06/09/2015

« THE LAST SHIP » : mort aux cocos par Michael Bay

The last ship

© TNT  - Michael Bay Productions

USA, 2014. Série créée par Steven Kane et Hank Steinberg.

Une saison de 10 épisodes de 45’. Saison 2 (13 épisodes) en 2015-2016. Diffusé aux USA sur la chaîne TNT. Coffrets dvd et Blu-Ray à la vente depuis le  10 juin 2015.

Avec  Eric Dane (Commander Tom Chandler), Rhona Mitra (Dr. Rachel Scott), Adam Baldwin (Mike Slattery), John Pyper-Ferguson (Tex), …

VOIR UN TRAILER DE « THE LAST SHIP » (You Tube)

Réalisateur de gros films remplis de bruit et de fureur, qui vous en mettent plein la vue, Michael Bay ne fait pas dans la dentelle : surtout ne réfléchissez pas, ici, on est là pour tout faire péter ! Capable du meilleur (The Rock, 1996) comme du pire (Transformers), ce « money maker » sortira, début 2016, « 13 Hours : the secret soldiers of Benghazi », un nouveau film avec des héros militaires (une obsession ?), basé sur des faits réels. Depuis quelques années, le bougre s’est aussi lancé dans la production de séries télévisées.

Il y a du bon avec « Black sails » (lire critique ici) et du curieux avec « The Last Ship ». Issue de l’imagination des scénaristes Steven Kane (The Closer : L.A. Enquêtes prioritaires) et Hank Steinberg (« FBI portés disparus »), cette nouvelle série nous sert rien de moins qu’un patriotisme aux limites du supportable.

« The Last Ship » pompe sans vergogne « Helix » (pour le virus et la s-f), « The walking dead » (pour un monde plongé dans le chaos) et le film « Nimitz retour vers l’enfer » (pour le patriotisme yankee). Le pitch : un mystérieux virus décime l’humanité et un navire américain recueille un scientifique qui pourrait trouver le vaccin. Evidemment, des ennemis sont prêts à tout pour l’enlever…

Tout est anachronique dans ce « dernier navire » (évidemment américain et seul à mener la loi sur les océans), à commencer par ses personnages : le commandant Chandler (Eric Dane, mâchoires carrées) fait penser à un John Wayne gonflé à la testostérone. La scientifique est aussi crédible que Nabila en mathématicienne (campée par la glaçante et inexpressive Rhona Mitra, vue dans « Boston Justice » et « Nip Tuck »), les méchants sont évidemment russes et les « good guys » nos braves américains. Tout est blanc ou noir dans « The Last ship », un peu comme dans les années 50 : il y a nous et puis, ces sales rats communistes à liquider !

A cet égard, le capitaine russe aligne tous les clichés : uniforme amidonné, gros yeux roulants, voix méchante, fort accent soviétique, doucereux, sournois et impitoyable. Et en plus il s’appelle Ruskov ! Si, si ! On se croirait dans un vieux film à l’époque de la guerre froide. Basique. A cette vision, je me suis bien bidonné tellement c'était incroyable, inimaginable à notre époque. Michael Bay est vraiment gonflé. A prendre au second degré. Dans le genre, on préfère nettement « The Last Resort » (lire critique ici) où les militaires étaient plus torturés et les questions d’ordre sécuritaire posées de manière plus complexe.

Cela dit, « The Last ship » a le mérite d’être bien fait dans son habillage. Les rebondissements, parfois amenés de façon lourdingue, sont nombreux ; les scènes d’action particulièrement efficaces et les décors réussis (destroyers, bases militaires, …). Et on se surprend à devenir accros et vouloir connaître la suite. Bien mené, le suspense vous scotche et vous fait même avaler des rebondissements invraisemblables ! Maintenant, de là à dire que c’est inoubliable…

Divertissement calibré pour plaire au plus grand nombre et en particulier aux militaires américains (on a l’impression qu’ils se matent cette série avant d’aller casser du terroriste), « The Last ship » ne laissera sans doute pas grande trace dans l’univers des séries dans quelques années.

Si vous avez deux ou trois soirées sans potes ou pratiquez le « binge viewing », cette série vous divertira agréablement sans vous prendre la tête. Gros succès sur la chaîne TNT aux USA, elle a été reconduite pour une deuxième saison de 13 épisodes, en fin de diffusion actuellement outre-Atlantique. L’envie de voir la suite dépend de vous.

11:58 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/08/2015

« BROADCHURCH » (saison 2) : le retour magistral

broadchurch_thumbnail_02_web - Copyright ITV www.bbcamerica.com.jpg© ITV – www.bbcamerica.com

G-B, 2013 à 2015. Série policière dramatique créée par Chris Chibnall.

2 saisons de 8 épisodes de 45’. Saison 3 prévue pour fin 2015/début 2016.

Diffusé sur ITV au Royaume-Uni et sur France 2. Disponible sur la plateforme de téléchargement NETFLIX.

Saisons 1 et 2 disponibles en dvd et Blu-Ray. Saison 2 sortie le 6 mai 2015.

Avec David Tennant (Inspecteur principal Alec Hardy), Olivia Colman (Sergent Ellie Miller), Andrew Buchan (Mark Latimer),  Adama Wilson (Tom Miller), …

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 2 DE « BROADCHURCH »

NO spoiler ! Lisez la suite sans crainte.

Lors de sa diffusion en Angleterre et sur France 2, cette série policière rencontra un vif succès (près de 10 millions de spectateurs rien qu’au Royaume-Uni). A tel point qu’une seconde saison fut commandée par la chaîne ITV, au grand dam de son créateur Chris Chibnall qui voulait éviter les « séries à rallonge ».

Difficile en effet de faire mieux que la première saison dont la qualité d’écriture était en tous points remarquable. Impossible de prédire qui était le meurtrier avant l’ultime épisode, la tension allant crescendo.

A priori, « Broadchurch » (une petite cité balnéaire fictive) n’avait pas grand-chose pour se démarquer du tout venant des séries policières : encore une histoire de meurtre, d’enquête avec témoins et de tueur à choper. Pas si vite : la force de cette série réside principalement dans son écriture, on l’a dit, mais aussi et surtout dans sa peinture réaliste du travail d’enquêteur. Ici, pas de poursuites en voiture, pas de sirènes hurlantes, de coups de feu en pagaille et de cascades, servant à masquer une intrigue banale.

Le point de force de « Broadchurch » a été de démarrer son intrigue sur un meurtre qui nous touche tous : celui d’un enfant. A l’heure où la Belgique commémore le 20ème anniversaire de la disparition des jeunes victimes de l’affaire Dutroux, cette série policière résonne comme un douloureux souvenir. Aussi abject que puisse être le meurtre d’un jeune être sans défense, les inspecteurs Hardy et Miller doivent se concentrer sur l’essentiel : démasquer le coupable. Pas de place pour les émotions.

Si la première saison se concentrait essentiellement sur le mystère à élucider et le travail d’investigation (on pourrait lui reprocher sa lenteur et le peu de profondeur des principaux personnages, Hardy y était particulièrement rigide, voire glaçant) ; la seconde salve d’épisodes reprend exactement là où s’était achevée la saison précédente.

A présent, les enquêteurs sont confrontés à deux événements qui se déroulent en parallèle : le procès de l’assassin d’enfant (qui a le culot de se déclarer « non coupable ») et une autre affaire de disparition d’enfant et de baby-sitter.

Le risque aurait été de se répéter et de tomber dans une intrigue complexe et ennuyeuse. Au contraire, Chibnall réussit le tour de force de faire encore mieux que la première saison. Ces nouveaux épisodes placent les personnages face à leurs angoisses et leurs pires frayeurs, soulignant plus particulièrement leurs côtés troubles.

Filmant au plus près les corps et les visages, dans des séquences parfois oniriques et aux images très soignées ; le récit nous transporte au cœur de ce que ressentent les protagonistes. Ce ressenti atteint son climax lors du procès d’assises, particulièrement éprouvant, nerveusement et émotionnellement. Dans le rôle de l’avocate du Ministère public, Charlotte Rampling est impeccable face à la défense, incarnée par Marianne Jean-Baptiste (la flic black de « FBI portés disparus »), habile pour démolir les témoins, révélant les petits secrets des uns et des autres lors de plaidoiries humiliantes où tombent les mensonges et les masques.

« Broadchurch » nous montre une certaine réalité du monde judiciaire britannique où, comme aux USA, les égos des avocats priment sur la vérité et où le mot « justice » ne reste qu’un concept, pas une vérité. C’est à qui aura fait le plus d’esbroufe. Mais ici, pas de pathos, ni de musique dramatique pour surligner ce qui se passe à l’image (chapeau au compositeur islandais Ólafur Arnalds qui livre une partition entêtante où se mélangent notes de piano et violons).

Au  fil du récit, on partage les interrogations et l’obsession des protagonistes, comprenant bien que cela peut presque mener à la folie si on n’y prend garde : profondément affecté par l’affaire, Hardy se repasse en boucle le film des événements jusqu’à ce que sa santé en prenne un fameux coup.

Au terme de la vision, on ressort secoué et bouleversé par les événements sordides qu’ont traversés avocats, policiers et victimes. La série a le bon goût d’effleurer l’effroyable sans jamais tomber dans le voyeurisme malsain. Si certaines situations choqueront par leur réalisme, cela n’en donne que plus de force à cette série de toute grande qualité qui n’a rien à envier à ses grandes sœurs américaines.

A ce sujet, un remake américain de la série a vu le jour en 2014 sous le titre « Gracepoint », sans convaincre grand monde et fut rapidement annulé au terme de sa première saison, malgré la présence de David Tennant qui reprenait son rôle. La France proposera en 2015 « sa » version française avec « Malaterra » (8 épisodes de 52 minutes, une partie du tournage aura lieu en Corse).

Enfin, une troisième fournée d’épisodes devrait voir le jour cette année. Chris Chibnall a décrété que ce sera la dernière. Excellente idée, autant rester sur une bonne impression plutôt que de décevoir à l’instar des « Lost », « Heroes » et autres « Prison Break ».

18:49 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/07/2015

BETTER CALL SAUL : un autre univers de "Breaking Bad"

 Better call SaulUSA, 2015. Série créée par Vince Gilligan et Peter Gould.

Une saison de 10 épisodes de 45 à 55’. Saison 2 (13 épisodes) en 2016.

Diffusé sur la plateforme de téléchargement NETFLIX.
Coffrets dvd et Blu-Ray annoncés à la sortie pour fin novembre 2015.

Avec Bob Odenkirk (Saul Goodman alias Jimmy McGill), Michael McKean (Chuck McGill), Rhea Seehorn (Kim Wexler), Patrick Fabian (Howard Hamlin), …

© AMC / NETFLIX

VOIR UN TRAILER DE « BETTER CALL SAUL » (You Tube)

Pas de spoiler ! Lisez sans crainte ce qui suit.

Le phénomène des spin-off (ou séries dérivées) n’est pas neuf. Dès la fin des années 50, les producteurs d’Hollywood ont vu l’opportunité de faire doubler les dollars, en exploitant un personnage qui plaît au public dans la série « mère ». On pense à Steve McQueen dans le rôle de Josh Randall, chasseur de primes d’abord apparu dans « Trackdown » (inédite en Europe) avant d’avoir sa propre série, la mythique « Au nom de la loi ». Idem pour « Annie agent très spécial », dérivée de la série d’espionnage « Des agents très spéciaux ».

Depuis, les séries dérivées se sont multipliées comme des poupées russes. Certaines ont fait oublier leur modèle (Xéna la guerrière / Hercule, NCIS / JAG), d’autres sont carrément tombées dans l’oubli (Booker, dérivée de « 21 Jump Street ») ; d’autres enfin ne cachent pas leur intention d’exploiter le filon jusqu’à la nausée (la franchise « NCIS » et celle des « Experts » avec Patricia Arquette, dans « CSI Cyber » annoncée pour la rentrée). Même « Le Mentaliste » devait voir naître un spin-off autour du flic Kimball Cho. Depuis, l’idée a été enterrée ; le producteur Bruno Heller préférant s’occuper de « Gotham » qui a l’ambition de remonter aux origines de Batman.

On était donc quelque peu surpris à l’annonce du lancement de « Better call Saul »,  prequel de « Breaking Bad » (lire aussi critiques sur ce blog). Plus qu’un spin-off, la série propose de remonter aux origines de Saul Goodman, l’avocat roublard et menteur de Walter White et Jesse Pinkman, juste avant les événements de « Breaking Bad » (qui commencent en 2008 alors que « BCS » démarre quelques années plus tôt).

Avec « Breaking Bad », le créateur et producteur Vince Gilligan nous avait livrés une série sans fausse note, très bien menée et pensée jusqu’à son final épatant. On ne voyait donc pas ce qui pouvait encore être dit sur le sujet. D’autant plus que le personnage de Saul Goodman a de quoi irriter (la logorrhée de Bob Odenkirk peut lasser…). Pari risqué donc de tabler sur le succès d’un personnage pas forcément attractif, ni sympathique.

Même si on sait ce que deviendra l’avocat véreux (on l’a vu à la fin de « BB »), Gilligan remonte aux origines du « héros » de façon subtile. Tout d’abord, il reprend certains éléments de « Breaking Bad » (personnages mémorables, style visuel, moments contemplatifs) pour ne pas trop désorienter les fans de la série d’origine. Ensuite, avec quelques flashbacks, il nous montre la jeunesse de Saul, arnaqueur à la petite semaine. Enfin – et c’est le plus important – Gilligan arrive à se démarquer de son modèle en créant un univers propre à l’avocat marron.

Très vite (ou pas selon votre sensibilité), on se laisse entraîner dans le parcours de Saul (de son vrai nom James « Jimmy » McGill), avocat qui a appris le droit par correspondance, roule dans une vieille bagnole toute pourrie et loue un réduit à l’arrière d’un salon de massage vietnamien. Bref, pas le top du top.

On le voit croiser des personnages mémorables de « Breaking Bad » (ils sont volontairement absents de la fiche technique ci-dessus pour vous laisser la surprise). Mais surtout, il réalise son « rêve américain » : doué pour flairer une affaire qui peut lui rapporter rapidement, Saul s’associe à plusieurs personnages, a priori ordinaires (des jumeaux skate-boarders qui font semblant de se faire renverser, un couple adepte de la disparition, …) ; ce qui donne lieu à quelques moments particulièrement désopilants.

En parallèle, il n’est pas pris au sérieux par ses pairs et doit se coltiner un frère (avocat lui aussi) qui souffre de phobie électro-magnétique (cela ne s’invente pas…). Là aussi, on a droit à des scènes hallucinantes, renforçant le côté déjanté déjà perceptible dans « Breaking Bad ». Evidemment, sa réputation commence très vite à le dépasser et attire des clients extrêmement dangereux. Tout ce petit monde gravite autour de lui, dans un tourbillon de petits moments qui nous montrent bien la petitesse humaine (les gens sont prêts à tout pour du fric, sans vergogne, moches et cupides ; « Better Call Saul » ne se prive pas de le souligner).

Enfin, comme dans sa série mère, « BCS » est teintée de grands moments de noirceur, de désespoir même. Pour énervant que puisse être Saul (un type qu’on ne voudrait pas rencontrer dans la vie), Gilligan s’empêche tout jugement, nous montre comment il poursuit son rêve et les conséquences qui en résultent. A cet égard, les flashbacks n’ont pas encore livré toutes les clés pour entièrement appréhender le personnage. Mais qu’importe, on est patients.

Voilà donc un spin-off réussi qu’on pourrait qualifier de comédie douce-amère, une sorte de mascarade où tous les protagonistes jouent un rôle dans le grand théâtre de la vie, ponctuée d’étonnants moments poétiques (les décors, les objets bizarres, les génériques à la « Weeds » avec une trouvaille visuelle différente à chaque épisode).

La saison 1 se compose de dix petits épisodes, disponibles et visibles sur NETFLIX, vite dévorés mais pas du tout oubliés. Vivement la saison 2 annoncée pour début 2016 avec 13 nouveaux épisodes.

20:06 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |