceur du propos et le côté amoral de certains personnages sont similaires.

Pour l’anecdote, « Justified » est une série dans laquelle les acteurs sont chouchoutés : les scénaristes n’hésitent pas à stopper le tournage afin que les rôles soient les mieux écrits possibles, impliquant les comédiens dans le processus.

Un vrai bonheur qui se partage avec le spectateur qui en redemande. Aux Etats-Unis, la saison 5 est déjà terminée et la 6 en cours de production. On a hâte.

"JUSTIFIED" (janvier 2015) : un polar décontracté façon western

JustifiedPhotos © FX Television - Sony Pictures Entertainment

Avec Timothy Olyphant (U.S. Marshall Raylan Givens), Walton Goggins (Boyd Crowder), Nick Searcy (Député chef Art Mulen), Natalie Zea (Winona Hawkins), Joelle Carter (Ava Crowder), Jacob Pitts (Marshall Tim Gutterson), Erica Tazel (Marshall Rachel Brooks), Raymond J. Barry (Arlo Givens), …

6 saisons (2009/2015, toujours en production) : 78 épisodes.

Inspirée du roman « Fire in the hole » d’Elmore Leonard.

RETROUVEZ CET ARTICLE SUR LE BLOG DES SERIES DU "MONDE" DE PIERRE SERISIER 

 Lien officiel : http://www.sonypictures.com/tv/justified/

VOIR UN TRAILER DE "JUSTIFIED" (saison 6 et dernière)

AVIS :

Elmore Leonard est surtout connu comme écrivain de romans policiers. Très actif jusqu’à sa mort (87 ans en 2013), cet auteur a régulièrement été adapté au cinéma, dans divers genres : western (Hombre, 3h10 pour Yuma, Joe Kidd), policier (Jackie Brown de Tarantino, Hors d’atteinte de Soderbergh), comédie (Get shorty), …

Avant « Justified », la télé lui avait proposé d’adapter « Karen Sisco » (2003/2004), médiocre série de 10 épisodes, un échec de la chaîne ABC. Paru en 1993, son roman « Pronto » introduisait l’univers du marshall Raylan Givens. En 1997, le personnage est adapté au petit écran dans un téléfilm sobrement intitulé « Justified ». Aux côtés de Peter Falk (Columbo), l’acteur James Legros incarnait Givens (Legros revient d’ailleurs dans plusieurs saisons de la série dans le rôle de Wade Messer). Malgré Jim McBride à la réalisation (The Big Easy / Flic de mon cœur - 1986), le téléfilm ne marque pas les esprits.

En 2010, le scénariste et producteur Graham Yost décide de relancer le personnage sous forme de série-feuilleton hebdomadaire pour la chaîne FX (Sons of Anarchy, American Horror story, …), à raison de 13 épisodes de 40 minutes par saison. Connu comme auteur du film d’action « Speed » (1994), une référence du genre ; Yost a surtout évolué à la télé. En 2002/2003, on lui doit la formidable « Boomtown », perle policière trop vite annulée et plusieurs scénarios de « Pacifique » (2010), minisérie de guerre produite par Steven Spielberg et Tom Hanks.

Yost reprend donc le personnage de Leonard. Il en tire un pitch pas forcément original mais qui plait aux Américains par ses références à l’Ouest sauvage (un flic, un insigne mythique, des flingues, une terre hostile) : Raylan Givens est un US marshall parfois en conflit avec sa hiérarchie.

Toujours professionnel dans l’exercice de son métier et fin tireur, il ne se sépare jamais de son Stetson. Cowboy des temps modernes, il fait penser à un mélange de Lucky Luke et de Clint Eastwood dans la série western « Rawhide ». A l’occasion, ce beau gosse ne dédaigne pas les aventures d’un soir, dont il n’a que peu de souvenir vu le whisky qu’il s’est enfilé la veille. Après une altercation avec un gangster, Givens se fait muter dans le comté d’Harlan, dans son Kentucky natal. Il y retrouve son ex-femme Winona, son père Arlo et tout un petit monde qui va lui causer bien des soucis.

Bénéficiant du soutien d’Elmore Leonard, crédité comme coscénariste et producteur exécutif sur « Justified » ; Yost s’est inspiré du roman « Fire in the hole » de l’écrivain. Pour incarner Givens, le producteur choisit Timothy Olyphant qui avait déjà joué un sheriff dans la série western « Deadwood » (2004/2006).

Il s’est également adjoint les talents de réalisateurs chevronnés, spécialistes du drame et du film noir, comme Jon Avnet (Beignets de tomates vertes en 1991, producteur sur Boomtown) et John Dahl (auteur des mémorables « Kill me again » et « Last seduction », reconverti en réalisateur de séries télé : Homeland, Person of Interest, Californication, …).

Ceux-ci ont défini une identité visuelle qui donne un cachet très particulier aux images de la série, privilégiant le vert sombre, les jaunes délavés et des teintes de gris. Le générique donne le ton en mélangeant habilement l’ancien et le nouveau, à l’instar de sa partition musicale, subtil mix de rap et de country.

Une série noire à l’humour corrosif

Fidèle aux atmosphères des romans de Leonard, « Justified » nous plonge dans un monde apparemment tranquille mais où la violence se déchaîne de façon aussi soudaine qu’imprévisible. La série tire précisément tout son intérêt de ses dialogues malins où l’ironie mordante et le second degré dominent. Les réparties entre Givens et Boyd Crowder sont bourrés de sous-entendus savoureux.

Ces dialogues caustiques se retrouvent aussi avec d’autres personnages croisés plus tard dans la série (Limehouse, Duffy, les frères Crowe, …). « Justified » nous charme par son humour noir au lieu de s’attarder sur le travail des marshalls fédéraux (traque de fugitifs, protection de témoins, … quoique cela soit parfois évoqué dans l’un ou l’autre épisode),

Priorité donc aux dialogues et aux personnages, l’action et le policier passent au second plan. Pour Graham Yost, la série policière ne cherche pas à développer une enquête autour d’un mystère à élucider. Pour ceux qui la trouveraient lente et trop bavarde, elle n’a pas à rougir de son efficacité quand elle passe à l’action (fusillades, poursuites, explosions spectaculaires). Les amateurs du genre seront comblés pourvu qu’ils se montrent patients.

Dans le rôle de Crowder, méchant opposé au héros ; on retrouve l’épatant Walton Goggins (Shane Vendrell dans « The Shield » mais aussi le transsexuel Vénus dans les saisons 5 et 6 de « Sons of Anarchy »). Avec son sourire carnassier, il fait penser à une hyène qui attend, tapie dans l’ombre, que ses ennemis soient morts avant de venir les dépecer.

De petit facho hargneux, le personnage évolue vers un prédicateur fou de Dieu, soi-disant en route vers le bon chemin. Manipulateur redoutable, il lui arrive pourtant de sauver des vies. Tout dépend évidemment de ses intérêts… Il peut faire preuve de grandeur d’âme en adoptant parfois un comportement en contradiction avec les desseins qu’il poursuit.

Justified Boyd Crowder

Boyd Crowder (à gauche)

 

 

 

 

Une galerie d’ennemis originaux

L’autre attrait réside dans ses personnages : fracassés par la vie, pétris de doutes, d’envies, de frustrations ; on les sent vivre à l’écran de manière assez réaliste grâce à un bon travail d’écriture. Curieusement, le personnage principal évolue peu : à part son aspect relax contrebalancé par sa dureté d’homme de loi, Raylan Givens est souvent à la masse et même dépassé par les événements, surtout dans sa vie privée (sa future condition de père l’étonne plus qu’elle ne le rend heureux). Le personnage semble figé dans sa figure mythique de marshall.

Justified Wynona

Raylan Givens et son ex-femme Winona

Malgré tout, la série évoque les dilemmes auquel doit faire face le policier. Il se trouve souvent en porte-à-faux, tiraillé entre son obligation de faire appliquer la loi et son ressenti personnel. Malgré son apparente désinvolture, Givens travaille beaucoup du chapeau. Au final, il fait ce qu’il a à faire.

A contrario, les méchants se révèlent nettement plus intéressants. « Justified » nous offre une fameuse galerie de frappadingues, souvent cruels, parfois drôles et subtils et pour certains, attachants. Les producteurs ont retenu la célèbre phrase d’Hitchcock qui disait : « Meilleur sera le méchant, meilleur sera le film ». C’est là qu’opère le charme vénéneux de la série.

Au départ, la saison 1 est assez brouillonne dans sa manière d’installer les personnages. Les situations, dépourvue de réels enjeux, n’accrochent pas de prime abord et l’ensemble souffre d’un manque de rythme. Ce n’est que vers le 6ème épisode qu’elle commence à prendre sa vitesse de croisière.

Le premier véritable méchant fait son apparition avec le machiavélique Wynn Duffy (Jere Burns, vu dans « Bates Motel » et « Burn Notice »). Spécialiste en sécurité domestique (en fait, un « nettoyeur » de la Mafia), ce vilain menace Winona, l’ex-femme de Givens tout en se considérant comme un « homme d’affaires ». Il trempe toujours dans l’une ou l’autre magouille et bien sûr, croise le chemin du policier.

Justified Wynn Duffy

Wynn Duffy  © deadline.com

Ce gangster a la remarquable capacité de sauver sa peau. Il arrive toujours à s’acoquiner à de nouveaux truands quand ceux qu’il côtoyait tombent sous les balles du marshall. On le retrouvera tout au long de la série, comme un chewing-gum déplaisant qui colle aux bottes de Givens.

Lors de la saison 2 (la meilleure à ce jour), le flic affronte le clan Bennett, composé de trois fistons dominés par la matriarche Mags (formidable Margo Martindale, vue dans « Dexter » et « The Americans »). Sous ses airs doucereux, elle sait parfaitement où elle va et abuse de son côté maternel pour obtenir ce qu’elle veut. Maître du trafic d’herbe local, elle fabrique un alcool aux effets dévastateurs qu’elle sert volontiers à qui se met en travers de sa route. Pas forcément mauvaise sur le fond, elle prend sous son aile Loretta, une orpheline du patelin. Mags s’arrange toujours pour ne pas être directement impliquée. Mais n’hésite pas à mettre en danger la vie de la gamine quand ses plans sont chamboulés.

Justified Mags Bennett

Mags Bennett 

A cet égard, « Justified » nous livre un beau portrait de l’enfance en perte d’innocence puisque Loretta (tout comme le jeune Kendal Crowe dans la saison 5) voit le mal et fait tout pour s’en prémunir, sans attendre que le marshall vienne la sauver.

Dans la 3ème saison, moins inspirée, Givens affronte un yuppie décadent sous les traits de Robert Quarles (succulent Neal McDonough, habitué des rôles de cinglé, vu dans « Boomtown » et « Desperate Housewives »). Psychopathe hyper narcissique, le gangster cherche à faire main basse sur le trafic de drogue local pour en devenir le maître absolu. Leur confrontation finale renvoie directement à un duel de western.

Justified Robert Quarles

Robert Quarles 

Durant cette même saison, on croise un autre infâme, Ellstin Limehouse (incarné par Mykelti Williamson, déjà épatant dans « Boomtown »). Boucher cupide et impitoyable, il manie l’art du sous-entendu et l’ambiguïté aussi bien que ses couteaux de découpe. Ses relations avec Givens ne sont pas forcément mauvaises, teintées de méfiance et d’un certain respect.

Mais Limehouse n’aime pas la police et ceux qui viennent mettre leur nez dans ses affaires. Même si ses intentions ne sont pas entièrement connues, l’éleveur de porcs reviendra fugacement dans la saison 4 pour des dialogues à nouveau finement taillés si l’on ose dire.

Justified Austin Limehouse

Austin Limehouse

La 4ème salve d’épisodes, plus drôle, voit arriver le brutal et grossier Colt Rhodes (Ron Eldard, vu dans « Urgences » et le film « Super 8 »). Ancien pote d’armée de Boyd Crowder, ce méchant liquide son prochain comme s’il fumait une cigarette (dont il abuse d’ailleurs). Rhodes se la joue Depardieu période « Le choix des armes » avec parka militaire et cheveux longs filasses.

Il y fait clairement référence en évoquant de manière enjouée Gérard « Dipardiou ». Le tueur n’aura pas les honneurs d’une confrontation avec le marshall mais qu’importe, il nous aura bien amusés.

Justified Colt Rhodes

Colt Rhodes

Décalque paresseux de la 2ème saison, la saison 5 se focalise sur les luttes de pouvoir de la famille Crowder. En contrepoint comique, on suit les déboires de Dewey Crowe, petit nazillon tatoué déjà croisé dans la saison 1. Pas malin pour un sou, le redneck se rend compte de sa stupidité quand il est…trop tard. Ce qui donne lieu à quelques moments assez désopilants.

Ses cousins de Floride, Daryl Jr. et Danny Crowe aiment l’argent facile. Particulièrement effrayant, Danny (A.J. Buckley, le petit laborantin barbu des « Experts Manhattan », méconnaissable) occupe le devant de la scène. Boule de haine raciste, il croit qu’il doit apprendre la vie au jeune Kendal en tuant de manière gratuite et cruelle devant les yeux du gamin. A l’opposé, Daryl Crowe Jr. incarne l’autorité paternelle. Sous des dehors assez mous, il cache un caractère plutôt vicieux.

Justified Daryl Crowe Jr.

Daryl Crowe Jr.

En parallèle, les épisodes des différentes saisons évoquent les relations houleuses entre Givens et son père Arlo, vieil arnaqueur rempli d’amertume et de rancœur envers son fils. Si leurs rapports évoluent peu, marqués par une incompréhension mutuelle ; on retient l’immense déception qu’ils ressentent l’un pour l’autre.

Et les femmes ? Loin d’être une série misogyne et machiste, « Justified » dresse de solides portraits féminins : Winona, l’ex-femme de Givens, a un sacré tempérament et ne s’en laisse pas compter. Ses relations avec le policier sont compliquées. Sous des dehors de poule de luxe effarouchée, Winona ne perd pas vite son sang froid.

Mais le plus beau personnage féminin reste certainement Ava Crowder, belle-sœur de Boyd qui a une brève liaison avec le marshall au début de la série. Malmenée par les événements, en particulier par le patriarche Bowman Crowder (saison 1) ; Ava évoluera beaucoup tout au long de la série (déboires sentimentaux, prison, …). Au final, on retient des femmes belles, sauvages sans être hystériques, sexy sans être des objets. Fortes.

Justified Ava Crowder

Ava Crowder

Un univers plaisant à retrouver

Tout au long de son existence (la saison 6 a démarré en 2015 aux USA et ce sera la dernière), « Justified » a fait preuve d’originalité dans la mise en place de son univers et de ses personnages, en dépit d’intrigues peu inspirées. Elle retient surtout l’attention par sa peinture amusée et jamais méchante du Sud profond, détournant les clichés des péquenots à salopettes (même si certains sont caricaturaux) au profit de personnages complexes, fouillés et au final, terriblement humains.

La série se démarque aussi par le fait qu’elle sort du cadre habituel des séries policières et leurs grandes villes (New York, Los Angeles, Miami pour ne citer que les plus représentées) en le déplaçant vers la campagne. Evidemment et comme le veut le genre, la série nous plonge dans le monde peu reluisant des escrocs en tous genres, des policiers corrompus, des mafieux et autres petites frappes.  

Par son ton cynique (mais pas trop), sombre et souvent amoral ; « Justified » occupe un place à part dans les shows policiers et se regarde avec un réel plaisir, à la fois pour sa nonchalance et le côté décalé de certaines situations. A l'image d'un "redneck" qui s'en enfilerait une, voilà une série qui se déguste comme une « Budweiser », longuement et sûrement.

Fiche technique

Tourné à Santa Clarita, Californie. Une production Sony Entertainment diffusée sur FX Television.

Producteurs exécutifs : Graham Yost. Co-producteurs exécutifs : Carl Beverly, Sarah Timberman, Michael Dinner, Fred Golan, Steven Heth, Elmore Leonard, Don Kurt, Timothy Olyphant, Taylor Elmore, …

Réalisateurs : John Dahl, Peter Werner, Michael Watkins, Tony Goldwyn, Adam Arkin, …

Scénaristes : Graham Yost, Elmore Leonard, Ingrid Escajeda, Benjamin Cavell, Chris Provenzano, …

Musique : Steve Porcaro. Générique : « Long Hard Times to Come », composé par Rench et interprété par le rappeur T.O.N.E.-z.

21:00 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |