15/11/2015

TRUE DETECTIVE – Saison 2 : différent et bouleversant...

true-detective-ban - copyright HBO.jpg© HBO Television

Série dramatique policière (USA, 2015) créée et écrite par Nic Pizzolatto.

Avec Colin Farrell (Ray Velcoro), Vince Vaughn (Frank Semyon), Rachel McAdams (Ani Bezzerides), Taylor Kitsch (Paul Woodrugh), …

Diffusée sur HBO aux USA en janvier 2015, sur Canal + France et OCS City et sur BE TV Séries dans les mois qui suivirent.

Saison 2 (8 épisodes de 60'). Sortie en dvd et Blu-Ray le 27 janvier 2016

VOIR UN TRAILER DE « TRUE DETECTIVE » (saison 2) en version française

Dès l’annonce de sa 2ème saison, « True Detective » a été critiquée à la quasi unanimité par la presse alors qu’elle n’avait même pas vu l’intégralité de la série. Manque de densité, décevant, lourde, … ; les qualificatifs peu élogieux ont fusé. Evidemment, au regard de la 1ère saison qui reste un chef d’œuvre du genre, la comparaison était inévitable. Malgré la difficulté de s’empêcher de comparer, cette deuxième fournée d’épisodes n’a pas tout pour elle mais a tout de même quelques qualités. Rappelons qu’il s’agit d’une anthologie et que chaque saison change d’acteurs, de décors et d’histoire.

Tout d’abord, comme pour la 1ère saison, un casting de choix avec des acteurs de cinéma de gros calibre : Rachel McAdams (Morning Glory, Un homme très recherché), Colin Farrel et Vince Vaughn qu’on ne présente plus et Taylor Kitsch, révélation de la série « Friday Night Lights » qui tente sans grand succès de percer au cinéma (les films « John Carter », « Battleship » et « Savages » furent des bides).

Ensuite, on retrouve une atmosphère différente mais toujours particulière (une ville fictive du Nord de la Californie où déchets toxiques et santé publique ne font pas bon ménage). Si on sent que le créateur et scénariste Nic Pizzolatto connaît moins bien la Californie que la Louisiane vue dans la 1ère saison, il arrive à nous intriguer, à défaut de captiver, malgré une entrée en matière qui souffre de nombreuses longueurs. On se dit : « Ouais, encore un autre truc glauque mais où veut-on en venir ? »

L’ensemble manque d’un je-ne-sais-quoi qui lui apporterait une âme, un souffle, une capacité de nous emporter comme l’avait fait la première salve d’épisodes. De fait, les 4 premiers épisodes peinent à vraiment nous convaincre, à nous emballer ; les personnages n’étant ni attachants, ni particulièrement intéressants. L’intrigue tarde à se mettre en place, privilégiant avant tout les ambiances (les images sont saturées de jaune et de brun, contribuant à renforcer cette impression de baigner dans une atmosphère sombre et oppressante) et laisse supposer des complots politico-industriels couverts par la police. Le personnage de flic ripou et alcoolique de Colin Farrell souligne et renforce cette intuition. A partir de là, on se dit que la suite sera prévisible. En fait, non.

La série se reprend en main vers le milieu de l’histoire (après une inévitable et interminable fusillade digne d’un film de Sam Peckinpah) et le récit bascule de manière plus prononcée dans la psychologie des personnages. Inévitablement, ils sont le fruit de leur environnement. Plutôt que d’essayer de le contrôler à tout prix, ils tentent, chacun à leur manière, d’en tirer le meilleur parti possible. A cet égard, la prestation de Vince Vaughn, acteur spécialisé dans des comédies souvent idiotes, impressionne. Avec peu de mots et une simple présence, il en impose en chef criminel déterminé et cache, derrière une froideur impitoyable, une âme de petit garçon sensible.

Une caractéristique que partage aussi le personnage de Colin Farrell, particulièrement émouvant dans les scènes où il veille sur son gamin roux et obèse (dont il n’est pas sûr d’être le père). Quant à Taylor Kitsch, motard de la police tiraillé par une identité sexuelle trouble, sans doute est-ce le plus fade personnage du récit mais on se surprend à suivre avec intérêt ses tourments intérieurs.

Pris dans une spirale infernale, ces trois personnages savent très bien que la suite des événements ne jouera pas en leur faveur, ils ne savent pas quand tout se terminera mais ils le savent. Et acceptent ce destin inéluctable avec dignité et une grande force morale. A ce niveau, Pizzolatto réussit son travail d’écriture sans trop d’artifices, ni pathos.

Au final, les plus beaux personnages sont féminins, surtout celui de Rachel McAdams. Flic de choc et tête brûlée, la jeune femme assume son leadership à l’égal d’un mec. Sans s’en laisser compter et sans agressivité, elle tente, elle aussi, de survivre dans un univers désenchanté et sans avenir. Les dernières images de cette 2ème saison laissent comprendre qu’un avenir peut-être plus heureux serait possible mais malheureusement toujours pétri d’incertitudes. La compagne de Vince Vaughn reste hélas à l’état de cliché de femme de mafieux, ne connaissant quasiment pas aucune évolution.

Il reste que les dernières images laissent entrevoir un espoir, très mince mais un espoir quand même dans toute la noirceur qui traverse cette deuxième saison. Noire mais différente. Sombre mais bouleversante. Est-ce que la question de comparer a-t-elle vraiment lieu d’être ? Ne s’agit-il pas finalement de « savourer » une autre forme de désespoir ? Avec tout de même un peu de lumière ? A vous de juger. Pour ma part, ce n’est pas un échec total comme certains l’ont écrit et la conseille, ne fût-ce que pour son atmosphère noire à souhait et ses personnages écorchés vifs.

15:53 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/09/2015

« RECTIFY » : réapprendre à vivre…tout simplement

Rectify© THE SUNDANCE CHANNEL

USA, 2013. Série dramatique créée par Ray McKinnon.

Saison 1 (6 épisodes). Saison 2 (10 épisodes). Saison 3 (6 épisodes).
Saison 4 en cours de production.

Diffusée sur la chaîne SUNDANCE CHANNEL et sur ARTE depuis 2014.

Saison 1 disponible en dvd depuis le 14 octobre 2014.Coffret dvd regroupant les saisons 1 et 2 disponible à partir du 2 décembre 2015.

Avec Aden Young (Daniel Holden), Abigail Spencer (Amantha Holden), Bruce McKinnon (Ted Talbot, Sr.), J.-Smith Cameron (Janet Talbot), Adelaide Clemens (Tawney Talbot), Luke Kirby (Jon Stern), Clayne Crawford (Ted Talbot, Jr.), Jake Austin Walker (Jared Talbot), J.D. Evermore (Shérif Carl Daggett), …

VOIR UN TRAILER DE « RECTIFY » (You Tube)

Accusé du viol et du meurtre de sa petite amie à l’âge de 18 ans, Daniel Holden attend son exécution dans le couloir de la mort. A la faveur d’analyses ADN, le condamné à mort retrouve la liberté 19 ans plus tard. Dans l’attente d’un nouveau procès, Daniel découvre un monde qui a changé et faire face aux préjugés et à l’amertume de la population…

Sur base de ce postulat, l’acteur/créateur/producteur Ray McKinnon livre une série qui aurait pu paraître déprimante et sombre. Que du contraire. Partant d’un sujet grave (la peine de mort), toujours polémique dans la société en général ; il livre une réflexion subtile et puissante sur le système carcéral américain et la liberté.

Comment faire face à ce sentiment quand on a passé la moitié de sa vie dans un stress inhumain ? Comment communiquer avec ses proches pour qui on est devenu un étranger ? Comment aimer ? Comment vivre avec le poids du regard de la communauté ? Comment supporter la méchanceté autour de soi et les préjugés ?

Ces questions, « Rectify » les aborde sans tabous, au travers de flashbacks (sans abuser du procédé) et de dialogues très fins. Nous suivons le parcours de Daniel qui tente de se réapproprier sa vie. Coupé de ses émotions et incompris, il fait souvent penser au Dustin Hoffman de « Rain Man » par son comportement aux limites de l’autisme. Sa sœur Amantha et sa mère Janet ne savent pas comment l’aborder. Celles-ci l’aiment profondément mais le dialogue et le contact restent difficiles. Toute la force de la série se situe au niveau du non-dit, des regards, des corps qui réagissent… ou pas.

Un autre aspect qu’aborde sans détours la série tourne autour de la méchanceté des hommes. Harcelé par un sénateur qui cherche à tout prix à le remettre derrière les barreaux, Daniel subit également l’extrême violence du frère de son ex-petite amie assassinée. Pis, le mal est intérieur puisque Ted Junior, son beau-frère, le déteste puisque Daniel vient lui prendre sa place (la mère de Daniel lui demande désormais de l’appeler par son prénom Janet et plus « Maman »). Jaloux et hargneux, Ted Junior voit d’autant plus mal l’attirance naissante entre sa femme Tawney et Daniel. En prison déjà, ce dernier a dû composer avec d’autres détenus particulièrement pervers et odieux. Glaçant.

Cette injustice nous paraît d’autant plus effroyable quand se dévoile progressivement la vérité. Plus jouissif, nous découvrons que les personnes mal intentionnées sont de pauvres types minables que la vie, tôt ou tard, se charge de punir de façon inattendue et souvent ironique, voire cruelle. Nous ne sommes même pas pris d’empathie ou de pitié pour eux, nous voyons leur vrai visage et il nous dégoûte profondément.

Mais l’intérêt n’est pas là. Ce qui fait tout la saveur de « Rectify » réside dans l’évolution et le parcours de Daniel et ses proches. Malgré les difficultés de communication, le sentiment le plus juste et le plus beau qui définit la série reste l’amour. La série nous rappelle l’importance fondamentale de la beauté du moment présent (la scène où Daniel profite d’un lever de soleil, sublime de poésie). Ce qui renvoie à la conception d’un temps différent pour chacun. En prison, Daniel a perdu la notion du temps, le monde extérieur l’a oublié. De retour à l’air libre, il est en constant décalage avec la réalité temporelle du monde contemporain (ce qui donne lieu à des moments étranges et savoureux).

Dépourvue d’effets de mise en scène et de stars, « Rectify » arrive à trouver le ton juste, sans juger, ni faire la morale. Très dense, la série réussit également le tour de force d’arriver à démêler les fils d’une intrigue judiciaire complexe pour arriver à une clarté, une limpidité bouleversantes. On aurait pu croire que sa structure sous forme de feuilleton l’aurait rendue difficile, voire hermétique, à suivre. Souvent critiquée pour sa lenteur, elle n’a rien d’ennuyeux, ni de soporifique.

Au fil des épisodes, on assiste à un portrait tout en contrastes d’une partie de l’Amérique profonde avec ses petitesses, ses mesquineries, sa cruauté mais aussi et surtout sa bonté, sa grandeur d’âme, sa solidarité (l’action se passe à Mobile dans l’Alabama, un des états du Sud parmi les plus racistes durant les années 60, lors de la défense des droits civiques des Noirs par Martin Luther King).

Très impressionnant dans le rôle de Daniel, l’inconnu Aden Young joue son rôle avec grande justesse. Il incarne aussi bien la fragilité que la puissance, passant en un éclair d’une émotion à l’autre. Autour de lui, les seconds rôles ont tous été particulièrement bien écrits, à la fois riches et complexes comme dans la vie.

Terriblement humaine et attachante, « Rectify » a tout du chef-d’œuvre. A découvrir de toute urgence.

14:41 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/09/2015

« THE FLASH » : un super-héros pas que pour les ados…

THE FLASH© THE CW

USA, 2014. Série créée par Greg Berlanti, Andrew Kreisberg et Geoff Johns, d’après la bande dessinée « The Flash » de DC Comics.

Une saison de 23 épisodes de 45’. Saison 2 (13 épisodes) en 2015-2016.

Diffusé aux USA sur la chaîne CW et durant l’été 2015 sur TF1.

Coffrets dvd et Blu-Ray à la vente dès le 4 novembre 2015.

Avec Grant Gustin (Barry Allen / The Flash), Jesse L. Martin (Joe West), Carlos Valdes (Cisco Ramon), Danielle Panabaker (Caitlin Snow), Tom Cavanagh (Dr. Harrison Wells), Candice Patton (Iris West), …

VOIR L’INTRO DE « THE FLASH » (You Tube)

A priori, « The Flash » n’a rien d’attirant : série dérivée de la pénible « Arrow », ce super-héros de l’écurie DC Comics est moins connu que Batman et Superman. Laborantin au service de la police, Barry West est victime d’un accident lors d’une nuit d’orage. Désormais doté d’une super-vélocité, plus rapide que l’éclair (the flash) ; il combat le crime qui gangrène sa ville, Central City.

Comme dans « Smallville » qui suivait la jeunesse du futur Superman, cette série remonte aux origines du héros dans une formule rajeunie après l’échec de la première série « Flash » en 1990. Autre nouveauté, pas d’épisode indépendan. Cette première salve se décline sous forme de feuilleton avec chaque épisode qui se suit comme le chapitre d’un livre, rythmé par le méchant de service (un chauve qui se transforme en fumée toxique, une fille qui se téléporte à volonté, etc. Toute ressemblance avec les « X-Men » serait purement fortuite…). Globalement, la série est assez fidèle à la bd et à ses méchants. 

Spin-off oblige, on retrouve, lors de plusieurs « crossover », les personnages de « Arrow ». Un épisode oppose même Flash à l’archer vert lors d’un combat plutôt impressionnant. A cet égard, la qualité des effets spéciaux et des décors, entre le high tech et le vintage, joue beaucoup pour la réussite de la série. Seule faute de goût, le costume de « Flash », ringard en bordeaux pliant et qui ressemble plus à un costume SM en latex qu’à une tenue de héros convenable.

Mais l’intérêt de la série réside ailleurs. Au lieu d’enfiler les actes de bravoure, le show nous interroge sur le passage à l’âge adulte, sur les frustrations, sur la perte d’un être cher, la trahison, la manipulation, ... Dans le rôle, Grant Gustin fait preuve d’une maturité plutôt inhabituelle pour un acteur de sa génération, capable d’alterner diverses émotions (joie, colère, tristesse, …) avec justesse et sensibilité.

De prime abord très naïf, le jeune Barry Allen apprend tout cela au fil des épreuves qu’il traverse. Sans prêchi prêcha ni leçon. Grâce à ses nouveaux pouvoirs, il veut sauver les autres. Mais n’arrive pas à se libérer du sentiment de culpabilité qui le ronge depuis la mort de sa mère, mystérieusement assassinée quand il était enfant. Toute cette saison tourne autour de ce fil rouge. Rassurez-vous, les questions seront apportées en fin de saison, dans un final plutôt bouleversant.

L’autre force de la série réside dans la richesse de ses personnages secondaires. Les scénaristes ont réalisé un bon travail en donnant une réelle épaisseur et des qualités qui les rendent attachants, tant pour les proches de Barry Allen qu’au niveau des méchants plus complexes qu’à l’accoutumée (signalons le retour de Wentworth « Prison Break » Miller dans le rôle du cynique Leonard Snart alias Captain Cold qui retrouve son « frère » Dominic Purcell dans le rôle d’un autre méchant, duo délirant en vue !).

L’autre bonne idée a été d’amener une mixité de cultures plutôt inhabituelle, comprenez un rôle plus actif que le traditionnel quota obligé de minorités. Inspecteur choc et papa chic, Joe West a recueilli Barry quand le père de celui-ci a été mis en prison. Père adoptif, il veille sur le jeune homme comme s’il était son propre fils, peu importe la couleur de peau.

La série effleure aussi l’homosexualité, quoique de manière plus timide (le chef de la police est marié à un homme). Certains y verront un opportunisme publicitaire en vue de ramener un public le plus large possible ; d’autres le reflet d’une intégration normale et naturelle de l’évolution de notre société.  

 « The Flash » nous propose encore une petite réflexion intéressante sur le voyage dans le temps autour de la classique question : « Et si vous pouviez changer le cours des choses pour avoir la vie que vous voudriez, le feriez-vous ? » On vous laisse la surprise.

Parmi les vedettes invitées, retenons la présence de l’excellent Victor Garber (Jack Bristow, le père de Sidney, l’espionne dans « Alias ») et surtout, une partie du casting de la série de 1990 avec John Wesley Shipp (le père biologique de Barry), Amanda Pays et même Mark Hamill qui fait son grand retour en « Trickster » !  « Smallville » avait déjà fait la même chose en invitant Christopher Reeve et Dean Cain, le temps de quelques épisodes. Histoire de respecter ses aînés et de créer une continuité dans les différentes versions ciné et télé des héros DC Comics.

Bref, voilà un divertissement de très agréable facture qui se regarde et s’oublie très vite. En attendant, on aura passé un bon moment. Pourquoi bouder son plaisir ? 

19:40 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |