09/05/2015

CHOSEN : et si vous étiez choisi ?

Chosen

© Crackle Original

USA, 2013 : 3 saisons (6 épisodes de 22’ par saison). 4ème saison en 2015.

Diffusé aux USA depuis 2013 sur le service de streaming Crackle Original et sur 13ème Rue en avril et mai 2015. En 2015 : n’existe pas en dvd, ni en Blu-Ray.

Avec Milo Ventimiglia (Ian Mitchell), Chad Michael Murray (Jacob Orr), Rose McGowan (Josie Acosta), Brandon Routh (Max Gregory), …

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 1 DE "CHOSEN" (sur YouTube)

On sonne à la porte. Vous ouvrez. Personne. Par terre, une boîte en bois d’acajou avec une plaquette dorée marquée de votre nom. Curieux, vous l’ouvrez. Un mécanisme d’horlogerie se déclenche et vous découvrez une photo d’un(e) inconnu(e) ainsi qu’une arme à feu et une date et une heure proches pour l’abattre.

Partant de cet effroyable postulat, la websérie « Chosen » s’inspire fortement de « 24h chrono » (pour la tension et le visuel du titre qui rappelle l’implacable compte à rebours) et du film « The Purge » (American Nightmare : on peut tuer sans être inquiété).

D’emblée, la série joue fort habilement avec nos nerfs par le phénomène d’identification. Avocat sans histoires, le jeune Ian Mitchell (excellent Milo Ventimiglia, connu pour « Heroes ») se serait bien passé de vivre ce cauchemar. Tout comme Jacob Orr (Chad Michael Murray sorti des « Frères Scott », totalement habité par son rôle), barman qui s’occupe de son jeune frère handicapé.

Littéralement scotchés par ce qui leur arrive, on se demande bien ce qu’on ferait à leur place. Surtout quand les « Watchers » (de mystérieux et richissimes voyeurs) n’hésitent pas à leur envoyer des cibles totalement innocentes à abattre : des enfants.

S’ensuit l’inévitable dilemme : si je ne remplis pas le contrat, un de mes proches meurt. Trame certes classique mais diablement bien exploitée pour nous garder sous tension durant toute une saison. Celle-ci peut d’ailleurs se regarder comme un bon thriller de 2 heures (la chaîne 13ème Rue a pris le parti de « coller » tous les webisodes pour en proposer un long métrage qui fonctionne plutôt bien sous cette forme).

Enfin, « Chosen » montre aussi jusqu’où une personne peut aller quand elle est poussée dans ses derniers retranchements. On vit une sorte d’expérience de Milgram en direct. Vont-ils tuer des gosses ou des vieillards pour sauver leurs proches et assouvir le voyeurisme malsain des commanditaires de ce jeu morbide ? Insidieusement et sans faire la leçon, « Chosen » fait réfléchir sur les limites de ce qui est moral et ne l’est pas. Glaçant.

Evidemment, pour corser le jeu, d’autres personnes reçoivent des boîtes avec les photos des principaux protagonistes. « Chosen » souligne toute la parano que cela engendre. Personne à qui faire confiance, n’importe qui peut me trahir ou me tuer. Chacun est chasseur et chassé. Seule compte la mort pour les voyeurs vicieux qui suivent tous les mouvements des « joueurs », à leur insu, au moyen de caméras intelligentes (leur concepteur est incarné par un étonnant Brandon Routh, l’ex-Superman de Bryan Singer (2006) qui se recycle dans les séries de super-héros puisqu’il joue désormais Atom dans les saisons 1 de « Flash » et 3 de « Arrow »).

Dans la 3ème et dernière saison, « Chosen » suit toujours le parcours de Jacob Orr tout en introduisant de curieuses familles de tueurs. Mère de famille apparemment comme les autres, Rose McGowan (l’inoubliable amazone à la jambe mitrailleuse du « Planète terreur » de Robert Rodriguez) incarne avec peps une maman porte-flingue et prête à tout pour protéger les siens.

La confrontation avec une autre mère fait un peu évoluer le récit vers le film « Panic Room » de David Fincher. Plus faible en intensité et marquée par quelques invraisemblances, cette 3ème salve d’épisodes propose encore de bons moments et un final vraiment flippant. A l’heure d’écrire ces lignes, une 4ème saison sera prochainement diffusée en 2015.

Si vous aimez les thrillers d’action, « Chosen » vous comblera. Un mot pour la résumer ? Machiavélique.

17:44 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

26/04/2015

« SONS OF ANARCHY » (Saison 7 et dernière) : adieux salopards magnifiques !

sons of anarchy 7

USA - 2015. Série créée par Kurt Sutter.

Saison 7 et dernière (13 épisodes), disponible à la vente en dvd et Blu-Ray depuis avril 2015. Photo : © FX Television – Sony Entertainment

 

VOIR UN TRAILER DE LA SAISON 7 DE « SONS OF ANARCHY »

! Pas de spoiler, lisez sans crainte

Et voici la fin de la saga des motards voyous de Californie. Cette ultime saison pourrait se résumer par secrets et mensonges. Avec conséquences (souvent fatales). Un qualificatif qui pouvait aussi s’appliquer à de précédentes saisons mais ici, tout s’enchaîne jusqu’à un climax hallucinant.

Accrochez-vous, ça commence fort : dès les premières images, Jax Teller se retrouve dans une spirale infernale de violence, souvent insoutenable. Cette transformation n’a rien d’étonnant au regard de son évolution dans les précédentes saisons. Toutes les limites sont dépassées (œil arraché, doigts coupés au couteau de chasse, balles tirées à bout portant en plein visage, …). Bref, cœurs sensibles, passez une fois encore votre chemin.

Était-ce bien nécessaire ? Pour qui connaît un peu le pédigrée de Kurt Sutter, le créateur, producteur et scénariste de la série, cela entre dans la logique des choses. Pour rappel, Sutter a incarné un des rôles les plus monstrueux et les plus violents de la série, celui d’Otto Delaney, un des membres fondateurs du club des « Sons » (lire les notes précédentes). Cela n’enlève rien à la qualité de sa série, sacrément originale et inclassable.

Comme par le passé, la série propose des scènes d’action au rythme trépidant (dont une palpitante poursuite en camion). Les fans de mitraillages seront comblés avec l’âpre lutte qui oppose les « Sons » aux gangs chinois et black. Et ça décoiffe !

Plus intéressant, nous assistons au basculement des principaux protagonistes. Sans illusions, chaque personnage accepte son destin et s’y prépare. Bien sûr avec Jax tout d’abord mais aussi avec « Juice » Ortiz, le « Son » renégat qui se demande comment continuer à vivre sans son club. Jusqu’ici bien caché, le secret de Gemma sera révélé dans cette dernière fournée d’épisodes. A un moment étonnant.

Pour illustrer cette évolution, la série nous offre de longs moments contemplatifs, sans dialogues avec de longs plans-séquences quasiment hypnotiques, ponctués par des reprises (parfois bizarres) d’anciens tubes d’UB 40 ou de chansons originales comme « Adam Raises a Caïn » de Bruce Springsteen (illustrant fort à propos le basculement de Jax).

Comme dans les saisons précédentes, la musique joue ici un rôle fondamental, en totale osmose avec les pensées, les émotions et les états d’âme des personnages. Scotchant.

Si les épisodes ne sont pas tous entièrement réussis, parfois trop longs (jusqu’à 80’) ; ils font la part belle aux personnages, particulièrement denses et bien écrits.  Bien sûr, on a parfois l’impression que certains ont été oubliés ou que Sutter ne sait pas trop quoi en faire (Tig Trager et Chibs Telford). Cela dit, Wayne Unser et Bobby Munson bénéficient d’un traitement particulièrement soigné qui nous les rend encore plus attachants. C’est cela qui fait toute la richesse de cette série.

Par contre, on regrettera le peu d’explications données quant à la mort de John Teller, père de Jax et fondateur du Club de motards SAMCRO. Son fantôme plane sur la série depuis le début, hantant son fils Jax, amené un peu malgré lui à reprendre le club en main. Sans doute est-ce mieux comme cela. Comme dans la vie, les choses n’ont pas toujours besoin d’être dites ou expliquées de A à Z.

Pour horribles que soient les actes de Jax, Kurt Sutter se garde bien de le juger ou de nous le rendre détestable. A ceux qui lui disent qu’il est un homme bien, Jax a une vision parfaitement lucide de sa condition : il leur rétorque qu’il est un criminel et un tueur. Impuissants, nous assistons à cette longue et sombre plongée dans l’abîme ponctuée de tristesse, de violence et et d’espoir (un peu).

Le point fort de cette dernière saison reste la rédemption du leader des « Sons of Anarchy » : Jax cherche à ce que les choses se passent bien, que ses proches soient protégés coûte que coûte. Tout s’effondre autour de lui. Mais il y va et à fond. On pourra reprocher à Charlie Hunnam de manquer de subtilités dans son jeu, alternant une voix douce quand il est bouleversé et des airs de chien battu quand ça dérape. Mais il reste crédible dans le rôle.

Au fil des épisodes, on tente de deviner la fin, sans succès. Kurt Sutter parvient encore à nous surprendre par un final bouleversant. On vous laisse la surprise.

Dans des seconds rôles, il y a du beau monde au générique : outre le retour de l’amusant Walton Goggins (le transexuel Vénus Van Dam déjà vu dans les saisons 5 et 6), Courtney Love en institutrice d’école (bof, elle fait un peu pièce rapportée genre « dis Kurt, t’as pas un rôle pour moi ? »), Marilyn Manson en nazi taulard (excellent) et même Michael Chiklis, le Vic Mackey de « The Shield » en camionneur un peu beauf.

Chiklis jouera un rôle déterminant dans le final de la série, marquant la fin de deux cycles pour Kurt Sutter : celui de « The Shield » et celui de ses « Sons of Anarchy ». Avec une citation de Shakespeare en toute fin d’épisode, en écho aux débuts de la série. La boucle est bouclée. Adieu salopards magnifiques, vous nous manquerez !

13:30 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/03/2015

« LONGMIRE » (Saisons 1 & 2) : un bon western au-delà des clichés

LONGMIRE© A&E - USA - 2012 (toujours en production). Série policière western créée par Hunt Baldwin et John Coveny, d’après les romans « Walt Longmire » de Craig Johnson. 3 saisons (33 épisodes) diffusées sur A&E aux USA depuis 2012. Saison 4 (10 épisodes de 40’) prochainement sur NETFLIX.

Diffusé sur D8 en France. Saison 1 (10 épisodes de 40’) disponible en dvd.
Saison 2 (13 épisodes de 40’) disponible en dvd  à partir du 28 avril 2015.

Avec Robert Taylor (Shérif Walt Longmire), Lou Diamaond Philips (Henry Standing Bear), Katee Sackhoff (Victoria “Vic” Moretti), Bailey Chase (Branch Connally), Cassidy Freeman (Cady Longmire), …

VOIR UN TRAILER DE « LONGMIRE »

Il y a des hommes comme ça qui paraissent anachroniques. Walt Longmire semble sorti d’un autre âge : shérif d’une petite ville (Durant dans le Wyoming), il parle peu, applique la loi et n’a pas de GSM, au grand dam de ses adjoints. Si vous n’aimez pas les westerns, c’est votre droit. Mais vous auriez tort de passer à côté de « Longmire ». Car ce n’est pas un énième cowboy à la John Wayne de plus. Pas du tout. C’est un bon western policier contemporain, pas un duel aux revolvers des années 1880.

A l’origine, Longmire est un personnage de romans policiers né sous la plume de Craig Johnson (comme Jesse Stone (Tom Selleck) créé par le romancier Robert B. Parker). Douze romans ont été écrits à ce jour dont 7 traduits en français et parus aux éditions Gallmeister. L’écrivain s’est inspiré de ce qu’il connaît le mieux : le Wyoming et les Amérindiens.

Cette dernière thématique retient particulièrement notre attention dans la série : au cours de ses enquêtes, le shérif est amené à côtoyer des collègues policiers des réserves indiennes crow et cheyenne. Ce qui ne va pas sans mal. Peu enclin à collaborer, le chef Mathias laisse souvent Longmire dans l’embarras quand il ne refile pas les cadavres trouvés sur son territoire chez l’Américain !

Plutôt que d’enfiler les clichés « bon homme blanc contre indien hargneux », les créateurs et scénaristes, Hunt Baldwin et John Coveny, ont eu la bonne idée d’intégrer la culture indienne au cœur des enquêtes de Longmire. Ce dernier connaît très bien les us et coutumes cheyennes, participe à des rituels et nourrit une amitié de près de 40 ans avec un cheyenne d’origine, Henry Standing Bear (Lou Diamond Philips, qui vieillit bien depuis « La Bamba » et les westerns « Young Guns »).

Plus loin, l’homme de loi respecte la culture indienne et veille à ce que la cohabitation se passe sans trop de heurts. Malgré les antagonismes et la difficulté pour les deux cultures de cohabiter, la série illustre aussi toute l’ambiguïté entre l’éthique personnelle et la loi. Longmire sait bien que loi et justice sont deux choses différentes, tandis qu’Henry Standing Bear suit son éthique cheyenne et qui n’est pas la loi de l’homme blanc. Ce qui donne lieu à des moments intéressants où rien n’est blanc, ni noir.

Autre ambiguïté qu’illustre fort bien la série policière : les luttes de pouvoir et d’influences pratiquées par d’étranges et inquiétants personnages comme Jacob Nighthorse (A. Martinez, vu dans quantité de westerns et de séries depuis les années 70). Membre du conseil tribal, ce promoteur immobilier louvoie, fait jouer ses appuis pour construire un casino au cœur de la réserve cheyenne et pratique même l’occultisme pour parvenir à ses fins ! Enfin, il soutient la campagne de Branch Connally, le jeune adjoint de Longmire, qui se verrait bien shérif à la place de son patron. Cette rivalité parcourt l’ensemble des deux premières saisons et offre une réponse satisfaisante au terme de la seconde saison.

A côté d’épisodes bouclés (l’enquête de la semaine), la série est traversée par un fil rouge intéressant et qui touche directement le shérif : la mort de sa femme dans des circonstances troubles. Terrassé par cette perte, Longmire fuit dans le boulot en délaissant sa fille, Cady. Si les retrouvailles sont tendues, leurs relations évoluent avec la particularité de ne pas se dire directement les choses. Là  réside une autre force du show policier : comme dans la vie, tout n’a pas toujours besoin d’être dit ou expliqué. Un regard, un moment passé ensemble, une accolade ; l’essentiel est de se retrouver et de faire sentir à l’autre qu’on l’aime sans nécessairement lui dire. La série amène ces moments sans gros sabots, ni artifices, avec sensibilité et subtilité. Ce qui renforce l’épaisseur des personnages.

Pour déplaisants que soient certains, l’autre richesse de « Longmire » réside dans la profondeur des personnages. Bien écrits et bien campés (mention spéciale à Robert Taylor, acteur australien parfaitement crédible dans la peau de Longmire), ils nous donnent envie de suivre ce qui leur arrive et de les retrouver, épisode après épisode. Soulignons encore le fait que les femmes sont fortes et indépendantes, intelligentes et décidées. La gent féminine appréciera « Longmire » qui ne s’adresse pas qu’aux machos et aux gros durs.

Ensuite, la série propose des intrigues policières assez originales et proches de la réalité (rodéos clandestins, exploitation de gaz souterrains, immigrés basques, …) où je vous défie de trouver le coupable avant la fin de l’épisode. Un peu comme du « Columbo » inversé (le tueur n’est pas connu dès le début mais seulement à la fin).

Enfin, les images magnifiques des grandes plaines du Wyoming, baignées de soleil, contribuent grandement au charme de la série (même si elle est tournée au Nouveau Mexique, à Albuquerque, tout comme « Breaking Bad » en son temps mais les paysages sont assez similaires). Ces décors constituent l’autre « personnage » principal de la série avec notre vieux shérif fatigué.

Curieusement, malgré ses 4,5 millions de spectateurs qui représentaient la plus grosse audience de la chaîne A&E qui la diffusait aux USA, le network a décidé de l’annuler au terme de sa 3ème saison. Incompréhensible, tout comme le peu de visibilité de « Longmire » dans la presse (à l’instar de Sons of Anarchy, Justified, White collar, Burn notice, …). Heureusement, la plateforme de téléchargement Netflix est venue à la rescousse (tout comme pour l’excellente « The Killing ») et proposera une 4ème saison de 10 épisodes dans le courant de l’année 2015. On sera au rendez-vous avec grand plaisir !

REMERCIEMENTS : Un grand merci à Thierry Le Peut dont l’analyse fine de la série dans son dernier numéro 42 d’ « Arrêt sur séries » a grandement contribué à la rédaction de cette note et a nourri ma chronique dans l’émission « Le Magazine des séries » du 28 mars sur Radio Campus Lille. Je vous recommande grandement cette revue dont c’était hélas le dernier numéro : http://arretsurseries.over-blog.com/

21:46 Écrit par Manu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |